Billet hebdomadaire,

Responsable de la chronique :
Billet hebdomadaire

Pardon

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

« Pardon. Je te promets que je ne recommencerai plus. » Que de fois nous avons fait cette promesse au cours de notre vie! Surtout durant notre enfance, quand nous nous sentions coupables de ne pas avoir obéi à nos parents. Il y avait dans cette promesse quelque chose qui s’apparente au marchandage. «Donne-moi ton pardon et en retour je te promets de ne plus recommencer.» N’y a-t-il pas pareil marchandage dans la parabole du père et de ses fils rapportée dans l’évangile de Luc (15, 11-32), la «parabole de l’enfant prodigue», comme nous l’appelons habituellement? Le cadet rentre tout penaud à la maison et propose un accommodement: «Tu me gardes à la maison; en retour je ne demande pas plus que le statut de l’employé.»

Mais le pardon peut-il s’accommoder de cet échange de bon procédé? Le pardon peut-il s’acheter? Et à quel prix? Les blessures dans les relations humaines ne s’échangent pas. On peut les guérir, mais elles ne s’échangent pas. Elles sont causées souvent par des gestes ou des paroles où on a l’intention de faire payer; les blessures peuvent coûter cher aux victimes. Mais ces plaies ne se payent pas vraiment. La démarche du pardon est un processus de guérison, mais elle n’est pas et ne peut être un acte de justice. Il n’y a pas de justice pour le coeur; il y a seulement des dépassements. Il n’y a pas de retour en arrière, mais uniquement des élans qui vont au delà.

Cependant il ne faut pas trop noircir les marchandages de nos pardons. Demander pardon, c’est aussi avouer que nous avons fait une faute. Nous reconnaissons que nous n’avons pas bien parlé ou pas bien agi. Nous nous reconnaissons à la source de la blessure; nous en sommes l’auteur. C’est déjà un bon pas dans la bonne direction. Le pardon peut-il aller jusqu’au bout de lui-même quand celui ou celle à qui il est destiné refuse d’admettre ses torts?

Le cadet de la parabole reconnaît qu’il s’est mis les pieds dans les plats. Il en souffre. Il n’a rien à manger. C’est un point de départ: ne pas pouvoir manger, ne pas être relié à une source de nourriture. La faim réveille la culpabilité. Elle ouvre les yeux. Elle force à la vérité, à une vraie humilité

Pour accueillir le pardon, il faut également accepter la gratuité de celui-ci. Les blessures du coeur ne se payant pas, le pardon gratuit peut être difficile à recevoir. Nous sommes souvent mal à l’aise avec les cadeaux que nous ne méritons pas et que nous ne pouvons pas payer en retour. Il faut donc éviter la logique de marché. Le jeune repenti de la parabole est inondé par le père qui se lance dans la démesure: la grosse fête, les vêtements somptueux, les bijoux… Le frère aîné ne semble pas partager l’attitude de son père, d’autant plus qu’il calcule lui-même ce que vaut sa propre présence dans la famille.

Difficile démarche que le pardon. Une sorte de sommet dont on peut se rapprocher, mais qu’on n’atteint jamais complètement. Sauf pour Dieu qui n’a rien du marchandeur ni du profiteur. Et c’est tant mieux pour nous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Billet hebdomadaire

Les autres chroniques du mois