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Du boulot à la maison

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Quand arrive la fin de l’après-midi, les chantiers de travail laissent partir leur monde. La grosse besogne est faite. On peut rentrer à la maison. La procession du matin se fait maintenant en sens inverse. On entreprend le marathon du retour chez soi. Marathon, parce que la circulation est souvent dense. Plus fatigués que le matin, les automobilistes conduisent avec plus de nervosité. La patience a perdu ses capacités, du moins une partie. La tolérance est moins forte. La politesse en prend pour son rhume.

Ce qui se passe sur la route pour les automobilistes se retrouve à peu de chose près dans les transports en commun. L’autobus est bondée. Le métro aussi. Toutes les odeurs, surtout les moins bonnes, se mélangent dans un cocktail irrespirable! Deux adolescents se défoulent de leurs frustrations scolaires. Un vieux monsieur soupire de se retrouver debout en plein milieu du wagon. Une dame est plongée dans son roman. Et deux autres continuent d’échanger sur un projet qu’elles ont discuté au travail. Il y a de tout dans le métro et l’autobus, du bon et du moins bon.

Mais il y a surtout la perspective de se retrouver à la maison. Dans ses choses familières, son décor bien connu, le disque préféré, l’odeur des roses, le jeu de la lumière qui pénètre par la fenêtre du côté ouest, et la belle reproduction du Jean-Paul Lemieux qui vous apaise après une journée de labeur.

Vite les pantoufles et la vieille chemise qu’on ne montre pas à ceux qui n’habitent pas la maison. Ici, on peut vivre débraillé, mettre ses pieds sur la table à café, endurer la poussière sur la lampe du salon ou laisser traîner son manteau sur une chaise dans la cuisine. On est chez soi. Domaine privé: défense de circuler sans autorisation! Et si on autorise, il faudra accepter que le domaine demeure le royaume d’une famille royale qui a tous les droits.

Nous vivons si souvent ailleurs que nous entourons d’un halo de sacré le petit univers bien à nous que constitue notre maison ou notre appartement. Et nous avons bien raison. Pourrions-nous vivre vingt-quatre heures par jour tirés à quatre épingles, coincés dans nos apparences polies, ne comprenant pas toujours le langage entendu et sous-entendu d’autres personnes, ou simplement dans un lieu où nous devons tenir compte de besoins qui ne sont pas les nôtres et qui sont bien légitimes?

Rentrer chez soi, c’est aussi retrouver les siens. Nous les aimons et ils nous aiment. Ils nous manquent quand ils sont absents. Les heures sont courtes quand nous sommes en leur présence. Nous rentrons pour les entendre nous conter leur journée et communier à ce qu’ils ont vécu depuis le matin. Nous les entendrons parler avec enthousiasme ou avec désinvolture. Parfois même avec une pointe de colère parce que quelque chose les a frustrés aujourd’hui. Peut-être qu’ils ne diront rien… Ils ont parfois besoin de ne rien dire, de décanter tout seul un problème ou situation énigmatique qui s’est produit au travail. Nous respecterons ce silence tout en laissant la porte ouverte si jamais l’autre voulait se confier…

Rentrer chez soi, c’est aussi préparer le repas du soir. Est-ce qu’il reste du jambon dans le réfrigérateur? Avec une bonne salade de laitue et de tomates, trois ou quatre gouttes d’huile d’olive et une pincée de persil séché…. Nous profitons du retour à la maison pour fabriquer le menu du souper. Nous n’avons pas fait cent pas que nous rêvons déjà de ce que nous mangerons. Nous arrêtons au dépanneur en passant, le temps d’acheter un pain ou un litre de lait. Ce soir, nous allumerons deux chandelles pour souligner un anniversaire. Ou il faudra parler des projets de fin de semaine. Y aura-t-il, dans le courrier, la lettre d’un ami parti au loin?

Le chemin du retour est rempli de mille et une préoccupations. Le temps nous transporte entre le boulot et la maison. C’est d’abord dans notre tête que nous passons de l’un à l’autre. Nous rêvons la vie avant de la vivre. C’est peut-être nécessaire. Nous n’apprivoisons vraiment que ce que nous rêvons.

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