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Responsable de la chronique : Michel Gourgues, o.p.
Le psalmiste

Les psaumes : une prière de chair et de sang

Imprimer Par Lise Lachance

Cet article voudrait ouvrir des lieux de rencontre entre la prière des psaumes et notre prière d’hommes et de femmes du XXe siècle. Il puise largement dans Sept propositions sur la prière des psaumes, tiré du Cahier Évangile no 71 présenté par Jean-Pierre PRÉVOST, Petit dictionnaire des psaumes.

À partir de ces propositions et du questionnement qu’elles entraînent, il vous sera possible de regarder d’un oeil critique la formulation des introductions, des prières d’intercession, des oraisons de vos assemblées ou votre prière personnelle. Et peut-être de leur donner un ton davantage psalmique.

1. Les psaumes: des dialogues

Constatation: Le climat de la prière des psaumes est celui d’un constant dialogue entre Dieu et l’homme ou la femme croyante. Bien sûr, ils sont faits de mots humains adressés à Dieu. Mais il y a, dans ces mots humains, la conviction que Dieu a déjà parlé et parlera encore. Il écoute, il prend la parole, il intervient pour secourir ou délivrer. La prière du psaume n’est pas à sens unique, elle est une véritable rencontre entre deux personnes et même, plus largement, entre tout un peuple et son Dieu.

Questionnement: Notre prière, monologue ou dialogue? Quel est le plus important dans notre prière: ce que nous avons à dire à Dieu ou ce que Dieu pourrait nous dire?

La vraie question qui se pose dans la prière des psaumes n’est pas de savoir si nous parviendrons à dire à Dieu ce que nous vivons, mais si nous parviendrons à vivre, à mettre en pratique, ce que Dieu vient nous dire chaque fois que nous lui parlons: Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole…? (95, 7). (Cahier Évangile, p. 59)

2. Les psaumes: des prières corporelles

Constatation: La prière des psaumes se fait avec les genoux, les mains, les yeux, les cris, les gémissements. Le corps y a toute sa place pour exprimer les émotions humaines. Il peut trembler, danser, se reposer. La prière des psaumes n’est pas le lieu d’une froide réflexion théologique. Elle est un moment de vie intense.

Questionnement: Quelle est la place du corps dans notre prière: est-il mis à l’écart, trahi, oublié, abandonné? Comment pourrions-nous nous présenter à Dieu avec tout ce que nous sommes: corps, coeur, âme, chair et sang… Notre prière parle-t-elle du corps?

3. Les psaumes: des pièces musicales, des chansons

Constatation: Toutes les notations qui accompagnent la présentation des psaumes de l’Ancien Testament le montrent: les psaumes sont nés dans un climat musical. Ils sont des chansons rythmées, dansées, jouées sur des instruments. Le milieu qui a fait naître les psaumes conçoit très bien que l’on puisse rencontrer Dieu en chantant, en dansant, en jouant des instruments.

Questionnement: Se pourrait-il que nous n’ayons pas encore rencontré le Seigneur de la danse et du chant…? Pourquoi faire taire un coeur qui a envie de chanter?

4. Les psaumes: du langage de tous les jours

Constatation: La prière biblique n’a pas peur des mots ordinaires ni des répétitions. Cette simplicité traduit une vérité profonde: l’expérience spirituelle n’a pas besoin de grands mots pour se dire. À travers ces mots simples, l’esprit libéré reste tourné vers l’essentiel: l’Autre.

Questionnement: Quels sont nos mots, nos expressions préférées pour prier… ce qui nous vient au coeur spontanément? Y a-t-il des mots ou des expressions que nous avons reçus comme un cadeau, une parole de Dieu à tel moment? Qu’est-ce que nous en faisons?

5. Les psaumes: une prière pour exprimer mon humanité

Constatation: À travers les psaumes, ce n’est pas une âme qui s’exprime, dépouillée des pesanteurs charnelles, c’est un être humain très concret. Il y apparaît dans les activités de la vie quotidienne: manger, dormir, souffrir, gravir une montagne, marcher, travailler… En même temps, ces activités, comme les gestes ou les membres qui servent à les accomplir, traduisent ce qui se vit au niveau du coeur. Pas besoin de renier ses préoccupations terrestres et vitales pour rencontrer Dieu. Celui qui a créé l’être humain en connaît bien la mécanique et le langage, faudrait-il changer de peau pour le rencontrer?

Questionnement: Pour rencontrer Dieu, nous faut-il mettre de côté tout ce qui fait notre vie? Qu’est-ce que nous devrions récupérer pour le rencontrer avec toute notre humanité?

6. Les psaumes: prières de conflits

Constatation: Le monde des psaumes n’est pas aseptisé, idéalisé. Il est rempli de conflits, de combats, de déchirements. On y voit sans cesse apparaître la violence, l’injustice et la haine. Indirectement, il nous force à reconnaître notre propre violence intérieure et celle du monde dans lequel les humains vivent et ont toujours vécu. Du coup, les psaumes sont un appel à la miséricorde et au pardon. Comment être pardonné si on nie la vérité de son coeur?

Questionnement: Notre violence, nous la laissons de côté ou nous la prenons avec nous quand nous allons prier? Nous nous désolidarisons du monde cruel et violent d’aujourd’hui ou nous nous reconnaissons part souffrante de ce monde? Nous nions ou nous osons regarder en face ce qui nous fait peur?

7. Deux cris essentiels dans la prière des psaumes

Constatation: Même si tous les cris ont droit de cité dans la prière des psaumes, deux reviennent plus souvent: Au secours! et Alleluia! Ils traduisent le va-et-vient de tout être humain entre la détresse et l’action de grâce. Ils expriment sa conscience de ne pas être seul. Qu’il soit dans la misère ou dans la joie, Quelqu’un l’écoute, l’entend et répond. Ce cri peut aussi être proféré pour d’autres, avec d’autres. Il devient alors la supplication ou la louange de tout un peuple.

Questionnement: Notre prière fait-elle taire nos cris ou devient-elle un lieu pour les exprimer? Nous crions pour nous-mêmes, pour les autres? Nous faisons nôtres les cris des autres ou nous les rejetons?

Si la prière des psaumes a traversé les siècles pour convenir encore au coeur des hommes et des femmes d’aujourd’hui, c’est qu’elle est restée solidement accrochée à la condition humaine. Plus notre prière osera s’en rapprocher, plus elle traduira les cris de notre chair et de notre sang, plus elle s’ouvrira dans une rencontre avec Dieu vivant.

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