Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

17e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Marché aux puces

Le Royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver ; il le cache à nouveau, s’en va, ravi de joie, vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ. Le Royaume des Cieux est encore semblable à un négociant en quête de perles fines ; en a-t-il trouvé une de grand prix, il s’en va vendre tout ce qu’il possède et achète cette perle.

Commentaire :

Dans les évangiles de Matthieu, Marc et Luc, on compte une cinquantaine de paraboles différentes. Jésus a abondamment utilisé ce genre littéraire : Jésus ne leur parlait point sans paraboles. (Mt. 13 : 34) Si, au temps de Jésus, ce langage imagé paraissait difficile à comprendre, ( C’est pour cela que je leur parle en parabole : parce qu’ils voient sans voir et entendent sans entendre ni comprendre 13 : 13) , comment est-il possible de nous rendre familier cette façon de dire en une culture tellement différente comme la nôtre ?

LA PARABOLE

Pour clarifier la question, disons que la parabole était une des méthodes pédagogiques très répandues au temps de Jésus. Et ce dernier parle ainsi de façon imagée parce que la révélation qu’il apporte est trop nouvelle pour pouvoir en parler explicitement. Jésus utilise donc ce genre à la mode dans son temps. Il prélude habituellement par ces mots : À quoi comparerions-nous le Royaume de Dieu ? ou Le Royaume des cieux ressemble à … Et les personnages de ces paraboles sont les mêmes retrouvés traditionnellement en toutes. Enfin, Jésus a toujours soin de centrer l’image sur une leçon qu’il veut transmettre, que l’on définit par la pointe de la parabole. Cette leçon se cache habituellement sous un paradoxe, une réalité impossible. Aussi le langage de Jésus était-il malgré tout fort clair pour ses auditeurs. Pour nous, la difficulté réside dans l’obligation de recréer la situation dans laquelle ces paraboles furent utilisées, les circonstances dans lesquelles elles furent prononcées. Ce qui n’empêche que la plupart sont facilement compréhensibles pour nous.

TRÉSOR ET PERLE

Nous entendons, ce dimanche, deux petites paraboles. Sans doute, n’en formaient-elles qu’une à l’origine. C’est la pointe de la parabole, le trait auquel l’orateur donne le plus de relief et sur laquelle la leçon doit se greffer, qui nous retiendra. Même si l’attention semble concentrée sur un trésor et une perle de grand prix, le récit décrit davantage l’homme et sa conduite après la découverte. Qu’importe la géographie du trésor ou la clé utilisée pour en découvrir la cache, seule l’attitude de l’homme doit nous retenir : Dans sa joie, il s’en va, vend tout ce qu’il a et achète ce champ… cette perle. Le paradoxe sous lequel se terre la leçon de la parabole est la singularité de la conduite du personnage qui, pour acquérir le bien convoité, doit vendre tout son avoir ; et autre trait remarquable, ce qu’il possédait équivaut à la valeur de ces objets. Loin de retenir l’attention sur la valeur inestimable du Royaume des cieux, le récit s’attache donc davantage à la situation concrète et immédiate de celui qui en a découvert l’existence : une occasion à ne pas laisser perdre. Cette réaction de l’homme nous ramène aux exigences présentées au riche qui voulait en partage la vie éternelle (Mc. 10 : 2) : Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel : puis viens et suis-moi. Ces petites paraboles expriment donc la conduite et la réponse attendues par Jésus de ceux et celles qui reçoivent la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu, réponse que refusent les invités au festin du Royaume. (Lc. 14 : 15-24) Quelle que soit la situation de l’appelé, il doit faire tout le nécessaire pour profiter de la chance inouïe qui lui est présentée. Nul ne saurait payer trop cher le bien découvert : miser sur tout ce que l’on a et tout ce qu’on est.

CONSÉQUENCES

Une dernière question : pourquoi l’évangéliste Matthieu intègre-t-il ces deux paraboles entre celle de l’ivraie et celle du filet ? Il serait trop facile de croire qu’il les a placées là comme on entasse des objets similaires dans un même casier. Les finales de l’une et l’autre parabole, celle de l’ivraie et celle du filet ( 13 : 30 + 42 ; 13 : 48) mettent l’accent sur le sort réservé aux mauvais. Ne peut-on déduire que les paraboles du trésor et de la perle sont également dominées par l’idée du jugement qui doit envoyer les pécheurs dans la fournaise de feu ? (13 : 42 + 50) Matthieu veut sans doute mettre de l’avant l’argument de crainte davantage que celui de la joie ou de la convoitise saine pour influencer la conduite des auditeurs. Il s’adresse à des chrétiens qui doivent faire passer la recherche du Royaume avant toute autre préoccupation. Souvenons-nous que nul ne peut servir deux maîtres. (6 : 24) Il existe des options devant lesquelles personne ne saurait se dérober, d’elles dépend le sort de chacun. A nous d’assurer avec tout le dynamisme de la grâce qui appelle, la vente de garage pour faire place nette à l’envahissement de l’Esprit et l’amour des Trois en chacun de nous.

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