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J’attendrai

Imprimer Par Denis Gagnon

Quel temps faisait-il, ce matin-là? Le soleil était-il au rendez-vous à l’aube de ce printemps? L’hirondelle s’est-elle étonnée en fredonnant des notes plus cristallines que d’habitude? Le perce-neige a-t-il exhalé un parfum plus chatoyant? L’écureuil a-t-il inventé d’inhabituelles arabesques en sautant de branche en branche? Les érables ont-il été tentés de prolonger le temps des sucres? Le ruisseau s’est-il surpris à dévier de sa route coutumière? La nature s’est-elle lancée dans une chanson inédite? La création s’est-elle aperçue que l’univers entrait dans une ère nouvelle?

J’aimerais tant que ce matin-là, arbres et animaux, fleurs et insectes se métamorphosent et que toute la terre devienne un immense jardin, un paradis terrestre sous l’arc-en-ciel des alliances de Dieu. Et que le ressuscité marche doucement au milieu de la création renouvelée.

Probablement que les oiseaux ont continué de piailler aux premières lueurs du soleil. Probablement que les nuages ont poursuivi leur route en assombrissant tout sur leur passage. Probablement que les vents froids du grand nord ont soufflé aussi cinglants que d’habitude. Probablement que la terre n’a pas paru différente des autres jours. Probablement que l’hiver voulait encore garder la vie prisonnière de ses froidures. Les cris de la guerre ont sans doute continué de faire frissonner de peur. Les orages ont déferlé avec leur bagage de colère. Les embâcles n’ont pas cessé de provoquer des inondations.

Mais, depuis ce jour, des hommes et des femmes se sont mis à respirer un air différent, sur un rythme plus calme, plus serein, plus heureux. Quelques hommes, quelques femmes, petit troupeau discret, humble et fragile, appelé à devenir un peuple immense. Pèlerins presque solitaires qui se transformeraient en une caravane marchant, de tous les coins cardinaux, vers le jardin où a surgi la vie après la mort. Un avenir de lumière était en train de naître. Naissance qui finirait bien par atteindre tout l’univers, d’une façon ou d’une autre. Ce qui arrivait à l’humanité pouvait-il laisser indifférente la création de Dieu, elle qui aspire à la révélation des fils de Dieu?

Ce jour-là, chose certaine, des serrures sautaient, des chaînes se cassaient, des portes s’ouvraient, des rideaux s’écartaient pour laisser passer le soleil? Une odeur de pain chaud traversait les cuisines. Des rayons de lumière dansaient avec les arbres chargés de bourgeons.

Tout pouvait changer maintenant. Sans doute que la transfiguration du monde se ferait lentement, très lentement. Il faut beaucoup de temps pour se laisser apprivoiser par la liberté. La peur est tenace. Le mal est fort, tapi dans les ombres. La nuit ne cède pas facilement devant le matin qui veut naître.

Mais Dieu est patient. Il attendra. Il croit que la faim de vivre finira bien par vaincre les résistances. La liberté finira bien par charmer le prisonnier le moins audacieux. La joie essuiera les larmes.

Avec Dieu, je veux bien attendre. J’attendrai que, sur ma route, vers mon Emmaüs, un voyageur me rejoigne et qu’il me réchauffe le coeur. J’attendrai que la nuit s’efface pas à pas, au fil de la conversation. J’attendrai jusqu’à la maison où il daignera partager ma table. Peut-être que je découvrirai que la table, celle que je crois être ma table, est d’abord la sienne, et que le pain à rompre est son pain de vie.

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