Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

11e Dimanche du temps ordinaire. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Office de la main d’œuvre

A la vue des foules, Jésus en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis sans berger. Alors il dit à ses disciples : La moisson est abondante mais les ouvriers peu nombreux ; priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. Ayant appelé ses douze disciples, il leur donna autorité sur les esprits impurs, avec pouvoir de les expulser et de guérir n’importe quelle maladie ou langueur. Voici les noms des douze apôtres : en tête, Simon que l’on appelle Pierre, et André son frère ; puis Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère ; Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu le publicain ; Jacques, fils d’Alphée, et Thaddée ; Simon le Zélé et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra. Ces douze, Jésus les envoya en mission avec les recommandations suivantes : Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville des Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Chemin faisant, proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Ne vous procurez ni or, ni argent, ni menue monnaie pour vos ceintures, ni besace pour la route, ni deux tuniques, ni chaussures, ni bâton ; l’ouvrier mérite sa nourriture.

Commentaire :

Voilà un texte de saint Matthieu écrit de main de maître. Le verset précédent (9 : 35) nous mettait en situation d’écoute avec les foules innombrables qui suivaient Jésus à travers toute la Galilée. La catéchèse de Matthieu, nous livre l’enseignement du Maître dans les synagogues et la teneur de son enseignement, c’est à dire la Bonne Nouvelle du Royaume et les multiples guérisons qu’il opérait. Telle sera d’ailleurs la mission qu’il entendait partager avec ses Apôtres dont le choix va suivre ainsi que l’envoi en mission.

Plein de compassion, source profonde de son ministère, Jésus décrit l’étendue et l’urgence du besoin missionnaire. Ainsi Matthieu introduit le deuxième des cinq grands discours de son évangile, celui sur la mission. Il occupe tout le chapitre 10e. Notre passage (9 : 35 – 10 : 4) veut montrer comment la mission de Jésus, Messie de Parole et Messie guérisseur, définit l’engagement missionnaire. La tâche est immense, la foule en donne un petit aperçu : de tous côtés, à travers l’espace et le temps, on attend des paroles d’espoir. La responsabilité qui incombe tant à Jésus qu’aux siens est planétaire, si limitée que soit la dimension du monde connu d’alors. Le Sauveur tente de partager ici sa compassion, sa vision du monde. Aux siens, sans doute sévères dans leur jugement, désabusés peut-être, à tout le moins bouleversés, il lance une invitation à la prière et à la mission : Priez le Maître d’envoyer des ouvriers… Puis, aussitôt il ajoute : Allez ! je vous envoie !

LA MISSION

Au point de départ de la mission de Douze et de toute l’église, Matthieu place la compassion de Jésus et de Dieu. (Ps.103 : 8-13; Os.2 : 2+) La tendresse de Jésus est suscitée par l’état des foules tourmentées, lasses et prostrées, comme des brebis sans pasteur.

Pour décrire la mission, Matthieu privilégie l’image classique : la moisson, cliché sans doute utilisé par d’aucun pour évoquer le jugement de Dieu. (Mt.13 : 20, 30, 41+) Dans la bouche de Jésus, il devient alors synonyme de la moisson par anticipation, prélude aux moissons déjà mûres et abondantes. Le travail sera long, il exige une main d’œuvre nombreuse quelle que soit l’heure de l’embauche.

LES DOUZE

Ces Marines de l’évangélisation, ce groupe tactique est d’histoire. Dès l’an 49, l’apôtre Paul en reconnaît l’existence ; en 1 Cor.15 : 5, il fait mention des Douze, témoins privilégiés du Seigneur ; leur rôle est prépondérant dans les premières communautés pascales. Il fit les Douze , mentionne Marc en parlant de l’institution comme d’un événement distinct de leur envoi en mission (Mc. 3 : 14 et 16) : acte créateur qui associe des hommes aux pouvoirs et à l’activité de Jésus. Luc ( 22 : 28+) revenant au sens classique de la moisson, promet en outre que ces Douze seront là pour juger les douze tribus d’Israël. Mais, en attendant, le troupeau doit trouver pasteur ; la moisson est abondante, proclament les évangélistes faisant écho aux prophètes (Ez.34 : 23+, Is.27 : 12…Nb.27 : 16+) Aussi Jésus confie-t-il aux Douze le soin de rassembler les brebis de tous les enclos (Jn.10 : 16)

Ce Douze , qui sont-ils ? Matthieu, en vue de la mission galiléenne, bloque ici les deux appels : celui de la vocation et celui de la mission. Ces Douze seront des envoyés. La liste comporte deux couples de frères : Simon et André, Jacques et Jean. Matthieu ajoute quelques précisions qui lui sont propres : Pierre est le premier de la liste. (16 : 17+) Au sujet de Matthieu, l’énumération précise qu’il est le publicain, le douanier appelé, Lévi de son petit nom. Enfin Thaddée s’identifie avec Jude (Lc.6 : 16, Ac.1 : 13). Seul trois des Douze apôtres comportent quelques précisions concernant leur origine ou avenir : Matthieu, le publicain, Simon le zélote ultra-nationaliste et Judas le traite.

De quels pouvoirs seront-ils investis ? Celui de chasser les mauvais esprits et de guérir les infirmes ; bref, l’autorité de Jésus (7 : 29 et 9 : 6-8) qui a lui-même chassé les esprits mauvais. ( 8 : 16) Les Douze marcheront ainsi dans les traces du Maître : Prêcher l’évangile du Royaume en guérissant toute maladie et toute langueur parmi le peuple (4 : 23; 9 : 35), Il a pris sur lui nos infirmités et s’est chargé de nos maladies , proclamait Isaïe. (53 : 4) Ainsi en sera-t-il des siens (10 : 1 et 7)

LES CONSIGNES

Aux Douze, associés provisoires du Messie, Jésus donne des consignes. Avant tout, un ordre restreignant la mission à Israël, excluant païens et Samaritains : Allez aux brebis perdues de la maison d’Israël, livrées à l’errance par les mercenaires et les pillards. (Jn 10) C’est des archives de la mission que Matthieu tire ces consignes ignorées de Marc et de Luc, et sans doute supprimées par égard pour leurs auditeurs, grecs et païens. Elles sont la mémoire des premiers pas de l’Église missionnaire en Galilée. D’ailleurs Matthieu terminera son évangile par un tout autre mot d’ordre : De toutes les nations, faites des disciples. (28 : 19) Jusqu’à la victoire pascale, les disciples devront militer à l’intérieur de la Galilée, communauté naissante. Matthieu savait bien que ses premiers disciples sauraient faire le partage entre ce qui valait pour la mission galiléenne et ce qui serait applicable pour le reste et le temps de l’Église.

A tous, ils auront à proclamer l’avènement et la proximité du règne de Dieu. On tourne les regards vers l’intervention prochaine et décisive de Dieu promise par les prophètes pour les derniers temps. (Is.52 : 7; Za.124 : 9 et Dan.2 : 44) Les miracles et les exorcismes en constitueraient le commencement et le signe, ainsi que la guérison des lépreux et la résurrection des morts. Le tout devrait s’opérer dans la plus entière gratuite : Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.

L’OFFICE DE LA MAIN D’ŒUVRE EST-IL FERMÉ ?

La liste des envoyés est-elle close ? Ces Douze ont couvert leur temps et les espaces qui leur avaient été confiés. Mais l’espace et le temps se sont prolongés : la moisson est plus grande que jamais et les ouvriers moins nombreux que par le passé. Même si le nombre importe peu – Jésus a débuté avec les Douze et Dominique au 13es avec ses 17 novices. L’offre d’emploi est ouvert ; à nous d’y répondre, nous en sommes tous responsables dans notre espace familial, paroissial et ecclésial.

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