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Le Lotus ou la Croix, les raisons d’un choix (2ième partie)

Imprimer Par Dennis Gira

Chaque année, je suis un peu étonné d’apprendre que certains de mes étudiants, et une bonne partie de ceux qui assistent à mes conférences sur le bouddhiste, pensent que je suis bouddhiste. Ils ont du mal, sans doute, à comprendre comment il est possible que quelqu’un puisse porter un regard si positif sur le bouddhisme, apprécier vraiment la cohérence interne de cette tradition et en parler avec enthousiasme sans être bouddhiste lui-même. Quand ils apprennent que je suis chrétien, ils sont souvent extrêmement étonnés. Certains d’entre eux me demandent comment je peux continuer à croire en Dieu, à être chrétien après avoir étudié le bouddhisme en profondeur, tant ils sont sûrs que cette voie répond mieux aux besoins spirituels du monde contemporain.

C’est pour répondre à cet étonnement que Dennis Gira, professeur à l’Institut catholique de Paris, reconnu par les bouddhistes eux-mêmes comme un des meilleurs spécialistes du bouddhisme, a écrit cet essai qui cherche à faire comprendre un cheminement, à éclairer une conviction, à étayer « les raisons de mon choix ».

Suite : La paternité de Dieu.

P63 : Vers une lecture adulte de l’Évangile

Aujourd’hui, il m’arrive assez souvent d’être interrogé sur ma foi en Dieu le Père par toutes sortes de personnes – bouddhistes, chrétiens, agnostiques, athées… – qui semblent totalement allergiques à cette idée. Je leur demande alors quand elles ont entendu parler de ce Dieu Père pour la première fois, et leur réponse est presque toujours la même : c’était dans leur enfance, au sein de la famille, ou au catéchisme. Et quand nous parlons de différents passages de l’Écriture sainte qui évoquent l’image du Père, je constate qu’elles les interprètent à la lumière de leur expérience d’enfant ou d’adolescent. En un sens, il n’y a rien de plus naturel, surtout dans des pays « chrétiens » où, jusqu’à récemment, presque tout le monde naissait dans une famille chrétienne, plus ou moins pratiquante, mais le plus souvent soucieuse de transmettre les fondements de la foi à ses enfants. La difficulté, c’est que l’enfant est dans l’impossibilité physique et psychique de comprendre toute la richesse de cette image. Et cela explique en grande partie, je crois, le problème auquel nous sommes confrontés. […]

Cette expérience, nécessairement adulte, de la paternité m’a aidé à mieux saisir ce qu’est l’amour du Père pour chacun. Je me rappelle comme si c’était hier la première fois que, assis avec mon propre enfant dans les bras, j’ai médité sur le Père. Alors, presque d’un coup, tous les aspects négatifs de cette image se sont simplement évaporés. J’ai réellement compris que Dieu m’aimait comme j’aimais mon enfant – ce qui n’est pas vraiment la même chose que d’être convaincu qu’il m’aimait comme mon père m’avait aimé. J’ai compris que ce Père-là ne pouvait pas plus m’abandonner que je ne pourrais abandonner cet enfant qui était dans mes bras et pour qui j’étais prêt à tout donner. Il n’était plus possible d’avoir peur ce Père-là.
Cette méditation a commencé il y a vingt-six ans, avec la naissance de mon premier enfant, et elle continue aujourd’hui. A chaque année qui passe, à la lumière de cette méditation, de ma propre expérience, de la manière dont Jésus-Christ parle de son Père ( et de notre Père) dans l’Évangile, il me semble que je comprends de mieux en mieux ce que c’est qu’être père. J’ai compris surtout ce qu’était le pardon dans la cohérence chrétienne, ce pardon qui structure et qui permet à l’enfant – et plus tard à l’adulte qu’il deviendra – de se remettre debout et de renouer constamment ses relations avec les personnes qui l’aiment et celles qu’il aime, peut-être sans savoir bien l’exprimer.

Si nous avons réfléchi longuement à l’image du Père, c’est pour mieux comprendre, malgré, encore une fois, les limites inhérentes à toute image, à quel point elle peut parler du pardon et de l’amour de Dieu pour chacun. Pour « vérifier » si notre lecture de cette image est juste ou non, il suffit de regarder le Christ. Car le principe proposé au chapitre précédent vaut toujours : sa manière d’être dans le monde est la manière d’être de Dieu parmi les hommes.

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