Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

3e Dimanche de Pâques. Année B.

Imprimer Par Jacques Sylvestre

Lumière de vie

A leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain. Comme ils en parlaient encore, lui-même était là au milieu d’eux, et il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent en vous ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. » Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. Puis il déclara : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures. Il conclut : « C’est bien ce qui était annoncé par l’Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins.

Commentaire :

Dimanche dernier, avec l’épisode concernant l’incrédulité de Thomas l’apôtre, nous étions interpellés sur notre démarche de l’expérience sensible à la foi. Ce dimanche, nous croirions à une certaine insistance sur la question : « « Touchez-moi, dit Jésus, regardez-moi : un esprit n’a pas de chair ni d’os et vous voyez que j’en ai ». Et, raconte l’évangéliste, ils n’osaient pas y croire. Il leur dit alors, « Avez-vous quelque chose à manger ? Il prit un morceau de poisson grillé et le mangea devant eux. Puis il déclara : Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites… Il ouvrit leur esprit à l’intelligence des Écritures. » Ce récit fait suite à celui des disciples rentrant d’Emmaüs. Jésus parait soudainement au milieu d’eux et ils en sont tout bouleversés. Qu’est-ce donc croire, est-ce vraiment si difficile ? Même face à des preuves sensibles, tous demeurent bouches bées. La foi réfère-elle toujours aux Écritures ?

L’authenticité du repas est confirmée par les Actes (1,4), l’évangéliste Jean y fait également allusion (Jn. 21,9-13). L’objet central de la foi chrétienne est la résurrection, et sans doute peut être non moins la personne.Comme le rappelle Benoit XVI dans sa lettre encyclique « Deus caritas es » : « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation définitive. » (1) Le lumière, l’illumination de l’intelligence vient de l’événement qui, en ce cas, est la présence du Christ ressuscité et la manifestation sensible de sa présence. Mais le fait même de la résurrection ne peut que s’appuyer sur les Écritures qui l’annonçaient. En saint Marc, à trois reprises, Jésus annonce sa mort, mais non moins sa résurrection (8,31+ ; 9,30 ; 10,32+). Si l’expérience sensible s’avère nécessaire, ainsi que l’évangile du dimanche dernier nous permettait d’en prendre conscience, elle ne conduit à la foi que moyennant la connaissance des Écritures. Préalablement à cet épisode, Luc nous avait raconté l’incident d’Emmaüs, la rencontre de Jésus avec deux de ses disciples auxquels il se mit à expliquer les Écritures en tout ce qui le concernait. Ainsi un grand feu embrasait leur cœur.

Les signes ne sont jamais inutiles, ils jouent un rôle décisif dans la naissance de la foi, ce qui ne dispense nullement des dispositions intérieures. Que de fois Jésus n’a-t-il pas refusé le « signe » à des groupes ou personnages mal disposés : « Les Pharisiens demandaient un signe pour le mettre à l’épreuve .Gémissant en son esprit, Jésus dit : Qu’a cette génération mauvaise à demander un signe ? En vérité, je vous le dis, il ne seras pas donné de signe à cette génération.» (Mc.8,12-13) Jésus va reprocher aux disciples de n’avoir pas cru avant ses apparitions. Même celles-ci ne suppriment par la nécessité des signes, la valeur de signe, si bien qu’en un sens les signes semblent plus essentiels que les apparitions : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu » dit Jésus à Thomas. Avant la résurrection, le signes étaient le chemin normal de la foi.(Jn.2,23 ; 20,30-31) La nécessité des signes découle du fait que la reconnaissance de Jésus est un acte de foi. Cette reconnaissance ne s’arrête pas à la l’humanité du Christ, mais elle commande la foi en sa résurrection.

Souvent au cours de son ministère, Jésus avait reproché aux disciples leur manque de foi, lors de la tempête sur le lac par exemple (Mt, 8,26). Depuis l’ensevelissement du Christ, les disciples ne croient plus, ils refusent même de croire les femmes et leur annonce du tombeau vide. Seul deux d’entre eux, Pierre et Jean courent au tombeau (Jn. 20,9.1+). Le tombeau vide devient signe de la résurrection. Ces signes ne sont pas vains, ils jouent un rôle décisif dans la foi. L’apparition du Christ en personne après sa résurrection ne devrait pas être nécessaire, aussi reproche-t-il aux disciples de n’avoir pas cru avant ses apparitions.

La source d’où jaillit la foi, c’est les Écritures. « Esprit sans intelligence, lents à croire tout ce qu’ont annoncé les prophètes…. Je vous l’ai dit quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. » Ces Écritures ne seront comprises qu’après la résurrection, lorsque Jésus enverra l’Esprit Saint. (Jn.2,22 ; 12,16 ; 13,8 ; 14,26) Cette illumination ne se réalisera que lentement à partir de la Pentecôte. Ce n’est pas par le biais d’un grand discours que Jésus donna à ses disciples l’intelligence des Écritures, mais dans l’événement pascal qui devait dissiper toutes les ombres attachées à la préparation. « Marie ne comprenait rien à ses paroles», et les disciples également, tant que la résurrection ne sera pas l’événement accompli et la lumière de leur vie

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