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Premier hymne de la Nativité

Imprimer Par Saint Romanos le Mélode

Le plus célèbre des anciens poètes byzantins, il naquit à Émèse (Homs) en Syrie. Après avoir été diacre de la cathédrale de la Résurrection de Béryte (Beyrouth, il fut transféré à Constantinople où il entra au service de l’église de la Théotokos dans le quartier de Cyr. Là il inaugura son activité poétique par ordre de la Mère de Dieu qui lui aurait apparu et lui aurait inspiré ce premier hymne de la Nativité, la plus célèbre de ses ouvres. Il y sou- ligne la réalité et l’union des deux natures du Christ dans une période déchirée par le schisme du monophysisme.

Prooïmion

Aujourd’hui la Vierge met au monde l’être suprasubstantiel, et la terre offre une grotte à l’Inaccessible. Les anges avec les bergers chantent sa gloire, les mages avec l’étoile vont leur chemin : car c’est pour nous qu’est né, petit enfant, le Dieu d’avant les siècles.

1. Bethléeem a rouvert l’Eden, allons voir. Nous avons trouvé les délices en un lieu caché, allons reprendre dans la grotte les biens du Paradis. Là est apparue la racine qu’on n’a pas arrosée, d’où a fleuri le pardon. Là s’est retrouvé le puits qu’on n’a pas creusé, où David jadis eut envie de boire. Là une vierge, par son enfantement, a étanché aussitôt la soif d’Adam et la soif de David. Hâtons-nous donc vers ce lieu où est né, petit enfant, le Dieu d’avant les siècles.

2. Le père de la mère est, de son propre gré, devenu son fils; le sauveur des nouveau-nés est un nouveau-né lui-même, couché dans une crèche. Sa mère le contemple et lui dit : Dis-moi, mon enfant, comment as-tu été semé, as-tu été formé en moi? Je te vois, ô ma chair, avec stupeur, car mon sein est plein de lait et je n’ai pas eu d’époux; je te vois dans les langes, et voici que le sceau de ma virginité est toujours intact : car c’est toi qui l’as gardé quand tu as daigné venir au monde, mon petit enfant, Dieu d’avant les siècles.

3 O roi très haut, qu’y a-t-il de commun entre toi et la race miséreuse? Créateur du ciel, pourquoi venir chez les êtres de la terre? Es-tu épris d’une grotte, amoureux d’une crèche? Vois, pour ta servante il n’y a pas de place à l’auberge; que dis-je? Pas de place? Pas même une grotte, car celle-ci est à d’autres. Lorsque Sarah mit au monde un enfant, elle reçut de vastes terres en partage, moi je n’ai pas même une tanière : on m’a prêté cette caverne où tu as voulu habiter, ô mon petit enfant, Dieu d’avant les siècles.

4. En disant tout bas ces mots, en priant celui qui connaît l’invisible, elle entend les mages qui demandent l’enfant. Aussitôt la Vierge s’écria : Qui êtes-vous? Qui es-tu toi-même, lui répondirent-ils, toi qui as mis un tel enfant au monde? Qui est ton père, qui est ta mère, à toi la mère et la nourrice d’un enfant qui n’a pas de père? Quand nous avons vu son étoile, nous avons compris qu’un petit enfant était apparu, Dieu d’avant les siècles.

5. Exact est le sens que Balaam nous a proposé de ses prophéties, en disant qu’un astre se lèverait qui éteindrait tous les oracles et les augures; un astre qui résoudrait les paraboles des sages et leurs sentences et leurs énigmes; un astre bien plus éclatant que cet astre visible à nos yeux, car il est le créateur de tous les astres, lui dont il est écrit : ‘Du milieu de Jacob se lèvera un petit enfant, Dieu d’avant les siècles.’

6. Quand Marie entendit ces étonnantes paroles, elle se prosterna pour adorer le fils de ses entrailles et dit en pleurant : Grandes, ô mon enfant, grandes sont toutes les choses que tu as faites avec ma misère : voici que les mages te demandent là dehors, les princes de l’Orient cherchent ton visage, et les riches de ton peuple supplient pour te voir : car ils sont bien ton peuple, ces hommes à qui tu t’es fait connaître, ô mon petit enfant , Dieu d’avant les siècles. [.]

16.-Ainsi, dit Marie aux mages fidèles, vous avez parcouru Jérusalem tout entière, cette ville qui tue les prophètes? Et comment l’avez-vous traversée sans dommage, elle dont l’oil est mauvais pour tous? Comment avez-vous échappé à Hérode, qui respire le meurtre et non la justice? Ils lui répondirent : Vierge, nous ne lui avons pas échappé, nous l’avons berné; nous abordions tout le monde, demandant où était né le petit enfant, Dieu d’avant les siècles. [.]

20. Voilà ce que disaient les mages véridiques. Et la Vierge sainte scellait tout en son cour, et le nouveau-né confirmait les paroles de l’une et des autres, en gardant sans tache le sein de sa mère après sa conception, en épargnant toute lassitude, après leur route, à l’âme des mages comme à leurs pieds. Car aucun d’eux ne subit de fatigue, de même qu’Habacuc, lorsqu’il vint auprès de Daniel. Celui qui se manifesta aux prophètes se manifesta aussi aux mages : c’est le petit enfant, Dieu d’avant les siècles.

21. Après tous ces récits, les mages, leurs présents dans les mains, se prosternèrent devant le présent des présents, devant le parfum des parfums. Ils offrirent au Christ l’or et la myrrhe, et puis l’encens, en s’écriant : Reçois ce triple don, comme tu reçois des Séraphins l’hymne qui te proclame trois fois saint; ne le rejette pas comme celui de Caïn, reçois-le plutôt dans ton sein comme l’offrande d’Abel, au nom de celle qui t’as mis au monde, de celle par qui tu nous es né, petit enfant, Dieu d’avant les siècles.

22. La mère sans tache, voyant les mages apporter dans les mains ces présents nouveaux et splendides, et tomber à genoux, voyant l’étoile qui le désignait et les bergers qui chantaient, priait ainsi le Créateur et le Seigneur de tous ces êtres : Reçois, mon enfant, cette trinité de présents, et accorde trois demandes à celle qui t’a mis au monde : je te prie pour les airs, pour les fruits de la terre et pour tous ceux qui l’habitent. Réconcilie le monde entier, puisque tu es né par moi, ô mon petit enfant, Dieu d’avant les siècles.

23. Je ne suis pas simplement ta mère, sauveur miséricordieux; ce n’est pas en vain que j’allaite le dispensateur du lait, mais je te prie pour tous les hommes. Tu as fait de moi la voix et l’honneur de toute ma race; la terre que tu as faite a en moi une sûre protection, un rempart et un appui. Vers moi tournent le regard ceux que tu chassas du paradis de délices, car je les y ramène; que l’univers prenne conscience que tu es né de moi, mon petit enfant, Dieu d’avant les siècles.

24. Sauveur, sauve le monde: c’est pour cela que tu es venu. Restaure toute ton ouvre : c’est pour cela que tu as brillé devant moi, devant les mages et devant toute la création. Vois : les mages, à qui tu as manifesté la lumière de ton visage, sont à tes pieds et t’apportent des présents utiles, beaux et très recherchés; car j’en ai bien besoin, puisque je vais partir pour l’Égypte, et fuir avec toi et pour toi, ô mon fils, mon guide, toi qui m’as créée, toi qui me fais riche, mon petit enfant, Dieu d’avant les siècles.

Saint Romanos le Mélode (fin du Ve-?555-565)

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