Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

6e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Or, un jour que, pressé par la foule qui écoutait la parole de Dieu, Jésus se tenait sur les bords du lac de Génésareth, il vit deux barques arrêtées sur les bords du lac, les pécheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Il monta dans l’une des barques, propriété de Simon, et pria celui-ci de s’éloigner un peu du rivage ; puis s’essayant, de la barque, il enseignait les foules. Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance en eau profonde et lâchez vos filets pour la pêche ». Simon répondit : « Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets. » L’ayant donc fait, ils prirent une grande quantité de poissons et leurs filets se rompaient. Ils firent signe alors à leurs associés qui étaient dans l’autre barque de venir à leur aide. Ceux-ci vinrent et on remplit les deux barques, au point qu’elles enfonçaient. A cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, je suis un pécheur ! » La stupeur en effet l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause du coup de filet qu’ils venaient de faire ; de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les compagnons de Simon. Mais Jésus dit à Simon : « Rassure-toi : désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Alors ramenant leurs barques à terre et laissant tout, ils le suivirent.

Commentaire :

Cette nouvelle section de l’évangile de Luc ( 5 : 1-11 ) fait suite à la description des commencements du ministère de Jésus. Dans un certain isolement ( 4 : 14-44), Jésus consacre au peuple une activité apostolique très étendue et toujours publique. Luc porte alors toute l’attention sur ses principaux collaborateurs, surtout sur Simon-Pierre, chef des apôtres. Jésus va toutefois continuer à enseigner seul ( 5 : 1-3), sa lumière va couvrir son action (5 : 4-7) et la promesse à ses apôtres (5 : 8-11) manifester sa souveraineté. Toute l’initiative lui appartient. La préoccupation de Luc, historien et annonciateur de la bonne nouvelle, est de fonder sur une volonté expresse de Jésus le pouvoir attaché à la primauté et à la mission confiée aux apôtres. Il va désigner comme « pêcheurs d’hommes » ceux qui deviendront les « apôtres » (6 : 13) et intentionnellement Luc cite ici les trois apôtres dont il associera les noms plus d’une fois ( 8 : 51 ; 9 : 28 ). Cependant son intérêt porte davantage sur la place et le rôle qui reviendront à Simon-Pierre dans l’Église. Enfin, pour cette Église, il importait au plus haut point d’avoir comme fondations (Eph. 2 : 20) des hommes qui ont tout abandonné et consacré leur vie à l’activité apostolique. Voyons davantage dans le détail les diverses sections de ce passage (5 : 1-11).

Dans la foulée du Christ : Luc, sans trop préciser la chronologie des événements, chose assez étonnante de la part de celui qui se veut historien renseigné, va insérer son récit dans un grand ensemble. L’important pour lui est de bien situer la promesse faite à Pierre et l’appel lancé aux trois principaux disciples. Jésus sur le rivage, utilise la barque de Simon comme chaire, et s’adresse à la foule disposée à l’écouter. La prédication de l’Église a commencé par Jésus et la prédication apostolique ne se fera dans la suite que dans le prolongement de celle de Jésus.

Suivent alors l’ordre donné par Jésus à Simon et le miracle de la pêche miraculeuse. La pêche de la nuit avait été infructueuse, celle du jour ne serait vraisemblablement pas plus efficace. Simon, étonné par l’enseignement de Jésus et sa puissance, opte donc pour l’obéissance, malgré l’objection présentée, destinée sous la plume de l’évangéliste à souligner l’aspect paradoxal et la grandeur du miracle qui va se produire : une « grande quantité de poissons », « des filets qui se rompent » et deux barques remplies au point d’enfoncer. Le récit du miracle, à la différence de Jean (21 : 1-14), est destiné à souligner la transposition de l’activité des pêcheurs sur un tout autre plan : je ferai de vous des pêcheurs d’hommes.

Suit alors la promesse faite à Simon Pierre. Ce dernier et ses compagnons, saisis de frayeur plus que d’étonnement, se trouvent inopinément en face d’une action divine inouïe, et ce, dans le domaine de la vie quotidienne. Jésus alors de réconforter Simon : « Cesse de craindre », tout comme il le fera après sa résurrection. Il n’enjoint pas Simon de le suivre, mais dans l’esprit de Luc, il prophétise l’activité apostolique de Pierre : ce dernier devra abandonner son métier de pêcheur et s’occuper désormais des humains. « Désormais » : l’accomplissement de cette déclaration de Jésus commence dès l’instant présent à s’effectuer, le miracle de Jésus et sa parole déclenchent un engagement pour toute une vie. La réaction de Pierre et de ses compagnons, si étonnante soit-elle, ne se fait pas attendre : « Ils laissèrent tout pour suivre Jésus ». Pas d’appel, aucune invitation, mais une promesse que Simon et ses compagnons reçoivent et les détermine à suivre Jésus. La pêche miraculeuse constitue un prélude à la tâche apostolique. Luc veut nous faire comprendre de quelle manière des hommes ont pu être amenés à tout laisser et consacrer leur vie à une activité missionnaire.

Nous avons lu ce récit avec le regard de Luc. La version des autres évangélistes pourra nous paraître différente quant à son objectif, mais celle de Luc mérite pleine considération. C’est souvent pour ne point dire toujours dans l’activité quotidienne et la force de notre personnalité que l’appel de Jésus se fait entendre. Ce qui n’empêche que nous devrons au Seigneur les forces nécessaires à l’accomplissement de cette tâche missionnaire.

Un jour nouveau commence, et toujours un jour reçu de toi…

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