Archives pour la catégorie Nous deux

Nous deux,

Responsable de la chronique : Caroline Pinet

Métro, boulot, dodo ?

 

Récemment, je regardais la puissance des vagues de l’Océan et devant ce spectacle de force de la nature j’eus un sentiment de petitesse concernant ma condition humaine. Que suis-je devant ces forces qui pourraient m’avaler ? Je regardai le sable et me sentis comme l’un de ces grains si insignifiants, sur ce caillou rocheux face à l’univers. Quel est donc le sens de la vie ?
Tant de gens perdent pied devant le vide de leur vie : métro, boulot, dodo. Tout semble si insensé : travailler pour gagner de l’argent afin de vivre et vivre en boucle cette séquence puisque la nécessité de l’argent se présente dès que nous avons comblé nos besoins. Le cercle recommence ainsi jour après jour. Nous pouvons rapidement verser dans le pessimisme du percutant court métrage d’animation Rats Run de Steve Cutts.

Pourtant, nous pouvons aussi résister au sentiment de vide et imprimer dans ce cercle un regard nouveau, celui de l’amour. Quand j’aime, tout le décor se voit transformé. Tout prend sens en lui! Quand nous nous levons non reposés le matin, nous savons que nous le faisons pour ceux que nous aimons. Que ce soit pour aller gagner le pain à manger ou pour faire vivre un foyer aimant nous travaillons avec amour. De même, nous croisons des gens au long du jour, inconnus ou non, à aimer, ne serait-ce que par un simple sourire. Nous pouvons transformer ce monde en l’imprégnant de cette essence de Dieu. Le sourire à la vieille dame assise à côté de moi, le caissier qui me rend la monnaie, le passant qui m’indique la route, le pauvre qui mendie et dont on ne détournera plus le regard.

Nous avons en l’amour une force puissante qui rivalise avec celle des eaux de l’Océan. Cet amour enveloppe le quotidien telle une vague. Il donne un sens à notre vie. A l’évocation de « métro », nous revoyons les passagers qui sont en cavalcade dans nos vies et qui partagent la même condition ; à « boulot », nous avons en tête nos êtres aimés pour qui nous gagnons ce pain; à « dodo » nous nous faisons une fête de nous retrouver tous réunis sous le même toit dès le retour à la maison. Cette demeure qui fait plus que nous abriter du froid : elle permet de partager l’amour qui nous unis par le biais des fous rire, des paroles échangées et des repas pris ensemble.
Mon mari, pour qui « boulot » rime parfois avec pénibilité, a transcendé son travail en y ajoutant deux heures supplémentaires le mois dernier. Il l’a fait en pensant à moi avec en tête la surprise qu’il voulait m’offrir avec ce deux heures de surplus qu’il s’infligeait. Ce cadeau, je l’ai chéri plus que tout, non pour sa valeur matérielle mais pour le mot d’amour qu’il contenait en filigrane : « je t’aime ». Un « je t’aime » tonitruant qui ne s’entend ni ne se voit. Il se ressent.

Nos vies prennent sens quand nous connaissons la destination du trajet. Dans quel wagon monterons-nous au prochain « métro » de notre vie quotidienne ?

 

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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

Son visage

 

Un jour, nous avons croisé un visage et notre cœur a bondi. Notre cœur allait chavirer et s’engager à le voir tous les jours jusqu’au bout de nos jours.

L’image de ce visage s’est peu à peu incrustée en nous au point de s’imprimer en notre âme. Ce visage est-il beau ? Si la question a revêtu une certaine importance au départ, elle n’a plus de raison d’être. Ce visage n’entre plus dans le champ des calculs où l’on soupèse sa valeur car ce visage « est ». Il a revêtu l’amour et rien ne peut plus en mesurer sa valeur car il est au-delà de cela. Il peut vieillir, se rider, s’affaisser, grisonner, il échappe au temps. Ou, au contraire, l’amour le transcende, l’irradie et le temps l’incruste davantage en nous : il devient irremplaçable.

Car sur ce visage toute notre histoire s’est gravée et nous en retenons le moindre contour. Tous ces jours où nous avons traversé la félicité, le succès, la tristesse, le désespoir, la prière, la colère, nous l’avons vu, tel un film, sur ce visage. Nous nous rappelons de chaque expression, des larmes comme des fous rires. Ce visage est une histoire, il est notre histoire.

C’est pourquoi, on peut s’interroger sur la profondeur des conseils de prévention qui mettent en garde les couples. Il faudrait être, paraît-il, sans cesse au « top », pour sans cesse garder l’attention de l’autre qui, autrement, il risque de s’enfuir dans d’autres bras… Un visage lifté, botoxé, nez arrangé en sus !

Ce qu’on devrait dire aux couples n’est pas de l’ordre du bistouri ! On devrait leur dire : vivez, partagez, goûtez la vie : dans les rire, dans les larmes ensemble! Sous toutes ses facettes… Que vos visages s’imprègnent de cette vie partagée, vécue, aimée même quand elle est difficile ! Que vos visages se marquent du sceau de l’amour et il deviendra alors irremplaçable…

Cette pérennité de l’amour, du temps relève de l’essence même de Dieu qui se glisse en filigrane dans cette vie. Dieu ne se trouve pas ailleurs que dans ce qui se vit. L’amour ne se décore pas, il ne peut que se vivre pour mieux exister.

 

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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

Aime comme tu respires

 

Pendant longtemps mon mari a tenté de me convaincre de regarder des films de Jim Carrey contre lequel j’avais des préventions. Il me disait que certains de ses films, derrière le personnage caricatural, cachent une réflexion plus profonde qu’il n’y paraît ! J’ai fini par me laisser embarquer à regarder « Bruce tout-puissant », et je dois reconnaître que derrière les simagrées » du Jerry Lewis-des-temps-modernes se dissimule une fable philosophique beaucoup plus profonde que je ne le croyais. Bruce, journaliste qui passe une mauvaise journée, convoque Dieu contre lequel il est en colère. Dieu lui cède sa place pour une semaine…Bruce va d’abord abuser de ce pouvoir afin d’obtenir tout ce qu’il veut avant de comprendre ce qui est essentiel.

Et nous, Dieu ne nous invite-t-il pas à embrasser sa divinité ? A chaque jour, Il nous convie à devenir comme lui. A chaque instant nous avons l’opportunité d’entrer dans son Amour. Il nous suffit pour cela d’aimer comme Lui. Aimer l’autre qui se trouve sur mon chemin. Celui que je croise comme celui avec lequel je vis. Peut-être pouvons-nous penser qu’il est plus facile d’aimer celui qu’on a choisi pour la vie ? A première vue oui. Mais il faut pour cela entrer dans un amour non plus (seulement) passionnel mais de dépassement de soi.

Le quotidien conjugal réserve de nombreux moments d’aimer. Si l’amour par les gestes de tendresse physique est vital pour le couple, l’amour-des-petits-chaussettes-sales-qui traînent n’en demeure pas moins indispensable à cultiver. Aimer notre époux qui revient avec un magnifique bouquet de roses est facile et va de soi, sauf si vous avez une allergie aux roses ! Mais l’aimer alors même que son attitude vous énerve, voilà où se loge la longévité conjugale. Les couples qui « durent » ne sont pas composés d’être idéaux qui se sont trouvés. Ils sont le fait de deux personnes qui ont choisi de développer une attitude quotidienne qui permet de mieux vivre ensemble.

Aimer l’autre c’est développer un regard aimant sur lui. C’est le regarder avec les yeux de Dieu. Nous sommes appelés à développer ce regard divin ; c’est même l’aboutissement de notre quête chrétienne! Nous  pouvons devenir des « Bruce tout-puissant », non pas puissants de pouvoir, mais d’amour ! La prière, la médiation nous y aide incroyablement. Mais comment garder la pensée et le regard de Dieu en permanence en moi ? Les orthodoxes ont développé la prière du cœur, cette prière-respiration qui permet d’être en présence de Dieu en permanence. Ce Dieu dont on désire être proche non pour fuir le monde, mais pour mieux y entrer, pour mieux l’aimer, pour mieux l’embrasser.

En Dieu, prier et aimer se fondent en une respiration de vie. Ah ! si nous pouvions aimer comme nous respirons, nous pourrions alors nous rendre compte combien bien des agacements sont si futiles et ne nécessitent pas l’énergie d’une colère… La vie passe vite et le secret est sans doute de parvenir à la vivre avec le plus d’amour et le moins de colère…

 

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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

Mille et un petits gestes pour dire « je t’aime » 

 

Sartre disait qu’il n’y a pas d’amour mais que des gestes d’amour. Lorsque nous croyons en Dieu, nous croyons que l’amour existe ; mais, l’amour, sans les gestes qui l’accompagnent, a du mal à se révéler. C’est sans doute pourquoi l’on dit que Dieu a besoin de nous, puisque c’est seulement à travers nos gestes les uns envers les autres qu’il peut se manifester… « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi!” Matthieu (25, 35-37).

Dans un couple, ce sont les petites attentions qui peuvent faire sentir à l’autre qu’il a du prix à nos yeux. On dit que le quotidien « tue » l’amour… On peut faire mentir cet adage en nous employant à mieux vivre la tendresse au jour le jour dans les petits riens qui sont la trame de notre amour.

  • Dans un monde hyper connecté, la première mesure est sans doute de se déconnecter en présence de l’autre le plus souvent possible afin de lui démontrer qu’il existe !
  • Laisser un petit mot à l’autre à l’aide d’un post-it ou d’un SMS afin de lui signifier qu’on pense à lui.
  • Ecouter vraiment l’autre, se souvenir des moments désagréables qu’il a à traverser durant sa journée et en demander des nouvelles au retour: « alors, ça s’est bien passé ? ».
  • Faire une tâche que ni l’un ni l’autre n’aime à la place de l’autre.
  • Prendre le temps de partager les passions qui l’anime   : écouter un passage d’un livre qu’il aime, écouter sa musique préférée ensemble…
  • Lui rapporter une revue sur un sujet qui l’intéresse.
  • Regarder ensemble les beautés de la nature : un ciel étoilé, un coucher de soleil…
  • Remonter la couverture sur les épaules de l’autre durant la nuit.
  • Démontrer de la patience avec sa famille (notre belle-famille).
  • Cuisiner son repas préféré en surprise !
  • Laisser l’autre décider du film que l’on s’apprête à choisir !
  • Démontrer l’un envers l’autre sa tendresse en présence des enfants.
  • Prendre soin de nos enfants en étant un bon père/mère.
  • Jardiner ensemble, même dans des pots pour l’intérieur. Les projets communs qui fleurissent sont bon pour le moral conjugal.
  • S’arrêter dans le brouhaha pour prendre le temps de préparer et déguster un café, un thé afin de se ressourcer ensemble.
  • Fureter ensemble dans une librairie.
  • Mettre une belle table et manger à la chandelle lorsque les enfants sont couchés.
  • Faire une promenade ensemble.

La liste peut s’allonger à l’infini à la ressemblance du couple, de ses intérêts, de ses moyens et du temps qu’il partage. Le couple gagne toujours à trouver le temps de faire exister son amour et à se le démontrer par des gestes au quotidien. On entend souvent dire qu’avec le temps on ne « sent » plus l’amour… les gestes eux raniment les braises avec tendresse.

 

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Le cœur imparfait a ses déraisons

 

Les mots, les gestes sont tout ce que nous possédons pour dire ce qui habite notre cœur. Si un mot d’amour peut illuminer, égayer, faire vivre et parfois même sauver, combien une parole maladroite, une parole acerbe, une parole impatiente peut blesser l’autre.

Les mots, les gestes sont pourtant les seuls outils dont nous disposons pour communiquer avec ceux qui nous entourent. Le moment, les émotions, les événements viennent compliquer parfois leur expression.

Comme nous aimerions parfois pouvoir remonter le temps afin d’effacer telle une ardoise des mots qui ont été maladroits,  qui ont dérapé,  qui ont fait du mal aux êtres que nous aimons. A l’instar du héros Tim Lake dans le film Il était temps, nous voudrions pouvoir rectifier ce qui a été mal dit ou mal fait. Nous pourrions alors recommencer les scènes de notre vie jusqu’à ce qu’elles soient adéquates à l’exigence de l’amour.

Quand Tim Lake apprend qu’il a le pouvoir d’interférer dans le cours de sa propre existence, qu’elle soit passée ou à venir… Il décide de rendre sa vie meilleure en se trouvant une amoureuse. C’est ainsi qu’au fil de ses innombrables voyages temporels il n’a de cesse de ruser avec le destin afin de  rencontrer la belle Mary pour la première fois, encore et encore, jusqu’à ce qu’il arrive à gagner son cœur. Tim se sert alors de son pouvoir afin de créer les conditions idéales pour la demande en mariage parfaite, pour sauver la cérémonie à venir du discours catastrophique du pire des garçons d’honneur imaginable mais aussi pour épargner à son meilleur ami un désastre professionnel.1

Tim Lake n’est pas parfait. Il commet moult maladresses. Son don lui assure de pouvoir rendre heureux les autres en effaçant les faux pas pour ne laisser qu’un déroulé de vie de bonheur. Cela ne lui épargne pas les chagrins inévitables de la vie tels la perte d’êtres chers mais le cours de sa vie prend une couleur de sérénité durable. Avec le temps il renonce toutefois à user de ce don …

Il peut paraître difficile de concevoir pourquoi le héros renonce à ce pouvoir si prodigieux, sinon pour goûter sans doute avec plus de profondeur les joies profondes du cœur humain imparfait. L’amour se forge en réalité grâce à toutes les facettes de joie et de chagrin qui forgent notre cœur. « Comme l’amour vous coiffe d’une couronne, il peut aussi vous clouer sur une croix. Et de même qu’il vous invite à croître, il vous incite à vous ébrancher. Autant il s’élève au plus haut de vous-même et caresse les plus tendres de vos branches qui frémissent dans le soleil, Autant cherche-t-il à s’enfoncer au plus profond de vos racines et à les ébranler dans leurs attaches à la terre. Pareilles à des brassées de blé il vous ramasse et vous enlace. Il vous bat au fléau pour vous mettre à nu. Il vous passe au tamis pour vous libérer de votre balle. Il vous moud jusqu’à la blancheur. Il vous pétrit au point de vous assouplir ; Et puis il vous livre à son feu vénéré, afin que vous deveniez pain sacré pour le saint festin de Dieu. Voilà tout ce que l’amour fera en vous afin que vous puissiez déceler les secrets de votre cœur, et devenir ainsi un fragment du cœur de la Vie. »²

L’amour n’est grand que parce qu’il se nourrit de la faiblesse de l’être humain. Car c’est la faiblesse qui permet à la toute-puissance de Dieu de s’immiscer dans le cœur pour y déposer sa force d’amour. « Car, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » nous dit Saint-Paul. Nous disposons, grâce à la puissance de l’amour, d’un don  puissant, celui du pardon. Nos vies sont traversées par  les carences de nos amours si humains ! Nous sommes englués dans une humanité défaillante. Et c’est pourtant au cœur de ces imperfections de l’amour humain que nous pouvons entrer dans le plus pur amour qui soit ! Il est facile d’aimer la perfection ! Qu’il est grand d’être capable d’aimer dans la douleur du pardon. C’est alors que j’aime vraiment.

« Celui qui, par quelque alchimie sait extraire de son cœur, pour les refondre ensemble, compassion, respect, besoin, patience, regret, surprise et pardon crée cet atome qu’on appelle l’amour. »3


1 http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=201760.html

2 Khalil Gibran

3  Khalil Gibran

 

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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

Calendrier de l’Avent


Le premier matin de l’Avent, la plus jeune n’est pas difficile à réveiller. Elle se lève avant même que nous soyons nous-mêmes hors du lit. Elle oublie soudain la peur qu’elle a de descendre seule en bas dans la noirceur du matin frigorifié. Ses pantoufles feutrent doucement les marches de l’escalier. On entend un petit tiroir qui s’ouvre. Elle contemple l’intérieur de la boîte d’allumette enveloppée de papier irisé. Quatre petits chocolats patientent tout au fond. Que l’attente sera longue avant que ses sœurs ne se lèvent !

Cela lui donne le temps de lire aussi le petit message du jour : « Aujourd’hui j’écris un petit mot rempli de gratitude à un proche. » Et ce sera ainsi tous les matins jusqu’à Noël. La joie de voir ce que referme la boîte. Un bonbon ? Une pâte de fruit ? Un chocolat ? Une noix ? Et la bonne action du jour.

Dès que les autres sont levées, elle s’élance pour leur dire : « Aujourd’hui on aura un petit mot de remerciement à écrire ! »Ces calendriers de l’Avent que l’on confectionne soi-même pour les enfants ont cet immense avantage de demeurer sobres. Un petit rien comble les enfants ! Dans ces petits riens l’enfant saisit bien l’amour du geste. Ses parents ont pensé à lui. Il se sent aimé. Aimé à travers ce petit rien qui contient l’essentiel. Et sûr de cet amour, l’enfant est en mesure de se mettre en marche également : il peut à son tour être généreux ! C’est pourquoi les bonnes actions à faire sont si importantes à adjoindre : on reçoit et on donne. C’est le flux de l’amour ainsi contenu dans ces petites boîtes de carton.

Depuis peu, les adultes ne sont pas en reste avec les calendriers de l’Avent sur mesure pour eux avec une gamme de prix qui dépasse le petit rien…

Comment avant Noël – une fête réputée pour être faste en consommation – peut-on se remplir avec autant de ces grands tout qui ne sont rien ? Où est passée notre espérance, celle qui attend la Lumière ? Comment se prépare-t-on à cette fête en se remplissant tant qu’on ne peut plus rien recevoir ? Et surtout quelle place y a-t-il au flux de l’amour ? Celui qui circule et qui nous fait penser aux autres autrement que par la consommation ?

Le flux de l’amour est rempli de ces petits gestes que nous pensons à poser pour les autres. Imaginons ce que serait l’Avent si chacun se levait avec cette conscience des autres et à son agenda une action généreuse à faire dans sa journée. Quel geste d’amour pourrais-je poser aujourd’hui afin d’épauler mon conjoint ? Comment pourrais-je lui faire sentir mon amour ? Quels gestes pourrions-nous faire ensemble afin de nous tourner vers les autres, les plus démunis, les gens seuls ?

La période de l’Avent en est une qui nous met en route vers l’accueil de l’Enfant Dieu. Qu’est-ce qui va préparer nos cœurs à cette lumière irradiante?

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Responsable de la chronique : Caroline Pinet

« Qu’il est bon d’avoir trouvé la personne à contredire pour le restant de sa vie »

 

J’étais passée chez le libraire le lundi et avait trouvé une série de cartes postales sur lesquelles était indiquée la phrase ci-haut. Une photo vintage d’un couple, le jour de leurs noces, accompagnait le message. Il faut croire que la phrase était criante de vérité car le mardi il n’en restait plus une seule !

Si le mariage unit deux âmes sœurs qui vont dans la même direction, on ne répète jamais assez combien la route à parcourir se fera avec beaucoup de discussions ! On se demande même parfois si on sera d’accord sur la couleur du ciel…

Tout ceci est normal tant que nous poursuivons la route avec une bonne dose d’humour dans nos bagages ! S’il est parfois épuisant de voir la vie trop souvent d’un angle différent en couple, réjouissons-nous de ces points de vue différents car ils témoignent combien chaque membre qui compose le couple a su garder sa personnalité et l’essence qui le caractérise. Quand nous avons rencontré  l’être aimé pour la première fois, c’est pour tout ce qui le caractérise que nous sommes tombés amoureux !

Nous faisons souvent référence au conjoint comme étant l’alter ego, comme étant l’autre moi… mais alter signifie également « autre ». Ce qui est autre est souvent différent…

La différence est une source d’enrichissement ! Elle me fait sortir de moi-même. Et Dieu lui-même n’est-il pas le tout autre comme en témoigne Isaïe 55, 7-8 : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies ».

Ce sont ces contours différents et en dehors de moi qui me permettent de mieux me définir moi-même et comprendre qui je suis. Ils m’aident également à voir la vie sous un angle divergent. Apprendre à voir autrement me permet d’élargir mon champ de vision, de tenir compte de l’autre et même parfois de commencer à le comprendre.

Le chemin du mariage n’est pas un long fleuve tranquille où l’on se met en mode « écran de veille ». Randonneurs du dimanche passez votre chemin… Dans un couple, nous allons dans la même direction, certes, mais combien discutée, chacun essayant d’orienter le sentier à prendre ! Peut-être qu’ainsi nous allons plus lentement, mais nous y avançons ensemble.

Souvenons-nous cependant que dans une discussion il y en a toujours un qui a raison, l’autre, c’est l’homme.

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« Va et vends tout ce que tu as »

 

« Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » […] Jésus lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. » Marc 10, 17-27

La réponse de Jésus est bouleversante. Quiconque l’entend, comme les disciples alors, se trouve stupéfait par leur exigence. Pour apaiser nos esprits, nous relativisons et considérons qu’il a prononcé ces paroles il y a plus de deux mille ans et, de surcroît, à un jeune homme riche. D’aucun ne se sentira concerné par ces mots très radicaux car nous ne nous sentons pas riches… Et puis nous sommes mariés avec des enfants : ce n’est donc pas pareil…Nous avons des obligations…

Jésus affirme que les biens matériels sont un handicap spirituel. Il va loin dans l’image : « Il sera plus facile à un chameau de passer à travers le trou d’une aiguille qu’aux riches d’entrer dans le royaume de Dieu. » Il s’agit bien entendu d’une hyperbole utilisée par Jésus, comme il le fait avec la poutre et la paille dans l’œil. Cette figure de style est habituelle dans le langage oriental où l’exagération d’une idée sert à illustrer le propos.

Mais, nous qui avons charge d’âmes en prenant soin de nos familles, sommes-nous concernés par cette réponse radicale de Jésus au jeune homme riche ? Comment vendre tous nos biens et donner la moitié des recettes que nous en tirerions aux pauvres ? N’est-ce pas irresponsable ? En tant que chargés de famille, n’avons-nous pas une dérogation ?

Nous, gens mariés, croyons souvent que l’exigence de la foi s’applique uniquement aux religieux d’état. Nous croyons que nous pouvons vivre une foi à « rabais » car nous avons autre chose à faire de nos journées ! Nous ne nous sommes pas des professionnels de la foi.

Le Pape François actualise les propos de Jésus en réitérant le danger que représente le Dieu Argent: « Il faut se garder de céder à la tentation d’idolâtrer l’argent. Cela signifierait affaiblir notre foi et courir ainsi le risque de s’habituer au piège de convoitises insensées et funestes, qui peuvent faire courir à l’homme le risque de plonger dans la ruine et la perdition. » (Homélie lors de la messe célébrée à la Maison Sainte-Marthe, le vendredi 20 septembre 2013).

L’argument du chrétien moderne est de contourner la parole de Jésus en affirmant qu’il suffit de ne pas idolâtrer l’argent, d’en user pour le bien commun…Mais «qu’arrive-t-il donc avec l’argent?» s’est demandé le Pape. «L’argent t’offre un certain bien-être: les choses marchent, tu te sens un peu important et puis arrive la vanité. Nous l’avons lu dans le psaume 48: cette vanité apparaît. Cette vanité qui ne sert pas, mais tu te sens une personne importante». Vanité, orgueil, richesse: c’est ce dont se vantent les hommes décrits dans le psaume: ceux qui «se fient à leur force, et se vantent de leur grande richesse».

Le Saint-Père poursuit : «Jésus nous avait dit clairement et également définitivement, que l’on ne peut servir deux seigneurs: on ne peut servir Dieu et l’argent. Entre les deux, il y a quelque chose qui ne va pas. Il y a quelque chose dans l’attitude d’amour à l’égard de l’argent qui nous éloigne de Dieu».

Il rajoute : «L’apôtre saint Paul nous dit plutôt de lutter pour la justice, la piété, la foi, la charité, la patience et la douceur. C’est le chemin de Dieu, et non pas celui du pouvoir idolâtre que l’argent peut donner. C’est le chemin de l’humilité du Christ Jésus, qui de sa richesse est devenu pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté. C’est la façon de servir Dieu. Et que le Seigneur nous aide tous à ne pas tomber dans le piège de l’idolâtrie de l’argent.»

Jésus lui-même s’est fait pauvre. Qui veut le suivre sur les routes de la Palestine devait ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. « Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »

Comment encore croire que cette exigence ne s’appliquerait pas à nous, quelle que soit notre état civil ?

Nous sommes incarnés à ce moment précis de l’histoire, dans un contexte où le réchauffement climatique et la paupérisation de la population partout dans nos sociétés sont la conséquence directe de l’idolâtrie de l’Argent. Il est évident qu’en tant que chrétiens nous sommes appelés à témoigner de l’amour du Christ qui s’inscrit en faux avec l’égoïsme des possédants. Nous sommes donc concernés en tant que couples mariés par la parole de Jésus qui nous invite à chaque instant de notre vie à choisir Dieu, à l’aimer de tout notre cœur et de toute notre âme*. L’Argent peut nous éloigner de son Amour. Il nous revient de concilier la responsabilité d’éduquer décemment nos enfants, de contribuer à la douceur de leurs jours. Pour autant, nous devons garder à l’esprit que nous faisons partis du peuple de Dieu, où chaque membre est mon frère, ma sœur et que nous avons la Terre en partage.

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Avec le temps


L’après-midi s’étiole et l’air frais des hautes montagnes, dès que le soleil atténue sa luminosité, reprend ses droits sur le pays. Après une chaude journée, il fait si bon de sortir sa « petite laine ». Jean, notre voisin de vacances, nous invite à passer les saluer. Nous nous présentons donc sur son invitation, mon mari et moi. Nous sommes sur le pas de la porte et en entendant s’impatienter sa femme qui ploie sous le travail, nous comprenons que l’initiative de Jean n’est pas du goût de Marielle. Elle prépare une énorme chaudronnée de soupe pour ses enfants et ses petits-enfants. Il est difficile de reculer bien que nous suggérons de repasser plus tard. Elle termine de transvaser la soupe dans une marmite plus grande : « Maintenant elle va cuire, je peux être là avec vous. » Elle tente alors de rattraper la situation. Elle sourit et va chercher de quoi boire.

Dans ce petit épisode, nous comprenons beaucoup de choses. Jean a près de 90 ans et nous réalisons qu’il n’a pas toute sa mémoire… Nous comprenons que Marielle doit avoir dix ans de moins et doit tout gérer. C’est le noyau dur du couple. Jean est diminué. Il marche à peine, se fatigue vite. Il agit de manière irraisonnée par moment, et Marielle passe une partie de ses journées à rattraper ses « fausses-bonnes » idées. Ils vont fêter leurs soixante ans de mariage.

Nous pourrions en rester à cette image de vieillard à la bouche édentée qui nous observe avec un regard à la douceur enfantine. Il redemande huit fois à mon mari s’il ne veut pas encore une « petite goutte » de vin de génépi. Il a oublié que trois minutes plus tôt il le lui avait déjà offert.

Jean va à nouveau mettre sa femme dans l’embarras en nous invitant à venir visiter ses meubles en bois qu’il a sculptés. Sa femme nous demande de ne pas prêter attention au désordre car tout n’est pas rangé (si elle savait combien je la comprends !!!). Mais la visite nous instruit de manière merveilleuse car nous arrivons devant des chefs-d’œuvre ! De beaux meubles aux décorations tailladées dans le bois. Les armoires, les tables, les chaises… Les mains de Jean ont sculpté tant de jolies figures géométriques avec son couteau. Et ce n’est pas tout. La maison elle-même est l’œuvre de ses mains. Il y a plus de quarante ans, il l’a bâtie lui-même ! Quel gaillard solide a-t-il dû être !

Nous revenons discuter dehors. Marielle raconte le passé, leurs enfants, la construction de la maison. La vie nous est décrite et les souvenirs redonnent de la dignité à Jean. Nous le respectons. Nous sommes petits devant l’œuvre d’une vie qui se dresse si solidement devant nous parmi les montagnes. Une grande partie des occupations de Marielle repose maintenant sur les soins et l’aide à apporter à son mari. Nous partirions tous en courant devant la tâche ingrate qui lui est impartie. Marielle semble certes par moment agacée, poussée à bout par le comportement irrationnel de Jean. Elle doit penser, prendre les décisions, prévoir, pourvoir, planifier, gérer la médication, l’alimentation, l’hygiène, les comportements, la sécurité de son époux. Mais pourtant, elle ne se limite pas à cela. Marielle prend à cœur de faire une fois par semaine une grande soupe à distribuer à ses grands enfants. Elle se fait plaisir en se disant que ses petits-enfants la mangeront également. Elle garde également ses arrière-petits-enfants, le temps de dépanner ici et là les parents. Marielle, c’est aussi tout un monument de vie ! Elle se tient là, à ses côté.

La tendresse conjugale, c’est aussi être là pour l’autre dans les jours creux, dans les jours maudits, dans la maladie. Et ce qui aide à tenir, c’est le passé, ce que l’on a construit. Et plus que la maison, Jean et Marielle ont bâti un grand amour. Cet amour, ils l’ont édifié non pas sur le sable, mais sur le roc. Cet amour qui vient de Dieu et qui permet d’aimer l’autre jusqu’à se donner entièrement à lui sans rien attendre de retour. Avec le temps, va, tout … ne s’en va pas, bien que tout semble blanchi comme un cheval fourbu, car l’amour demeure plus profond que jamais… et l’on aime enfin vraiment !

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L’amour : plus qu’une philosophie feel-good

Depuis l’Antiquité, de grands philosophes se sont exprimés au sujet de l’amour: de Platon à Jean-Paul Sartre en passant par Montaigne, Jean-Jacques Rousseau, Arthur Schopenhauer. Pourtant, l’amour a longtemps été mis à l’écart de la pensée philosophique traditionnelle. Ce qui ne l’empêche pas de faire une percée centrale dans la pensée des philosophes d’aujourd’hui. De nombreuses œuvres s’articulent autour de ce thème dans les champs sociologiques. On s’intéresse à la relation entre les êtres. Signe des temps ? La sphère privée intéresse les chercheurs. Elle s’inscrit dans la mouvance actuelle de l’art de vivre. On s’interroge sur le bonheur, ce qui rend heureux. Ainsi les thématiques classiques sur le bonheur et la sagesse de l’Antiquité reviennent sur le devant de la scène avec l’amour en bagage accompagné.

Cette recherche du bonheur conduit l’individu moderne à constater que l’amour est un incontournable. Et paradoxalement, dans cette société décrite comme si individualiste l’autre devient la passerelle sans quoi on ne peut être heureux. L’autre est-il un objet de bonheur, une thérapie « feel-good » ? Si l’autre est d’abord l’objet de mon bonheur, en aimant, il en devient le sujet.

On peut prendre des Bouddha-bols pour veiller à sa santé et par le fait même entrer dans un bien-être ; on peut s’imprégner de l’art de vie danois en adoptant la mode hygge ; on peut également rechercher les bienfaits de la relaxation avec des pierres chaudes. Tout ceci concourt à une quête de bonheur ancrée sur le sentiment personnel de bien-être. Cependant, quiconque aime, même en poursuivant au départ son propre bonheur, sortira immanquablement de son moi et entrera dans une relation avec l’autre. Les thérapies feel-good apportent un bien-être sans pour autant conduire au bonheur. L’amour, lui, nous met directement sur le chemin du bonheur, le seul chemin possible.

Est-ce que dans ce bonheur d’amour, j’aurai toujours un sentiment de bien-être ? Non, assurément pas ! Car la relation à l’autre, la vraie, l’authentique m’oblige à tenir compte de cet autre. Et l’autre n’étant pas moi, le conflit est assuré à un moment ou un autre. Alors que l’entre soi risque de nous enliser, l’altérité nous enrichit et nous permet de nous dépasser.

L’amour n’est pas une thérapie, ni un élément de confort. Il est une nourriture essentielle à notre vie, à notre bonheur, indispensable. Il est en fait source de toute vie, il est la vie. Et il a pour nom Dieu. Ce Dieu qui prend le visage de l’autre dans notre vie.

Nous deux

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