Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

21e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Le fils de Yonas

Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus posa à ses disciples cette question : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Ils dirent : « Pour les uns, c’est Jean-Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou quelqu’un des prophètes. » – « Mais pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? » Prenant alors la parole, Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » En réponse, Jésus lui déclara : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car cette révélation t’est venue non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien ! moi, je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hades ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux : quoi qu tu lies sur la terre, sera tenu pour lié dans les cieux, et quoi que tu délies sur la terre, sera tenu pour délié dans les cieux. » Alors il recommanda aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.

Commentaire :

Nous étions rassemblés, représentants de toutes les dénominations religieuses de la Capitale. Le sujet de cette réunion mensuelle inter confessionnelle était précisément ce passage de l’évangile selon saint Matthieu. (16 : 13-20) A tour de rôle, chacun exprimait sa compréhension sur ce point particulier de la primauté du pape. Après de longues, bouleversantes et respectueuses confidences, le représentant de l’église anglicane, personnage remarquable dans le paysage religieux québécois, nous révéla très humblement : « Tout cela m’a l’air tellement probant et indiscutable ; mais, ajouta-t-il, je ne parviens pas à y donner mon adhésion. Je reconnais que la déclaration du Christ concerne Pierre, mais je ne puis admettre qu’elle s’étende également à tous ses successeurs. »

La tendance des exégètes non catholiques a toujours été de restreindre à la personne de Pierre ces promesses du Christ. Pour eux, la confession de Césarée constitue un événement sans suite et ne saurait fonder une institution permanente. L’histoire nous enseigne d’ailleurs que tout au cours des siècles, les oppositions n’ont pas manqué et le « Tu es Pétrus – Tu es Pierre » concernait, saint Cyprien en témoigne sans doute influencé par Mt. 18 : 18, le corps entier de l’épiscopat et non seulement le pontife romain. Quel est le sens et la portée exacts de ce passage exclusif à Matthieu, dont l’évangéliste est l’unique reporteur ?

ÉVANGILE DE L’ÉGLISE

L’évangile de Matthieu est s’intéresse particulièrement à l’église. Il voit en elle la continuation du Peuple de Dieu, la communauté de la Nouvelle Alliance ; Jésus y apparaît comme le nouveau Moïse, bien qu’il le dépasse. Et la confession de Césarée fut vraiment plus qu’un événement, les promesses faites alors fondent une institution. Ce texte a une valeur immense ; nombre de livres et d’articles lui ont été consacrés surtout de nos jours où l’œcuménisme prend une place considérable dans la réflexion chrétienne. Ce n’est pas l’authenticité du texte qui est ici mise en cause, mais l’extension à la Papauté des promesses faites par Jésus à l’un de ses Apôtres. On pourrait dire sans exagération que c’est là l’évangile de l’Église : l’Église indéfectible à cause des promesses faites à Pierre et à ses successeurs

Retrouvons donc Jésus et ses disciples dans la région de Césarée de Philippe. En plusieurs occasions, Jésus cherche à s’éloigner quelque peu de la Palestine pour donner aux siens l’occasion de se reposer et en profiter pour mûrir l’enseignement dont ils sont témoins en cours de mission. Ce jour-là, il tente de faire le point sur sa personne : que pense-t-on de lui ? Les gens semblent divisés bien que tous ou la plupart l’identifient comme un prophète, l’un des anciens ressuscités. Au temps de Jésus, la liste était close (Za.7 : 7.12, Dan. 9 : 6.10 ) ; Malachie avait lui-même annoncé qu’un jour le prophète Élie reviendrait comme précurseur du Messie. (Ml. 3 : 24-25) « Mais, vous, que pensez-vous de moi, » interpelle Jésus. Pierre, le pêcheur, l’homme réfléchi, prend la parole au nom de tous et, mu par une inspiration divine, déclare : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

Pour Pierre, il ne fait aucun doute, du moins ce jour-là, Jésus est l’envoyé de Dieu, annoncé par les prophètes, le nouveau David qui sauvera son peuple ; tant de signes en sont la preuve et non moins son enseignement. C’est alors que Jésus remit les montres à l’heure : « Ce n’est ni la chair ni le sang, mais mon Père qui te l’ont révélé. » Précédemment, il avait affirmé : « Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » (Mt. 11 : 27)

Jésus bénit alors Pierre, Fils de Yonas, objet des faveurs de l’autre Père qui est dans les cieux, et proclame par la même occasion les promesses concernant le fondement de l’église, son indéfectibilité et ses pouvoirs : « Tu es Pierre et sur cette pierre… et les portes de l’Hades, le royaume de la mort, ne prévaudront point contre elle… Je te donnerai les clés du Royaume… » C’était faire de Pierre et non moins de ses successeurs comme un être tout-puissant et successif qui aura pouvoir d’ouvrir l’Église aux hommes par la foi et de les sauver de la Mort. (Jn.3 : 15) L’Église détient maintenant et pour les siècles le pouvoir de conserver le dépôt de la foi, de défendre et de permettre, de condamner et d’absoudre, d’exclure de la communauté ou d’admettre.

ÉVANGILE DU CHRIST

Ces paroles sont-elles de l’Église d’après Pâques ou de Jésus lui-même ? L’évangéliste Matthieu voulait-il appuyer sur l’autorité de Jésus une situation créée par la vie de l’Église ? Quelques textes tirés des évangiles nous permettent de tenir pour authentiquement « christiennes » ces promesses. ( Jn.6 : 67-69; 21 : 15-17) Il va de soi, semble-t-il que cette mission devait couvrir l’espace et le temps de l’Église et une seule génération ne pouvait l’assurer. Nous pouvons tenir là un témoignage supplémentaire que l’Église vivante sous l’impulsion de l’Esprit a écrit elle-même la constitution de sa foi.

Jour inoubliable, temps de l’Esprit, qui fit du Fils de Yonas et de tous ses successeurs les plus antiques et actuelles fondations de l’Eglise, pour reprendre l’expression Paul. (Eph. 2 : 20)

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