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Aimer, c’est s’exposer

Imprimer Par Denis Gagnon, o.p.

Depuis quelques années, des savants sont à construire une station spatiale internationale dans le grand espace de l’univers Bientôt, les voyageurs cosmonautes s’arrêteront à cet habitacle bien particulier pour se reposer avant de poursuivre leur route parmi les galaxies. Des touristes comme vous et moi pourront séjourner dans cette auberge suspendue entre les planètes et les étoiles. Jules Verne jubilerait à la pensée que son imagination n’était pas aussi folle qu’on a pu le croire.

Pendant ce temps, nous avons l’impression que la planète terre rétrécit. Elle ne se ratatine pas comme une pomme oubliée sur un arbre en hiver. Mais les distances raccourcissent de plus en plus. Nous avons inventé des moyens de transport de plus en plus variés et de plus en plus rapides. Les mass média se développent et se précisent à une allure vertigineuse. Au point que nous prenons contact presque instantanément avec quelqu’un qui se trouve à l’autre bout de la planète.

Nous avons accès à beaucoup d’informations sur tous les sujets. Nous pouvons connaître tout ce qui se passe sur la terre. Pendant que j’épluche mes patates bien au chaud dans une maison québécoise, je vois un petit japonais sur l’écran de mon téléviseur. Le garçon s’amuse dans un parc. Et je vois l’enfant au même moment que les images me parviennent. En direct. Il n’y a donc plus de distance et, du même coup, il n’y a presque plus de secrets. Nous avons accès à tout ce qui se passe sur la terre. Formidable avancée du génie humain!

Quelle chance, me direz-vous! Les humains n’ont jamais été aussi près les uns des autres. Jamais la fraternité n’a été aussi possible entre tous les habitants de la planète. Nous pouvons nous connaître et nous enrichir de nos cultures réciproques. Nous pouvons créer des liens durables entre nous. Nous pouvons nous aimer!

C’est merveilleux! Et pourtant, nous sommes encore bien loin de la coupe aux lèvres. En même temps que nous découvrons les grandeurs des autres, nous rencontrons des êtres qui ne vivent pas comme nous. Ils ont une échelle de valeurs différentes de la nôtre. Une grande partie d’eux-mêmes demeure pour nous un mystère. Et alors, pendant que les corps se rapprochent, la distance entre les coeurs peut apparaître infranchissable.

On aurait cru qu’en nous connaissant davantage, nous aurions pu faire reculer les frontières du racisme et de la xénophobie. Mais les préjugés sont tenaces. Souvent, ils se durcissent du fait que nous nous côtoyons plus facilement. Les pas à faire pour rejoindre l’autre deviennent plus pénibles quand nous avons l’impression que sa différence peut menacer notre identité.

L’amour ne va pas de soi même si l’amour nous est indispensable. Il n’est jamais acquis une fois pour toutes. Il demande toujours une sortie de nous-mêmes. Aimer suppose l’ouverture. Et qui dit ouverture, dit aussi exposition. Aimer, c’est s’exposer. Et s’exposer totalement jusqu’à ces zones de vulnérabilité qui forment la faiblesse innée de chaque être. Aimer demande donc une grande confiance en l’autre, un abandon, le don de soi.

Avant nous, quelqu’un a tracé la route du don de soi. Il s’appelle Jésus. Il est originaire d’un petit patelin perdu du Moyen-Orient. Mais il a le coeur aux dimensions de l’univers. Et la faiblesse totalement exposée. Pour lui, donner veut dire livrer, se livrer. Au risque de tout perdre. Depuis deux mille ans, son témoignage ne cesse de nous rappeler cet essentiel de l’amour. Et de nous dire, chaque fois, que l’amour est le plus beau visage de Dieu.

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