Archives pour la catégorie Parole et vie

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 2e Dimanche de Pâques (C)

Témoins de sa miséricorde

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20,19-31. 
C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

COMMENTAIRE

Il nous arrive souvent d’inviter chez nous, à Ste-Foy, le vendredi soir, des gens avec qui nous souhaitons spécialement entrer en dialogue. C’est pour nous, les frères dominicains, une forme de ressourcement, une façon de nous ouvrir à ce qui se passe dans notre milieu ou même en dehors de la région. C’était le cas, il y a un certain temps, alors que nous recevions pour la prière de vêpres, le temps d’un apéro et du souper un couple venu de la Mauricie. Sara et Charles sont mariés depuis une vingtaine d’année. Ils sont les parents de trois enfants. Au cœur de leur vie de couple et de famille, il y a la foi chrétienne.

Ils vivent sur une ferme. Ils pratiquent la culture biologique maraichère. Ils ne visent pas à s’enrichir. Car là n’est pas leur plus grande préoccupation dans la vie. En effet, plusieurs fois dans l’année, ils accueillent chez eux des familles venues de partout au Québec, en quête d’un lieu de vacances où elles pourront trouver l’avantage d’un appui pour l’éducation chrétienne des enfants.

Sara et Charles et leurs adolescents se retrouvent donc au centre d’un réseau qui a grandi. Lors des rassemblements pour le camping d’été, ou lors des fêtes de la Toussaint, de Noël et de Pâques, ou pendant les semaines de relâche, ils sont littéralement envahis par une foule de jeunes familles venues de partout partager chez eux un cadre de vie où la prière, l’entraide, l’animation spirituelle prennent une large place. Il se vit là-bas une expérience communautaire forte sous le signe de la foi, de l’amitié, marquée de beaucoup de ferveur, de convivialité, du bonheur évident de se retrouver.

Ce qui m’émerveille dans le témoignage de Sara et de Charles, c’est la place de la compassion et de l’entraide fraternelle sous toutes ses formes qu’ils privilégient dans ce modèle d’accompagnement. Ils offrent chez eux un lieu de retrouvailles et d’amitié, bien sûr, mais qui est aussi un lieu de guérison, d’accueil inconditionnel, de miséricorde. Le couple nous en a donné bien des exemples. Et je me dis qu’ils font ainsi la preuve de la qualité tout à fait évangélique de leur engagement croyant. Ils sont en mission d’amour et de service au cœur d’un monde qui en a bien besoin. Ils vivent leur foi dans la fidélité concrète au Christ Sauveur, au Seigneur de l’infinie miséricorde. Il y a là des personnes qui s’ouvrent aux autres pour une écoute attentive et généreuse, dans une totale disponibilité.

La parole de Dieu aujourd’hui nous situe expressément dans cette perspective. La 1ère lecture montre chez les premiers chrétiens une communauté vers qui on venait pour se faire guérir… Dans l’Évangile, les apparitions du Ressuscité nous font contempler les plaies du Crucifié. L’homme de Nazareth, blessé dans sa chair, est mort pour nous, par amour. Ses plaies attestent le don qu’il nous a fait de sa vie. Sa venue auprès des disciples témoigne donc de sa vie donnée et du don de l’Esprit aux disciples pour le pardon, la rémission des péchés, la paix à produire dans tous les cœurs et dans le monde.

Le Ressuscité n’oublie personne, pas même l’incrédule et récalcitrant Thomas, ce jumeau qui nous ressemble tant. Jésus pose à son égard un geste de miséricorde qui le met en contact avec les plaies de son Maître. Thomas apprend lui aussi où est la source de l’amour et de la miséricorde, où est le signe du don que Dieu nous fait en son Fils. « Mon Seigneur et mon Dieu » prononce-t-il, comme quoi il a tout compris, et il pourra à son tour tout donner de lui-même en écho et réponse à la miséricorde infinie du Père et du Fils pour lui, pour tous.

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Homélie pour le matin de Pâques

Pâques, mystère de silence et de foi

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean   (Jn 20, 1-9)
Le premier jour de la semaine,
Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ;
c’était encore les ténèbres.
Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple,
celui que Jésus aimait,
et elle leur dit :
« On a enlevé le Seigneur de son tombeau,
et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple
pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble,
mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre
et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ;
cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour.
Il entre dans le tombeau ;
il aperçoit les linges, posés à plat,
ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus,
non pas posé avec les linges,
mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple,
lui qui était arrivé le premier au tombeau.
Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris
que, selon l’Écriture,
il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

COMMENTAIRE

J’avoue que je suis toujours un peu déçu le jour de Pâques… avec cette page de l’Évangile de Jean, qui a l’air de mener nulle part. Tellement je m’attendrais, en plein jour de Pâques, à ce que le récit d’évangile nous en mette plein les yeux de ce Ressuscité dont on parle tant ce jour-là. Heureusement, hier soir – dans la nuit – avec S. Luc, et d’autres années avec S. Matthieu ou S. Marc, l’histoire racontée nous en disait plus. Il y avait des anges, et même des fois le Seigneur se montre, il y a de l’action. Il y a ce rendez-vous annoncé en Galilée. Il se passe quelque chose, des émotions, de la peur, de la joie, des discours!

Mais ici ce matin c’est le calme plat. Et c’est toujours comme cela à la messe du jour de Pâques, avec S. Jean – il ne se passe rien. Une seule petite phrase de Marie Madeleine : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. ». Puis c’est le silence.

Bien sûr, il y a la course inégale des deux disciples, Simon Pierre et l’autre – dont on ne nous dit pas le nom – et des constats sur l’état des choses dans le tombeau. Le vide. Les linges. Le silence toujours. Des détails sans importance apparente : un disciple qui court plus vite que l’autre, et qui laisse passer l’autre en premier. Les linges placés comme ceci, comme cela. Et ça semble même finir là. Avec le disciple qui voit et qui croit. Et l’autre – nul autre que Simon Pierre – qui a l’air de ne rien voir. Décevant, vous ne trouvez pas?

Mais c’est peut-être ça la foi de Pâques… Ne pas le voir. Le constater par la négative d’abord. Se trouver devant le vide, devant une énigme, un mystère. Ne pas aller trop vite. Ne pas sauter cette étape de la recherche, de l’exploration, creuser le vide et le silence. Nous préparer l’âme pour accueillir sa divine présence.

Se souvenir de lui, comme le rappelle la 1ère lecture « Qu’il est passé en faisant le bien ». Se dire que beaucoup de disciples l’ont connu en Galilée et en Judée, qu’il s’est, par la suite, manifesté à eux. Qu’ils l’ont vu ressuscité.

Puis se dire comme S. Paul que nous sommes quelque part en nous-mêmes déjà ressuscités avec lui et qu’il faut nous tourner vers cet ailleurs où il est, pour le trouver là, dans les réalités d’en-haut; ne pas nous contenter d’ici-bas; être comme morts avec lui, cachés en lui, avec lui, pour vivre de lui, déjà comme lui.

Il nous est bon de mettre de l’avant cette grande discrétion de Pâques, cette réalité humble et pauvre de notre foi, qui ressemble tellement à ce qu’a été Jésus au milieu de nous, et qui nous garde dans la simplicité, en pèlerinage, témoins de l’absolu de Dieu, du Mystère, d’une divine présence qui ne brise rien, ne casse rien, mais vient doucement, tendrement, puissamment remplir nos cœurs de paix, de lumière, de joie, fruits de notre foi, dons de l’Esprit envoyé vers nous, qui à travers les Écritures et l’impressionnant témoignage de la tradition ecclésiale nous rappelle sans cesse qu’il est vivant, qu’il est venu, qu’il vient, qu’il viendra. Il est là!

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Homélie pour la Vigile pascale (C)

Comme il l’avait dit

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 24, 1-12)

Le premier jour de la semaine,
à la pointe de l’aurore,
les femmes se rendirent au tombeau,
portant les aromates qu’elles avaient préparés.
Elles trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau.
Elles entrèrent,
mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus.
Alors qu’elles étaient désemparées,
voici que deux hommes se tinrent devant elles
en habit éblouissant.
Saisies de crainte,
elles gardaient leur visage incliné vers le sol.
Ils leur dirent :
« Pourquoi cherchez-vous le Vivant
parmi les morts ?
Il n’est pas ici,
il est ressuscité.
Rappelez-vous ce qu’il vous a dit
quand il était encore en Galilée :
‘Il faut que le Fils de l’homme
soit livré aux mains des pécheurs,
qu’il soit crucifié
et que, le troisième jour, il ressuscite.’ »

Alors elles se rappelèrent les paroles qu’il avait dites.
Revenues du tombeau,
elles rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres.
C’étaient Marie Madeleine, Jeanne,
et Marie mère de Jacques ;
les autres femmes qui les accompagnaient
disaient la même chose aux Apôtres.
Mais ces propos leur semblèrent délirants,
et ils ne les croyaient pas.
Alors Pierre se leva et courut au tombeau ;
mais en se penchant,
il vit les linges, et eux seuls.
Il s’en retourna chez lui,
tout étonné de ce qui était arrivé.

COMMENTAIRE

Ce n’est pas la première fois que des hommes n’auront pas cru au discours des femmes. Il n’est pas surprenant non plus que le message pascal soit communiqué, confié d’abord à des femmes. Elles le portent naturellement, étant plus émotives que les hommes, plus immédiates et spontanées dans leurs réactions, plus intuitives aussi devant le mystère, plus proches de la vie.

Nos bons hommes, eux, supposément plus réalistes et raisonnables, exigent des preuves, ils veulent contrôler. Mais cette différence d’approches nous tient, les uns et les autres, dans l’équilibre, dans une complémentarité qui témoigne de la vérité de cette expérience fondamentale qu’il nous est donné de revivre cette nuit.

Peu importe nos réactions premières, nous sommes tous mis au défi de croire, sidérés par un fait inouï, qui nous étonne encore : la mort n’a pas eu le dernier mot sur Jésus de Nazareth. Il n’est plus au tombeau. Il est vivant. Ressuscité, il a passé la mort comme il l’avait dit. Et celles et ceux qui l’ont accompagné depuis la Galilée l’apprennent avec stupeur et ravissement. Par-delà leur cheminement d’autrefois avec lui, leur déception, leur abandon, leur tristesse et leur deuil, ils se souviennent que Jésus l’avait annoncé, que tout s’accomplit comme Jésus l’avait prophétisé.

La fête de Pâques nous plonge dans la merveille de cette annonce qui a retenti, il y a plus de 2000 ans. La Nouvelle de la Résurrection du Christ se répercute sur la terre depuis lors et nous convie à une prodigieuse espérance. Grâce au Christ, les portes s’ouvrent pour nous sur un monde nouveau, sur l’infini de la grâce, de la vie, de l’amour de notre Dieu.

Certes les réalités quotidiennes et leurs nécessités suivent leur cours, mais plus rien n’est pareil pour les croyants. Nous sommes appelés à témoigner d’un avenir désormais ouvert sur autre chose que sur la mort, d’une possibilité immense d’accomplissement pour l’homme et la femme, pour la famille, pour la société, pour chacun et chacune de nous. L’évènement de Pâques nous n’avons jamais fini de l’explorer, d’en voir les effets, d’en accueillir l’énergie et tout le potentiel dans nos propres vies.

Dans un monde toujours menacé de mort et enveloppé de ténèbres, nous témoignons de la lumière radieuse et paisible du Ressuscité. Comme le soulignait S. Paul, le mystère de Pâques nous concerne tous. En Jésus nous sommes passés de la mort à la vie. Dès maintenant le baptême a signifié pour nous ce passage. « Nous tous qui avons été baptisés, écrit l’Apôtre, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Si par le baptême nous sommes plongés dans la mort avec lui, c’est pour mener en lui une vie nouvelle. » Et il ajoute : « Pensez que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus Christ »

Notre foi ne porte pas sur un rêve ou une illusion, ni sur un raisonnement ou une observation scientifique, elle porte sur quelqu’un qui se pose auprès de nous, mystérieusement présent, source de vie, puissant Sauveur. Notre foi est percutante, dérangeante, explosive parce qu’elle porte sur le Vivant à jamais; elle fait de nous les témoins privilégiés de cette vie nouvelle offerte à tous par Celui qui est mort et ressuscité pour nous tous.

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Homélie pour le Dimanche des Rameaux

Une charité à toute épreuve!

 

Il nous faut être bref… Nous avons mis beaucoup de temps sur la Parole jusqu’ici.

La liturgie nous a fait vivre les choses en contraste depuis le début, avec ce passage abrupt du triomphe de Jésus, entrant à Jérusalem acclamé par les foules, à la plus désolante situation où il est arrêté, mis en prison, conduit, au terme d’un procès dérisoire et par des atrocités innommables, jusqu’à la crucifixion qui le fait mourir.

C’est un peu comme lorsqu’au milieu d’un grand succès, ou d’une belle fête, nous sommes rejoints par l’annonce d’un grand malheur, frappés d’une immense tristesse. Nous connaissons bien ces deux excès : quand l’expérience d’un parfait bonheur fait place soudainement au plus grand malheur, une chose qui arrive chez nous parfois, ou bien autour de nous, ou ailleurs dans le monde.

Ce qui me touche et m’impressionne dans le récit de saint Luc, c’est cette attitude et cette manière étonnante que Jésus nous révèle quand il est aux prises avec toutes les menaces et tous les sévices qui pèsent sur lui. Sans que rien ne soit caché ou diminué de la cruelle réalité de ses souffrances, il se tient en contrôle de lui-même, en sérénité profonde et grande charité. Il n’est pas dominé ou vaincu par le mal qui s’acharne contre lui. Il démontre au contraire plein d’amour, de tendresse même en ces circonstances extrêmes et tellement pénibles. Ses paroles sont comme autant de baumes ou de beauté qu’il apporte sur un parcours effrayant. Comme des étoiles qui brillent dans une nuit obscure…

C’est que déjà la lueur de Pâques apparaît dans le récit de Luc, l’amour du Père dans le cœur de Jésus. Nous vivons ensemble une relecture des actes qui nous sauvent. C’est ainsi que l’espérance nous est donnée avec la charité du Christ au cœur même de ses souffrances et de sa détresse.

Jésus nous apprend à composer nous aussi avec les contrariétés et la souffrance, et à les faire servir, à les tourner en un chemin de paix et d’amitié, d’humilité et de pardon. Voilà une leçon bien audacieuse peut-être pour nos vies tourmentées, plus souvent portées à la révolte.

Mais si nous allions notre passion avec le Christ, lui confiant dans la foi nos malheurs et notre peine, marchant avec lui, pour déjà avoir part à la puissance de sa résurrection, qui vient après, bien sûr, mais qui déjà porte ses fruits en nous de liberté, de paix et d’amour… à toute épreuve!

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Homélie pour le 5e dimanche du Carême (C)

Saisir la chance d’une Vie nouvelle

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 8, 1-11)

En ce temps-là,
Jésus s’en alla au mont des Oliviers.
Dès l’aurore, il retourna au Temple.
Comme tout le peuple venait à lui,
il s’assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme
qu’on avait surprise en situation d’adultère.
Ils la mettent au milieu,
et disent à Jésus :
« Maître, cette femme
a été surprise en flagrant délit d’adultère.
Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné
de lapider ces femmes-là.
Et toi, que dis-tu ? »
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve,
afin de pouvoir l’accuser.
Mais Jésus s’était baissé
et, du doigt, il écrivait sur la terre.
Comme on persistait à l’interroger,
il se redressa et leur dit :
« Celui d’entre vous qui est sans péché,
qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »
Il se baissa de nouveau
et il écrivait sur la terre.
Eux, après avoir entendu cela,
s’en allaient un par un,
en commençant par les plus âgés.
Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.
Il se redressa et lui demanda :
« Femme, où sont-ils donc ?
Personne ne t’a condamnée ? »
Elle répondit :
« Personne, Seigneur. »
Et Jésus lui dit :
« Moi non plus, je ne te condamne pas.
Va, et désormais ne pèche plus. »

COMMENTAIRE

Il y a six ans, le 13 mars 2013, à Rome, en soirée, on annonçait qu’un nouveau pape venait d’être élu. Peu après, François se présentait à tous ces gens réunis par milliers sur la place St-Pierre. Dès cet instant, l’homme nous est apparu le visage empreint de douceur et d’humilité. On le sentait à l’écoute de cette foule immense. Son silence nous a d’abord surpris, de même que la douceur de ses propos par la suite, et son humour bienveillant.

Il y a dans les manières du pape François quelque chose de ce que nous voyons se dégager de la personne de Jésus dans l’Évangile, notamment dans l’épisode que nous venons de lire. Jésus s’adonne à l’enseignement dans le Temple, lorsqu’on lui amène cette femme surprise en train de commettre l’adultère, une faute estimée très grave dans la loi juive. Cette femme, il fallait la dénoncer au nom de la Loi. Et on sent un malin plaisir chez les purs et durs de la Loi à conduire la coupable auprès de Jésus, pour l’obliger à se prononcer, à prendre parti devant tout le monde. Jésus, l’ami des pécheurs, ne pourra pas s’esquiver cette fois. Il est coincé. Il faut la condamner.

Mais lui, que va-t-il dire? Que va-t-il faire? Devant le rapport accablant qu’on fait sur cette personne, Jésus marque d’abord un temps d’arrêt. Il fait silence. Un silence qui invite chacun à la réflexion. Puis vient la question : ces messieurs sont-ils tous tellement purs et innocents qu’ils puissent se permettre de lapider cette femme? Sont-ils justifiés de mener quelqu’un à la mort alors qu’eux-mêmes ils ne sont pas sans reproche? Chacun n’a-t-il pas quelque squelette dans son placard?

Et de nouveau, c’est le silence. Un silence qui en dit long! Silence et retrait de tout l’monde sur la pointe des pieds. Jésus, quant à lui, refuse de condamner. Lui seul pourtant pourrait confondre l’accusée en toute vérité et justice. Il s’abstient de le faire. « Moi non plus, je ne te condamnerai pas », prononce-t-il. Il refuse la violence. Il consent à donner une chance au pécheur. Il ne veut pas la mort, mais la vie du pécheur. Il ouvre ainsi à cette femme un espace de miséricorde et de pardon. « Va, et désormais ne pèche plus. » Il y a pour elle un avenir. Il la convoque au meilleur d’elle-même pour une vie plus juste désormais. « Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas? » Le Seigneur croit au changement. Il redonne espoir et confiance à chacun, à chacune.

Cette histoire nous entraîne dans le même sens : alors que nous sommes pécheurs et qu’il pourrait nous dénoncer, Jésus nous appelle plutôt à la conversion, nous convoquant au meilleur de nous-mêmes pour la vie, pour ne plus pécher. S. Augustin le disait ainsi : détestons le mal et le vice, mais aimons le pécheur. L’aimer, non pas pour sa faute, mais pour lui-même, pour le sauver de son mal.

Le pape François dénonce vigoureusement le mal. Il doit, bien sûr, permettre à la justice humaine de faire son travail. Mais en tout ce processus de mise en ordre au sein de l’Église, il se pose comme un pauvre parmi les pauvres, donnant à chacun la possibilité de se relever et de mener une vie plus juste, une vie nouvelle. Bien sûr il faut dénoncer et stopper le mal, il faut réparer l’offense autant qu’il en est possible. Ainsi va l’Évangile!

Mais n’oublions pas que les règlements de compte ne suffisent pas. Nous ne vivons pas que pour la terre et le siècle présent. Il y a l’avenir. L’Évangile nous ouvre sur l’avenir. Et même quand nous traversons de grandes misères et portons de multiples souffrances, le souffle de l’Esprit nous pousse vers ce qui compte vraiment, comme le dit S. Paul : nous laisser saisir par le Christ. Notre seul avantage, c’est lui, en qui Dieu nous reconnaîtra comme justes. Il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en nous sa mort, dans l’espoir de parvenir nous aussi à ressusciter d’entre les morts. Il est notre justice, notre espérance, notre Sauveur.

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Homélie pour le 4e Dimanche du carême (C)

Dans la communion du Père

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 15, 1-3.11-32)

En ce temps-là,
les publicains et les pécheurs
venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui :
« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs,
et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père :
‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’
Et le père leur partagea ses biens.
Peu de jours après,
le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait,
et partit pour un pays lointain
où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
Il avait tout dépensé,
quand une grande famine survint dans ce pays,
et il commença à se trouver dans le besoin.
Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays,
qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre
avec les gousses que mangeaient les porcs,
mais personne ne lui donnait rien.
Alors il rentra en lui-même et se dit :
‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance,
et moi, ici, je meurs de faim !
Je me lèverai, j’irai vers mon père,
et je lui dirai :
Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.
Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’
Il se leva et s’en alla vers son père.
Comme il était encore loin,
son père l’aperçut et fut saisi de compassion ;
il courut se jeter à son cou
et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit :
‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’
Mais le père dit à ses serviteurs :
‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller,
mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
allez chercher le veau gras, tuez-le,
mangeons et festoyons,
car mon fils que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé.’
Et ils commencèrent à festoyer.

Or le fils aîné était aux champs.
Quand il revint et fut près de la maison,
il entendit la musique et les danses.
Appelant un des serviteurs,
il s’informa de ce qui se passait.
Celui-ci répondit :
‘Ton frère est arrivé,
et ton père a tué le veau gras,
parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’
Alors le fils aîné se mit en colère,
et il refusait d’entrer.
Son père sortit le supplier.
Mais il répliqua à son père :
‘Il y a tant d’années que je suis à ton service
sans avoir jamais transgressé tes ordres,
et jamais tu ne m’as donné un chevreau
pour festoyer avec mes amis.
Mais, quand ton fils que voilà est revenu
après avoir dévoré ton bien avec des prostituées,
tu as fait tuer pour lui le veau gras !’
Le père répondit :
‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi,
et tout ce qui est à moi est à toi.
Il fallait festoyer et se réjouir ;
car ton frère que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé ! »

COMMENTAIRE

Nous avons ce matin une parabole tellement connue, tellement belle et limpide, qu’elle parle toute seule. Elle nous renvoie vite chacun, chacune à notre expérience de fils ou de fille, qui s’est un jour éloigné de la famille, sans même parfois l’avoir jamais quittée. À notre expérience aussi du père ou de la mère, qui s’est tant de fois tourmenté pour celui ou celle qui n’est plus là et qui tarde à revenir, ou qui s’est désolé pour celui ou celle qui, même s’il est toujours là, n’y est pas vraiment, tellement il se tient loin par la pensée et le cœur, loin d’une vraie communion filiale et familiale.

Cette parabole nous plonge au plus fort de nos détresses humaines; elle nous éveille à l’immense sollicitude de notre Dieu. Il est facile de nous glisser tour à tour dans l’un et l’autre des personnages en présence pour les explorer, les ressentir en nous-même et apprendre Dieu et qui nous sommes, à travers ce ressenti, ce jeu de rôles.

D’abord le fils cadet en mal de liberté, avec cet envie qu’il a de goûter à la vie, de partir, de suivre ses élans, ses passions, suivant les chemins de son insouciance; vivant l’aventure de sa vie à même l’héritage reçu, jusqu’au bout, jusqu’à tout gaspiller, jusqu’à toucher le fond de soi-même, jusqu’à rêver d’un retour. N’est-ce pas nous?

Heureusement il y a le Père. Nous voyons sa tristesse, son désarroi, son attente, son rêve constant de revoir le fils qui lui manque; lui, le père, il en pleure, il a peur de ce qui peut arriver. Peut-être se demande-t-il : pourquoi ? Jusque à quand ?

Puis soudain cette joie immense, la folle joie du retour tant attendu, l’empressement à tout mettre en œuvre pour redonner sa dignité à l’enfant retrouvé. En faire une fête, avec toutes les extravagances possibles; la générosité du père n’en a que pour le retour de celui qu’il croyait avoir perdu.

Mais il y a aussi l’autre qui nous ressemble peut-être. Celui qui était au champ ce jour-là. Perdu dans ses pensées ordinaires, dans sa bonne conscience de faire ce qu’il faut faire, toujours à l’heure et au poste, sans joie, sans amour peut-être? Il laisse bien voir qu’il n’attend plus rien. Il est tellement pris par ses propres idées qu’il n’a pas remarqué la blessure de son père, sa peine, son espoir irrépressible d’un retour. Pour lui l’affaire était classée.

Qu’arrivera-t-il avec lui? Lui, le fils aîné devenu gros bébé. Qui boude. Incapable de goûter la joie de la bonne nouvelle? Pour lui le « prodigue » est peut-être le fils, mais il n’est plus son frère. Non. Il ne comprend pas. Il ne veut pas la fête. Son père saura-t-il le convaincre? Lui-même voudra-t-il faire le pas? C’est à nous de répondre!

Car nous voyons bien que nous pouvons nous retrouver et dans la position du fils cadet et dans celle du fils aîné. Où que nous soyons, nous savons quel chemin il nous faut suivre pour trouver le bonheur. Nous sommes conviés au retour, à la communion, à la fête. L’attitude et le positionnement du père, son amour inconditionnel pour chacun et chacune de nous devrait nous inspirer la plus grande confiance. Il s’agit pour nous de revenir vers lui, d’être comme lui, avec lui, pleins de miséricorde et d’amour, en quête du retour de tous les enfants perdus.

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Homélie pour le 3e Dimanche de Carême (C)

Incontournable conversion!

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 13, 1-9)

Un jour, des gens rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens
que Pilate avait fait massacrer,
mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient.
Jésus leur répondit :
« Pensez-vous que ces Galiléens
étaient de plus grands pécheurs
que tous les autres Galiléens,
pour avoir subi un tel sort ?
Eh bien, je vous dis : pas du tout !
Mais si vous ne vous convertissez pas,
vous périrez tous de même.
Et ces dix-huit personnes
tuées par la chute de la tour de Siloé,
pensez-vous qu’elles étaient plus coupables
que tous les autres habitants de Jérusalem ?
Eh bien, je vous dis : pas du tout !
Mais si vous ne vous convertissez pas,
vous périrez tous de même. »
Jésus disait encore cette parabole :
« Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne.
Il vint chercher du fruit sur ce figuier,
et n’en trouva pas.
Il dit alors à son vigneron :
‘Voilà trois ans que je viens
chercher du fruit sur ce figuier,
et je n’en trouve pas.
Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?’
Mais le vigneron lui répondit :
‘Maître, laisse-le encore cette année,
le temps que je bêche autour
pour y mettre du fumier.
Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir.
Sinon, tu le couperas.’ »

COMMENTAIRE

Les deux tragédies évoquées dans l’évangile nous renvoient à tous ces accidents et ces massacres qui arrivent aujourd’hui encore, dont nous sommes informés presqu’en temps réel. Si Jésus nous parle des évènements malheureux du premier siècle, et du coup aussi des nôtres, ce n’est pas pour nous faire peur, mais pour nous faire réfléchir. Il écarte tout de suite l’idée que Dieu puisse en être responsable dans une volonté de vengeance et de punition pour nos fautes. Nos malheurs ne viennent pas de lui. Dieu s’en attriste avec nous. Nous savons qu’il en a souffert en son Fils, lui qui a pris chair de notre chair.

La souffrance et la mort physiques sont inévitables dans notre condition présente. Nous pouvons bien travailler à rendre notre monde plus paisible et plus sécuritaire, à mieux connaître les lois de la nature et à prévenir les accidents, nous sommes tous et toujours vulnérables et fragiles. Nous vivons dans un monde dangereux où tout peut arriver, Il nous faut donc faire attention!

Mais au lieu d’avoir peur, ou de nous décourager, ou de tomber dans le cynisme ou la méfiance, Jésus nous invite à nous convertir, à changer nos attitudes et nos mentalités, à nous responsabiliser pour sauver ultimement nos vies. La parole en ce dimanche nous parle au cœur et à l’intelligence. Elle nous redit comment nos choix et nos décisions peuvent assurer notre avenir véritable, donner sens et inspiration et fécondité à notre vie présente.

Rappelons-nous la 1ère lecture, au livre de l’Exode, où Dieu prend l’initiative de se manifester à Moïse au désert. Dans le buisson ardent, il se révèle en son mystère de vie, de feu et de lumière, un Dieu personnel, fidèle à une alliance scellée autrefois avec Abraham. Dieu qui a vu et entendu la détresse de son peuple en Égypte et qui a résolu de le libérer. Le récit nous fait bien voir la compassion de Dieu. Sa puissance d’amour, de vie et de liberté, Dieu veut la communiquer à son serviteur Moïse et à tout le peuple.

Or ce peuple libéré de l’esclavage, Saint Paul nous le rappelait en 2e lecture, n’a pas le comportement attendu. Eux, ils se sont montrés distraits et rebelles. Ils n’ont pas respecté l’Alliance, ils n’ont pas bien profité des avantages mis à leur disposition; ils ont ainsi couru à leur perte. Tout ce qui leur est arrivé, écrit l’Apôtre, est là pour nous instruire. En fait nous sommes, nous les croyants, dans une situation analogue à celle d’Israël au désert. Sauf, qu’eux ils vivaient en figure ce qu’il nous est donné de vivre dans la réalité pascale. Déjà le baptême et la confirmation nous ont spirituellement libérés. Nous avons passé la mer et nous marchons sous la nuée, guidés par l’Esprit. Notre foi dans le Christ ressuscité des morts nous fait vivre de l’amour vainqueur de notre Dieu et Père. Le salut de Dieu nous habite et nous travaille pour la fécondité de notre vie.

Mais voilà que notre marche est souvent entravée. Notre fidélité est mise à l’épreuve. Nombreux sont les pièges, les influences, les mirages qui nous trompent et nous engourdissent; ils nous retiennent dans l’élan de notre foi, de notre espérance, de notre amour. Nous perdons le sens de notre appel à une vie de communion avec Dieu et entre nous. Il faut nous convertir, revenir à la parole de Dieu, resserrer nos liens fraternels, pratiquer la justice à tous égards et la miséricorde envers le prochain.

Comme Israël autrefois nous sommes libres, sortis d’Égypte, mais notre marche au désert reste un défi et c’est à nous d’y voir pour tenir la main de notre Dieu et Père et trouver en son Fils Jésus le chemin du Salut.

Parole et vie

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 2ème Dimanche du Carême

Notre horizon est déjà pascal!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 9, 28b-36)

En ce temps-là,
Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques,
et il gravit la montagne pour prier.
Pendant qu’il priait,
l’aspect de son visage devint autre,
et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante.
Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui :
c’étaient Moïse et Élie,
apparus dans la gloire.
Ils parlaient de son départ
qui allait s’accomplir à Jérusalem.
Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ;
mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus,
et les deux hommes à ses côtés.
Ces derniers s’éloignaient de lui,
quand Pierre dit à Jésus :
« Maître, il est bon que nous soyons ici !
Faisons trois tentes :
une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
Il ne savait pas ce qu’il disait.
Pierre n’avait pas fini de parler,
qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ;
ils furent saisis de frayeur
lorsqu’ils y pénétrèrent.
Et, de la nuée, une voix se fit entendre :
« Celui-ci est mon Fils,
celui que j’ai choisi :
écoutez-le ! »
Et pendant que la voix se faisait entendre,
il n’y avait plus que Jésus, seul.
Les disciples gardèrent le silence
et, en ces jours-là,
ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

 

COMMENTAIRE

Il y a de ces moments dans la vie dont nous nous souvenons avec émotion, dont il nous est difficile même de parler. Quelque chose nous est arrivé, qui a tout changé pour nous. Il peut s’agir d’un évènement bien personnel dont nous gardons le secret, qui a mis du baume et du neuf dans notre existence. Entre la grisaille du quotidien et nos rêves, cette clarté d’un moment donnait du sens à notre parcours et l’envie de continuer la route. Nous avons tous besoin de ces instants lumineux, qui nous fortifient et nous donnent de l’élan. Ça peut être un incident, une rencontre, la présence d’un ami, une inspiration, une lecture. Nous savons alors que les épreuves du moment et celles qui s’annoncent, les déceptions, les perspectives d’échecs peut-être et les contrariétés n’auront pas le dernier mot sur nous. Courage! Confiance! Espérance! Voilà ce que produit la transfiguration du Seigneur sur la montagne aujourd’hui.

Simon Pierre venait de confesser sa foi en Jésus. « Tu es le Messie, l’Élu, le Fils de Dieu », avait-il répondu au Maître qui interpelait les disciples sur son identité. Jésus leur avait alors imposé silence, les prévenant que des jours approchaient où il allait souffrir beaucoup, être mis à mort, et ressusciter le 3e jour. Les disciples eux-mêmes ne seraient pas épargnés. On comprend qu’ils furent choqués d’une telle annonce, saisis d’inquiétude et de peur.

Or, c’est 8 jours après ces révélations que Jésus emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean sur la montagne. Les 3 disciples ne tardent pas à s’endormir d’un sommeil mystérieux, comme Adam au paradis, comme Abraham au moment d’entrer en alliance avec Dieu, comme les mêmes disciples au Jardin des oliviers juste avant l’arrestation de leur maître. Ils tombent dans cette sorte de léthargie que provoque l’ampleur d’un événement qui nous dépasse. Voici que Jésus, en prière, est transfiguré. C’est en s’éveillant qu’ils le voient. Il est en surbrillance, ayant avec lui Moïse et le prophète Élie : deux personnages mythiques dans la mémoire juive, associés tous les deux à la montagne de l’Horeb, disparus tous les deux autrefois de mystérieuse façon. Ils sont là en gloire eux aussi, qui parlent avec Jésus de ce qui l’attend à Jérusalem. Puis une nuée recouvre les disciples comme l’Esprit venu sur Jésus sous l’apparence d’une colombe lors de son baptême. Et cette voix qu’on entend : « Celui-ci est mon fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le. » Et après, plus rien, rien que Jésus tout seul, redevenu comme avant… et pourtant si différent maintenant à leurs yeux.

La foi de Pierre était donc confirmée par la Parole du Père. Cette manifestation arrivait à point pour soutenir le Fils dans sa marche vers Pâques. On peut penser que les disciples ont puisé là, eux aussi, par la suite, et dans la Pâques de leur Seigneur et maître, l’énergie pour le suivre jusqu’au bout dans la même épreuve.

Leur témoignage nous invite à prendre de la hauteur et à porter un regard de foi sur le Christ, nous pressant de sortir d’un sommeil accablant pour vivre de la vie du Ressuscité. Configurés au Fils par le baptême, laissons-nous pleinement identifier à lui pour être à notre tour de précieux témoins pour les autres. Sachons voir et faire voir par-delà les ténèbres et l’obscurité d’ici-bas la lumière de Pâques. En cette eucharistie, vivons ce moment de grâce et d’éternité porteur de la plus belle espérance. Qu’il nous donne d’anticiper tous ensemble le bonheur de notre communion promise avec le Père et le Fils dans l’Esprit.

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 1er Dimanche du Carême. Année C

Le Prix de la fidélité!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 4, 1-13)
En ce temps-là,
après son baptême,
Jésus, rempli d’Esprit Saint,
quitta les bords du Jourdain ;
dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert
où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable.
Il ne mangea rien durant ces jours-là,
et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le diable lui dit alors :
« Si tu es Fils de Dieu,
ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
Jésus répondit :
« Il est écrit :
L’homme ne vit pas seulement de pain. »

Alors le diable l’emmena plus haut
et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.
Il lui dit :
« Je te donnerai tout ce pouvoir
et la gloire de ces royaumes,
car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux.
Toi donc, si tu te prosternes devant moi,
tu auras tout cela. »
Jésus lui répondit :
« Il est écrit :
C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras,
à lui seul tu rendras un culte.
 »

Puis le diable le conduisit à Jérusalem,
il le plaça au sommet du Temple
et lui dit :
« Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ;
car il est écrit :
Il donnera pour toi, à ses anges,
l’ordre de te garder
 ;
et encore :
Ils te porteront sur leurs mains,
de peur que ton pied ne heurte une pierre.
 »
Jésus lui fit cette réponse :
« Il est dit :
Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations,
le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.

COMMENTAIRE

Il est dit que Jésus, rempli de l’Esprit-Saint, est poussé par le même Esprit au désert pour un temps d’épreuves. Un temps où il donnera la preuve de sa fidélité au dessein du Père. Suivons sa démarche et voyons dans son attitude et ses réponses comment faire pour le suivre et être avec lui.

Les évangélistes Matthieu et Luc nous rapportent les tentations en 3 étapes. Le contexte principal, c’est le désert. Un lieu de solitude, où Jésus n’est pas vraiment seul. Il est en communion avec le Père. Il se prépare à la mission qui l’attend. Dans l’aridité du désert, il ne pouvait que jeûner, c’est bien évident! C’est alors qu’une 1ère épreuve surgit. La faim! L’urgence de se nourrir. Le Fils de Dieu n’a-t-il pas les moyens de satisfaire ce besoin sur le champ? Sera-t-il fidèle à sa condition humaine? Ou bien va-t-il s’en évader en usant de son privilège divin? Un petit miracle et le tour est joué! Mais il ne saurait en être question pour lui. Jésus sera fidèle aux limites de sa nature humaine. Il refuse de tricher. Pour lui, une autre nourriture compte d’abord : la volonté bienveillante de son Père.

En cette épreuve, le Seigneur nous apprend à être nous aussi fidèles à notre condition humaine. Même si c’est parfois lourd et difficile. Même si nous avons des limites, les maladies, bien des nécessités. Nous sommes créés dans l’amour et la beauté. Nous ne sommes ni de purs esprits, ni des anges. Nous sommes corporels et physiques. Il nous faut gagner notre vie et partager notre pain. Dieu nous fait aussi le don de sa Parole. Ce pain-là nous est lui aussi nécessaire.

À Barcelone, en Espagne, à l’ouest de la ville, il y a une immense colline, une montagne, à laquelle on a donné le nom de Tibidabo (je te donnerai). Cette appellation nous reporte à la 2e épreuve que le démon fait subir à Jésus en l’emmenant sur une haute montagne. Pour se livrer avec lui à une sorte de marchandage : si Jésus accepte d’adorer le Satan, il aura en son pouvoir tous les royaumes de la terre et la gloire qui va avec ce pouvoir. Jésus va-t-il accepter de se commettre auprès du Tentateur, quitte à oublier Dieu? Sa réponse est nette. Dieu seul suffit. Il refuse le compromis et la trahison qui lui feraient opter pour une gloire qui ne viendrait pas du Père.

Nous aussi nous serons fidèles, si nous vivons sans idolâtrie ni basse soumission devant les propositions de ce monde-ci. Comme le Christ nous ferons confiance à notre Dieu, nous tenant droits et libres en sa présence, même s’il nous en coûte aux yeux du monde. Avec le Christ, à sa suite, nous servirons nos frères et sœurs dans l’humilité et le don de nous-mêmes, en ne sacrifiant pas aux idoles de l’avoir, du pouvoir et de la gloire.

Reste la 3e épreuve : plus spectaculaire peut-être mais plus subtile aussi. On est à Jérusalem, au sommet du Temple. Si Jésus se jette en bas, Dieu viendra à son secours. C’est certain! Il l’a promis. Alors pourquoi ne pas vérifier? Jésus refuse le stratagème. Il est écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. Jésus fait confiance à son Père. En lui, il s’abandonne. Il a la preuve intime de son amour.

Nous n’avons pas toujours cette confiance, le même abandon. Nous voulons des preuves que Dieu nous aime, des signes, du spécial qu’il ferait pour nous. N’est-ce pas là une façon de lui dire que nous n’avons pas assez la foi, ni l’intime conviction qu’il nous aime? Pourtant!

Jésus, au moment de sa passion, revivra les épreuves dont il a jadis triomphé au désert. Le tentateur n’aura pas plus le dernier mot. Jésus sera fidèle jusqu’au bout, jusqu’à mourir sur la croix. C’est après ce témoignage ultime d’amour et de fidélité pour nous et pour son Père, qu’il sera sauvé de la mort, et nous aussi, qui à sa suite mènerons le combat de l’amour et de la fidélité jusqu’au bout, jusqu’à tout donner, nous gagnerons de vivre avec lui.

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Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 8e Dimanche T.O. Année C

Prendre soin de soi

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 39-45)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples en parabole :
« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ?
Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?
Le disciple n’est pas au-dessus du maître ;
mais une fois bien formé,
chacun sera comme son maître.

Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère,
alors que la poutre qui est dans ton œil à toi,
tu ne la remarques pas ?
Comment peux-tu dire à ton frère :
‘Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil’,
alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ?
Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ;
alors tu verras clair
pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.

Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ;
jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit.
Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit :
on ne cueille pas des figues sur des épines ;
on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.
L’homme bon tire le bien
du trésor de son cœur qui est bon ;
et l’homme mauvais tire le mal
de son cœur qui est mauvais :
car ce que dit la bouche,
c’est ce qui déborde du cœur. »

COMMENTAIRE

« L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon. »

Nous sommes chanceux, cette année, que le Carême vienne plus tard, avec Pâques le 21 avril. Cela nous vaut quelques dimanches de plus, dans le Temps Ordinaire, avec l’Évangile de Luc qui nous plonge dans le concret de notre vie de disciples du Christ.

Et c’est la sagesse du Christ qui encore nous interpelle. Une sagesse liée à son mystère de salut pour l’homme et la femme de tous les temps. La sagesse du Christ reliée à son mystère pascal, mystère de restauration, de rédemption pour nous tous.

Et ce dont il nous est parlé aujourd’hui, c’est d’intériorité, de ces ressources intérieures, inépuisables qui alimentent, dirigent, soutiennent notre action, qu’elle soit paroles, écritures, gestes physiques ou spirituels. Tout ce qui vient de nous prend la couleur de ce que nous sommes. Nous parlons de ce que nous sommes. L’agir suit l’être. Nous agissons comme nous sommes. De là notre originalité foncière. Chacun de nous est unique au monde. Chacun, chacune a le droit et même le devoir d’être soi-même.

C’est pourquoi on peut dire que nous sommes pareils à nous-même en tout ce que nous faisons. Et si nous changeons vraiment quelque part, nous changeons partout. C’est alors quelque chose comme une vrai conversion qui passe d’abord par le dedans.

Et qui est notre maître à penser, à exister, à agir, si ce n’est le Christ Seigneur. Il est notre modèle. Le Père,lui, est le potier qui nous façonne avec amour, dans l’esprit, à l’image de son Fils. Laissons-nous donc travailler au-dedans par cette influence « trinitaire ». Mettons en pratique ce qu’elle nous inspire et nous communique.

De fait, nous sommes tous un peu sur les traces de quelqu’un. Nous imitons volontiers nos parents, notre grand frère, notre grande sœur, un ami, un professeur. Nous avons tous, peut-être en secret, un héros qui nous fascine. Ce rapport avec notre modèle nous façonne tranquillement au-dedans.

Dans la dynamique familiale, il y a aussi le jeu des gènes et des autres transmissions biologiques qui déjà nous configurent pour des traits qui nous font nous ressembler tant au plan psychologique que physique. Et c’est aussi un fait que nous nous conformons ou nous résistons à l’exemple, au modeling suggéré par les gens de la famille ou de notre entourage.

La Parole de Dieu nous invite aujourd’hui à nous conformer surtout au maître intérieur qui nous inspire pour une œuvre à produire d’abord en notre intérieur. Un travail de libération, de purification. Pour que soit dégagée en nous la source toujours nouvelle qui s’alimente à l’infini de Dieu.

Il ne s’agit pas là d’une prise de contrôle de Dieu qui serait comme une force extérieure qui pèserait sur nous. Dieu le premier nous laisse libres. Il est honoré par toute liberté bien assumée. Nous ne sommes donc pas des robots, comme si notre avion était pilotée à partir d’un autre avion ou d’une base quelconque éloignée de nous. Non, le rapport personnel à Dieu dont il est ici question fait que nous sommes encore plus libres et à notre meilleur quand nous entrons sous cette influence divine qui souffle au-dedans de nous. Dieu est à l’aise avec nous. Ce qu’il fait essentiellement, c’est de nous rétablir à notre meilleur pour que nous devenions plus nous-mêmes comme si nous en revenions au plan originel qu’il avait d’abord voulu pour nous.

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