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Qu’est-ce qui t’a pris?

Imprimer Par Denis Gagnon

Chère Dame Nature,

Au début de cette nouvelle année, je prends le temps de te faire parvenir une lettre. Tu t’attends sans doute à ce que je t’offre des voeux. Tu as bien raison. Avec les autres terriens, je veux te souhaiter une bonne année. C’est un souhait plutôt intéressé. Si l’année est bonne pour toi, elle le sera probablement pour moi et les autres.

Tes extravagances des derniers jours me laissent plutôt perplexes. Qu’est-ce qui t’a pris de faire la folle de cette façon? Tu t’es déchaînée avec une vigueur qu’on n’a pas souvent vu au cours de l’histoire de la planète. Tu as fait le paon en déployant les vagues de la mer à une hauteur insoupçonnable. Tu as tout fait sauté sans crier gare.

C’est quoi, cette colère furieuse? Que voulais-tu exprimer de cette façon? Je veux bien croire que nous ne sommes pas toujours gentils avec toi. Mais il me semble que c’est plutôt dans l’hémisphère nord que tu aurais dû intervenir si tu voulais punir quelqu’un. Chez nous, nous nous laissons aller à polluer ton atmosphère, à briser ton environnement, à percer ta couche d’ozone. Pourquoi as-tu préféré attaquer le sud? Pourquoi ces régions plutôt pauvres, déjà malmenées par la vie? Ils ne méritaient pas cela.

Tu t’es emportée sans aucune retenue, de façon absolument irrationnelle. Je suis persuadé que ce ne sont pas les humains que tu voulais punir pour quelque méfait qu’ils auraient pu commettre. Tu étais sans doute affectée par une sorte de dérangement intestinal. Un malaise, une maladie insoupçonnée te mordait les tripes et suscitait ta colère.

Nous voulons bien te pardonner cette saute d’humeur, mais il faudrait bien apprendre à te contrôler davantage. Tu vois les dégâts? Ces milliers de morts, ces milliers de veufs et de veuves, ces milliers d’orphelins. Bref, ces milliers et ces millions de malheureux… à cause de toi. Quand quelqu’un ne se sent pas bien, qu’il est malade, il n’exige pas que le reste du monde ait mal à la tête. Penses-y la prochaine fois…

Tu as réveillé des monstruosités. De macabres individus en ont profité pour dépouiller les cadavres de leurs bijoux et de leurs vêtements. Ils ont vidé les maisons abandonnées. On doit même protéger des enfants orphelins que des prédateurs veulent vendre pour l’adoption ou pour assouvir les pédophiles. Il y a toujours des profiteurs sans scrupule qui sortent de l’ombre quand se produisent des hécatombes comme celle-ci. J’espère que tu as honte d’avoir provoqué autant de méchanceté.

Il y a cependant un côté positif à toute cette débâcle. Un immense mouvement de solidarité parcourt le globe. Des hommes, des femmes, des pays, des gouvernements, des organismes philanthropiques se sont mobilisés pour venir en aide aux sinistrés. Ce sont des foules énormes de bons samaritains à l’oeuvre dans toutes les régions du monde. Les porte-feuilles se sont déliés. Les coeurs se sont mis à battre à l’unisson.

Ce témoignage de partage et d’attention renforce notre confiance en la personne humaine. Nous sommes beaucoup plus solidaires les uns des autres qu’il n’y paraît en temps ordinaire. Peut-être avons-nous l’air indépendant, même indifférent parfois. Mais, au fond de nous-mêmes, nous nous tenons prêts à répondre à tout appel à la fraternité. Surtout quand d’autres subissent un coup dur.

Espérons que cet immense élan de solidarité ne s’éteigne pas quand les premières émotions seront passées. Après tout, ce qui nous rend heureux n’est-ce pas ces liens que nous tissons les uns et les autres depuis des millénaires? Ne sommes-nous pas de dignes descendants tous ces hommes et ces femmes qui ont construit des ponts entre les personnes, rapproché des individus, réconcilié des ennemis, créé des fraternités et des solidarités de toute sorte?…

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