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Méditation chrétienne

Pour la sanctification de l’Église (Oraison XX)

Imprimer Par Catherine de Sienne

Catherine Benincasa naquit dans une famille de teinturiers. Elle se consacra très jeune à Dieu. À l’âge de quinze ans, elle entre chez les sœurs de la Pénitence de saint Dominique (tiers ordre). Auteur mystique (le Dialogue, les Oraisons), elle intervint publiquement dans la vie de l’Église en demandant au pape Grégoire XI de quitter Avignon pour Rome, puis en luttant pour mettre fin au grand schisme d’occident. Elle fut proclamée docteur de l’Église en 1970 et co-patronne de l’Europe en 1999.

Ô Trinité éternelle, Trinité éternelle, ô feu et abîme de charité, ô feu de ta créature ! Ô Vérité éternelle, ô éternel feu, ô éternelle sagesse ! Est-ce que vint dans le monde seulement ta sagesse ? Non parce que la sagesse n’a pas été sans la puissance, ni la puissance sans la clémence. Ainsi donc toi, sagesse, tu n’es pas venue seule mais toute la Trinité était là. Ô Trinité éternelle feu d’amour, quelle utilité te vint de notre rédemption ? Aucune, parce que tu n’as pas besoin de nous, tu es notre Dieu. À qui donc revint cette utilité ? Seulement à l’homme.

Ô inestimable charité, de même que tu nous as donné tout Dieu et tout homme, ainsi tu t’es tout entier laissé en nourriture afin que, tant que nous sommes pèlerins en cette vie nous ne défaillions pas de fatigue, mais que nous soyons fortifiés par toi, nourriture céleste. Ô homme vénal et que t’a laissé ton Dieu ? Il t’a laissé tout lui Dieu et tout homme dans cette blancheur du pain. Ô feu d’amour, et ne suffisait pas la création que tu nous avais donnée à ton image et ressemblance, et de nous avoir recréés à la grâce dans le sang de ton Fils, sans nous donner encore en nourriture tout Toi, Dieu, essence divine. Qui t’a contraint ? Rien d’autre que ta charité, fou d’amour que tu es.

Et de même que tu n’as pas envoyé et donné pour notre rédemption le Verbe seul, tu ne nous as pas laissé lui seul en nourriture, mais comme fou d’amour pour ta créature, toute l’essence divine, comme il est dit. Et de même que tu ne t’es pas laissé seul en nourriture pour nous, tu ne te donnes pas seul à l’âme qui s’est toute abandonnée elle-même par amour pour toi, et désire et cherche uniquement la gloire et la louange de ton nom, ne te cherchant pas pour elle ; mais parce que tu es suprême, éternelle bonté, digne d’être aimé et servi par tes créatures, ni le prochain pour elle mais pour toi, afin qu’il te rende gloire. Nous voyons qu’à ceux-ci tu ne te donnes pas seul, mais les fais forts dans ta puissance contre les batailles des démons, contre les injures des créatures, et contre la rébellion de leur chair, et contre toute angoisse et tribulation d’où qu’elles viennent. Tu les éclaires dans la sagesse de ton Fils pour se connaître eux, et ta vérité, et les occultes pièges du démon ; et tu brûles leurs cœurs, avec le feu de l’Esprit Saint, du désir de t’aimer et de te suivre en vérité, en chacun plus et moins, selon la mesure de l’amour avec lequel ils viennent à toi, et selon que chacun exerce la lumière naturelle que tu nous as donnée.

Grâce, grâce à toi suprême et éternel Père, qui, comme fou de ta créature, montres aujourd’hui de quelle façon on peut réformer ton épouse la sainte Église. Et je te supplie, somme d’un côté tu as pourvu à éclairer l’œil de l’intelligence de cette nécessité, de l’autre tu pourvois à disposer les ministres et principalement ton vicaire à suivre la lumière que tu as infusée et que tu infuseras.

Ô Trinité éternelle, j’ai péché tout au long de ma vie. Ô mon âme misérable, as-tu jamais eu le souvenir de ton Dieu ? Certes non, car si tu l’avais eu, tu aurais brûlé dans la fournaise de sa charité.

Dieu éternel, rends la santé au malade et la vie au mort et donne-nous ta voix afin que nous criions à toi avec ta voix miséricorde pour le monde et pour la réforme de la sainte Église, et entends ta voix avec laquelle nous crions à toi. Et si je crie à toi pour tout le monde en général, spécialement je crie pour ton vicaire et pour ses colonnes, et pour tous ceux que tu m’as donnés pour que je les aime d’un singulier amour : bien que je sois infirme je veux les voir sains, bien que je sois imparfaite par mes défauts je veux les voir parfaits, et bien que je sois morte je veux les voir vivants en ta grâce.

Ô inestimable feu et dilection de charité. Et pourquoi tant d’humilité et de miséricorde pour que toi. Dieu, tu aies fait une telle conformité entre toi et la créature douée de raison, tant par l’union de la nature divine avec la nature humaine que par la re-création que tu nous as donnée à ton image et ta ressemblance, et que par l’union et le sentiment que tu nous donnes de toi à l’âme qui t’aime et te sert avec un cœur pur et libéral ? Ce n’est pas pour notre bonté, car nous sommes des démons incarnés et tes ennemis, mais cela procède du feu de ta charité. Qu’il ait honte, l’homme, de ne pas faire continuellement sa demeure en toi de tout cœur, puisque toi, haute et éternelle Trinité, de bien des façons, tu fais ta demeure en nous. Mon âme misérable, parce que tu n’as pas souvenir de ton Dieu, tu n’as pas fortifié ton cœur dans les vraies vertus.

Peccavi Domino, miserere mei.

Toi Déité éternelle tu es vie et moi mort, toi lumière et moi ténèbre, toi infini et moi finie, toi droiture et moi misérable tortueuse, toi médecin et moi malade. Et qui pourra arriver à toi, suprême hauteur, déité éternelle, pour te remercier de tant d’infinis bienfaits que tu nous as donnés ? Toi-même tu t’atteindras avec la lumière que tu infuseras à qui voudra la recevoir ; et avec ton cordon tu lieras qui se laissera lier, ne fera résistance à ta volonté.

Ne tarde pas, Père très bon, dirige l’œil de ta charité sur le monde. Tu seras plus glorifié en leur donnant la lumière que s’ils demeurent dans l’aveuglement et les ténèbres du péché mortel, bien que de toute chose tu tires gloire et louange à ton nom; puisque nous voyons que dans les pécheurs brille ta gloire par la miséricorde que tu leur fais en ne dégainant pas le couteau de ta justice sur eux ; et même tu leur prêtes le temps pour qu’ils se convertissent; et dans l’enfer brille ta gloire qui là s’exerce sur les damnés, et même tu leur fais miséricorde car ils n’ont pas autant de peines qu’ils l’ont mérité ; par cette miséricorde et cette justice reviennent gloire et louange à ton nom. Mais je veux voir la gloire et la louange de ton nom chez les créatures qui suivent ta volonté afin de parvenir à cette fin pour laquelle tu les as créées. Et je veux que de ton vicaire tu fasses un autre toi, parce qu’il a un bien plus grand besoin de lumière parfaite que les autres parce qu’il a à éclairer les autres.

Donne, très bon et pitoyable Père, ta douce et éternelle bénédiction. Amen.

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