Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

5e Dimanche de Pâques. Année B.

Imprimer Par François-Dominique Charles

Construire et marcher avec le Christ

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.
Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ?
Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi.
Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin. »
Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi.
Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »
Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père.
Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais c’est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres œuvres.
Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des œuvres.
Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père.

Jésus est pierre de fondation et chemin. Cela nous invite à comprendre que nous ne pouvons fonder nos existences que sur lui seul mais aussi que lui seul est notre chemin vers Dieu. Dans les textes de ce dimanche, les deux images semblent contradictoires pour exprimer la vie chrétienne : celle de la construction invite à s’enraciner dans un lieu alors que celle de la marche invite au déplacement vers un but.

« Je suis le Chemin, la vérité et la vie. Personne ne va au Père sans passer par moi. » Il n’y a donc aucun autre moyen pour aller vers Dieu que Jésus. Cette affirmation nous rappelle celle où Jésus se compare à la porte de la bergerie : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. » Jésus est pour nous le « passage » obligé. Il nous ouvre la route sur laquelle il suffit de s’engager en toute confiance derrière lui. C’est bien le sens du mot « Pâque » qui signifie « passage » : Jésus ouvre un passage en « passant de ce monde au Père » (Jn 13,1) afin qu’à sa suite, nous passions avec lui de la mort à la vie (Jn 5,24). Jésus est ainsi notre guide et notre accompagnateur dans ce passage.

Voilà probablement pourquoi nous adressons toutes nos prières à Dieu « par Jésus Christ notre Seigneur », cela depuis les premiers temps de l’Église (cf. par exemple Rm 7,25 ; Col 3,17 ; 1P 4,11). C’est ce que nous ne cessons de faire dans nos célébrations eucharistiques au cours desquelles toutes les prières sont adressées à Dieu le Père « par Jésus Christ notre Seigneur ». La conclusion solennelle de la prière eucharistique exprime admirablement ce rôle de médiation de Jésus dans la prière chrétienne qui est adressée au Père : « Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi Dieu le Père Tout-Puissant… » Ainsi, notre prière monte vers Dieu en passant par Jésus qui « intercède » pour nous auprès du Père (cf. Rm 8,34 ; He 7,25).

De même, nous ne pouvons pas imaginer qu’il est possible de voir Dieu sans passer par Jésus : « Celui qui m’a vu a vu le Père… ». Dans cette affirmation de Jésus à Philippe, nous sommes renvoyés à la fin du prologue du quatrième évangile : « Nul n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique (…) nous l’a fait connaître » (Jn 1,18). Les paroles de l’évangile de ce dimanche, prononcées par Jésus la veille de sa Passion, nous invitent à entrer dans le grand mystère de l’union du Père et du Fils : « Je suis dans le Père et le Père est en moi ». Le Fils est devenu homme pour nous révéler le vrai visage du Père. Sur le visage de Jésus, « icône du Dieu invisible » (Col 1,15), nous découvrons celui du Père et l’humanité de Jésus est devenue un chemin vers le Père.

A l’aide de nombreuses références aux prophètes et aux Psaumes, saint Pierre souligne également, dans la deuxième lecture, la place centrale que Jésus occupe dans la vie chrétienne. Il utilise la comparaison de la construction de pierres qui est peut-être moins parlante aujourd’hui où tout est construit avec du béton. Pour Pierre, le peuple de Dieu est comme un immense « Temple spirituel » en construction. La pierre de fondation de l’édifice, comme la pierre d’angle et la clé de voûte, c’est Jésus : il est « la pierre vivante » qui a été rejetée par les bâtisseurs mais que Dieu a choisie et sur laquelle tout est fondé : « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » (Ps 117, 22).

Dieu se construit une « cathédrale » vivante, construite avec des « pierres vivantes ». D’abord il y a Jésus. Ensuite chacun de nous : « vous aussi, les croyants, vous êtes des pierres vivantes » écrit Pierre qui nous invite à nous laisser utiliser « dans la construction de la maison spirituelle que Dieu construit » et qui est fondée sur Jésus.

Dieu ne nous invite donc pas à entrer dans une cathédrale parfaitement terminée où chacun aurait son siège réservé pour « assister » passivement au grand spectacle de la liturgie divine. Nous avons à entrer dans la construction d’une cathédrale sans murs matériels, faite de la foule des croyants, d’une cathédrale humaine et vivante où les pierres chantent la présence de Dieu en chacune d’elles. Cette cathédrale est fondée sur Jésus, Emmanuel, Dieu-avec-nous, et c’est l’Esprit du Père qui fait de nous des pierres vivantes puisqu’il habite en chacun (1Co 3,16).

Nous formons ainsi un peuple, une Église, une communauté. Notre communion est fondée sur le Christ Jésus mais c’est l’Esprit qui en est comme le ciment. C’est l’Esprit de communion et d’unité qui unit entre elles les diverses pierres que nous sommes et qui nous unit à la pierre de fondation : le Christ. C’est dans une telle cathédrale humaine que le Père veut habiter et être adoré ! Imaginons un instant qu’en entrant dans une de nos belles cathédrales gothiques, toutes les pierres, les petites comme les grandes, inspirées par le même Esprit, se mettent soudainement à chanter ensemble la gloire de Dieu ! C’est une telle liturgie, célébrée dans un édifice « spirituel » fait de pierres vivantes, qui sera agréable à Dieu et cela ne peut se réaliser que « par le Christ Jésus ».

Le Christ occupe la place centrale dans cet édifice. C’est pour cela que l’autel est au centre de nos églises et c’est vers lui que tout croyant doit s’incliner et se tourner en pénétrant dans une église. Ce n’est pas le tabernacle qui devrait d’abord attirer notre vénération mais l’autel qui représente le Christ, pierre de fondement de l’assemblée chrétienne et de toute l’Église.

Laissons l’Esprit Saint travailler chaque « pierre vivante » que nous sommes pour que nous puissions tous apporter notre contribution à cette immense construction spirituelle. Pour cela, demandons au Christ Vivant de répandre sur tout homme son Esprit de communion et de réconciliation afin que le projet du Père se réalise et que notre humanité entière devienne sa demeure et chante sa gloire par Jésus le Christ notre Seigneur.

Frère François-Dominique CHARLES, o.p.

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