Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

19e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Seigneur, sauve – moi !

Aussitôt, Jésus obligea ses disciples à remonter dans la barque et à le devancer de l’autre côté, pendant qu’il renverrait les foules. Et quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque, elle, se trouvait déjà au milieu de la mer, harcelée par les vagues, car le vent était contraire. A la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux en marchant sur la mer. Quand ils virent qu’il marchait sur la mer, les disciples furent troublés : C’est un fantôme , disaient-ils, et, pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur adressa ces mots : Rassurez-vous, c’est moi, n’ayez pas peur. Sur quoi, Pierre lui répondit : Seigneur, si c’est bien toi, donne-moi l’ordre de venir à toi sur les eaux. – Viens ! dit Jésus. Et Pierre, descendant de la barque, se mit à marcher sur les eaux en venant vers Jésus. Mais, voyant la violence du vent, il prit peur et, commençant à couler, il cria : Seigneur, sauve-moi. Aussitôt Jésus tendit la main et le saisit, en lui disant : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Et quand il furent remontés dans la barque, le vent tomba. Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui en disant : Vraiment, tu es le Fils de Dieu.

Commentaire :

La marche sur les eaux : aujourd’hui, les heures difficiles de l’Église ; autrefois, les persécutions, les schismes, les hérésies. L’Église doit toujours lutter. Partout des chrétiens doivent traverser la nuit de la foi. C’est la condition du croyant et du fidèle tout au long de sa traversée terrestre. En chaque instant, le disciple, secoué par l’épreuve, perdu dans la tempête, doit reconnaître que seul Jésus peut le sauver. Soutenu par la foi, il fera des merveilles plus grandes encore que celles de Pierre, plus grandes que celle de Jésus (Jn.14 : 12)

Après le dénouement de la multiplication des pains, ce passage de Matthieu se déroule en trois parties : retraite de Jésus dans la montagne, marche de Jésus sur les eaux et tentative de marche de Pierre sur les eaux. Cherchons avant tout le sens du miracle dans les évangiles.

LE MIRACLE

En prélevant quelques fragments d’impressions relevés ici et là dans les évangiles, nous voyons que le miracle met d’abord en évidence la puissance de Dieu : Jamais nous n’avons rien vu de pareil (Mc.2 : 12) ; Qui est donc celui-là à qui le vent et la mer obéissent ? (Mc.4 : 41) Après la guérison du possédé muet, la foule s’écrie : Jamais on n’a vu pareille chose en Israël. (Mt.9 : 33) Rarement cependant, la foi ne caractérise la réaction psychologique des témoins du miracle, l’acte de croire constitue au contraire une condition préalable au miracle : Croyez-vous que je puisse le faire ? demande Jésus aux deux aveugles. (Mt.9 : 27-31)

Dans les évangiles, le miracle est diversement perçu. Il est premièrement l’effet de la victoire de l’Esprit de Dieu sur les puissances du mal. En ce cas, le miracle est toujours accordé à la foi et la foi précède le miracle. En deuxième lieu, le miracle est le signe que Jésus a été envoyé par Dieu qui agit en lui. Le miracle ici précède la foi. Et enfin, le récit du fonctionnaire royal de Capharnaüm en est une preuve, le miracle connaît une certaine dépréciation ; sa relation à la foi est distendue, la foi n’a plus besoin de miracle pour s’épanouir dans le cœur des hommes : Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. La Parole seule provoque ici la foi. Celle-ci est réponse de l’homme à Dieu qui lui parle par le Christ. Puissance persuasive de la parole proclamée par saint Paul : Tandis que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous prêchons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens ; mais pour ceux qui sont appelés, Juifs comme Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. (1 Co.1 : 22-25)

LE RECIT

Après la multiplication des pains, Jésus, raconte l’évangéliste, obligea ses disciples à monter dans une barque pendant qu’il renverrait les foules ; question de permettre aux siens de goûter de quelques heures de repos et non moins de les préserver de la tentation de triomphalisme qui les menace à l’instar de la foule qui voulait faire lui un roi ? (Jn.6 ; Mt.16 : 22) Jésus veut soustraire les siens à la séduction de l’illusion. Jésus se retire alors dans la montagne, la solitude, pour se tourner vers son Père. Il a besoin de fuir, comme au Mont de la Quarantaine, la tentation de la facilité (Mt.4 : 5-7) : séduire les foules par des faits merveilleux, alors que dans le dessein de Dieu, seule son élévation sur la croix attirera tout à lui. (Jn.12 : 32) Cette prière dans la solitude va affermir le sens de sa mission. Jésus, le soir venu, était là, seul.

MARCHE SUR LES EAUX

La nuit descend, le vent souffle, et en mer, les disciples se sentent perdus. Ils ont peur et ne reconnaissent point Jésus venu vers eux sur les flots. Ils prennent alors pour un fantôme cet homme au-dessus des lois de la nature. Jésus veut leur donner un signe de sa divinité. L’océan a toujours été pour l’homme une force écrasante, menace dangereuse pour l’humanité (Ps. 69 : 3; 107 : 25-27) que Dieu seul peut mater. (Job.38 : 3-11) Les versets du psaume 107 peuvent trouver place dans notre prière. Chez Matthieu, la barque symbolise toujours l’Église (8 : 23; 15 : 39) tourmentée par les vagues et les vents contraires ; l’attention de l’évangéliste est donc concentrée sur l’Église. Par trois fois, l’auteur semble s’être complu à remettre en scène ce duo barque-église. (8 : 24-27; 26 : 36-39)

TENTATIVE DE PIERRE

Dans ce contexte tourmenté, émerge la figure de Pierre. L’apôtre demande : Si c’est toi, ordonne-moi de venir à toi sur les eaux. Naïveté du caractère de Pierre ou prophétie ? La grâce va peu à peu transformer l’âme de Pierre et faire du timoré qu’il était, l’homme fort et courageux, capable d’aller jusqu’au martyre, l’homme constamment soulevé par le désir de rejoindre et d’accompagner son Maître comme plus tard après la résurrection. (Jn.21 : 7) Pierre incarne tout le cheminement de la foi dans le cœur de l’homme : il croit, mais sa foi demeure fragile. Pense-t-il à Jésus, il se sent fort, prend-il conscience de son existence humaine, il enfonce. Parfait modèle de notre pèlerinage humain : dès que Jésus est là, nous avons atteint le but de notre voyage et de notre recherche. Il est lui-même le but de notre vie, le chemin, la vérité et la vie. Pierre d’achoppement, objet de scandale à certains moments, mais salut pour qui l’implore.

Seigneur, sauve-moi !

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