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Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Jour des morts

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Cette inconnue

Jésus dit à ses disciples : « Notre ami Lazare repose ; je vais aller le réveiller. » Les disciples dirent : « Seigneur, s’il repose, il guérira ». Jésus avait voulu parler de sa mort, mais eux s’étaient figuré qu’il parlait du repos du sommeil. Jésus leur dit alors clairement : « Lazare est mort, et je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là, pour que vous croyiez. Mais rendons-nous auprès de lui ! » Alors Thomas appelé Dydime dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, et nous mourrons avec lui ! » A son arrivée, Jésus trouva Lazare enseveli déjà depuis quatre jours. Béthanie n’est éloigné de Jérusalem que d’environ quinze stades ; beaucoup de Juifs étaient venus chez Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère. Quand Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait à la maison. Marthe dit à Jésus : « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » – « Ton frère ressuscitera «, lui dit Jésus. – « Je sais, répondit Marthe, qu’il ressuscitera à la résurrection au dernier jour. » Jésus lui dit : « Je suis la résurrection. Qui croit en moi, fut-il mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » – « Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, celui qu devait venir en ce monde ».

Commentaire :

La célébration de la mort un dimanche semble violer nos vies. Le dimanche, traditionnellement réservé à la Résurrection, fait place cette année à la mort : le souvenir de nos morts, de leurs souffrances, de leur agonie, le poids de leur absence, la longue solitude, l’ennui, la désespérance. Comme l’écrit Anne Philippe suite au départ de Pierre, son mari : « Frappe-toi la tête sur les murs, tu n’y changeras rien : il était, il n’est plus «. Même si la résurrection demeure une des bases fondamentales de notre foi, « Si le Christ n’est pas ressuscité, écrit l’apôtre Paul, vaine est notre foi » ; même si comme l’atteste l’auteur de la lettre aux Hébreux « la foi est la garantie des choses que l’on espère, des réalités qu’on ne voit pas » (He. 11 : 1), il faut une grande foi pour être assuré de l’après vie.

La réalité évoquée ce dimanche, c’est la mort. Contestée de toutes façons, on camoufle la mort par des célébrations et des rites susceptibles de la rendre plus douce, par l’ « assistance » pour la rendre moins cruelle et moins longue, chemin détourné pour ceux qui sont las de vivre, suicides dont le nombre ne cesse de monter en flèche. On l’applaudit même comme si elle était un triomphe. Comment parler de foi autour de la mort lorsque l’espérance en est absente.

La littérature autour de thème de la mort est pleine d’enluminures aux couleurs les plus provocantes, mais nous sommes loin de l’iconographie qui parle du ciel : « Un autre voyage qui t’amène loin de nous, dans un pays inconnu, pays d’où personne ne revient «. « Tant de choses que nous aurions voulu faire ensemble, mais tout semble arrêté. Le mur contre lequel tout est fracassé. Travail inachevé, projets laissés en plan ». « Quitter sans attendre le temps de la moisson, des récoltes ; sans prendre le temps de se réconcilier, sans terminer la maison, voir les enfants placés… » « La grande vague de la mer qui balaie tout l’a emporté : hier présent, aujourd’hui il n’est plus «. Départ, rupture brutale, fin de tout. Place vide à la table, berceuse devenue immobile. D’un geste plein de tendresse, la main a fermé pour toujours ses yeux, comme on ferme les volets, serré ses lèvres sur tant de confidences et de réponses à nos pourquoi, interrompu brusquement la phrase commencée… Il n’y a pas d’âge pour mourir, quand on aime. Amours brisées. « Sommeil qui n’en finit plus, alors que le monde continue et que la terre tourne toujours. Solitude de la terre, nuit des profondeurs, silence du tombeau «.
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« Il était, il n’est plus. Frappe-toi la tête contre le mur, tu ne pourras rien y changer ». Pour nous aussi, un jour, la mort viendra et nos mains ne pourront plus rien retenir. Dépossession totale. Elle nous emportera sans attention vers son là-bas. La journée sera terminée, même si mon travail ne l’est pas. Inutile de l’oublier, de la confondre avec la vie, de la rendre joyeuse, la mort est toujours devant moi. Elle me précède depuis ma naissance, et se laissera bien rattraper un jour. Elle ne laissera que des larmes, la nuit, le vide. Tout nous rappellera qu’elle est passée et qu’elle passera encore. Elle vainc tout, absolument tout. Un moment, elle a même vaincu Dieu. Mais Dieu a vaincu la mort. « Ô mort, où est ta victoire ? » Voici mon corps livré pour vous : l’heure de l’amour jusqu’au bout. Un moment de la vie. L’amour m’attend, l’amour me prend, l’amour m’emporte. « Seigneur si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ». Qui ne voudrait trouver cette prière sur ses lèvres en ce jour, jour du grand départ, veille ou lendemain de l’inévitable épreuve.

« Ton frère ressuscitera » de répondre Jésus. « Je sais qu’il ressuscitera au dernier jour », reprend Marthe. Faut-il vraiment attendre ce jour indéterminé, lointain, à peine imaginable, objet d’une espérance sans preuve, sans fondement si ce n’est l’affirmation de Jésus. C’est dans la foi et la foi seule que nous pouvons perpétuer la présence de nos chers disparus, croire en leur intercession pour nous auprès de Dieu. C’est pourquoi en ce jour, par nos prières, voulons-nous hâter leur montée auprès de Dieu à la suite de Jésus. D’aucun préféreront leur ouvrir le ciel aussitôt après leur départ de cette terre ; il faut être si pur pour avoir accès auprès de Dieu. C’est dans la purification de cet amour, source et raison de vivre sur la terre, et ce long désir de retrouver l’objet ultime de cet amour, Dieu, que nous pouvons donner au Purgatoire quelques traits réalistes.

Quelle peut être douce cette parole de Jésus en conclusion à son entretien avec Marthe : « Qui croit en moi fut-il mort, vivra ; et qui vit et croit en moi, ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » – « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».

Cette inconnue quant au moment, la manière et l’après vie laisse estomper le mystère dont elle s’enveloppe après ces paroles de Jésus.

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