Parole et vie,

Responsable de la chronique : Dominique Charles, o.p.
Parole et vie

Sainte Famille. Année C.

Imprimer Par Jacques Sylvestre, o.p.

Photos de famille

«Chaque année, les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils firent le pèlerinage suivant la coutume. Comme ils s’en retournaient à la fin de la semaine, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent. Pensant qu’il était avec leurs compagnons de route, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils revinrent à Jérusalem en continuant à le chercher.

«C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi ; il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent stupéfaits, et sa mère lui dit :«Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! » Il leur dit : «Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez -vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être.» Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.

«Il descendit avec eux pour rentrer à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son coeur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes».

Commentaire :

Dernier jour de l’année 2000, demain, le Premier de l’An. Je vous invite pour la circonstance à feuilleter l’album des photos de famille et revoir par la pensée du coeur ceux et celles qui étaient et n’y sont plus. Les côtoyer ensemble, même de façon livresque, je les ai tant aimés.

Adam et Ève, Abel et Caïn
Abraham, Sara et Isaac
Jacob, Léa, Rachel et leurs 12 fils
David, Bethsabée et Salomon
Osée, Gomer , Non-Aimée et Pas-mon-Peuple
Zacharie, Élisabeth et Jean-Baptiste
Joachim, Anne et Marie, mère de Jésus
Ernest, Marie-Aimée et Jacques
Grandeurs et faiblesses, ombres et lumières : nos familles, nos ancêtres, familles naturelles, famille recomposées, familles religieuses, la grande famille humaine, notre famille !

Mais plus que toute autre, la sainte Famille, grâce pour notre humanité, et source d’espérance pour le foyer livré à toutes les épreuves du temps, de l’amour et des conflits de générations. Contemplons un moment cette photo de la Sainte Famille et de ses membres que l’on croit souvent marginaux.

JOSEPH.

«…Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi». (Luc. 2,48)

Joseph, personnage mystérieux s’il en est un, l’ombre de Marie et de Jésus. Homme de décision, responsable de la sainte Famille. Quelques écrits, évangiles apocryphes, ont multiplié les légendes à son sujet concernant son âge, sa condition et son re-mariage avec Marie. Une chose est certaine, son amour pour Marie a sauvé le foyer.

L’Évangéliste Matthieu dans ce qu’il est convenu d’appeler l’Annonciation à Joseph, (12 : 18-24) décrit l’angoisse et le tourment de Joseph réalisant la grossesse de sa fiancée. De son temps, l’infidélité des fiancés était punie de mort. Joseph ne voulut pas dénoncer publiquement Marie. Sans la juger malgré toute évidence, il résolut de la répudier sans bruit, même si la sacro-sainte Loi des juifs lui dictait de dénoncer la femme coupable qu’il aimait. L’amour eut le dessus sur toute loi et tout ressentiment possible.

Saint Paul, s’inspirant du livre des Proverbes (10:12) «L’amour couvre toutes les fautes», écrivait aux Corinthiens : « L’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout» (1 Co. 13:7) La nuit porte conseil, et le matin venu, Joseph résolut de protéger Marie et de la prendre avec lui ainsi que l’enfant qui devait naître. Il lui donna le nom de Jésus, c’est-a-dire Sauveur. C’était bien là le premier sauvetage familial que l’Enfant réalisait à travers l’amour que Joseph avait pour Marie L’amour inconditionnel, pierre d’assises de toute union durable.

MARIE

Marie, la pauvre! Elle devait bien se demander comment Joseph vivrait la réalité de sa maternité. Elle l’aimait tant son homme, le plus beau gars du village, choix de Zacharie et Anne pour leur fille adorée. N’allons pas nous imaginer quelque amour platonique ou exclusivement spirituel entre l’un et l’autre. Pourquoi Dieu prenant chair de notre chair profanerait-il ce qu’il a réalisé de plus merveilleux entre l’homme et la femme ? Le mot de la création le dit assez : «Dieu créa l’homme, homme et femme il LE créa». Et l’extase de premier homme en voyant la femme : «L’Homme quittera tout pour s’attacher à une femme».Cette perspective originelle peut nous aider à concevoir la relation entre Joseph et Marie, relation non seulement faite d’amour, même s’il n’y eut pas de relation charnelle, mais non moins de respect de l’autre.

Par son silence, Marie a respecté Joseph. Ne pouvant expliquer le mystère dont elle était pleine, elle a donné tout droit de parole à l’amour dont Joseph était capable. Elle a mis toute sa confiance en l’amour de son fiancé. «L’amour croit tout, espère tout»… écrivait l’apôtre. Savoir accepter entièrement la personnalité de l’autre et ses cheminements sans s’imposer à lui. Autre secret de la famille et de sa longévité.

J É S U S

«Comme ils s’en retournaient, le jeune homme resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent». Et quand ils le retrouvent, il leur dit : «Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ?»

Jésus a 12 ans. Il vit ce que nous appellerions aujourd’hui sa crise d’adolescence, nouvelle étape de développement de sa personnalité. Source d’inquiétude et de déstabilisation pour un foyer qui avait préalablement vécu dans la paix, l’amour et le respect mutuel, trois grandes vertus de la famille. Mais là, l’épreuve dépassait toute mesure. Un ado, qui n’a sans doute pas ou peu grandi en sagesse et en âge aux yeux des siens, prend ses libertés, fussent-elles au nom de son Père. Qui peut comprendre? Après un mot de reproche, dans le creuset de sa souffrance, Marie garde ces choses dans coeur et les médite, car la vie n’est pas finie, elle ne fait que changer comme il se doit. Cet enfant, elle devra l’accompagner jusqu’au bout, sans jamais comprendre le dessein de Dieu, fut-il tracé pas à pas par la voix des prophètes.

«Laissez venir à moi les petits enfants». Ce divin désir ne trouve pas toujours une écoute facile de la part des géniteurs, mais si difficile qu’il soit et au prix de combien de renoncements et de fidélité, il importe de laisser aller l’enfant sur la route qui le conduit à sa découverte de Dieu Père. Marie en a fait l’apprentissage par le rappel des événements et sa méditation.

Confidence possible, écoute disponible, incompréhension respectueuse, ne serait-ce pas le secret d’une saine éducation et d’un appui sans condition octroyé aux vues de Dieu sur chacun. Être là, mais dans le plus grand respect et l’amour sans mesure.

LA SAINTE FAMILLE

Après un long moment de silence et de vénération, je fermai l’album emportant dans mon coeur et ma réflexion le souvenir de tous ces êtres chers. Et c’est le coeur rempli de ce que je considère comme une grâce que je vous souhaite en famille, une heureuse et sainte année de paix, d’amour et de lumière.

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