Dieu en famille,

Responsable de la chronique : Raphaël Pinet
Dieu en famille

La honte ou la colère

Imprimer Par Raphaël Pinet

Quand un membre de votre famille proche commet un acte répréhensible, vous éprouvez de la honte. Ne disait-on pas jadis de quelqu’un qu’il était la honte de la famille pour avoir transgressé les règles d’appartenance du groupe ? Et encore ne s’agissait-il pas toujours d’actes moralement répréhensibles mais tout au plus un code d’appartenance qui faisait d’une famille une caste plutôt qu’un groupe soudé par l’amour mutuel.

Mais quand un haut responsable militaire commet par son incompétence, son impéritie et son incurie une bévue stratégique dont les conséquences sont tragiques pour des milliers de personnes, le simple soldat engagé dans un combat perdu d’avance n’a pas de place pour éprouver de la honte. C’est de colère dont il s’agit.

Le lien du soldat à son chef est un lien hiérarchique fondé sur la délégation de pouvoir elle-même fondée sur la compétence. Le soldat obéit mais le chef assume. Encore le verbe assumer est-il bien mal compris aujourd’hui par nombre de responsables qui l’utilisent en lieu et place de persister dans la décision au risque de l’erreur et non dans le sens plus exigeant d’accepter la sanction de la faute et la conséquence de l’échec.

Il m’est difficile de mettre de côté la triste actualité du rapport Sauvé (1) sur les abus sexuels commis par des membres du clergé français depuis 1950. Ce rapport sans nul doute concerne toutes les églises tant le mal par la peur du scandale s’est répandu sans distinction de frontière. Rappelons que plus de 200 000 enfants ont été agressés et meurtris dans leur chair et dans leur âme[1]. Et c’est sans compter sur les échos de ces drames qui se rejouent tout au long d’une vie. Combien de divorces, de suicides, d’addictions aux drogues et à l’alcool, de violences conjugales et parfois de répétitions d’abus sur les générations suivantes sont en germe dans ce nombre effroyable de victimes ?

En tant que catholique de base, je ne me sens strictement et nullement responsable de ce désastre. Je n’ai nulle envie de secourir les responsables qui nous demandent maintenant de sauver les meubles de l’incendie qu’ils ont eux-mêmes allumés. J’ai comme tout un chacun placé sur un piédestal des prêtres et des évêques qui s’appuyaient sur cette adulation pour perpétrer une concentration du pouvoir porteuse de déséquilibres vicieux dans le fonctionnement de l’ecclesia.

Mais je partage aussi la honte avec les quelques prêtres et religieux dignes d’éloges rencontrés le long de ma vie de foi, restés au plus près de l’Evangile et de la compassion pour les humbles.

Il reste qu’aujourd’hui nous devons laisser les morts enterrer les morts, ignorer les sépulcres blanchis et appeler à une refondation révolutionnaire de l’Eglise basée sur un basculement important du pouvoir vers le peuple des laïcs, seul à même de restaurer une autorité et un magistère malmenés par les pages arrachés de l’Evangile au gré des multiples compromissions. Il serait trop simple d’évoquer la persécution du petit reste pour s’accrocher à une fidélité qui ne serait plus qu’une complicité passive avec les abus à venir.

J’avais le choix entre la colère ou la honte.

J’ai choisi la colère qui me permet de regarder en face mon épouse et mes enfants pour continuer à affirmer ma foi dans le Christ.

Raphaël Pinet

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  1. Pour ceux qui auront le courage de lire le rapport complet : https://lille.catholique.fr/app/uploads/2021/09/CIASE-Rapport-g%C3%A9n%C3%A9ral-5-octobre-2021.pdf
  2. Et pour ceux qui prendront la peine de lire le résumé du rapport : https://lille.catholique.fr/app/uploads/2021/09/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Resume.pdf

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