Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Christ Roi. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Avec moi

Comme aux jours de Noé, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme. En ces jours qui précédèrent le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche, et les gens ne se doutèrent de rien jusqu’à l’arrivée du déluge, qui les emporta tous. Tel sera l’avènement du Fils de l’homme. Alors, deux hommes seront aux champs : l’un est pris, l’autre laissé ; deux femmes en train de moudre : l’une est prise, l’autre laissée. Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour va venir votre Maître. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur devait venir, il aurait veillé et n’aurait pas permis qu’on perçât les murs de sa demeure. Ainsi donc, tenez-vous prêts, vous aussi, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme viendra.

Commentaire :

La liturgie a droit à son propre vocabulaire, mais les mots employés ont aussi un sens profane dont la liturgie ne peut faire abstraction, et le terme roi en est un exemple. Il existe toutefois une réalité historique dont nul, si croyant fut-il, ne peut faire abstraction même si les mots comportent des résonances sociales qui répugnent à notre sensibilité contemporaine. Il suffit de prendre la signification du vocable roi dans la bouche Pilate. Ce dernier établit son royaume sur la puissance alors que Jésus fonde sa royauté sur la faiblesse. Mais, par son annonce du Royaume de Dieu, Jésus réveillait un vieil espoir politique ancestral : la terre enfin possédée et la libération de l’occupant. Au jour même de l’Ascension, les disciples lui demandèrent : Est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir la royauté en Israël ? (Ac.1 : 6)

Pour nous, la fête du Christ Roi et l’évangile proclamé pourraient être comme l’apothéose d’une catéchèse lucanienne qui a porté, ces derniers dimanches, sur la fin des temps. La fin viendra, assurément, mais prendra-telle l’image de l’effondrement des tours du World Trade Center et de la mort de milliers d’occupants et sauveteurs ? Cette page constitue, au cœur de l’évangile de Luc, un petit évangile au sens le plus fort du terme : le joyeux message de la force libératrice de la mort de Jésus, message d’espérance, message pascal

Les chefs se moquaient : Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même s’il est le Christ de Dieu, l’Élu. Les soldats s’associaient à leurs moqueries : Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! L’inscription même au sommet de la croix ajoutait à la dérision : Celui-ci est le roi des Juifs. Faut-il compléter le tableau : les propos de l’un des malfaiteurs qui, à son tour, va défier Jésus. Trois paroles de railleries forment donc la trame de ce passage et toutes trois présentent des éléments identiques : une interpellation au crucifié et le défi de se sauver lui-même. Si Jésus ne peut donner suite à cette fanfaronnade, c’est que sa vie est dans la main du Père (23 : 46): Père, je remets mon esprit entre tes mains. Sauver sa propre vie, Jésus l’a refusé dès le début de sa mission (4 : 9+) ; mais sauver ceux que le Père a tirés du monde pour les lui donner (Jn. 17 : 60), telle est la sa volonté. Tout son œuvre se réalise en cette dernière heure de sa vie. Tel est le sens de ce passage de Luc : la délivrance par Jésus et le salut venant de la croix. Ce que les Juifs tournaient en dérision se révèle en ce jour comme vérité et réalité. Un Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens. Mais pour les appelés, juifs ou grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. 1 Co.,1 : 23-24

Les propos du bon larron sont bouleversants. Malgré le désespoir d’une vie ratée, l’angoisse d’une mort prochaine et l’acuité de ses souffrances, il trouve la force de reprendre son compagnon et de lui signifier que, en face de la mort, toutes malédictions et outrages doivent cesser, il n’y a de place que pour la crainte de Dieu. Impliqués les uns avec les autres dans un même destin, nous ne pouvons nous dégager de cette solidarité. Cela est vrai pour chacun et chaque mort. Le témoignage du bon larron va constituer le deuxième de trois verdicts d’innocence outre le sien, celui de Pilate : Je ne trouve aucune faute en lui (23 : 4, 14s ) et enfin celui du centurion au pied de la croix : Cet homme était vraiment un juste. (23 : 47)

La prière du bon malfaiteur, prière du souvenir, s’inspirait des Anciens ; dans leur détresse, les fidèles se retournaient vers Dieu et lui demandaient de se souvenir d’eux. Le larron interpelle Jésus par son nom : Jésus, c’est à dire sauveur , avait précisé l’ange à Joseph. L’imploration confiante du supplicié ne se trouve pas seulement exaucée, mais dépassée : Aujourd’hui, tu seras avec moi en Paradis. Personne n’avait jamais reçu pareille promesse, c’est à lui personnellement que Jésus promet que, aujourd’hui, cela va se produire, à l’heure où tout s’obscurcit. Cet aujourd’hui, jour de sa mort, sera pour le larron celui de son entrée dans la vie, au Paradis, le terme de son espérance contre toute espérance. D’un bout à l’autre de l’évangile de Luc, cet aujourd’hui revient à maintes reprises : 2 : 11 ; 4 : 21; 21 : 5, 25…Aujourd’hui, la mort est vaincue par celle de Jésus.

Tu seras avec moi , la promesse était jusque là l’apanage des apôtres : Et moi je dispose du Royaume comme mon père en a disposé pour moi, afin que vous mangiez et buviez à ma table en mon Royaume. (22 : 29) Cette même réalité devient aujourd’hui le privilège d’un malfaiteur : dans la communion à la mort de Jésus, le bon larron se voit appelé à la communion de vie avec lui. Le criminel devient ainsi le porte-voix de tous ceux et celles qui sont confrontés à la mort, coupables ou non. Le terme Paradis, désigne la demeure des justes où ils vivront avec moi , c’est à dire avec Jésus..

Mourir en fixant sur le Christ son espérance est vraiment le salut, le triomphe de la vie sur la mort. Avec lui, durant la vie, avec moi à la mort.

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