Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

33e Dimanche du temps ordinaire. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Prophète d’espérance

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « En ces temps-là, après une horrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra de son éclat. Les étoiles tomberont du ciel et les puissances célestes seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel.

« Que l’exemple du figuier vous instruise : Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.

« Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père ».

Commentaire :

Avec la fin de l’année liturgique, nous arrivons au terme de la lecture cursive de l’évangile de Marc. « L’évangéliste Marc, affirmait l’évêque Papias (vers 125-130) avait été l’interprète de l’apôtre Pierre, de tout ce dont il se souvenait, mais non dans l’ordre, de ce que le Seigneur avait dit ou fait. Car Marc n’avait pas entendu le Seigneur et n’avait pas été son disciple, mais bien plus tard celui de Pierre. Pierre donnait son enseignement selon les besoins, sans se proposer de mettre en ordre les discours du Seigneur. De sorte que Marc ne fut pas en faute, ayant écrit certaines choses selon qu’il se les rappelait. Marc ne se souciait que d’une chose : ne rien omettre de qu’il avait entendu et ne rien rapporter que de véritable ». M«Marc n’a pas voulu écrire une «Vie de Jésus», mais tracer un portrait de Jésus et un choix de ses gestes, paroles et miracles susceptibles d’éclairer les premiers chrétiens sur leur conduite personnelle à la suite de Jésus.

Dans cette catéchèse de Pierre en Judée, aux premiers païens convertis, où placer le récit rapporté par Marc qui, lui, s’adressait au Romains, et quelle leçon de vie en tirer pour nous ?

Cette page de Marc débute de façon apocalyptique : elle décrit les temps obscurs et lumineux de la Parole du Fils de Dieu ressuscité d’entre les morts. Un monde ancien est en voie de disparaître et un monde nouveau en train de naître. Les premières lignes de cet évangile peuvent nous remplir de crainte et nourrir la «foi» des prophètes de la fin des temps que nous sommes parfois à la vue des innombrables calamités humaines et physiques dont notre terre est submergée. Mais chacun de nos «aujourd’hui» ne porte-t-il pas déjà des signes de renaissance, de résurrection ?. Notre mission de prophète ne serait-elle pas davantage d’être en éveil et d’ouvrir les yeux, et chaque matin, accueillant la Parole comme une espérance et une grâce, percevoir des signes avant coureurs de ce nouveau monde ? Qu’importe le jour et l’heure où les anges rassembleront les élus de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel, l’essentiel est de diagnostiquer dans notre univers des signes d’un mieux être humain et spirituel, indices de la résurrection commencée avec celle de Jésus, monde nouveau, monde d’espérance et d’amour. Dans ces évangiles de fin d’année liturgique, c’est davantage d’achèvement dont il s’agit que de destruction. Et cette page de l’évangéliste nous rappelle les propos du prophète Isaie 42 : 3 +

«Voici mon serviteur que je soutiens,
J’ai mis sur lui mon esprit
pour qu’il apporte aux nations le droit.
Il ne crie pas, il n’élève pas le ton,
il ne rompt pas le roseau broyé,
il n’éteint pas la flamme vacillante…
Moi… je t’ai désigné comme lumière des nations,
pour ouvrir les yeux des aveugles,
pour faire sortir de prison les captifs
et du cachot ceux qui habitent les ténèbres,
Moi dont le nom est Yahvé »…
«Les branches du figuier deviennent tendres et les feuilles sortent »… Nos raisons d’espérer ne sont-elle pas multiples. «L’été est proche» , clame l’Esprit. Ne le sentons-nous pas, à moins qu’un quelconque masochisme nous paralyse.

Les gens apprennent à se parler ; un souci de justice inspire d’innombrables initiatives, même si toutes ne paraissent pas vouées au succès ; le respect de l’autre s’établit progressivement malgré toutes les indiscrétions des médias qui ne cessent de faire la une avec les crimes les plus horribles ; la responsabilité collective face à l’univers matériel devient de jour en jour une évidence, bien que des désastres écologiques nous rappellent instamment à l’ordre; les questions de recherches scientifiques et médicales intéressent de plus en plus les fortunes susceptibles de soutenir et d’encourager ces travaux de nature à contrer toute forme de destruction de l’être humain ; certains des grands principes de la Chartre des Nations Unies sont contestés devant l’incontournable devoir d’aider les nations incapables de régler leurs propres problèmes, etc… . L’homme ne vit plus seul sur sa planète, il réalise que des frères et des soeurs sont là, tout à côté et qu’il en est responsable. N’est-ce pas là un peu tout l’Évangile. Petits pas qui annoncent chaque jour que l’ancien monde s’en est allé pour faire place à un monde nouveau.

Relire saint Marc dans cette lumière devient source d’espérance. «Après une terrible détresse»… le figuier reverdit et ses feuilles sortent, première annonce d’un été prochain. Ne jouons plus au faux prophètes, annonciateurs de tous les maux, mais regardons Jésus, l’ «Élu de Dieu», qui ne souffle pas la flamme qui vacille ni ne casse le roseau brisé». Devenons prophètes d’espérance.

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