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La vie conjugale, voie de sainteté

Imprimer Par Sophie Tremblay

Dans la tradition catholique, on a beaucoup valorisé le célibat comme chemin de sainteté. Depuis longtemps, les couples croyants ont tendance à développer un sentiment d’infériorité par rapport aux célibataires, surtout lorsque ces derniers sont religieux ou religieuses, prêtres, moines ou moniales. Au Moyen Âge, les personnes mariées qui se sentaient interpellées à vivre pleinement l’évangile choisissaient souvent de vivre comme frère et sœur, ou de se quitter pour prononcer des vœux de religion. Il semble que l’on ait nettement sous-estimé les richesses de la vie conjugale comme voie originale de cheminement spirituel!

Vivre à deux, c’est un véritable laboratoire de vie évangélique. «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés», lit-on dans l’évangile de Jean. Ce texte est fréquemment lu dans les célébrations de mariage. Et pour cause! Un couple se constitue et se construit petit à petit, au fil des événements de la vie. À mesure que l’intimité grandit, l’euphorie des débuts se voit passée au crible de la confrontation des conjoints à leurs limites et leurs vulnérabilités. Sauront-ils apprendre à s’aimer et à s’accueillir réellement, une fois que l’image idéalisée qu’ils se font l’un de l’autre s’effrite en contact avec la réalité? Il n’est pas facile d’aimer une personne dont on connaît les défauts, les manies, les faiblesses. Il n’est pas évident de se laisser regarder sans fard et de se croire tout de même aimé(e) de l’autre. Pour apprendre à s’aimer comme le Christ nous aime, les conjoints sont constamment interpellés à se dépasser. Autrement dit, le simple fait de chercher à s’aimer de manière pleine et authentique met les couples en mouvement, en cheminement.

Les défis propres à la vie conjugale constituent une incitation concrète à une croissance spirituelle incarnée. C’est une invitation qui se dissimule discrètement à l’intérieur d’événements anodins qui surviennent sans avoir été programmés. Contrairement aux temps de prière ou d’ascèse que l’on décide de se donner et que l’on met à l’agenda, les temps forts de croissance spirituelle dans la vie conjugale surgissent plus spontanément. Il importe donc en premier lieu de s’y rendre attentif et disponible. Combien d’occasions de croissance inexploitées, par simple manque de vigilance. C’est au rythme imprévisible du quotidien partagé que les couples peuvent vivre l’évangile et accéder pas à pas à une plus grande qualité d’amour, une plus grande qualité d’être, bref à la sainteté.

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