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Un peu d’humilité, s.v.p.

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Georges W. croit que Dieu l’a mandaté pour extirper le mal de la planète. Il aurait reçu mission divine de faire plier l’échine à tout mécréant, à tout suppôt de Satan. De son côté, Saddam pointe du doigt l’ennemi de son pays en croyant reconnaître le diable en personne. En résistant, il est persuadé qu’il accomplit la volonté de Dieu. Ses imams prêchent la guerre sainte et mobilisent le peuple au nom de la foi.

Qui a raison? À qui Dieu s’est-il vraiment adressé? Qui est le véritable émissaire de Dieu? De quel côté Dieu combat-il? La question se pose au moment où les yeux sont tournés vers l’Iraq devenu champ de bataille. Mais elle se posait déjà dans les tout premiers balbutiements de la foi : Dieu est-il de notre côté ou campe-t-il chez les ennemis? Dieu est-il le «Dieu de nos armées»? Avant cette question, il faut en poser une autre : Dieu parle-t-il s’adresser et s’adresse-t-il à des êtres en particulier? Qui peut prétendre que Dieu communique avec lui personnellement?

Vers la fin du 2e siècle de notre ère, Celse, un philosophe païen, ironisait sur les croyants qui prétendaient être les interlocuteurs de Dieu : «Juifs et chrétiens me font l’effet d’une troupe de chauve-souris, de fourmis sortant de leur trou, de grenouilles établies près d’un marais ou de vers tenant assemblée dans le coin d’un bourbier et discutant ensemble qui d’entre eux sont les plus grands pécheurs. Ne croirait-on pas les entendre, ces bestioles, dire entre elles : ‘C’est à nous que Dieu révèle et prédit toutes choses. Du reste du monde, il n’a cure; il laisse les cieux et la terre rouler à l’aventure pour ne s’occuper que de nous. Nous sommes les seuls êtres avec lesquels il communique par messagers, les seuls avec lesquels il désire lier commerce, car il nous a faits à son image…’»

Celse – avec ou sans son ironie méchante – peut-il avoir raison? Sommes-nous prétentieux en croyant que Dieu s’adresse à nous?

L’humanité n’est qu’une minuscule tête d’épingle sur l’immense territoire des galaxies. Son existence s’étale sur une courte durée dans les milliards d’années que constitue l’univers. Dieu aurait-il attendu tout ce temps pour parler à ce privilégié que serait l’être humain?

La révélation que juifs et chrétiens semblent avoir reçue de Dieu épuise-t-elle toute sagesse? Dieu communique-t-il uniquement par Bible et Coran interposés? Les autres religions, les autres philosophies sont-elles à ce point dépourvues de toute expression de la pensée de Dieu?

Les civilisations changent; les philosophies évoluent et se transforment. Tout devient d’une certaine façon relatif et discutable. Pouvons-nous être catégoriques, absolus, quand nous croyons reconnaître un signe de la part de Dieu?

Nous croyons que Dieu nous parle. C’est fondamental dans notre acte de foi. Reconnaissons cependant que nous pouvons facilement prêter à Dieu des paroles qui relèvent uniquement de nos désirs personnels. Nous pouvons imposer à Dieu notre volonté et nous laisser croire qu’il s’agit de la sienne. Devant Dieu et parmi les autres, un peu de modestie n’est pas nuisible. Un peu d’humilité pour nuancer nos affirmations catégoriques et ne pas prendre pour parole divine ce qui n’est que parole humaine.

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