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Chrétiens en Algérie. Un partage d’espérance

Imprimer Par Mgr Tessier Henri

Cela fait maintenant dix ans que les frères de Thibirinne ont été assassinés en Algérie. D’autres religieux, religieuses, prêtres et d’autres après eux l’ont été également. Cependant, au cœur de ces épreuves, Monseigneur Henri Tessier, archevêque d’Alger, nous livre un témoignage de foi très fort. Ecoutons-le !

Les croyants, des hommes de la rencontre au nom de Dieu

L’Algérie est un pays musulman par l’immense majorité de ses habitations. Les Eglises, catholique et protestante, ne rassemblent qu’une toute petite minorité chrétienne. Elles sont composées de chrétiens d’origine européenne ou d’Africains venant du sud du Sahara. Elles comprennent aussi quelques chrétiens d’origine algérienne. Pour des raisons historiques les quelques milliers de disciples de l’Evangile de Jésus sont très dispersés sur tout le territoire de l’Algérie, de l’est près de la frontière tunisienne à l’ouest près de la frontière marocaine et au sud, aux frontières du Mali et du Niger.

Notre Eglise d’Algérie n’est pas une institution principalement consacrée au service du culte et de la formation des chrétiens. Avec tous les fidèles de nos petites communautés, nous voulons être une communauté religieuse pour tout le pays, c’est-à-dire pour une société presque totalement musulmane.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Le centre de notre vie et de notre prière n’est pas la constitution de notre Eglise, mais c’est la vie du peuple algérien. Nous sommes chrétiens, certes, mais nous trouvons dans l’Evangile un appel à nous faire proches de nos frères et sœurs musulmans d’Algérie. Jésus nous a montré une belle histoire. Un samaritain, c’est-à-dire un croyant non juif, non-membre de la communauté religieuse de Jésus, avait secouru un juif, victime de brigands, alors q’un prêtre et un lévite étaient passés sans s’occuper de cette victime. Jésus a dit en commentant cette parabole : « Lequel des trois s’est montré le prochain de l’homme qui était tombé entre les mains des bandits ? » (Lc 10,36)

Dans cette phrase de l’Evangile, nous trouvons le centre de notre mission. Nous faire proches, « prochains », de ceux dont nous aurions pu rester loin. Nous faire proches d’eux parce que, pour nous, Dieu est amour et qu’il nous envoie chercher des frères dans tous les peuples et dans toutes les communautés humaines, quelles que soient leur religion et leur origine culturelle.

Nous sommes pour la plupart d’entre nous, nés au nord de la Méditerranée. L’histoire a longtemps opposés les chrétiens aux musulmans, les Européens aux Arabes, les colonisateurs aux colonisés. Nous pensons que nous devons maintenant devenir frères, alors qu’autrefois, beaucoup d’entre nous se considéraient comme des ennemis. En vivant cette fraternité nous avons la conviction d’être à la fois fidèles à la vocation humaine dans toute sa grandeur, et fidèles à l’appel de Dieu qui est la source de tout respect et de tout amour désintéressé.

C’est ainsi que nous concevons notre mission. Tout en restant chacun dans notre tradition spirituelle réciproque, l’islam ou le christianisme, devenir des frères et des sœurs qui travaillent ensemble, pour le bien commun de la société algérienne, pour la prise en charge des plus pauvres et des plus défavorisés, pour la réconciliation de ceux qui se considèrent comme des ennemis. Pour nous, les croyants sont des hommes appelés à vivre la rencontre, à cause de Dieu notre Créateur commun.

Cette vie fraternelle et cette proximité se réalisent sur des plans différents. Parfois, elles naissent des travaux en commun pour les handicapés ou les femmes en difficultés. Parfois, elles naissent de l’engagement ensemble pour la défense des droits de l’homme, de la femme, de l’enfant. Parfois, elles naissent du partage spirituel dans une prière ensemble, dans une réflexion ensemble sur la paix, la non-violence, la liberté intérieure, la conscience.

Cet idéal se réalise dans des conditions concrètes que traverse la société. Il n’est pas réservé aux temps faciles. Au contraire, il s’approfondit à l’heure de l’épreuve. C’est ce qu’exprime pour nous la croix de Jésus.

C’est dans cet esprit que nous avons traversé la crise de la société algérienne avec tous nos frères et amis dans le pays. Dix pour cent des prêtres, religieux et religieuses du diocèse d’Alger ont été victimes de cette crise, assassinés par balles, égorgés ou déchiquetés par l’explosion d’une bombe à la porte de leur maison. Mais cela ne nous a pas séparés de nos frères algériens musulmans. Nous savons en effet que les petits groupes qui organisent les attentats ne représentent pas la population algérienne.

Bien au contraire, nos amis musulmans sont devenus plus proches de nous. Ensemble, en effet, nous avons souffert de la même violence inhumaine, et ensemble nous avons résisté pour que vienne un monde plus respectueux de l’homme, de la femme, de l’enfant.

Nos relations se sont approfondies et nous nous sentons de plus en plus frères et sœurs, bien que nous soyons chrétiens et que la plupart de nos partenaires algériens soient musulmans. Une Algérienne musulmane m’écrivait récemment, faisant allusion à nos épreuves : «  Je pense que c’est Dieu qui veut la présence de l’Eglise chrétienne algérienne en notre terre d’Islam. Il est omniscient et ce qui doit s’accomplir devra l’être avec vous. Qu’il en soit ainsi… Vous êtes une bouture sur l’arbre d’Algérie qui, si Dieu le veut, s’épanouira vers la lumière de Dieu. Ce n’est pas votre nombre importe, c’est votre oraison vers Dieu. Votre oraison est importante, oui ! Dieu aime ceux qui l’aiment et toutes les prières sont écoutées, peu importe la langue. Vous êtes très importants à nos yeux. Alors s’il vous plaît, restez avec nous ».

Il nous semble qu’il y a une grâce de la rencontre dans des situations aussi douloureuses. Nous devenons de plus en plus « prochains » les uns des autres. Et, en cela aussi, nous semble-t-il, se réalise un projet de Dieu. Il veut rassembler ses enfants dispersés. C’est cette grâce de la rencontre que nous voulons vivre en Algérie. De cela, je veux rendre grâce à Dieu. De cela, je veux porter témoignage. Les croyants sont des hommes appelés à vivre la rencontre. C’est ainsi qu’ils manifestent le don de Dieu vivant en eux. C’est ainsi qu’ils font naître sur terre le Royaume de Dieu.

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