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Le défi de la diversité

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Des noirs, des blancs! Des blonds, des bruns, des roux.! Des nez pointus, des nez écrasés! Des gros, des petits! Des géants, des nains! De bons caractères, des mauvais! Il y a de tout sur cette planète. Si ronde soit-elle, la terre ressemble à un gigantesque jardin anglais. Les fleurs se côtoient sans nécessairement se ressembler, ni avoir des parentés. Tout est pêle-mêle dans la foule humaine.

Et ce n’est pas facile. Les langues de communication sont tellement diversifiées que parfois elles ne communiquent pas ou, du moins, parviennent difficilement à le faire. Même quand nous faisons appel aus gestes, aux signes, aux symboles. Je connais une région d’Afrique où on dit bonjour avec un signe de la main qui signifie chez moi: «Viens ici, s.v.p.!»

Pas surprenant qu’il y ait de la bagarre un peu partout. Et des conflits aussi diversifiés que tout le reste: des petites frictions entre deux personnes; d’abominables guerres entre les peuples. Nous nous chicanons pour des idées, des prétentions, des injustices, des conquêtes. Nous allons en procès ou nous réglons nos désaccords tant bien que mal à l’amiable.

Parmi nos grands rêves, nous retrouvons souvent une soif de paix, d’harmonie, de réconciliation. Pour y parvenir, nous avons inventé le dialogue, la conversation, l’arbitrage, la compréhension, la loi, le contrat, la charte, l’étude des moeurs, l’objectivité, la lutte contre les préjugés, etc.

Parfois, nous oublions que nos différences ne sont pas nécessairement des différends. Il y a quelque chose de beau, d’enrichissant à ne pas être semblables. La nature est là pour en témoigner. Les champignons n’ont pas la stature de l’arbre mais ils profitent de son ombre pour se développer. Le soleil n’a rien d’un rose rouge mais celle-ci grandit à cause de lui. Nous sommes nés de la différence entre une femme et un homme. L’universitaire savant peut poursuivre ses recherches parce que le fermier lui fournit les denrées pour se nourrir.

La mentalité actuelle voudrait une pensée unique sur l’ensemble de la planète. Le commerce conduit à vouloir faire consommer les mêmes produits sur l’ensemble de la terre. Partout, on en fait la promotion et, souvent, de la même façon d’un continent à l’autre. Des puissants veulent dominer et imposer leurs idéaux, leurs cultures, leurs options économiques et philosophiques. Mais il n’y a pas d’avenir à niveler, à uniformiser. Nous ne pouvons nous unir qu’en respectant nos différences, et même en les accentuant. Nos diversités nous font vivre. La société vit et se développe grâce à nos complémentarités.

D’après la Bible, Dieu bénit cette bienheureuse différence. Il aurait même brisé un projet qui allait en sens contraire. À Babel, on voulait construire une ville aussi haute que le ciel, avec une seule langue, les mêmes mots, et devenir un peuple unique. Dieu, qui avait déjà la diversité dans sa nature divine, résista: «Allons, descendons et brouillons ici leur langue, qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres!» (Genèse 11, 7) Le récit laisse entendre que les humains se dispersèrent sur toute la surface de la terre. Avec pour conséquence que la distance favorise la différence.

À la fin du récit de la création du couple humain, la Bible conclut: «Aussi l’homme laisse-t-il son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et ils deviennent une seule chair.» (Genèse 2, 24) Quitter le semblable pour s’attacher au différent. S’attacher au différent, à la différente pour devenir une seul chair.

Les humains se dispersèrent après Babel. Ils se dispersent encore de nos jours. Ils se marièrent. Ils se marient encore de nos jours. Ils ont ainsi l’occasion d’inventer l’harmonie dans le déséquilibre, la beauté dans la diversité, la richesse dans la complémentarité. Un défi qui mérite bien d’être relevé.

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