Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Saint Sacrement. Année A.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Faire la fête à Dieu

Je suis le pain vivant, descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. Le pain que moi, je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. Les Juifs se mirent alors à discuter entre eux : Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang, vraiment un breuvage. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. De même qu’envoyé par le Père, qui est vivant, je vis, moi, par le Père, de même celui qui me mange vivra, lui aussi, par moi. Voici le pain descendu du ciel : il n’est pas comme celui qu’ont mangé nos pères : eux sont morts ; qui mangera ce pain vivra à jamais.

Commentaire :

Discours eucharistique, le plus élaboré de tout le Nouveau Testament, véritable traité de théologie. Les allusions aux récits de l’institution du sacrement pullulent nombreuses et évidentes (Mat. 26 : 26-29; 1 Co. 11 : 23-26). De ce long exposé de Jean, la liturgie n’a retenu ici qu’un bref passage : la conclusion, qu’il importe de bien situer dans l’ensemble du chapitre 6e de Jean.

Mais avant tout, rappelons une fois encore, que l’évangile de Jean est, pour une très large part, le résultat d’une réflexion prolongée sur des événements dont l’auteur a été témoin. Après la venue de l’Esprit tel que promis, les apôtres ont mieux compris le sens des paroles et gestes de Jésus. (14 : 24-26) Ce chapitre serait-il une composition de l’évangéliste ? De là sans doute son unité : Jean écrit une parabole, et l’événement originel auquel il se réfère est que le Christ, faisant référence à la manne de l’Ancien Testament, (Ex.16) a posé un geste imagé. Les auditeurs n’ont pas compris, et Jésus explique au risque même de provoquer le scandale de ses auditeurs.

PARABOLE DE VIE

Travaillez non pour la nourriture périssable, mais pour celle qui demeure en vie éternelle, celle que donne le Fils de l’homme. (6 : 27) S’enchaîne alors la question des juifs (28), la réponse de Jésus (29) et l’insistance des Juifs qui réclament un miracle semblable à celui de la manne. (30-31) La réponse de Jésus irrite l’auditoire et provoque ses murmures. Jésus déclare alors qu’il est, lui, le pain vivant et qu’il donnera sa chair pour la vie du monde. (51-58) C’en est trop ! le scandale éclate et la foule se disperse. Elle n’a pas compris que Jésus se révélait pain de vie dans tout ce qu’il fait et ce qu’il dit dans son action messianique, bien qu’il le soit de façon toute particulière dans l’Eucharistie. Tel est le point culminant du discours parabolique jailli de la plume de Jean.

PAIN DE VIE

L’Eucharistie est le sacrement de l’union du Christ avec nous : Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ? (6 : 56) La formule réapparaîtra au chapitre 15e. Elle définit ce lien étroit établi entre le Christ et la communauté : union comparable à celle du Fils avec son Père (15 : 10; 1Jn.4 : 12-15) Mais encore faut-il que l’homme croie. Cette foi, don de Dieu et grâce de l’Esprit, Jésus la présente souvent sous les symboles de l’eau et du pain : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi. (7 : 37-38) Qui vient à moi n’aura jamais faim ; qui croit en moi n’aura jamais soif. (6 : 35) La communion eucharistique, dans l’esprit de ce passage, s’avère aussi nécessaire et indispensable au chrétien que la foi elle-même et l’amour : Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. (6 : 53) La grâce eucharistique est cause et effet de notre adhésion de foi. L’Eucharistie n’est pas seulement souvenir du passé ou gage du salut à venir; elle est mémoire , c’est à dire présence active du Sauveur en nous.

LA FÊTE DE DIEU

Les ferventes démonstrations d’un passé encore récent, n’étaient pas sans représenter la profondeur et la réalité de ce mystère d’amour : Jésus porté dans les rues de nos villages et les grandes artères de nos villes, exposé dans les lieux et espaces de nos vies quotidiennes, ces démonstrations étaient la célébration de la présence sacramentelle de celui qui n’a jamais cessé d’habiter visiblement parmi nous. Fête de la grande folie d’amour de Dieu, qui se voulait présence et non seulement souvenir ou gage. D’où ces multiples façons de dire notre foi : présence adorée au tabernacle, exposition vénérée sur nos autels, prolongement de la célébration de la messe, actions de grâces…

Faisons la fête à Dieu et qu’elle se prolonge !

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