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Que faisiez-vous au temps chaud?

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Mon cher Monsieur de La Fontaine,

Je profite de la venue de l’été pour vous parler de votre fourmi. Vous savez: celle qui n’est pas prêteuse. La chère dame ne manque sans doute pas de grandes qualités: industrieuse, énergique, forte. Vous n’ignorez pas ses défauts mais vous consacrez votre fable à montrer sa prévoyance. Et vous y allez avec beaucoup d’élégance!

Chanter!
Malheureusement, pour monter si haut la chérie, vous calez la cigale. La pauvre est devenue une insouciante et une profiteuse. Que faisait-elle au temps chaud? Mais ce que tout le monde doit faire, pardieu! Chanter! Chanter! Craqueter ou striduler, selon le dictionnaire. Pour imiter votre style, je dirais:
Un brin de paresse
Au cours de l’été
C’est une caresse
Très bien méritée!

Autrement dit: regarder pousser les pivoines, prêter l’oreille au refrain de l’hirondelle, se laisser fasciner par le dessin des nuages. S’abandonner au long poème de la création qui se déploie jour après jour, avec ses moments ensoleillés et ses orages bouillonnants. Voilà la première vocation de l’été… «Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent point dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit!» (Matthieu 6, 26)

La meilleure part
C’est la meilleure part, dirait Jésus de Nazareth, en pensant à Marie assise à ses pieds pendant que sa fourmi de soeur besognait dans la cuisine (Cf. Luc 10, 38-42). Prendre le temps, le perdre sans chercher à faire du profit, lâcher prise même si le temps, c’est de l’argent! Pour arriver à s’abandonner à Dieu, quelques exercices d’abandon à la nature nous sont très profitables. Pour arriver à écouter le Christ, prêter l’oreille à ce qui nous entoure. La création est une grande bible, un catéchisme éloquent. «Les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains. Le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance.» (Psaume 18)

Remarquez, Monsieur de la Fontaine, que je ne prône pas ici l’insouciance. Chacun doit prendre ses responsabilités et même les responsabilités de la collectivité. Chaque individu doit faire sa part. Mais un peu moins de tension, de la souplesse, de la sérénité ne rendraient-elles pas la vie plus agréable? Et les engagements plus efficaces? «Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement?» (Matthieu 6, 25)

Peut-être que je prêche à un converti… Monsieur de la Fontaine, que faisiez-vous au temps chaud? Vous étiez Maître des Eaux et des Forêts, un métier qui vous laissait bien des loisirs, à ce qu’on dit! Alors, votre petit côté cigale a dû en profiter, n’est-ce pas?

Sur ce, je vous laisse. J’ai encore trois tourterelles à écouter et quatre pissenlits à cueillir. Et comme il me restera encore du temps, je chanterai avec la cigale: «Le Seigneur a fait pour moi des merveilles: saint est son nom!» (Luc 1, 49)

Denis Gagnon, o.p.

L’été est arrivé avec les vacances. L’auteur de ce billet fait relâche pendant quelques semaines, le temps de refaire le plein de fleurs et d’oiseaux. Belle saison à vous aussi.

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