Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

4e Dimanche de l’Avent. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Triomphe de l’amour

Voici quelles furent les origines de Jésus, le Christ. Marie, sa mère, était promise à Joseph. Ils ne vivaient pas encore ensemble quand le Souffle saint agit en elle et la fit mère. Or Joseph, son mari, était un homme droit. Pourquoi compromettre sa femme ? Mieux valait la renvoyer en secret. Il en était là dans ses pensées quand le messager du Seigneur lui apparut en rêve et lui dit : Joseph, fils de David, garde sans crainte Marie pour épouse, car la vie qui est en elle vient du Souffle saint. Elle mettra au monde un fils, tu lui donneras le nom de Jésus et il libérera son peuple égaré. Ainsi les choses se passèrent pour que s’accomplisse la prophétie, parole du Seigneur : Une jeune fille deviendra enceinte. Elle mettra au monde un fils. Il recevra le nom d’Emmanuel, qui veut dire Dieu est avec nous. A son réveil, Joseph obéit au messager du Seigneur. Il prit avec lui sa femme, mais se refusa à la toucher jusqu’à ce qu’elle mit au monde un fils auquel elle donna le nom de Jésus.

Commentaire :

Bien que ce récit baigne dans une atmosphère prophétique, (Is.7: 9+11; Jér. 23 et Mi. 4+5), aurons-nous le courage de pénétrer dans une des zones les plus obscures de notre foi chrétienne. Si impénétrable soit-elle, cette zone l’a été bien davantage pour Marie qui gardait tous ces souvenirs dans son cœur pour les méditer. (Lc.2 : 19 et 51) Ainsi en fut-il d’ailleurs de toute sa vie.

L’Évangile de ce dimanche nous permet de communier au mystère dans lequel le pauvre Joseph a dû vivre ; rien de nature à effacer nos doutes et remises en question concernant la conception de Jésus dans le sein de Marie. Le personnage de Joseph et son drame intime nous semblent tout de même plus près de nous. Qui ne se serait poser semblable question devant l’évidence et la non-transparence : Marie est enceinte, mais de qui : Ils ne vivaient pas encore ensemble.

L’évangéliste, à l’aide de symboles de l’Ancien Testament, tente de nous faire part, non des confidences de Marie, mais de sa propre vision des origines de l’enfant Dieu. Jésus a été appelé à la vie non pour répondre à une volonté d’homme, ni pour satisfaire le légitime désir d’une épouse, mais en vertu de la seule initiative souveraine de Dieu. Et si l’offrande généreuse de la mère a servi de prélude à cette conception merveilleuse au sens biblique, le renoncement et l’acceptation volontaire de Joseph, d’un mot son amour plus fort que l’obéissance à la Loi, feront que le Fils de Dieu deviendra fils d’homme. Xavier Léon-Dufour propose une traduction qui rend bien le sens du texte orignal : Joseph, fils de David, prends chez toi sans crainte Marie ton épouse, car sans doute ce qui est engendré en elle est l’oeuvre de l’Esprit ; mais elle enfantera un fils et c’est toi qui lui donneras le nom de Jésus. Si d’un côté, Marie a conçu du saint Esprit, d’autre part, à Joseph revient de droit de donner un nom à l’enfant. Ce rôle demeure le sien en dépit du caractère inédit de la conception. Malgré son honnêteté d’homme juste, il se doit d’exercer son droit de paternité légale. Jésus doit être fils de David , titre auquel Israël tient le plus, (Mt.1 : 16 ) et c’est par cette adoption qu’il le deviendra, car Joseph est de la descendance de David. (1: 20)

LE NOM DE JÉSUS

Le nom, c’est toute la personne. Les prophètes l’avaient déjà surnommé : Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous; (Is. 7 : 14. On précise avec les titres de Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-Éternel, Prince-de-la-Paix (Is. 9 :5) et
Fils du Très Haut. (Lc 1 : 32) Le vieillard Siméon ajoutera Signe de contradiction (Lc.2 : 34) Jésus sera occasion de relèvement pour les uns et de chute pour les autres, l’enfant sera celui qui sauve son peuple de ses péchés. Tu lui donneras le nom de Jésus, qui veut dire Sauveur , avait dit l’ange à Joseph.

L’AMOUR D’UN HOMME.

Joseph, lit-on, était un homme juste, non en ce qu’il fit preuve de fidélité à la Loi ou en ce qu’il s’était montré débonnaire ou en raison de la justice qu’il devait à une innocente. Certains ont interprété le doute de Joseph comme un soupçon grave touchant l’intégrité de Marie ; d’autres ont mis l’accent sur son obéissance à l’ange. Une tradition voudrait que Joseph ait été mis au courant de la conception virginale. Comment aurait-il pu comprendre, alors que des siècles après, nous ne comprenons toujours pas et rejetons volontiers ce merveilleux de notre foi ? Jamais dans le judaïsme n’était apparue l’hypothèse même qu’un être humain pût être engendré sans intervention d’homme.

Simplement, bien qu’innocemment peut-être, mais dans un authentique climat de foi, confiance obscure, et sans porter ombrage à la sainteté de la Mère de Dieu, retrouvons en Joseph l’archétype de ce que l’apôtre Paul décrit comme l’excellence du comportement chrétien : L’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout (1 Co.13 : 7), comme l’enseignait le re des Proverbes (10 : 12) : L’amour couvre toutes les fautes. L’exemple de Joseph devient ainsi pour nous un exemple susceptible d’éclairer certaines situations avec lesquelles nous sommes parfois confrontés. Et malgré toutes les interprétations que l’on voudrait ici inclure pour expliquer l’inexplicable, restons-en là : seul l’amour triomphe de tout et permet de pénétrer les insondables secrets de Dieu. celui qui aime connaît Dieu parce que Dieu est amour.

Cette page d’évangile nous livre le secret de toute fidélité tant aux hommes qu’à Dieu : l’amour, le triomphe de l’amour.

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