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De la noblesse du travail

Imprimer Par Denis Gagnon

C’est l’été! Et qui dit été, pense vacances, loisirs, repos, relaxation, et tout ce qui ressemble à ce que rêve le paresseux heureux. Qui dit été n’a pas le goût de penser travail, labeur, métier, profession, agenda, engagements, échéances, etc!

Au risque de passer pour un tortionnaire, j’ose parler aujourd’hui du travail. C’est peut-être l’été que nous pouvons parler le mieux du travail, d’en parler avec toutes les nuances qui s’imposent. La distance que nous prenons par rapport à nos activités journalières nous permet un regard plus large. En plein hiver, alors que la machine marche à plein rendement, nous n’avons pas toujours le temps de penser au sens du travail, à tout ce qu’il signifie.

Si le travail est pesant, il s’apparente à sa vieille définition du moyen âge: «Au XIIe siècle, “travail” désignait un instrument de torture fait de trois pieux (tripalium) et “travailler” signifiait torturer.» (GODELIER, M., art. «Travail», dans BONTE-IZARD, dir., Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie, coll. «Référence», Paris, PUF/Quadrige, 2002, p. 717) On parlait aussi de travail pour désigner les contractions d’une femme enceinte au moment de l’accouchement.

Heureusement, le sens du travail s’est élargi dans les siècles qui ont suivi. De moins en moins considéré comme une torture, de moins en moins réservé aux classes inférieures de la société, le travail a lentement acquis des lettres de noblesse. En 1776, Adam Smith reconnut dans le travail la source des richesses des peuples et des nations. «Pour Smith, la production et la circulation de marchandises, agricoles ou industrielles, apparaissent comme les sources de la richesses des nations civilisées, richesse mesurée en argent.» (Ibid.)

L’idée de travail continua de se développer au cours des siècles, retrouvant des significations anciennes, en inventant de nouvelles. Dans des nuances multiples, la conception du travail prend tout un arc-en-ciel de définitions où se mêlent matière et esprit, profit, intérêt et même gratuité et créativité.

La Bible, dès ses premières pages, propose une alliance entre l’être humain et la nature grâce au travail. Le premier récit de la création montre Dieu à l’oeuvre. Bien concrètement, Dieu traduit la part créatrice du travail. Le travailleur divin manifeste dans son ouvrage son génie inventif, si vous me permettez l’expression. L’auteur du récit s’inspire sans doute du témoignage de l’ouvrier humain. Lui aussi sait créer à sa façon à travers son activité quotidienne. D’autant plus qu’il a reçu mission de poursuivre l’oeuvre de Dieu: «Remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre.» (Genèse 1, 28)

Soumettre, dominer, maîtriser: l’orientation est claire. Et les humains l’ont bien compris à travers les siècles. Pas toujours de façon positive, nous nous en rendons bien compte aujourd’hui alors que la nature est menacée de toute part par des initiatives dévastatrices. Que de forêts mal exploitées, que de gaspillages des biens de la terre, que de développements régressifs, si on peut dire!

Devant la menace de destruction qui vole au-dessus de la planète, nous réagissons. Nous commençons à comprendre qu’au lieu de dominer, il faut plutôt composer avec la nature. Nous découvrons progressivement – pas assez rapidement peut-être – qu’on ne domine pas vraiment quand on domine. Il faut «faire avec». Nous ne vivrons bien sur cette terre qu’en cherchant l’harmonie avec la nature, par un travail éclairé, contrôlé, plus ajusté.

Relation avec la nature, le travail rapproche également les humains les uns des autres. Le travail nous force à faire équipe. Il nous rend communautaire. Dans la diversité de nos compétences, nous nous aidons mutuellement. «Ce travail, en effet, qu’il soit entrepris de manière indépendante ou par un contrat avec un employeur, procède immédiatement de la personne: celle-ci marque en quelque sorte la nature de son empreinte et la soumet à ses desseins. Par son travail, l’homme assure habituellement sa subsistance et celle de sa famille, s’associe à ses frères et leur rend service, peut pratiquer une vraie charité et coopérer à l’achèvement de la création divine. Bien plus, par l’hommage de son travail à Dieu, nous tenons que l’homme est associé à l’oeuvre rédemptrice de Jésus-Christ qui a donné au travail une dignité éminente en oeuvrant de ses propres mains à Nazareth. De là découlent pour tout homme le devoir de travailler loyalement aussi bien que le droit au travail.» (VATICAN II, Constitution sur l’Église dans le monde de ce temps, 67)

Et vive les vacances qui nous permettent une certaine distance, un temps de repos, avant d’entreprendre de nouvelles saisons de travail!

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