Archives pour la catégorie Aventure spirituelle

Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Bienheureux Frédéric Janssoone

Fils de paysan «le bon Père Frédéric» était le treizième enfant de Pierre-Antoine et d’Elisabeth Janssoone (lansone), né le 19 novembre 1838, dans le village de Ghyvelde (Flandres). Élevé dans une famille très chrétienne, à treize ans il fit sa première communion, un dimanche de la Passion (1851) et songea à la prêtrise. Mais son père étant mort, sa mère tomba de ce fait dans une extrême pauvreté. Pour l’aider, Frédéric- Cornil se fit alors voyageur de commerce et réussit bien. Sa mère, cinq ans plus tard, mourut à son tour. Il pensa alors à entrer à la Trappe de Sainte-Marie-du-Mont, mais on le refusa. Une dame tertiaire franciscaine lui révéla alors une autre voie et, renonçant à son commerce et à la main d’une riche héritière, il entra au collège d’Hazebrouck (1852). De là il parcourut les étapes ordinaires de la vie franciscaines: vêture (1864), profession solennelle (1868), diaconat (1869), sacerdoce.

À peine célébrée sa première messe, aumônier militaire, il doit se pencher, à l’Hôpital de Bourges, sur les blessés de la guerre franco-allemande (1870). Supérieur du couvent de Bordeaux (1873), il demande à être envoyé en Terre-Sainte (1876). Il y prêche des retraites aux communautés et remet en honneur, à Jérusalem même, la pratique du chemin-de-la-Croix. Mais de là on l’envoie au Canada travailler à l’établissement d’un commissariat de Terre-Sainte et organiser une quête annuelle pour les Lieux-Saints. Rappelé en Terre-Sainte (1882), il revient définitivement au Canada en 1888 et, après avoir partout prêché et multiplié faveurs et miracles, il meurt épuisé au Couvent de la rue Dorchester, à Montréal, le 4 août 1916.

Les Récollets – religieux réformés de l’Ordre de saint François – avaient été les premiers missionnaires venus au Canada (1615). Après l’incendie de leur couvent de Québec, en 1796, ils n’eurent plus, sous occupation britannique, la faculté de se recruter et disparurent, pour n’y être rétablis canoniquement qu’en 1890. Les missions canadiennes auprès des Amérindiens leur devaient beaucoup, car c’étaient eux qui en avaient ouvert la voie aux Jésuites, les initiant aux langues amérindiennes et à la rude vie en forêt. Le Tiers-Ordre franciscain avait cependant survécu à cette disparition et l’arrivée du Frère Frédéric l’attisa de nouveau. Son premier sermon, prononcé à Saint-Roch de Québec, causa un grand remuement et on vit, par la suite, des paroisses entières prendre l’habit et revêtir l’esprit de saint François, que le Frère Frédéric semblait incarner dans son corps fragile et dans une parfaite attitude de pauvreté et de pénitence.

La prédication du Rosaire, du Chemin-de-la-Croix, grâce à ce passionné des Lieux-Saints, prit un caractère plus concret et prépara les esprits au renouveau des études bibliques qui allaient suivre. Il a été béatifié par le pape Jean-Paul II le 25 septembre 1988.

 

Aventure spirituelle

Les autres chroniques du mois

Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Se nourrir de la Parole, au gré des Heures

 

Une place centrale

Les lectures des offices de la liturgie des Heures font faire aux priants un large survol de la littérature biblique. La section intitulée «La Parole de Dieu» est d’ailleurs centrale dans divers offices. Si elle n’en occupe pas la majeure partie, elle est presque toujours structurellement au centre, comme le révèle le plan de deux offices:

Office du soir

. L’introduction
. L’hymne
. La psalmodie
. La Parole de Dieu
. Le répons bref
. Le cantique évangélique
. L’intercession
. Prières de demande
. Temps de silence
. Le Notre Père
. L’oraison
. La bénédiction finale

Office des lectures

. L’introduction
. L’hymne
. La psalmodie
. Les lectures
. La Parole de Dieu
. Lecture chrétienne
. L’hymne (certains jours)
. Oraison du jour

Si des passages bibliques apparaissent en divers endroit des offices de la liturgie des Heures (psaumes, cantiques et Notre), nous limiterons nos propos à ceux qu’on retrouve sous la rubrique «Parole de Dieu».

L’office des lectures

Nous traitons à part l’office des lectures à cause de son caractère particulier. Comme son nom l’indique, ce qui le distingue est l’importance accordée à la proclamation de la Parole. Contrairement aux autres offices de la journée, celui-ci n’est pas rattaché à une Heure spécifique: Sans que la dimension temporelle soit évacuée, ce qui est mis au premier rang est la lecture de la Bible et de textes de la tradition. Ce relatif détachement par rapport aux heures liturgiques indique d’ailleurs l’usage spécifique des lectures bibliques à cet office. Ici, les extraits de la Bible ont pour fonction première d’enseigner les fidèles, de leur faire découvrir chaque fois un nouveau pan de l’histoire du salut. Le choix des lectures bibliques correspond à l’esprit des divers temps forts de l’année liturgique (Avent, Noël, Carême, Pâques). Pour le temps ordinaire, les lectures sont agencées de manière à assurer continuité et progression.

Les autres offices

Les autres offices prévoient de très brefs passages bibliques : quelques versets tout au plus. Un regard attentif permet aussi de constater que la lecture n’est pas continue. On semble passer d’un livre biblique à l’autre de façon désorganisée. Mais ce n’est pas le cas, car certains principes ont guidé le choix des lectures. Ainsi, «la lecture brève est choisie suivant le jour, le temps ou la fête.» (Présentation générale de la Liturgie des heures no 45) Aussi, «les lectures brèves ou « capitules » (…) ont été choisies pour exprimer une pensée ou une exhortation avec précision et clarté. On a veillé aussi à leur variété.» (no 156) Le texte est plus explicite au numéro 158:

Dans le choix des lectures brèves, on a observé les points suivants:

a) Selon la tradition, les évangiles sont exclus.
b) Autant que possible on a observé le caractère du dimanche, ou encore du vendredi, et des heures elles-mêmes.
c) Les lectures de l’office du soir, puisqu’elles suivent un cantique du Nouveau Testament, ont été choisies exclusivement dans celui-ci.

Les lectures de deux jours de la semaine, donc, sont choisies en fonction de leur caractère propre. Gaston Fontaine («La lecture biblique dans la liturgie des heures», Bulletin national de liturgie 76, 1980, p. 188-190) les présente en les groupant selon des thèmes. Pour le dimanche, l’ambiance est pascale:

– Dieu, source de salut pour tous les hommes
– Le Christ ressuscité
– Baptême et vie chrétienne
– Espérance dans le Jour du Seigneur à venir

Pour le vendredi, les thèmes sont la passion et le sacrifice de Jésus, et d’autres qui leur sont liés (Dieu et la mort, sagesse du mystère de Dieu, conversion et salut, etc.). Le choix de la lecture est parfois dicté par l’heure de l’office. Tierce (milieu du jour) «évoque l’effusion de l’Esprit sur l’Église naissante à la Pentecôte». Six lectures bibliques de cette heure abordent ce thème. Les sept lectures choisies pour complies, heure «destinée à sanctifier le coucher» favorisent le passage au repos de la nuit. (G. Fontaine, op. cit., p. 190) D’autres cas semblables s’ajoutent à ceux-ci pour l’office du matin. Clui du lundi I prévoit l’exhortation suivante de Paul: «Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus!» (2 Th 3, 10b) Ces paroles tombent à pic avant d’entreprendre la première journée de travail de la semaine et avant même le petit déjeuner!

Des lectures pour prier

Contrairement aux passages bibliques de l’office des lectures, ceux des autres offices n’ont pas pour fonction première d’enseigner. Ils sont là surtout pour soutenir et motiver la louange. De fait, leur brièveté même leur donne leur caractère et leur portée. La lecture brève, en effet, «propose avec force quelque sentence sacrée, et qui met en lumière des paroles brèves auxquelles on risque de ne pas faire attention au cours d’une lecture continue des Écritures.» (Présentation générale de la Liturgie des heures, no 45) La lecture brève attire donc l’attention sur des morceaux choisis, des perles tirées de la Parole de Dieu.

Les exégètes sont parfois mal à l’aise avec cette approche «morcelée» de la Bible. Ces courts extraits, cités hors contexte, qui nous font passer d’un livre à l’autre, peuvent-ils permettre une juste perception de la littérature biblique? Voilà de quoi alimenter un véritable débat! Rappelons simplement que liturgie et exégèse historico-critique ne jouent pas le même rôle. En contexte liturgique, la manière de puiser à la tradition biblique est différente, mais tout aussi valable pour donner du sens à la Parole de Dieu. De plus, les lectures brèves ne sont pas les seuls endroits pour les chrétiens et les chrétiennes où se nourrir de la Parole. L’office des lectures et l’eucharistie (le dimanche et en semaine) donnent la possibilité de parcourir la Bible dans son ensemble, grâce à des extraits plus longs. Rien n’empêche non plus de lire et d’étudier la Bible de manière individuelle ou communautaire.

 

Aventure spirituelle

Les autres chroniques du mois

Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Charles de Foucauld, modèle de dialogue

Au moment où des études récentes remettent en lumière les intuitions de l’ermite du Hoggar, ces réflexions peuvent encore éclairer nos relations avec les Musulmans que nous rencontrons.

Charles de Foucauld a profondément aimé les terres d’Islam. Il y passa la plus grande part de sa vie … Le Père de Foucauld s’appelait le « frère universel »…Et son amitié et sa prière étaient d’abord pour ses amis de prédilection, les Arabes nomades et les Touareg auxquels ils sacrifia tout. Ce fut donc en des terres d’Islam et dans une atmosphère d’Islam qu’il répondit à l’appel de Dieu sur lui.

Charles de Jésus ne semble pas s’être soucié d’entreprendre vraiment une étude objective complète de l’Islam comme tel. La pente se son esprit ne l’y portait pas. Son intelligence extrêmement concrète, donnait toute sa mesure dans l’observation précieuse des lieux et des gens, l’étude de la langue et des mœurs; et son cœur lui donnait d’abord soif de connaître et d’aimer, de connaître pour aimer, les hommes qui l’entouraient. À Beni-Abbès, son souci fut simplement de converser avec ses amis les pauvres, de les aider, de leur faire comprendre ce témoignage de foi et d’amour rendu à Dieu, et qui était sa seule raison d’être. À Tamamrasset, sa tâche fut de perfectionner toujours plus sa connaissance de la langue et des coutumes du Hoggar… Et n’est-ce point encore un témoignage de sympathie vivante et de respect, que ce désir de connaître de l’intérieur le passé et toute la richesse humaine d’un peuple ?

Si Charles de Foucauld ne rencontrera pas selon toutes ses dimensions la culture religieuse de l’Islam, il vécut donc sa vie de « frère universel » en continuel contact avec des hommes musulmans. Sans même le chercher, il pénétra de la sorte cette ambiance musulmane où baignait le comportement quotidien de ses amis.

Et dès lors, il semble possible et nécessaire de proposer une distinction. Ce serait un contresens de le transformer en « islamologue ». Il ne s’y efforça point… Mais cette sorte de connaissance par connaturalité que lui donnait son affection pour les pauvres du Sahara ou les nobles Touareg, son désir d’être, pour l’amour du Christ, leur frère et petit serviteur, lui permirent comme d’emblée de traiter avec eux dans le respect total de leur être, y compris les contours qu’un Islam, au demeurant fort élémentaire, pouvait donner à leur personnalité. Si bien que nous trouvons sous sa plume, ici ou là, des percés éclairant non point les données dogmatiques de la foi musulmane, mais le comportement concret de foi des hommes musulmans, ses amis. Son seul but était de suivre Jésus, et il sut donner, comme spontanément, à sa présence en ces terres d’Islam, un style de vie qui pouvait la rendre compréhensible. Amitié désintéressée, respect de l’autre, sens aigu de justice et d’honneur, pauvreté voulu, style de dépouillement qui centrait tout sur Dieu seul, de telles valeurs. C’est au plus profond de sa foi chrétienne qu’il en trouvait d’abord l’inéluctable exigence. Mais c’est tout cela qui le rendit si cher à ses voisins touareg, si conforme à ce que ces nomades berbéro-musulmans pouvaient attendre de leur « grand ami le marabout Charles »

La vie de Charles de Jésus dans les terres musulmanes du Sahara est un grand témoignage de ce qu’un amour désintéressé et vigilant peut drainer de compréhension vraie. Amour scellé d’intelligence. C’était là sa tâche de « petit serviteur », et c’était une tâche de choix, puisque « au soir de cette vie, c’est sur l’amour que nous serons jugés. »

Charles de Jésus n’est pas un maître en islamologie. Mais il est peut-être bien, par ce que fut sa vie, sa soif de l’Unique Seigneur, et son don aux hommes ses frères, l’un des meilleurs guides que puisse prendre un islamisant chrétien, s’il veut que corresponde à ses recherches d’érudit une attitude intérieure digne de les vivifier. La finalité de telles recherches est d’ordre intellectuel certes, mais peut-être requièrent-elles à leur tour un souci et un respect de l’autre, – ici la pensée et la culture qu’il faut pénétrer- où se retrouve, au service de la même vérité et du même amour, comme un répondant de l’attitude évangélique de Charles de Jésus en ces terre d’Islam qu’il aima.

Aventure spirituelle

Les autres chroniques du mois

Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Le dominicain Raymond de Penyafort

Né vers 1175 et professeur de rhétorique à Barcelone (Espagne), il se rend à Bologne (Italie) et y obtient le titre de docteur en droits civil et religieux; puis, en 1222, âgé de plus de cinquante ans, il entre dans l’Ordre des Dominicains nouvellement fondé et s’y engage dans de multiples travaux.

Avec saint Pierre Nolasque, il crée l’ordre de Notre-Dame-de-la-Merci, pour le rachat des Chrétiens captifs chez les Maures (1218). Puis, il prêche la croisade espagnole contre les Maures (1229). Devenu chapelain de Grégoire IX et grand pénitentiaire, il se voit assigner la tâche de rassembler et d’ordonner les décrets des souverains pontifes, accumulés dans les archives du Vatican depuis les origines; le résultat de ce travail, qui dura cinq années, prendra le nom de Décrétales et inspirera la législation romaine des siècles suivants. Le Concile de Latran, en 1215, ayant exigé que tous les chrétiens se confessent au moins une fois par année, pour la fête de Pâques (ou, comme on disait: «à Pâques humblement »), on se rendit compte de la multitude des problèmes que soulevait cette pratique, surtout pour les confesseurs. Raymond de Penyafort, rédigea alors, pour leur service sa Somme des cas de conscience, qui fera autorité pendant tout le Moyen Age.

Devenu Général des Dominicains (1238-1240), il travailla à donner aux Constitutions de son Ordre leur statut définitif, exigeant de ses frères qu’ils étudient l’arabe et connaissent le Coran; il semble même qu’il ait inspiré à saint Thomas d’Aquin l’idée d’écrire sa Somme contre les Gentils, en vue d’éclairer les discussions portant sur les philosophies arabes.

Retourné en Espagne, et libéré de sa charge de Maître Général, il refusa l’archevêché de Tarragone, qu’on lui offrait, et consacra le reste de sa vie à la conversion des Juifs et des Musulmans. Il mourut épuisé, dans son couvent de Barcelone, à l’âge de cent ans.

 

Aventure spirituelle

Les autres chroniques du mois

Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Bienheureuse Dina Bélanger

Sainte Cécile est devenue patronne des musiciens très probablement pour avoir été choisie comme protectrice d’une Académie de musique, à Rome; et c’est pour avoir été musicienne que Dina Bélanger est devenue Soeur Marie Sainte-Cécile-de-Rome, religieuse de Jésus-Marie. Née à Québec, le 10 avril 1897, Dina goûta très tôt les faveurs divines, mêlées à sa jeune ferveur. Apprenant que son nom, Dina, était le nom d’une fille de Jacob, elle décida de devenir sainte, pour «donner une patronne» chrétienne aux femmes du Québec qui désormais porteraient ce nom.

Sa première communion fut le premier très grand événement de sa vie; elle bénéficia du décret de Pie X invitant les enfants à la communion fréquente. Entourée et comblée par ses parents, elle n’envisagea pas moins très tôt le désir de se donner à Dieu dans la vie religieuse et, ayant demandé à Dieu la grâce de ne jamais l’offenser par une faute vénielle volontaire. Un premier vendredi d’octobre 1911, elle consacra privément sa virginité à Dieu, brûlant du désir d’être martyre. D’octobre 1916 à juin 1918, elle étudia au Conservatoire Our Lady of Peace, de New York. Revenue à Québec, elle continua de suivre des cours d’harmonie, par correspondance. En 1921, elle entra au Noviciat des soeurs de Jésus-Marie, à Sillery, enseigna la musique à ses étudiantes. Elle mourut à Québec le 4 septembre 1929 et fut béatifiée par Jean-Paul II, le 20 mars 1993.

Retenons de cette âme toute à Dieu, mais éprouvée d’angoisses morales, l’ordre que Jésus lui donna: «Souris à tout, même quand je te broie!» Trois influences s’exercèrent sur sa vie: l’Eucharistie, dont elle a écrit: «Ma faim de la communion croissait toujours. Une journée sans pain, n’est-ce pas une journée sans soleil, des heures dont le soir tarde à venir?»; le Sacré-Coeur, qui lui révéla sa grande affliction d’être si peu aimé, même de ceux qui lui ont consacré leur vie, et qui lui confiait: «Bien peu d’âmes, même consacrées, savent compatir à l’agonie de mon Coeur…». La Sainte-Trinité enfin, au sujet de laquelle Jésus lui dit: «Ma petite épouse, je veux te faire pénétrer plus avant dans les profondeurs de la très Sainte-Trinité. Viens dans l’ESSENCE DU COEUR DE DIEU, dans l’ESSENCE MÊME DE LA DIVINITÉ!».

Une caractéristique de sa spiritualité la rapproche de Ste Thérèse de Lisieux: son besoin de s’offrir pour les âmes sacerdotales, car Jésus lui a dit: «Un grand nombre d’âmes se perdent, parce que beaucoup de mes prêtres ne m’aiment pas assez. Ils ne touchent pas les coeurs, parce qu’ils ne sont pas assez unis à Moi. Ils comptent trop sur des moyens humains et sur leur activité propre, et pas assez sur mon amour divin».

Aventure spirituelle

Les autres chroniques du mois

Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Les martyrs d’Ouganda

Les premiers missionnaires chrétiens qui arrivèrent dans le royaume de Buganda étaient des anglicans; c’était en 1877. En 1879, les Missionnaires d’Afrique établirent leur première mission dans ce qui deviendra quelques années plus tard, après la conférence de Berlin qui en 1885 partagea l’Afrique entre les diverses puissances coloniales européennes, la colonie britannique de l’Ouganda.

Le roi Mutesa qui accueillit ces premiers missionnaires chrétiens était très ouvert à leur message et rapidement plusieurs communautés chrétiennes, anglicanes et catholiques, furent fondées; les premiers baptêmes catholiques eurent lieu en mars 1880. Le successeur de Mutesa, son fils Mwanga, adopta une attitude différente, hostile à ces nouveaux venus et à leur religion. A sa cour, il devait y avoir plus de 500 chrétiennes et chrétiens. Le roi commença néanmoins une vraie persécution contre les communautés chrétiennes, refusant en particulier leur morale qui s’opposait à la pédophilie. Cela aboutit au martyre d’une centaine d’entre eux dans les années 1885 et 1886, culminant en juin 1886 avec le martyre de plus d’une vingtaine d’autres, dont leur catéchiste Charles Lwanga jusqu’au jeune Kizito, encore un enfant, mais qui ne voulut pas être séparé des autres et demanda hâtivement le baptême pour subir le même sort. Parmi eux, il y avait des catholiques et des anglicans, mais aussi sept païens et un musulman, tous unis dans le témoignage du sang.

Sur la colline où la plupart d’entre eux ont été tués, il y a deux sanctuaires : le premier catholique, est majestueux et imposant, alors que le deuxième, protestant, est tout humble et discret. Le sanctuaire anglican occupe un petit espace à l’est de la colline; les cendres des martyrs, qui ont tous été brûlés, ont été recueillies et placées dans un petit reliquaire dans l’autel de cette minuscule chapelle, aux allures bien britanniques. Juste à côté, on a érigé un monument commémoratif au réalisme frappant : la plupart des martyrs avaient été solidement attachés dans une sorte de rouleau de bambou et placés les pieds dans le feu! C’est impressionnant quand on sait qu’ils continuèrent, durant leur supplice, à chanter les louanges de Dieu.

Le sanctuaire catholique est imposant. L’église, avec sa structure visible de tuyaux d’acier recouverts d’une couronne de béton, est ronde, et ici aussi, juste devant l’autel, dans une petite ampoule, ont été déposées des cendres des martyrs. Plusieurs d’entre eux, avant que l’on brûle leurs corps, furent massacrés avec des lances et des épées. On raconte qu’après cette tuerie, les soldats et les bourreaux du roi allèrent laver leurs armes dans le marécage voisin. Maintenant, on y a aménagé un petit lac au milieu duquel, sur une petite presqu’île, on a dressé l’autel principal utilisé lors des grandes occasions. Ce petit lac est sacré. Il est facile dans la foi de voir le sang des martyrs qui rejaillit encore sur toute l’Afrique!

Tous les ans, le 3 juin, on fête ces martyrs d’Ouganda. En provenance même des pays voisins, le Congo, le Kenya, le Rwanda, etc., des millions de pèlerins viennent honorer leurs martyrs. Le père Fredrick ajoute qu’en juin 2005 la police a estimé la foule à près de quatre millions de personnes. Le sang des martyrs est une semence de chrétiens, disait un auteur chrétien aux premiers temps du christianisme. Si l’Afrique est actuellement le continent qui se christianise le plus rapidement, n’est-ce pas aussi à cause de ses martyrs? Quand, le 3 juin, avec l’Église universelle nous célébrerons la fête des saints martyrs ougandais, pensons spécialement à ce continent, certes le plus meurtri et humilié du XXe siècle, et demandons à ses saints de faire grandir dans notre monde la justice, la paix, le pardon et la réconciliation.

Aventure spirituelle

Les autres chroniques du mois

Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Saint Martin de Porrès

Martin est né à Lima au Pérou, le 9 décembre 1579. Le registre baptismal notait: « fils de père inconnu »; mais, huit ans après sa naissance, un gentilhomme espagnol, chevalier de l’Ordre d’Alcantara, le reconnaissait comme son fils et pourvoyait à son éducation.

 

 

Ce fils illégitime d’un grand d’Espagne et d’Anna Velasquez, négresse, de condition libre, aurait pu être un enfant amer et révolté, mais dès son enfance il se montra chaleureux, cordial, porté à donner tout ce qu’il avait aux pauvres et aux méprisés. À 12 ans, il se fit apprenti barbier, c’est-à-dire, selon la mode de l’époque, à la fois chirurgien, pharmacien, et médecin. Après quelques années de pratique, il demanda à être admis comme «assistant», chez les Dominicains du monastère du Très Saint- Rosaire de Lima, n’aspirant même pas, dans son humilité, à devenir frère convers (c’est- à-dire: converti à la vie religieuse). On l’accepta à ce titre mais, après neuf ans, ses supérieurs et la communauté entière, impressionnés par sa vie de prière, d’austérité et d’humilité l’invitèrent à faire profession comme religieux et membre intégral de l’Ordre des Frères Prêcheurs.

Pour Martin, l’ordinaire était l’extraordinaire et l’inverse. Visions, extases, pénitences terrifiantes, bilocation, connaissance théologique infuse, guérisons miraculeuses et un pouvoir étonnant sur les animaux marquèrent sa vie; mais on le jugea saint en raison de son obéissance, de son humilité et de son parfait amour de Dieu. Il a été canonisé par Jean XXI11, le 6 mai 1962.

Martin de Porrès fut un saint et un charismatique. Religieux, il apporta à l’Ordre qui eut la faveur de l’accueillir, plus de sainteté qu’il n’en reçut. Charismatique, il fut sauvé par son admirable humilité de toute déviation spirituelle. Saint Paul, dans

1 Corinthiens 13, a bien marqué la différence entre la charité, essence de la sainteté, et les charismes (prophétie, dons des langues, prodiges et miracles) qui accompagnent parfois la sainteté et parfois, hélas! permettent de la feindre. Les charismes, en effet, servent surtout à la conversion des incroyants ou des faibles dans la foi (I Cor. 14, 22), et témoignent de la bonté et condescendance de Dieu envers ses enfants malheureux de la terre, plutôt qu’en fonction des charismatiques eux-mêmes, alors qu’une vie de charité témoigne sans équivoque possible de h présence de l’Esprit Saint dans une âme, et en conséquence de toutes les vertus qui accompagnent cette présence (I Corinthiens 13, 4-7).

Les contemporains de Martin l’appelaient le «père des pauvres»; ceux d’aujourd’hui, principalement dans les nations divisées par des querelles ethniques, voient en lui l’espérance d’une réconciliation et d’une communauté possible d’amour entre humains divisés par les antécédents historiques et le lourd héritage de la race, de la langue, de la couleur. Que cette espérance ne soit pas rendue vaine par trop de préjugés ou par la faiblesse de notre charité!

Aventure spirituelle

Les autres chroniques du mois

Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Sages orientaux

 

En Chine, et dans les pays qui ont reçu son influence tels que Corée, Japon, Vietnam, Thaïlande, il n’y a pas de place pour Dieu et de mot pour le dire. Bien sûr, il y a un certain nombre de chrétiens dans ces pays, mais dans quelle mesure comprennent-ils notre théologie chrétienne?

Tout ce qui est pensé vient de l’humain et est humain. Une révélation du Ciel leur paraît impossible et irrespectueuse pour l’homme, qui a ses limites mais aussi ses capacités de trouver par lui-même la Voie qu’il doit marcher jusqu’à la mort, c’est-à-dire jusqu’à son entrée dans l’harmonie universelle. Cette harmonie universelle remplace le divin, ou ce que nous appelons le Ciel.

Tout ce qui est pensé est humain et fait pour demeurer dans l’humain. On a dit en Occident : Dieu est mort. En Asie, c’est une façon de dire impensable, puisque Dieu n’existe pas. Ce qui existe, c’est tout simplement le terrestre. L’homme serait-il le centre de l’univers? Il n’en est pas question. Parmi l’harmonie universelle, il est un centre et non négligeable, mais il n’est pas le centre de la nature. Même si tout tourne autour de lui, parce qu’il attire, cette attirance n’en fait pas le centre du monde.

Allons plus loin. Il n’y a pas de mot pour dire : dogme, sacrement, incarnation, mystère. Le mot ciel, s’il est utilisé, c’est simplement pour nommer le firmament, la buée des nuages, le mauve des couchers de soleil, les pronostics de la température. On ne rejette pas, on ignore tout simplement.

Il est facile de deviner la surprise et l’étonnement des premiers missionnaires, un Mateo Ricci par exemple, à son arrivée en Chine au 16e siècle. Non seulement aucun mot qui ressemble à ceux de sa langue italienne, mais aucun mot à l’intérieur du chinois qui puisse dire le vocabulaire religieux. Ricci a dû se rappeler l’épisode de saint Paul à Corinthe, Paul qui parlant de résurrection des morts se fit dire par quelques railleurs : « Eh, vieux, nous t’entendrons là-dessus une autre fois ». C’est bien ce qui est arrivé aux premiers missionnaires en Chine.

Harmonie en musique, en peinture, harmonie en écriture, aussi harmonie dans les lois qui gouvernent le pays. Pour qu’il y ait harmonie, il faut au moins un pluriel. Et c’est-là toute leur « religion », Nuit-jour, ombre-lumière, froid-chaud, grand-petit, oui- non, et toute la gamme des contraires. Ce que nous, nous appelons les contraires devient pour eux l’élan qui permet de rejoindre le grand tout de l’universel. Le trait d’union, posé entre les mots, s’appelle le vide médian. Et vous savez combien le vide attire! Il est magnétique, il donne même le vertige. Le non appelle le oui et réciproquement. Le non n’est jamais comblé, s’il ne reçoit pas certaines confidences (cachées) du oui. Le oui est le complément du non, car tout est tellement limité, changeant, multiple, qu’il est possible d’aller à l’infini.

Est-ce là un simple jeu de l’esprit? Pas plus que nos syllogismes qui se veulent toujours logiques. Cette mentalité asiatique est peut-être moins rigide de nos jours. Mais les racines du vieil arbre de l’harmonie universelle ne sont pas mortes. La sève coule dans le subconscient de chaque individu. Ce qui permet ‘aux Asiatiques d’être différents de notre héritage occidental et cela est un enrichissement pour les deux hémisphères.

Ne sommes-nous pas en face d’une impossibilité de nous comprendre? Après 50 ans de vie en Extrême-Orient, je suis un peu en mesure de percevoir les difficultés mais aussi les possibilités d’entente. Tout commence par le respect mutuel et l’effort d’une inculturation dans son pays d’adoption. Les difficultés de langues, tout en étant réelles, ne sont pas insurmontables. Beaucoup de livres facilitent maintenant ce travail de recherche. Venu pour donner beaucoup, j’ai l’impression que j’ai reçu davantage.

Aventure spirituelle

Les autres chroniques du mois

Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Sainte Marguerite Bourgeois

Marguerite Bourgeois naît le 17 avril 1620, à Troyes: septième enfant d’une famille qui en comptera douze. Le premier grand événement de sa vie est la mort de sa mère, qui la constitue, très jeune encore et partiellement, gardienne de ses frères et soeurs.

Deux miracles l’entraînent sur le chemin de la perfection: celui de la procession du Saint-Rosaire, le 17 octobre 1640; et celui du 15 août 1650, fête de l’Assomption de Marie au ciel. Lors du premier miracle, la beauté de la Vierge Marie sur une image; dans le second, la vision de l’Enfant Jésus dans l’hostie d’un reposoir, la ravissent et la transforment. Après quoi elle cherche à entrer dans une communauté cloîtrée, mais partout on la refuse. Dieu met alors sur sa route un directeur spirituel, Monsieur Gendret, qui lui apprend que la Vierge Marie, lors de la Visitation, a choisi la vie voyagère. L’avenir la forcera à opter pour cette voie, qui avait été jadis celle des moines irlandais missionnaires.

Venue à Montréal avec Monsieur de Maisonneuve, elle se dévoue auprès des colons et de leurs enfants, auprès des jeunes Amérindiens et Amérindiennes. Elle éprouve de grandes difficultés à fonder une congrégation de religieuses non cloîtrées et obtient, au Canada, ce que saint François de Sales n’avait pu obtenir en France pour ses Visitandines, toute liberté d’action. Mais que de croix, et que de foi!

Les fondateurs de Montréal, tout comme Marie de l’Incarnation à Québec, veulent en tout premier lieu la conversion des Amérindiens. L’image de Marguerite Bourgeois évangélisant les jeunes Amérindiens et Amérindiennes, devant les Tours de la
Montagne, conservées devant le Grand Séminaire de Montréal, doit nous rester chère pour cette raison. L’obligation, pour elle et ses religieuses, d’apprendre les langues amérindiennes est une difficulté majeure de leur existence. Mais, dans ce domaine, les femmes sont du plus précieux secours, car leur vie quotidienne auprès des jeunes Amérindiens et Amérindiennes, des infirmes et des malades, permet d’établir avec eux un lien de sympathie profonde. La langue de la charité, en tout temps, demeure entre les peuples, le meilleur moyen de communication. Bientôt la sainteté de Catheri Tekakwita, jeune amérindienne, donnera la preuve de l’efficacité de cet apostolat.

Le Canada sera perdu pour la France, en grande partie parce que les ambitions politiques et militaires, et la «course aux fourrures», y entraînèrent un conflit continuel avec les colonies anglaises. Dans ces conditions, le souci du seul salut des âmes aurait certainement mieux valu à la colonie.

Aventure spirituelle

Les autres chroniques du mois

Aventure spirituelle,

Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Saint frère André

Le frère André Bessette a vécu une enfance pauvre et, ayant vu pour cette raison j’imagine, ses désirs le plus souvent non réalisés, il forma le voeu de s’appliquer toute sa vie à réaliser le désir des autres.

C’est pendant la terrible crise économique des années 30 qu’il a été surtout le secours de notre population éprouvée. Alors que d’autres nourrissaient des idées révolutionnaires et se tournaient du côté de Mussolini, Hitler ou Staline, cherchant des modèles à imiter et à suivre, le frère André se tournait vers saint Joseph et réussissait à faire tourner vers l’époux de Marie, le coeur et l’esprit de notre population ouvrière, qui cherchait une issue à sa situation misérable.

Il aura fallu des siècles dans l’Église pour que des théologiens s’intéressent à approfondir la grandeur cachée de saint Joseph et à marquer sa véritable position dans l’Église. Il s’en faut encore de beaucoup que l’idée de cette grandeur soit acquise et comprise autant qu’il le faudrait. Or, c’est à ce petit frère, démuni de toutes ressources qu’il aura été donné de construire, sur le Mont-Royal à Montréal, cette immense basilique restée, en ce temps de crise religieuse, comme l’un des rares et derniers bastions de la foi des Québécois et de ceux qui, de près ou de loin, se joignent encore aujourd’hui à eux et au frère André pour chanter et prier saint Joseph.

Les thaumaturges et guérisseurs sont des gens soumis par Dieu à rude épreuve; au dedans d’eux-mêmes, où ils sont menacés de douter de Dieu et de leur propre pouvoir et, au dehors, où ils sont livrés à la verve des curieux, des critiques, des sceptiques. Le frère André, sollicité à toute heure, de jour et de nuit, appelé dans les hôpitaux ou les taudis, apportait à tous l’espérance qui était en lui: celle de la toute puissance de saint Joseph, n’ayant rien d’autre ni rien de plus à leur offrir.

Le don des charismes n’est pas fait aux charismatiques eux-mêmes, mais à ceux qui les approchent; par eux un témoignage est rendu à Dieu. Par le frère André, saint Joseph a pris dans notre population une place d’honneur: faisons en sorte qu’elle ne soit jamais oubliée. Il a été canonisé le 17 octobre 2010.

Aventure spirituelle

Les autres chroniques du mois