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La brûlure de Dieu

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Dans un magazine, un reportage sur les Îles de la Grèce montrait une femme accroupie dans la rue! À quatre pattes! La légende dit: «Le 15 août, il est de tradition dans l’Île de Sifnos de se rendre à l’église à genoux».

Vous voyez-vous sur la rue la plus achalandée de votre ville ou de votre village, vous traînant sur les genoux d’un endroit à l’autre? «Il est saoul!», dira-t-on. «Elle a perdu la raison!» Personnellement, vous auriez peur de salir vos pantalons, de briser vos bas ou d’attraper le rhume.

Pour exprimer la foi, il n’est pas nécessaire de faire des gestes aussi spectaculaires. Le Seigneur ne nous oblige pas à poser des actes religieux extravagants. Pour reprendre le message des prophètes, c’est le coeur qui compte. C’est l’intention. Si ton coeur n’est pas accordé à tes actions, tes actions n’ont pas de sens. C’est vrai. Il faut nous convaincre de plus en plus de la vérité de cette affirmation. Mais…

Pourtant, dans notre société, les psychologues nous font redécouvrir nos émotions. Les médecins nous demandent d’accorder plus d’attention à notre corps pour le garder en santé. Combien font du sport pour se tenir en forme, pour mieux respirer, pour délier leurs muscles, pour atténuer le stress? On suit des cures pour se donner une silhouette plus svelte, un beau galbe!

Malgré toute cette attention pour notre corps, il n’est pas certain que nous le reconnaissions à sa juste valeur. Nous découvrons le plaisir, la détente, le bien-être, mais nous ignorons notre corps. Nous en faisons un objet devant soi, extérieur à soi. Nous le cultivons comme nous entretenons un géranium sur le bord d’une fenêtre.

Ça va même plus loin. Nous, les chrétiens, les chrétiennes, nous craignons tellement l’hypocrisie, nous nous méfions tellement des pratiques extérieures que nous risquons de refuser à notre corps la possibilité de croire. Nous empêchons notre corps d’avoir la foi!

Dans bien des vies, il faut que le corps ait la foi avant que le coeur n’y consente. Il faut se jeter à genoux longtemps face au vide avant d’arriver à percevoir la présence de Dieu au fond de nous-même. Il faut faire beaucoup d’inclinations, lever les bras vers le ciel, tracer la croix sur son corps … avant d’entendre la voix de Dieu.

C’est dans ces perspectives que Jésus et les disciples de Jean parlent de jeûne. Jeûner, c’est vivre dans notre corps la faim de Dieu. Un vieux mystique qui ne séparait pas son corps de son coeur disait: Mon corps n’a pas le droit d’être gavé quand mon coeur désire Dieu avec ardeur».

Voilà pourquoi nous sommes invités à jeûner durant le carême. Notre jeûne n’a rien de religieux si nous nous abstenons de nourriture pour maigrir. Nous y trouvons notre intérêt, comme dit Isaïe. Notre jeûne relève de la foi quand nous jeûnons pour avoir faim de Dieu. Nous voulons porter jusque dans notre corps la brûlure de Dieu.

Il fut un temps où des chrétiens se préparaient à l’eucharistie en faisant abstinence totale de nourriture pendant une semaine! Ils aiguisaient ainsi leur appétit de Dieu. Un exploit! Une passion! Une façon de traduire radicalement les mots du psaume: «J’ai soif de toi, mon Dieu, comme une terre aride, desséchée et sans eau»!

En traduisant notre faim de Dieu, jusque dans notre corps, nous ne voulons pas oublier les faims des autres, leur pauvreté. Nous voulons que notre jeûne ressemble à celui d’Isaïe: «Partager ton pain avec celui qui a faim, ne pas te dérober à ton semblable. Alors si tu appelles, le Seigneur répondra, si tu cries, il dira: Me voici. »

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