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Témoins du Christ

Les parfums de la liberté

Imprimer Par Marie-Thérèse Esneault

En avril 1983, Marie-Thérèse Esneault, professeur de musique dans un collège de Provence, fait un rêve : elle enseigne la musique en prison. Surprise, elle réalise qu’elle a en effet le désir de travailler avec des détenus. Bénévole, elle donne des cours de guitare à Fleury, puis à Fresnes.

Aujourd’hui, Marie-Thérèse poursuit son travail en prison. Devenue musicothérapeute, elle soigne par la musique et par l’écoute des détenus malades. […]. On ne travaille pas vingt ans en prison sans en être soi-même transformé. Marie-Thérèse évoque sans complaisance le travail qui a été le sien pour reconnaître et dépasser sa propre souffrance.

POSTFACE

Déjà 20 ans de travail en prison et le moment est venu de relier toutes mes expériences.

Je vois ma vie comme une histoire d’amour et de souffrance. Passages à vide, douleurs, désespoir, souffrances, morts, échecs, puis joie retrouvée, vie reçue, tâtonnements, recherches qui se poursuivent.

J’ai longtemps cherché le sens de ma vie.

Deux années d’études de théologie et de la Bible m’ont enrichie sur un plan intellectuel, mais ne m’ont pas armée humainement pour traverser les épreuves et écouter cette profondeur de détresse vécue au quotidien.

Je crois que la conquête d’une certaine liberté intérieure, ce sont ces hommes privés de liberté qui l’ont apprise.

« Que les pauvres m’entendent et soient en fête ». Ps 33, 34.

Pourquoi ai-je voulu partager mon expérience de la prison ?

On ne demeure pas en ces lieux sans en être profondément transformé, laminé, purifié. J’y ai perdu des illusions, « brûlé mes ailes ». J’ai pleuré, souffert, côtoyé des souffrances intolérables, vécu avec mon impuissance, mes limites jusqu’à en être écrasée. Puis j’ai perçu des lueurs, des beautés intérieures, des ressources. J’ai été témoin de renaissances.

J’allais en pris avec le désir d’aider, de porter la souffrance et je me suis retrouvée muette, incapable de parler !

J’étais confrontée à une humanité que j’avais du mal à voir en face. Il m’a donc fallu travailler pour comprendre mes propres contradictions. Il fallait aller dans ma propre douleur jusqu’à cette profondeur d’humanité pour ne plus condescendre, dans un sentiment diffus de supériorité. Alors, je devenais proche de eux que je rencontrais et capable d’écouter sans jugement.

Moi qui croyais être portée par ma foi en Christ, elle m’a été donnée par ceux que j’accompagnais au jour le jour. Et, mystérieusement, les textes bibliques ont pris vie en moi. Ce que je lisais et méditais n’était plus extérieur, ne se limitait pas à mon temps de méditation silencieuse de chaque jour.

J’apprenais l’Evangile dans les rencontres quotidiennes et je découvrais que cette parole me travaillait : je résistais, je n’osais pas croire qu’elle était si proche, si accessible.

Je référais un Dieu lointain qui ne me dérangeait pas.

Dieu était-il donc si fragile qu’il s’offrait à moi, défiguré ? J’aurais aimé que tout de suite la Résurrection me console. Non, il me faut vivre l’angoisse, la peur, le risque, la nuit, pour que me soit donnée la Lumière, même fragile. Le partage avec d’autres m’éclaire et me transforme. Je me sens de ce peuple de Dieu qui traverse les déserts.

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