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Les noces de Cana

Imprimer Par Louis Evely

«Un engagement basé sur l’amour ennoblit la vie. Un engagement sans amour la dégrade. S’engager dans le mariage, sans amour vrai, tue un couple aussi sûrement que la lettre tue l’esprit.

Que vous êtes-vous promis en vous mariant? De rester ensemble même si vous ne vous aimiez plus? Ou bien vous êtes-vous promis de vous aimer toujours? Avez-vous promis fidélité à une personne ou à une institution?

Et peut-on promettre à quelqu’un de l’aimer toujours? Que signifie un tel engagement? Qui ose répondre de ses sentiments dans vingt ans? L’amour serait-il un acte de volonté, un effort, un contrat dont on puisse exiger l’exécution en justice? Décider qu’on ne connaîtra pas un autre amour, et bien plus, décider que ne changera pas l’amour qu’on éprouve aujourd’hui, n’est pas une fausse présomption?

Il faut dépasser la définition négative de la fidélité : ce n’est pas une obligation, ce n’est pas s’abstenir de tromper son conjoint, ce n’est pas rester ensemble même si on ne s’aime plus. Cela, c’est la fidélité mécanique de la roue à l’ornière. L’obstination, la répétition, la peur de se mettre en question sont aussi ennemis de la vie que de la vraie fidélité. Celle-ci est le fruit d’un amour authentique, toujours capable de rejaillir. Une vraie union de construit en ayant pris conscience de toutes les dimensions de l’engagement. L’Évangile raconte qu’aux noces de Cana, quand les convives eurent bu tout le vin offert par le maître de maison, Jésus changea l’eau en vin.

Une vraie union se construit en ayant pris conscience de toutes les dimensions de l’engagement. L’Évangile raconte qu’aux noces de Cana, quand les convives eurent bu tout le vin offert par le maître de maison, Jésus changea l’eau en vin. Et le second vin était meilleur que le premier.

C’est une belle parabole. En effet, les premiers élans de l’amour, c’est l’enthousiasme, la joie et le don sans peine, l’entente sans heurts. C’est inévitable au début : on voudrait marcher, on ne sait que voler… c’en est même gênant! Tout semble léger. Il faudra attendre la première bagarre.

Les débuts d’une union, c’est un «transport en commun». La réalité commence lorsqu’un des deux est obligé de descendre de l’Attelage et de se mettre à le pousser. Alors débute le second amour, un amour qui aime l’autre avant soi, qui peut porter défauts et manques, faire appel aux ressources profondes de l’être et à ses richesses infinies. C’est un amour qui tire du cœur tout ce dont on est capable. C’est un amour adulte. Et il n’y a pas qu’un second vin, il y en a un troisième, un quatrième, un cinquième, et cela… indéfiniment.

Vers 50-60 ans, vous découvrez un nouveau plaisir à être ensemble, à entreprendre, à voyager, à apprendre, à découvrir. Ce n’est pas la peine de vivre si ce n’est pas pour rester vivant. Ce n’est pas la peine de vivre ensemble, si ce n’est pour redécouvrir indéfiniment de nouvelles dimensions à votre amour.»

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