Archives pour la catégorie Parole et vie

Parole et vie,

Responsable de la chronique : Jacques Marcotte, o.p.

Homélie pour le 6e Dimanche T.O. Année C

Un choix d’existence : l’Espérance!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 17.20-26)

En ce temps-là,
Jésus descendit de la montagne avec les Douze
et s’arrêta sur un terrain plat.
Il y avait là un grand nombre de ses disciples,
et une grande multitude de gens
venus de toute la Judée, de Jérusalem,
et du littoral de Tyr et de Sidon.

Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara :
« Heureux, vous les pauvres,
car le royaume de Dieu est à vous.
Heureux, vous qui avez faim maintenant,
car vous serez rassasiés.
Heureux, vous qui pleurez maintenant,
car vous rirez.
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent
et vous excluent,
quand ils insultent
et rejettent votre nom comme méprisable,
à cause du Fils de l’homme.
Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie,
car alors votre récompense est grande dans le ciel ;
c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.

Mais quel malheur pour vous, les riches,
car vous avez votre consolation !
Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant,
car vous aurez faim !
Quel malheur pour vous qui riez maintenant,
car vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous !
C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »

 

COMMENTAIRE

« Jésus descendit de la montagne avec les Douze et s’arrêta sur un terrain plat… » C’est-à-dire dans la plaine, sur le plancher des vaches, dirions-nous. Comme pour dire à la hauteur de tout l’monde, auprès du commun des mortels.

De quoi leur parle-t-il? De bonheur et de malheur, de rires et de pleurs, d’amour et de haine. De tout ce qui fait le lot des hommes et des femmes, dans leur rapport des uns avec les autres.

Les précédents dimanches du Temps Ordinaire, au fil de la lecture de l’Évangile selon saint Luc, nous avons considéré d’abord le mystère du Christ en lui-même. Jésus de Nazareth, l’envoyé du Père, venu accomplir les promesses de Dieu pour son peuple, combler l’espérance des pauvres. Jésus dont le destin est de n’être pas accueilli chez les siens. Un rejet qui dans la miséricorde et la grâce du Père, sera dépassé dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. C’était déjà l’annonce de Pâques!

Ce Jésus Seigneur, le Christ, venu accomplir une mission de sauvetage de l’humanité, a voulu nous associer à son œuvre, à la mission qui lui est confiée par le Père. Et nous avons vu Simon-Pierre et d’autres de ses compagnons être initiées au défi de cette entreprise sous le signe de l’audace et de la fécondité surprenante d’une pêche mémorable.

Et nous nous retrouvons aujourd’hui – en Église – en mission de prédication avec Jésus. Et nous abordons les thèmes du Sermon sur la montagne de S. Matthieu, délivrés cette fois en bas de la montagne, dans la plaine, en S. Luc. Le vrai monde confronté aux grandes valeurs qui, à la lumière de la parole du Christ, s’offrent à lui.

L’évangéliste, on le voit tout au long de son écriture, est attentif aux conditions sociales des gens de l’époque. Ceux qui majoritairement composent l’auditoire de Jésus appartiennent à la classe des défavorisés. Luc a un parti pris pour les pauvres, les malades, les femmes, les pécheurs. Il s’applique à bien manifesté que l’enseignement de Jésus les concerne.

« Mieux vaut être riche et en bonne santé, que d’être pauvre et malade. » Cela est toujours vrai. Il ne s’agit pas de se délecter dans la misère, loin de là!

Ce dont Jésus nous parle c’est d’espérance et d’avenir, de compassion et de promesse de vie, d’humilité et de réceptivité. « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous ». Le bonheur que vous cherché, vous est déjà donné. Parce que Dieu vous regarde. Il a compassion. Il entend votre cri. Il vous aime. Il prépare pour vous une libération. Célébrez en vous-mêmes cette promesse, cette espérance!
Bonheur pour les pauvres! Malheur pour les riches! Tant mieux si vous avez besoin! Dieu s’offre à vous combler! Tant pis si vous êtes riches et n’avez besoin de rien, Dieu alors ne peut plus rien faire pour vous, parce que déjà vous avez tout ce que vous voulez, et que vous en êtes satisfaits. Malheureux celui ou celle qui n’attend rien de plus que ce qu’il possède et dont il a jouissance maintenant!

Grandes questions à la fin : qu’est-ce qui me comble? de quoi suis-je pauvre? Qu’est qui me manque le plus? De quoi ai-je le plus besoin? De confort? de gadgets? d’amitié? de compréhension? de paix intérieure? d’espérance de vie? de joie? de respect et de considération? de miséricorde et d’amour?

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Homélie pour le 5e Dimanche T.O. Année C

Quand tout bascule dans notre vie

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc  (Lc 5, 1-11)

En ce temps-là,
la foule se pressait autour de Jésus
pour écouter la parole de Dieu,
tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth.
Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ;
les pêcheurs en étaient descendus
et lavaient leurs filets.
Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon,
et lui demanda de s’écarter un peu du rivage.
Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules.
Quand il eut fini de parler,
il dit à Simon :
« Avance au large,
et jetez vos filets pour la pêche. »
Simon lui répondit :
« Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ;
mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. »
Et l’ayant fait,
ils capturèrent une telle quantité de poissons
que leurs filets allaient se déchirer.
Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque
de venir les aider.
Ceux-ci vinrent,
et ils remplirent les deux barques,
à tel point qu’elles enfonçaient.
à cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus,
en disant :
« Éloigne-toi de moi, Seigneur,
car je suis un homme pécheur. »
En effet, un grand effroi l’avait saisi,
lui et tous ceux qui étaient avec lui,
devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ;
et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée,
les associés de Simon.
Jésus dit à Simon :
« Sois sans crainte,
désormais ce sont des hommes que tu prendras. »
Alors ils ramenèrent les barques au rivage
et, laissant tout, ils le suivirent.

 

COMMENTAIRE

Nous avons tous dans nos souvenirs quelque évènement de notre vie, un moment où tout a basculé, a pris un sens nouveau. Ce fut peut-être un accident, un deuil, une rencontre, un échec ou une réussite formidable. Un moment particulier, où nous nous sommes sentis rejoints, atteints profondément en nous-mêmes. Ce n’était peut-être pas une grosse affaire, mais nous étions alors plus sensibles à ce qui nous arrivait. Il s’est alors produit un changement de regard, un sens nouveau pour notre vie, une conversion. Devant cette nouveauté qui s’offrait à nous, nous avons peut-être eu un moment d’hésitation et de vertige. Le sentiment d’être dépassés, de n’être pas à la hauteur. Et tranquillement nous nous sommes faits à l’idée d’une nouvelle étape pour notre vie. Nous avons compris que des forces étaient en nous qui nous rendaient capable d’assumer cet appel à grandir, à vivre plus.

Il y a de cela dans la parole de Dieu qui nous a été proclamée aujourd’hui. Rappelons-nous la 1ère lecture et le prophète Isaïe, alors qu’il est dans le temple et que Dieu se manifeste à lui d’une prodigieuse façon. Le prophète fait une expérience qui lui donne d’abord de l’effroi. Il est saisi et très conscient de son indignité. « Malheur à moi, dit-il, je suis perdu. Je suis un homme aux lèvres impures. » Le Seigneur ne veut pas le terroriser, au contraire, il lui envoie un ange pour le purifier de ses fautes. Le prophète en devient courageux, libre et fort pour s’engager dans la mission que le Seigneur lui confie.

Vous connaissez bien l’histoire de S. Paul, comment il était persécuteur des chrétiens, comment sur la route qui mène à Damas il a été terrassé. En 2e lecture, dans la lettre aux Corinthiens, Paul s’explique sur la conscience qu’il a d’être le plus petit, le dernier des apôtres. Il nous rappelle que la révélation de Dieu a changé sa vie. Et que la grâce de Dieu en lui n’a pas été stérile.

Enfin, l’évangile nous rapporte la fameuse pêche, qui fut pour Simon Pierre et les autres avec lui, une expérience décisive où se révélait la puissance du Seigneur, et chez eux, le sentiment profond de leur indignité. « Éloigne-toi de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur. »Toujours cette conscience d’être si petit et pauvre devant la grandeur et la sainteté de Dieu. Et en même temps comme chez Isaïe, comme chez s. Paul, cette confiance manifestée par le Seigneur, cette miséricorde qui lui est accordée. Et dans les trois cas, il y a finalement un libre engagement bien personnel au service de la mission.

Nous n’avons sans doute pas eu des tournants aussi décisifs que cela dans nos vies. Pas de vision grandiose comme pour Isaïe, pas d’intervention sur la route comme chez S. Paul, pas de pêche miraculeuse non plus, mais chacun, chacune nous avons nos secrets, le détour où Dieu nous a parlé. Juste assez pour nous faire changer de chemin peut-être, pour nous mener les uns dans la vie religieuse, les autres dans l’état du mariage, d’autres dans le célibat, dans tel ou tel engagement, toujours c’était pour un nouveau défi, un projet d’amour, une réponse d’amour.

Des questions se posent : qu’ai-je fait de l’appel reçu? À quoi d’abord le Seigneur m’a-t-il appelé? Quelle est ma réponse à cette miséricorde qu’il a pour moi? Où en est l’amour dans ma vie ? Suis-je suffisamment attentif à tout ce que le Seigneur veut me dire aujourd’hui et demain au cœur même de ce qui fait ma vie la plus ordinaire, la plus quotidienne peut-être. N’est-ce pas là qu’il a rejoint le prophète Isaïe, Simon Pierre, Paul et les autres?

 

 

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Homélie pour e 4e Dimanche T.O. Année C

 

Un amour « à risque »!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 4, 21-30)

En ce temps-là,
dans la synagogue de Nazareth,
après la lecture du livre d’Isaïe,
Jésus déclara :
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture
que vous venez d’entendre »
Tous lui rendaient témoignage
et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche.
Ils se disaient :
« N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »
Mais il leur dit :
« Sûrement vous allez me citer le dicton :
‘Médecin, guéris-toi toi-même’,
et me dire :
‘Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm :
fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !’ »
Puis il ajouta :
« Amen, je vous le dis :
aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays..
En vérité, je vous le dis :
Au temps du prophète Élie,
lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie,
et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre,
il y avait beaucoup de veuves en Israël ;
pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles,
mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon,
chez une veuve étrangère.
Au temps du prophète Élisée,
il y avait beaucoup de lépreux en Israël ;
et aucun d’eux n’a été purifié,
mais bien Naaman le Syrien. »

À ces mots, dans la synagogue,
tous devinrent furieux.
Ils se levèrent,
poussèrent Jésus hors de la ville,
et le menèrent jusqu’à un escarpement
de la colline où leur ville est construite,
pour le précipiter en bas.
Mais lui, passant au milieu d’eux,

COMMENTAIRE

Le danger était grand. On voulait le jeter en bas des escarpements de la colline. C’était vouloir le tuer. Pourquoi cette colère et cet emportement contre Jésus? Lui, un gars de chez eux? Le fils de Joseph! N’avait-il pas grandi avec eux, chez eux? Pourquoi subitement vouloir l’éliminer?

Mais « Lui passant au milieu d’eux, allait son chemin. » C’était lui le plus fort! C’est le prophète Jérémie qui avait raison : « Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer. »

Cet évènement d’Évangile – nous le voyons bien – a déjà la couleur de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus. On dirait que déjà se jouent ici le drame du vendredi saint et la merveille du jour de Pâques. Dieu sauve son élu et il confond ses persécuteurs. Ce n’est sans doute qu’une annonce, une première ronde, une partie remise, mais on sait déjà où ira la victoire finale.

Ce qui est en jeu et en cause en tout cela, c’est l’amour, c’est l’élargissement, l’approfondissement, le grand risque et la victoire de l’amour. Cet amour dont nous parle saint Paul. L’amour qui est plus fort que la mort. Et qui ne passera jamais. C’est un feu divin, disait le Cantique des Cantiques.

Tout ce beau monde de Nazareth s’aimait bien. Ils aimaient bien Jésus, lui qui revenait chez eux, chez lui, chez nous. Mais ils l’aimaient d’un amour frileux, jaloux, captatif, enveloppant et réducteur. Jésus, lui, les aime plus. Il les dépasse en amour. Il voit plus grand, plus loin, plus largement. Il les appelle au dépassement de l’amour dans l’accueil du mystère de l’autre, dans le respect des voies de Dieu. Et c’est là que, pour le moment, ça bloque et que ça tourne au drame, et que ça devient dangereux.

Il me semble qu’il y a là une grande leçon pour nous. Celle de revoir nos attitudes, notre regard les uns sur les autres et sur nous-mêmes. Aimons-nous vraiment? ou bien sommes-nous en défiance, en méfiance, en provocation, en attente utilitaire de l’autre, cherchant à nous servir des autres, à les conformer à nos propres petites idées, à nos attentes mesquines, égoïstes, sans faire attention, sans les écouter et sans profond respect pour qui ils sont?

Jésus est venu chez les siens, chez nous, pour dire Dieu, pour annoncer un Dieu d’amour et son règne d’amour, pour révéler le Père et annoncer un temps de grâce et de miséricorde, un temps de libération pour tous, un temps d’illumination et de débordement en faveur de tous. Mais eux, et nous aussi peut-être, nous voyons petit et conforme à nos vues étroites. Pour eux, pour nous, Jésus n’a pas le droit d’être qui il est, un mystère, le Messie de Dieu, l’élu de Dieu. Nous le rejetons. Eux, dans leurs gestes et comportements à son égard, ils figuraient déjà nos propres rejets du Seigneur. Ils figuraient ce qu’il nous arrive de faire les uns pour les autres et ainsi pour le Christ lui-même, alors qu’il nous faudrait l’aimer et nous aimer les uns les autres de cet amour qui « prend patience, rend service, ne jalouse pas, ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil, ne fait rien de malhonnête, ne cherche pas son intérêt, ne s’emporte pas, n’entretient pas de rancune, ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais trouve sa joie dans ce qui est vrai, de cet amour qui supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout. De cet amour qui ne passera jamais. »

Puissions-nous aimer ainsi! Et notre vie – dans la grâce du Christ – prendra dès aujourd’hui couleur de Pâques.

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Homélie pour le 3e Dimanche T.O. Année C

Aujourd’hui, ta Parole nous rassemble!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21)

Beaucoup ont entrepris de composer un récit
des événements qui se sont accomplis parmi nous,
d’après ce que nous ont transmis
ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires
et serviteurs de la Parole.
C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi,
après avoir recueilli avec précision des informations
concernant tout ce qui s’est passé depuis le début,
d’écrire pour toi, excellent Théophile,
un exposé suivi,
afin que tu te rendes bien compte
de la solidité des enseignements que tu as entendus.

En ce temps-là,
lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit,
revint en Galilée,
sa renommée se répandit dans toute la région.
Il enseignait dans les synagogues,
et tout le monde faisait son éloge.
Il vint à Nazareth, où il avait été élevé.
Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat,
et il se leva pour faire la lecture.
On lui remit le livre du prophète Isaïe.
Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :
L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,
annoncer aux captifs leur libération,
et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,
remettre en liberté les opprimés,
annoncer une année favorable
accordée par le Seigneur.
Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit.
Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il se mit à leur dire :
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture
que vous venez d’entendre »

 

COMMENTAIRE

Nous achevons la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Le message de ce dimanche nous rejoint justement sur ce thème de l’unité. Nous voulons savoir sur quoi se fonde l’unité du peuple de Dieu, quel esprit l’anime, qui est celui qui le rassemble? Les lectures nous donnent les réponses. Elles nous rappellent de quelle unité nous parlons, comment cette unité peut et doit se vivre.

D’abord au Livre de Néhémie, nous assistons à la lecture solennelle du précieux livre de la Loi, qu’on avait perdu, oublié, et qu’on venait de retrouver. La lecture publique du document sacré donne joie et espérance au peuple à l’époque troublée où il se trouve. Cet événement nous rappelle de façon émouvante l’importance de la Parole de Dieu pour notre vie en Église. Cette parole est à la source de notre foi. Il ne s’agit pas d’une parole figée dans un livre et gardée sur les rayons d’une bibliothèque. Elle est parole vivante, parlante, qui donne du sens à nos vies. Cette parole aujourd’hui encore nous rassemble; elle réchauffe nos cœurs; elle est lumière; elle nous instruit; elle construit l’Église; elle nourrit notre foi.

C’est tout le peuple de Dieu qui est dépositaire, héritier de cette parole. Et ce peuple, c’est l’Église de Dieu répandue, étalée mais toujours rassemblée, partout sur la terre. Elle n’est pas une organisation comme une autre. S.Paul nous le rappelle dans sa 1ère lettre aux Corinthiens. L’Église, c’est l’assemblée de ceux qui sont au Christ par la foi et le baptême. Ils forment ensemble le Corps du Christ. Les membres du corps sont nombreux et différents, mais ils sont unis organiquement les uns aux autres. Ils ne sont pas en compétition; ils sont en complémentarité. Tous les membres sont importants. Des fois nous pensons que l’Église c’est le pape, les évêques, ou les prêtres tout seuls. Et nous, nous n’aurions qu’à suivre. Ce n’est pas vrai. Les ministres dans l’Église sont au service de la communauté. Et ce qui compte c’est l’Église, en sa totalité, c’est chacun et chacune de ses membres, ceux qui croient au Christ et qui ont part à sa vie par les sacrements, la prière, les œuvres de charité, le devoir d’état accompli, le service de la justice, de la miséricorde et de la fraternité.

Dans l’évangile, S. Luc nous raconte l’entrée en scène de Jésus. Les choses se passent après son baptême et son épreuve au désert. Voici que, poussé par l’Esprit, Jésus revient dans son village. C’est le Sabbat, il va à la synagogue. Après avoir lu un passage sensible du prophète Isaïe, il ferme le livre, le rend au servant, il s’assit. Tout le monde le regarde. Que va-t-il dire? « Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »

Cet aujourd’hui dont il parle signifie que désormais et pour toujours Jésus le Christ est celui que l’Esprit Saint a consacré par l’onction, qu’il est celui que le Père a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer la liberté aux prisonniers, apporter la lumière aux aveugles, la libération aux opprimés, annoncer pour tous un temps de bienfaits de la part du Seigneur. Jésus prend tout ça sur lui. Il inaugure à ce moment le vaste chantier de l’accomplissement des promesses de Dieu. Cette œuvre est en cours. C’est AUJOURD’HUI! Que cette parole nous donne joie et confiance! Dieu accomplit en Jésus ses promesses. Soyons donc ensemble avec lui bâtisseurs du Royaume en train d’advenir! Portons au monde, en Église, aujourd’hui, ce précieux témoignage de paix, d’amour et de miséricorde.

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Homélie pour le 2e Dimanche T.O. Année C

L’Heure des Noces

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 2, 1-11)
En ce temps-là,
il y eut un mariage à Cana de Galilée.
La mère de Jésus était là.
Jésus aussi avait été invité au mariage
avec ses disciples.
Or, on manqua de vin.
La mère de Jésus lui dit :
« Ils n’ont pas de vin. »
Jésus lui répond :
« Femme, que me veux-tu ?
Mon heure n’est pas encore venue. »
Sa mère dit à ceux qui servaient :
« Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »
Or, il y avait là six jarres de pierre
pour les purifications rituelles des Juifs ;
chacune contenait deux à trois mesures,
(c’est-à-dire environ cent litres).
Jésus dit à ceux qui servaient :
« Remplissez d’eau les jarres. »
Et ils les remplirent jusqu’au bord.
Il leur dit :
« Maintenant, puisez,
et portez-en au maître du repas. »
Ils lui en portèrent.
Et celui-ci goûta l’eau changée en vin.
Il ne savait pas d’où venait ce vin,
mais ceux qui servaient le savaient bien,
eux qui avaient puisé l’eau.
Alors le maître du repas appelle le marié
et lui dit :
« Tout le monde sert le bon vin en premier
et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon.
Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »

Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit.
C’était à Cana de Galilée.
Il manifesta sa gloire,
et ses disciples crurent en lui.

 

COMMENTAIRE

Parmi les plus beaux rêves qu’il nous soit donné d’avoir sur la terre, il y a sans doute celui de l’amour humain réussi entre un homme et une femme. Cet amour qui demande à s’accomplir dans des épousailles qui soient un réel bonheur, alors même que chacun et chacune poursuit sa route d’humanité avec plus ou moins de succès, goûtant à de grands ou de petits bonheurs, tirant le meilleur parti possible des circonstances particulières qui sont les siennes et des rencontres qu’il lui est donné de vivre. Le cinéma, le théâtre et le roman ont largement cultivé ce rêve, ils ont souvent voulu illustrer la réalité conjugale en tous ses états jusque dans le meilleur et dans le pire..

Voici qu’aujourd’hui, en cette liturgie dominicale, Dieu nous parle d’amour et d’épousailles comme nous osons à peine en parler de nous-mêmes. Aujourd’hui nous allons aux noces, non pas comme de simples invités, mais comme partie prenante de ces épousailles entre Dieu et l’humanité : nous entrons en alliance avec le grand Amour de notre vie. Celui qui nous aime à la folie nous en fait la promesse. « On ne t’appellera plus : La délaissée, dit le prophète, on n’appellera plus ta contrée : Terre déserte, mais on te nommera : Ma préférée, on nommera ta contrée : Mon épouse, car le Seigneur met en toi sa préférence et ta contrée aura un époux… Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t’a construite t’épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. »

La Parole de Dieu aujourd’hui nous surprend encore avec ce rêve impensable de Dieu qu’elle chante pour nous. Dans ce plein hiver où nous sommes, voilà un joli contraste. C’est plutôt un printemps que Dieu fait pour nous, avec ces épousailles qu’il nous propose. Son Fils nous révèle cette grande passion de Dieu. La mère de Jésus se fait complice du bonheur annoncé. « Faites tout ce qu’il vous dira! » dit-elle aux serviteurs. Grâce à Marie, Jésus, à travers le geste qu’il accomplit pour tirer d’embarras un maître de repas, dont les réserves de vin était épuisées, anticipe son Heure, celle de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Bientôt sa Pâques nous vaudra d’être abreuvés de l’Esprit, le vin de l’alliance nouvelle. Nous passerons alors du régime de la Loi et des rites de purification au régime de la grâce et de la Fête éternelle.

En fait, nos noces humaines et nos mariages les plus beaux sont une figure de cette alliance d’amour que Dieu veut vivre avec nous en son Fils. Cette alliance, cette communion avec le Père et le Fils dans l’Esprit nous est donnée pour que nous en vivions en Église, pour que nous en soyons transformées ensemble. Cette beauté et cette harmonie, Saint Paul nous en parle dans sa 1ère lettre aux Corinthiens : « Les fonctions dans l’Église sont variées, mais c’est toujours le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est partout le même Dieu qui agit en tous. Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous. »

Une façon de nous dire que le Seigneur lui-même nous fait une beauté; il veille sur sa fiancée; il fait plein de cadeaux à son épouse. Il ne cherche qu’à nous rendre heureux. « On t’appellera d’un nom nouveau, donné par le Seigneur lui-même. Tu seras une couronne resplendissante entre les doigts du Seigneur, un diadème royal dans la main de ton Dieu. »

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Homélie pour le Baptême du Seigneur (C)

Quand s’ouvre le Ciel!

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 3, 15-16.21-22)

En ce temps-là,
le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente,
et tous se demandaient en eux-mêmes
si Jean n’était pas le Christ.
Jean s’adressa alors à tous :
« Moi, je vous baptise avec de l’eau ;
mais il vient, celui qui est plus fort que moi.
Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales.
Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. »

Comme tout le peuple se faisait baptiser
et qu’après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait,
le ciel s’ouvrit.
L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe,
descendit sur Jésus,
et il y eut une voix venant du ciel :
« Toi, tu es mon Fils bien-aimé ;
en toi, je trouve ma joie. »

COMMENTAIRE

Depuis trois semaines, nous étions sous le charme de Noël. La nativité du Seigneur, c’était l’accomplissement des promesses, l’aboutissement d’une longue attente. Noël, c’est la venue en notre chair du Verbe de Dieu. Noël, c’est l’amour de Dieu pour tout le monde. C’est notre fête!

Avec l’aide des évangélistes Luc et Matthieu nous avons recueilli d’émouvants témoignages sur l’Enfant-Dieu. Chaque fois notre regard en était bonifié. Ce fut d’abord les bergers de Bethléem. Des pauvres. Des marginaux. Avertis par un ange, ils sont allés voir l’enfant, emmailloté et couché dans une mangeoire. Toute empreinte de naïveté, de simplicité, leur présence nous donne de voir l’enfant pauvre parmi les pauvres, entouré de Marie et Joseph.

Ensuite sont venus les mages, étrangers, pressentis par un astre et guidés jusqu’à Jérusalem, puis vers Bethléem, où ils découvrent enfin l’enfant et sa mère. Témoignage précieux de ces chercheurs de Dieu, ces marcheurs à l’étoile, qui nous ressemblent dans notre quête d’absolu, et qui nous montrent en Jésus le roi des juifs, le roi de l’univers sous les traits d’un enfant de chez nous.

Puis il y a eu le témoignage de deux personnages vénérables, Anne et Syméon : poussés par l’Esprit, ils parlent avec audace et clarté de cet enfant que ses parents ont amené au Temple pour le présenter au Seigneur.

Voici qu’aujourd’hui nous atteignons un nouveau sommet de révélation : le regard et le témoignage que Dieu lui-même nous donne sur son Fils. Jésus se joint à tous ceux qui se font baptiser par le prophète Jean, en signe de conversion. Et c’est alors que, sortant des eaux du Jourdain, Jésus est en prière, que le ciel s’ouvre et laisse passer l’Esprit qui, tel une colombe, se pose sur lui, tandis qu’une voix lui dit : « C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui je t’ai engendré. » Cette parole et cette présence mystérieuses sont un sommet de révélation sur Jésus. Quoi dire de plus? Comment le dire mieux? Après ces témoins qui ont ajusté progressivement notre regard sur le Christ, voici le Père et l’Esprit. Ils apportent le témoignage ultime, décisif pour nous, sur la personne et la mission du Fils, l’Emmanuel.

Jusque-là c’était des gens comme nous qui portaient le message, des gens informés divinement mais qui nous parlait dans la foi, de leur foi. Maintenant c’est le Père lui- même qui contemple son Fils, qui lui parle. C’est l’Esprit qui nous le désigne. Nous entrons dans la confidence et l’intimité trinitaire. Les cieux s’ouvrent. Il n’y a plus de secret. Tout est dit. Tout est là. Le Fils peut entreprendre sa mission. Tout rempli de l’Esprit, il se sait aimé du Père et mandaté par lui pour une mission d’amour et de salut pour tous.
En fait, cette parole qui lui est dite nous concerne tous, cet Esprit qui lui est donné nous recouvre nous aussi. Et c’est au dedans de nous-même et dans toute l’Église de Dieu que doit retentir désormais l’ultime témoignage. C’est nous qui sommes les témoins privilégiés de cette venue, de cette présence du Fils de Dieu en notre monde. Par le bain du baptême, Dieu ne nous a-t-il pas fait renaître et ne nous a-t-il pas renouvelés dans l’Esprit Saint?

Nous allons défaire nos crèches, enlever les lumières et les décorations. Que va-t-il en rester dans notre cœur? Quelle révélation nous aura effectivement rejoints? Quel sens renouvelé pour notre vie? Que gardons-nous de plus précieux, de plus grand à la fin de ces festivités, de ces célébrations, de ces rencontres joyeuses, de tous nos partages? Sinon que, baptisés dans l’Esprit et le feu, cette parole nous désigne nous aussi : Tu es mon fils, tu es ma fille, moi, aujourd’hui je t’ai engendré.

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Homélie pour la fête de l’Épiphanie (C)

Compagnons, compagnes des Mages

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 2, 1-12)

Jésus était né à Bethléem en Judée,
au temps du roi Hérode le Grand.
Or, voici que des mages venus d’Orient
arrivèrent à Jérusalem
et demandèrent :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
Nous avons vu son étoile à l’orient
et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé,
et tout Jérusalem avec lui.
Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple,
pour leur demander où devait naître le Christ.
Ils lui répondirent :
« À Bethléem en Judée,
car voici ce qui est écrit par le prophète :
Et toi, Bethléem, terre de Juda,
tu n’es certes pas le dernier
parmi les chefs-lieux de Juda,
car de toi sortira un chef,
qui sera le berger de mon peuple Israël. »
Alors Hérode convoqua les mages en secret
pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;
puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :
« Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant.
Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer
pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Après avoir entendu le roi, ils partirent.

Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient
les précédait,
jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit
où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile,
ils se réjouirent d’une très grande joie.
Ils entrèrent dans la maison,
ils virent l’enfant avec Marie sa mère ;
et, tombant à ses pieds,
ils se prosternèrent devant lui.
Ils ouvrirent leurs coffrets,
et lui offrirent leurs présents :
de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,
ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

COMMENTAIRE

Une fois de plus, la belle histoire des mages vient nourrir notre imagination; et nous rêvons de désert, de chameaux, d’un long voyage sous la guidance d’une étoile. Ce mystérieux pèlerinage est fascinant. Il a suscité de l’intérêt et des questions au long des siècles. Qui étaient-ils ces chercheurs de Dieu ? D’où venaient-ils? Comment avaient-ils compris le sens de leur quête? Comment un astre pouvait-il les mettre en route comme ça?

En fait, nous pouvons nous poser mille questions à leur sujet sans jamais être certains d’obtenir toutes les réponses. La saga des mages nous livre pourtant un message toujours actuel. Les mages ne sont-ils pas la figure de notre propre marche vers le Christ?  À Noël, nous étions ces bergers de Bethléem convoqués auprès du nouveau-né, aujourd’hui nous sommes ces mages venus de loin, guidés par une étoile, en besoin nous aussi d’être aidés sur la route par ceux qui nous ont précédés dans la foi.

L’étoile, c’est l’appel de Dieu qui nous rejoint chacun mystérieusement. L’Esprit-Saint  nous fait signe. Il nous éveille à marcher vers un absolu. Cette étoile, ce peut être un compagnon, une compagne, une lecture qui nous inspire, une lumière intérieure qui nous guide.

L’arrivée des mages à Jérusalem représente une étape importante, indispensable, où le besoin d’aide et de références se précise. Ainsi les Écritures sont porteuses de lumière et d’informations nécessaires pour les mages. Il faut l’humilité d’accepter d’être aidé sur la route. Nous n’arrivons pas tous seuls à trouver le chemin. Dieu lui-même nous envoie vers les autres.  Nous voyons d’ailleurs que la question des mages a de l’effet à Jérusalem. Tout le monde s’inquiète. C’était bien normal. Nous savons que le Roi Hérode est soupçonneux et jaloux, mais les autres, peut-être pas?  Certains d’entre eux ont peut-être suivi les mages, fascinés par ces témoins d’une quête qui les interpellait eux aussi?

L’étoile, qui revient et se pose sur la maison où est l’enfant, montre que Dieu n’abandonne pas celui ou celle qui cherche. Une grande joie nous attend. La joie d’être auprès de l’enfant et de sa mère. Nous retrouvons ici l’image de l’Église dans cette maison où les pèlerins voient Jésus et Marie. Heureux d’être là avec eux, nous pouvons, comme les mages, nous prosterner et offrir nous aussi l’or, l’encens et la myrrhe. L’or de tout ce qui a pour nous de la valeur : nos talents, nos amitiés, nos familles. L’encens de nos prières, qui sont louanges et cris vers Dieu; leur parfum s’élève vers lui en bonne odeur, en vive et forte confiance. Enfin la myrrhe de nos peines, de nos deuils, de nos souffrances, de tous nos problèmes. Cela aussi peut être la matière d’une offrande sincère et bienvenue.

Combien de temps les mages sont-ils restés là auprès de l’enfant et de sa mère?  Peut-être pas longtemps, juste le temps d’une messe, d’une prière, d’un peu de silence, d’un moment de repos et de paix. Il a fallu sans doute repartir bien vite, avec tout ce voyage à faire dans l’autre sens. Sans compter qu’il faut maintenant prendre une autre route pour retrouver chacun son pays. Et nous aussi nous devons suivre un autre parcours pour rejoindre nos terres et nos gens. C’est que plus rien ne sera pareil maintenant. L’Enfant Dieu nous a touché le cœur, il nous a comblés de paix, de joie, de confiance. Notre cœur n’est-il pas tout brûlant depuis que nous l’avons vu et que nous avons passé du temps avec lui, près de lui? Quel changement et quel renouveau, il va produire dans nos cœurs, dans nos vies!

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Homélie pour la fête de la Sainte Famille (C)

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 2,41-52.

Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem
pour la fête de la Pâque.
Quand il eut douze ans,
ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume.
À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient,
le jeune Jésus resta à Jérusalem
à l’insu de ses parents.
Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins,
ils firent une journée de chemin
avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances.
Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem,
en continuant à le chercher.

C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple,
assis au milieu des docteurs de la Loi :
il les écoutait et leur posait des questions,
et tous ceux qui l’entendaient
s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses.
En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement,
et sa mère lui dit :
« Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ?
Vois comme ton père et moi,
nous avons souffert en te cherchant ! »
Il leur dit :
« Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ?
Ne saviez-vous pas
qu’il me faut être chez mon Père ? »
Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.

Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth,
et il leur était soumis.
Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements.
Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce,
devant Dieu et devant les hommes.

COMMENTAIRE

« Pourquoi m’avez-vous cherché ? », répond Jésus à ses parents morts d’inquiétude. Un jeune garçon de douze ans qui disparaît pendant trois jours, voilà une situation qui aurait mis sur le qui-vive bien des forces policières si le drame s’était déroulé aujourd’hui. « Pourquoi m’avez-vous cherché ? », répond Jésus, comme si son escapade au Temple allait de soi.

Il faut dire que cette recherche des parents de Jésus se situe à l’intérieur d’une famille bien particulière, et c’est pourquoi on ne peut entendre le récit d’aujourd’hui comme le simple rappel d’un fait divers. Déjà, l’identité de Jésus est énoncée pour la première fois dans sa bouche quand il affirme : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Et c’est dans le Temple que Jésus proclame cette filiation au Père. Mais ses parents ne comprirent pas, nous dit l’évangéliste Luc, et voilà qui est rassurant d’une certaine manière, car nous-mêmes nous ne comprenons pas toujours et à travers la recherche inquiète des parents de Jésus, c’est notre propre recherche, notre propre histoire spirituelle qui se profilent dans l’évangile de ce dimanche.

L’on a toujours proposé la Sainte Famille comme un modèle pour les familles chrétiennes. Toutefois, à notre époque, la notion même de famille traverse une crise sans précédent, ou à tout le moins elle connaît des bouleversements qui en inquiètent plusieurs. Nous connaissons les bébés éprouvettes, les mères porteuses, demain l’on nous promet le clonage, les bébés sur mesures, à notre image et ressemblance, tandis que nous connaissons tous des familles où les parents sont divorcés, des familles reconstituées, des familles monoparentales, où des pères et des mères seules font preuve d’un courage extraordinaire pour éduquer leurs enfants, et nous connaissons aussi des familles où les parents sont du même sexe.

Par ailleurs, plusieurs couples ne pouvant avoir d’enfants ou encore par souci d’aider les enfants les plus démunis de ce monde, se tournent vers l’adoption internationale, et ainsi des grands-parents se retrouvent avec un petit-fils coréen ou une petite fille haïtienne.  Ces changements font que le visage traditionnel de la famille s’est complètement transformé. Ces changements sont parfois porteurs de soucis et de souffrances, mais ils demandent surtout beaucoup d’amour. Est-ce que la traditionnelle Sainte Famille est encore en mesure de nous inspirer dans un ce nouveau contexte de société ?

Une chose est certaine, cette famille n’est pas conventionnelle. Tout d’abord, Joseph a dû cacher la grossesse de Marie avant le mariage en la prenant chez lui comme épouse. Ensuite, même si l’on a souvent évoqué la Sainte Famille pour encourager la natalité, il faut se rappeler qu’il s’agit d’une famille avec un enfant unique, ce qui est très proche de notre moyenne nationale au Québec. De plus, Joseph, le père de Jésus, n’est pas le géniteur de l’enfant, il est son père adoptif, tandis que Marie, la mère biologique, est encore vierge, puisque l’enfant est né d’une action miraculeuse de Dieu. Voilà la Sainte Famille !

L’on peut à la fois retrouver en elle les valeurs familiales les plus traditionnelles, à cause de la sainteté même de Jésus et de ses parents, et en même temps l’originalité de cette famille a de quoi étonner les familles les plus diversifiées que nous connaissions. C’est pourquoi le point de convergence le plus significatif entre ces parents inquiets, que sont Joseph et Marie, et nous-mêmes en tant que parents ou membres d’une famille, est que notre histoire personnelle et familiale est aussi une histoire sainte. Chacun des membres de nos familles, qu’ils soient croyants ou non, est engagé dans une recherche de bonheur et d’absolu.

Parfois ces recherches nous inquiètent et nous blessent. Elles sont parfois même destructrices, mais dans chacune de nos histoires, quelle qu’elle soit, Dieu y est présent, et sans cesse il nous invite à nous approcher du mystère de la crèche, afin qu’il devienne notre propre mystère, c.-à-d. que nous acceptions nous aussi, comme Marie et Joseph, d’accueillir le Messie dans nos vies, afin qu’il trouve un accueil chez nous, et ainsi qu’il puisse nous transformer et nous enrichir, nous aidant à devenir ce que nous sommes, des enfants de Dieu ! C’est tout cela le mystère de Noël.

Marie et Joseph ont dû cheminer péniblement afin de se rapprocher du mystère de leur fils Jésus. Ils n’ont pas toujours compris ni toujours cherché au bon endroit. Ils n’ont pas saisi tout de suite ce que Jésus voulait leur dire quand il disait qu’il devait être dans la maison de son Père.

On connaît peu de choses de Joseph, mais sans doute, comme Marie, gardait-il dans son cœur tout ce qui pouvait lui échapper quant à la destinée de son fils Jésus. Et en ce sens, Marie et Joseph sont des modèles de foi confiante, des cœurs dociles, s’en remettant entièrement à Dieu, même devant l’inexplicable, même devant les menaces d’un Hérode sanguinaire, ou encore l’exil forcé en Égypte, souffrant parfois de ne pas comprendre où les entraînait cet enfant qui leur avait été miraculeusement confié. Ne devait-il pas se dire parfois, tout comme nous : « Mon Dieu, qu’attends-tu de nous ? »

Frères et sœurs, c’est à nous maintenant de prendre chez nous cet enfant et de le laisser grandir « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. »

C’est pourquoi, en ce temps de Noël, la Sainte Famille se présente à nous et nous invite à franchir le seuil de sa maison, à nous laisser saisir par son mystère qui nous renvoie à notre propre mystère, et qui est d’accueillir Jésus dans nos vies et dans nos familles, au cœur même de nos pauvretés, de nos doutes et de nos épreuves, car n’en doutons pas, notre histoire personnelle est aussi une histoire sacrée que l’Emmanuel vient habiter de sa présence. Et c’est ainsi que cette histoire d’amour de la Sainte Famille, l’histoire la plus extraordinaire que la terre ait jamais connue, se poursuit tout au long du temps de l’Église. Amen.

Yves Bériault, o.p.
Dominicain. Ordre des prêcheurs

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Homélie pour la Veille de Noël (C)

Le temps du ravissement!

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 1, 18-25)

Voici comment fut engendré Jésus Christ :
Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ;
avant qu’ils aient habité ensemble,
elle fut enceinte
par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux,
qui était un homme juste,
et ne voulait pas la dénoncer publiquement,
décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet,
voici que l’ange du Seigneur
lui apparut en songe et lui dit :
« Joseph, fils de David,
ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse,
puisque l’enfant qui est engendré en elle
vient de l’Esprit Saint ;
elle enfantera un fils,
et tu lui donneras le nom de Jésus
(c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve),
car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Tout cela est arrivé
pour que soit accomplie
la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
    Voici que la Vierge concevra,
et elle enfantera un fils ;
on lui donnera le nom d’Emmanuel,

qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».

Quand Joseph se réveilla,
il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit :
il prit chez lui son épouse,
mais il ne s’unit pas à elle,
jusqu’à ce qu’elle enfante un fils,
auquel il donna le nom de Jésus.

COMMENTAIRE

Noël toujours nouveau! Dans l’émotion d’être là encore avec tout ce qu’il nous rappelle de notre histoire personnelle ou familiale. Avec tout ce que nous portons de beaux souvenirs. Noël joyeux! Noël heureux! Noël tristes parfois! Noël qui fut malheureux peut-être!

Noël prend toujours pour la suite la couleur de ce que nous vivons au présent de notre vie, de notre histoire de vie. Il se peut que cette année, Noël ait déjà pris pour nous couleur d’insécurité, couleur de réfugiés, couleur d’une belle joie, couleur d’une souffrance, couleur d’un deuil ou des retrouvailles. Noël pourtant c’est d’abord Dieu qui vient se mettre à notre niveau, notre seuil le plus bas, Dieu devenu le plus pauvre, le plus menacé, pour nous élever vers ce qui est le plus beau, le plus grand, le meilleur.

C’est ainsi que cette nuit nous retrouvons au creux de notre vie des valeurs de paix, de joie, d’amour comme au temps du premier Noël, si vraiment dans l’humilité et la vérité de notre condition, nous accueillons cette fête comme un événement de foi, qui nous dépasse, qui vient de loin, qui vient d’ailleurs pour remplir notre  vie de lumière.

Nous ne pouvons pas mesurer tout seul l’ampleur et la signification véritable de cette venue de Dieu dans notre monde, dans notre humanité. Nous avons besoin d’en être éclairés, pressentis comme autrefois les bergers et les mages. Il fallait que Dieu nous fasse signe de lui-même. Qu’il nous envoie un ange ou un astre. Il faut encore que l’Esprit nous révèle la profondeur et la réelle importance de ce que nous fêtons. S’il n’y a plus d’anges ni d’étoiles qui nous le disent, nous avons le témoignage de la foi, nous avons celui de l’Église, nous avons le cri des petits et des pauvres, les réfugiés, les migrants, les laissés-pour-compte.

Nous risquons pourtant de passer à côté. De ne pas voir. De ne pas savoir. Si nous allons hors de nous-mêmes, faisant semblant ou nous laissant distraire en cette nuit. Mieux vaudrait aller dormir, si nous devions ne pas voir ni entendre ce que nous disent les signes, ce que nous rappelle nos frères et sœurs dans la foi, les croyants, les témoins, le prochain en détresse tout près de nous. Tout ce monde qui nous dit que Dieu est là parmi les hommes, Dieu fait homme, Dieu sur nos chemins.

Frères et sœurs, entrons volontiers dans la joie, le mystère et la belle réalité de Noël car Dieu lui-même désormais est présent chez nous; il est venu chez nous avec plein d’égard, de respect, de compassion, d’infinie miséricorde pour ce que nous sommes.

En cette nuit sainte, laissons-nous porter, emporter par les accents de cette liturgie, la belle révélation de ces paroles, de cette mémoire et de ces rites. Laissons-les se répercuter dans notre assemblée et dans nos cœurs. Laissons-les se vivre en nous et nous réjouir le cœur. « Aujourd’hui la paix véritable vient du ciel sur notre terre! //  Un enfant nous est né, un fils nous a été donné…  Il est le Merveilleux-conseiller. Dieu-fort. Père-à-jamais. Prince-de-la-paix. // Oui, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous. // Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, aux femmes et aux enfants qu’il aime! »

Frères et sœurs, que ces paroles nous trouvent éveillés, attentifs, réceptifs, pleins de reconnaissance en cette sainte nuit, nuit d’amour et de paix, nuit de merveilleuse lumière!

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Homélie pour le 4e Dimanche de l’Avent (C)


Le temps de la Présence

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 1, 39-45)

En ces jours-là,
Marie se mit en route et se rendit avec empressement
vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie
et salua Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,
l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint,
et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,
et le fruit de tes entrailles est béni.
D’où m’est-il donné
que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

COMMENTAIRE

Nous venons de lire un autre beau et charmant récit de l’évangile selon Saint Luc. Une histoire presqu’intime, traitée avec pudeur, discrétion et précision. Nous prenons sur le vif l’élan joyeux de la vierge Marie. Nous accompagnons cette jeune femme dans sa course pour aller rejoindre celle qui, dans sa vieillesse, porte elle aussi un enfant dont le nom sera Jean, Dieu fait grâce. Le sauveur Jésus va à la rencontre de son précurseur. Le nouveau vient rejoindre l’ancien. L’attente millénaire du peuple juif sera comblée. Le désir et la promesse vont bientôt se réaliser.

Cette belle histoire des deux mamans qui se rencontrent nous rejoint dans nos expériences les plus humaines, en toutes ces fois où nous vivons le bonheur d’une vraie rencontre. Nous aimons alors partager les choses plus essentielles et parfois décisives qui nous arrivent. Qu’il fait bon alors trouver quelqu’un à qui le dire, à qui se confier, avec qui pouvoir mesurer l’ampleur et la vérité de ce qu’il nous est donné de vivre d’intime, de surprenant, d’inédit et de nouveau, dans la peine ou dans la joie!

On devine en tout cas l’enthousiasme et la joie des deux femmes, Élisabeth et Marie, leur fierté devant les prodiges et le mystère d’une fécondité en train de se manifester dans leur corps et dans tout leur être. Elles vivent l’anticipation heureuse de la naissance prochaine d’un enfant. Quoi de plus maternel et de plus féminin? Quoi de plus humain? Vivre intensément le présent, entièrement tourné aussi vers l’avenir, comme s’il était déjà là, avec la conscience du risque encouru, une certaine inquiétude peut-être. De quoi donner le vertige!

Mais cette visitation toute pleine de charme et de beauté si naturelle et même familière, est d’abord porteuse d’une révélation profonde sur l’essentiel de ce qui fait notre salut, elle oriente nos esprits et nos cœurs vers l’avenir de notre foi et de notre espérance. Car Saint Luc – c’est toujours là sa manière –, par ses récits, veut nous instruire. Ce qu’il nous présente aujourd’hui finalement c’est l’accomplissement effectif du grand rêve de Dieu, sa présence réelle et active en notre chair, sur notre terre. C’est l’initiative que le Seigneur prend de venir chez nous. Le Fils de Dieu devient, pour nous rejoindre, un être missionnaire; dès le sein de sa mère, il se révèle un être de Parole et de visitation, dans l’humilité et la joie du service, dans le sens d’une proximité, d’une intime présence. Il vient à la rencontre de nos attentes pour l’annonce d’une Bonne Nouvelle. Par-delà tout l’appareillage compliqué du temple et des sacrifices, il vient lui-même dans le creux de notre chair, prendre chair en nous. « Tu n’as pas voulu de sacrifices ni d’offrandes, est-il écrit, mais tu m’as fait un corps. »

C’est ainsi qu’il vient dans nos maisons, dans nos lieux de travail, de loisirs, de labeurs et de peines, de jeux et de souffrances, pour une présence de réconfort, de paix et d’amitié. C’est ainsi qu’il donne valeur à tout ce que nous vivons dans l’amour. « C’est ainsi qu’il supprime l’ancien culte pour établir le nouveau… Nous sommes sanctifiés, grâce à l’offrande qu’il a faite de son corps, une fois pour toutes. »

Aujourd’hui il nous appelle à le reconnaître, à laisser s’éveiller en nous le goût de l’accueillir et de célébrer sa venue, une venue qui nous sort de nous-mêmes et nous fait vivre avec et pour les autres et pour Dieu, avec plein de vraie joie et de paix à partager désormais entre nous. « Lui-même, il sera la paix! » dit le Prophète.

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