Archives pour la catégorie Aventure spirituelle

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Responsable de la chronique : Suzanne Demers, o.p.

Le dominicain Raymond de Penyafort

Né vers 1175 et professeur de rhétorique à Barcelone (Espagne), il se rend à Bologne (Italie) et y obtient le titre de docteur en droits civil et religieux; puis, en 1222, âgé de plus de cinquante ans, il entre dans l’Ordre des Dominicains nouvellement fondé et s’y engage dans de multiples travaux.

Avec saint Pierre Nolasque, il crée l’ordre de Notre-Dame-de-la-Merci, pour le rachat des Chrétiens captifs chez les Maures (1218). Puis, il prêche la croisade espagnole contre les Maures (1229). Devenu chapelain de Grégoire IX et grand pénitentiaire, il se voit assigner la tâche de rassembler et d’ordonner les décrets des souverains pontifes, accumulés dans les archives du Vatican depuis les origines; le résultat de ce travail, qui dura cinq années, prendra le nom de Décrétales et inspirera la législation romaine des siècles suivants. Le Concile de Latran, en 1215, ayant exigé que tous les chrétiens se confessent au moins une fois par année, pour la fête de Pâques (ou, comme on disait: «à Pâques humblement »), on se rendit compte de la multitude des problèmes que soulevait cette pratique, surtout pour les confesseurs. Raymond de Penyafort, rédigea alors, pour leur service sa Somme des cas de conscience, qui fera autorité pendant tout le Moyen Age.

Devenu Général des Dominicains (1238-1240), il travailla à donner aux Constitutions de son Ordre leur statut définitif, exigeant de ses frères qu’ils étudient l’arabe et connaissent le Coran; il semble même qu’il ait inspiré à saint Thomas d’Aquin l’idée d’écrire sa Somme contre les Gentils, en vue d’éclairer les discussions portant sur les philosophies arabes.

Retourné en Espagne, et libéré de sa charge de Maître Général, il refusa l’archevêché de Tarragone, qu’on lui offrait, et consacra le reste de sa vie à la conversion des Juifs et des Musulmans. Il mourut épuisé, dans son couvent de Barcelone, à l’âge de cent ans.

 

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Bienheureuse Dina Bélanger

Sainte Cécile est devenue patronne des musiciens très probablement pour avoir été choisie comme protectrice d’une Académie de musique, à Rome; et c’est pour avoir été musicienne que Dina Bélanger est devenue Soeur Marie Sainte-Cécile-de-Rome, religieuse de Jésus-Marie. Née à Québec, le 10 avril 1897, Dina goûta très tôt les faveurs divines, mêlées à sa jeune ferveur. Apprenant que son nom, Dina, était le nom d’une fille de Jacob, elle décida de devenir sainte, pour «donner une patronne» chrétienne aux femmes du Québec qui désormais porteraient ce nom.

Sa première communion fut le premier très grand événement de sa vie; elle bénéficia du décret de Pie X invitant les enfants à la communion fréquente. Entourée et comblée par ses parents, elle n’envisagea pas moins très tôt le désir de se donner à Dieu dans la vie religieuse et, ayant demandé à Dieu la grâce de ne jamais l’offenser par une faute vénielle volontaire. Un premier vendredi d’octobre 1911, elle consacra privément sa virginité à Dieu, brûlant du désir d’être martyre. D’octobre 1916 à juin 1918, elle étudia au Conservatoire Our Lady of Peace, de New York. Revenue à Québec, elle continua de suivre des cours d’harmonie, par correspondance. En 1921, elle entra au Noviciat des soeurs de Jésus-Marie, à Sillery, enseigna la musique à ses étudiantes. Elle mourut à Québec le 4 septembre 1929 et fut béatifiée par Jean-Paul II, le 20 mars 1993.

Retenons de cette âme toute à Dieu, mais éprouvée d’angoisses morales, l’ordre que Jésus lui donna: «Souris à tout, même quand je te broie!» Trois influences s’exercèrent sur sa vie: l’Eucharistie, dont elle a écrit: «Ma faim de la communion croissait toujours. Une journée sans pain, n’est-ce pas une journée sans soleil, des heures dont le soir tarde à venir?»; le Sacré-Coeur, qui lui révéla sa grande affliction d’être si peu aimé, même de ceux qui lui ont consacré leur vie, et qui lui confiait: «Bien peu d’âmes, même consacrées, savent compatir à l’agonie de mon Coeur…». La Sainte-Trinité enfin, au sujet de laquelle Jésus lui dit: «Ma petite épouse, je veux te faire pénétrer plus avant dans les profondeurs de la très Sainte-Trinité. Viens dans l’ESSENCE DU COEUR DE DIEU, dans l’ESSENCE MÊME DE LA DIVINITÉ!».

Une caractéristique de sa spiritualité la rapproche de Ste Thérèse de Lisieux: son besoin de s’offrir pour les âmes sacerdotales, car Jésus lui a dit: «Un grand nombre d’âmes se perdent, parce que beaucoup de mes prêtres ne m’aiment pas assez. Ils ne touchent pas les coeurs, parce qu’ils ne sont pas assez unis à Moi. Ils comptent trop sur des moyens humains et sur leur activité propre, et pas assez sur mon amour divin».

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Les martyrs d’Ouganda

Les premiers missionnaires chrétiens qui arrivèrent dans le royaume de Buganda étaient des anglicans; c’était en 1877. En 1879, les Missionnaires d’Afrique établirent leur première mission dans ce qui deviendra quelques années plus tard, après la conférence de Berlin qui en 1885 partagea l’Afrique entre les diverses puissances coloniales européennes, la colonie britannique de l’Ouganda.

Le roi Mutesa qui accueillit ces premiers missionnaires chrétiens était très ouvert à leur message et rapidement plusieurs communautés chrétiennes, anglicanes et catholiques, furent fondées; les premiers baptêmes catholiques eurent lieu en mars 1880. Le successeur de Mutesa, son fils Mwanga, adopta une attitude différente, hostile à ces nouveaux venus et à leur religion. A sa cour, il devait y avoir plus de 500 chrétiennes et chrétiens. Le roi commença néanmoins une vraie persécution contre les communautés chrétiennes, refusant en particulier leur morale qui s’opposait à la pédophilie. Cela aboutit au martyre d’une centaine d’entre eux dans les années 1885 et 1886, culminant en juin 1886 avec le martyre de plus d’une vingtaine d’autres, dont leur catéchiste Charles Lwanga jusqu’au jeune Kizito, encore un enfant, mais qui ne voulut pas être séparé des autres et demanda hâtivement le baptême pour subir le même sort. Parmi eux, il y avait des catholiques et des anglicans, mais aussi sept païens et un musulman, tous unis dans le témoignage du sang.

Sur la colline où la plupart d’entre eux ont été tués, il y a deux sanctuaires : le premier catholique, est majestueux et imposant, alors que le deuxième, protestant, est tout humble et discret. Le sanctuaire anglican occupe un petit espace à l’est de la colline; les cendres des martyrs, qui ont tous été brûlés, ont été recueillies et placées dans un petit reliquaire dans l’autel de cette minuscule chapelle, aux allures bien britanniques. Juste à côté, on a érigé un monument commémoratif au réalisme frappant : la plupart des martyrs avaient été solidement attachés dans une sorte de rouleau de bambou et placés les pieds dans le feu! C’est impressionnant quand on sait qu’ils continuèrent, durant leur supplice, à chanter les louanges de Dieu.

Le sanctuaire catholique est imposant. L’église, avec sa structure visible de tuyaux d’acier recouverts d’une couronne de béton, est ronde, et ici aussi, juste devant l’autel, dans une petite ampoule, ont été déposées des cendres des martyrs. Plusieurs d’entre eux, avant que l’on brûle leurs corps, furent massacrés avec des lances et des épées. On raconte qu’après cette tuerie, les soldats et les bourreaux du roi allèrent laver leurs armes dans le marécage voisin. Maintenant, on y a aménagé un petit lac au milieu duquel, sur une petite presqu’île, on a dressé l’autel principal utilisé lors des grandes occasions. Ce petit lac est sacré. Il est facile dans la foi de voir le sang des martyrs qui rejaillit encore sur toute l’Afrique!

Tous les ans, le 3 juin, on fête ces martyrs d’Ouganda. En provenance même des pays voisins, le Congo, le Kenya, le Rwanda, etc., des millions de pèlerins viennent honorer leurs martyrs. Le père Fredrick ajoute qu’en juin 2005 la police a estimé la foule à près de quatre millions de personnes. Le sang des martyrs est une semence de chrétiens, disait un auteur chrétien aux premiers temps du christianisme. Si l’Afrique est actuellement le continent qui se christianise le plus rapidement, n’est-ce pas aussi à cause de ses martyrs? Quand, le 3 juin, avec l’Église universelle nous célébrerons la fête des saints martyrs ougandais, pensons spécialement à ce continent, certes le plus meurtri et humilié du XXe siècle, et demandons à ses saints de faire grandir dans notre monde la justice, la paix, le pardon et la réconciliation.

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Saint Martin de Porrès

Martin est né à Lima au Pérou, le 9 décembre 1579. Le registre baptismal notait: « fils de père inconnu »; mais, huit ans après sa naissance, un gentilhomme espagnol, chevalier de l’Ordre d’Alcantara, le reconnaissait comme son fils et pourvoyait à son éducation.

 

 

Ce fils illégitime d’un grand d’Espagne et d’Anna Velasquez, négresse, de condition libre, aurait pu être un enfant amer et révolté, mais dès son enfance il se montra chaleureux, cordial, porté à donner tout ce qu’il avait aux pauvres et aux méprisés. À 12 ans, il se fit apprenti barbier, c’est-à-dire, selon la mode de l’époque, à la fois chirurgien, pharmacien, et médecin. Après quelques années de pratique, il demanda à être admis comme «assistant», chez les Dominicains du monastère du Très Saint- Rosaire de Lima, n’aspirant même pas, dans son humilité, à devenir frère convers (c’est- à-dire: converti à la vie religieuse). On l’accepta à ce titre mais, après neuf ans, ses supérieurs et la communauté entière, impressionnés par sa vie de prière, d’austérité et d’humilité l’invitèrent à faire profession comme religieux et membre intégral de l’Ordre des Frères Prêcheurs.

Pour Martin, l’ordinaire était l’extraordinaire et l’inverse. Visions, extases, pénitences terrifiantes, bilocation, connaissance théologique infuse, guérisons miraculeuses et un pouvoir étonnant sur les animaux marquèrent sa vie; mais on le jugea saint en raison de son obéissance, de son humilité et de son parfait amour de Dieu. Il a été canonisé par Jean XXI11, le 6 mai 1962.

Martin de Porrès fut un saint et un charismatique. Religieux, il apporta à l’Ordre qui eut la faveur de l’accueillir, plus de sainteté qu’il n’en reçut. Charismatique, il fut sauvé par son admirable humilité de toute déviation spirituelle. Saint Paul, dans

1 Corinthiens 13, a bien marqué la différence entre la charité, essence de la sainteté, et les charismes (prophétie, dons des langues, prodiges et miracles) qui accompagnent parfois la sainteté et parfois, hélas! permettent de la feindre. Les charismes, en effet, servent surtout à la conversion des incroyants ou des faibles dans la foi (I Cor. 14, 22), et témoignent de la bonté et condescendance de Dieu envers ses enfants malheureux de la terre, plutôt qu’en fonction des charismatiques eux-mêmes, alors qu’une vie de charité témoigne sans équivoque possible de h présence de l’Esprit Saint dans une âme, et en conséquence de toutes les vertus qui accompagnent cette présence (I Corinthiens 13, 4-7).

Les contemporains de Martin l’appelaient le «père des pauvres»; ceux d’aujourd’hui, principalement dans les nations divisées par des querelles ethniques, voient en lui l’espérance d’une réconciliation et d’une communauté possible d’amour entre humains divisés par les antécédents historiques et le lourd héritage de la race, de la langue, de la couleur. Que cette espérance ne soit pas rendue vaine par trop de préjugés ou par la faiblesse de notre charité!

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Sages orientaux

 

En Chine, et dans les pays qui ont reçu son influence tels que Corée, Japon, Vietnam, Thaïlande, il n’y a pas de place pour Dieu et de mot pour le dire. Bien sûr, il y a un certain nombre de chrétiens dans ces pays, mais dans quelle mesure comprennent-ils notre théologie chrétienne?

Tout ce qui est pensé vient de l’humain et est humain. Une révélation du Ciel leur paraît impossible et irrespectueuse pour l’homme, qui a ses limites mais aussi ses capacités de trouver par lui-même la Voie qu’il doit marcher jusqu’à la mort, c’est-à-dire jusqu’à son entrée dans l’harmonie universelle. Cette harmonie universelle remplace le divin, ou ce que nous appelons le Ciel.

Tout ce qui est pensé est humain et fait pour demeurer dans l’humain. On a dit en Occident : Dieu est mort. En Asie, c’est une façon de dire impensable, puisque Dieu n’existe pas. Ce qui existe, c’est tout simplement le terrestre. L’homme serait-il le centre de l’univers? Il n’en est pas question. Parmi l’harmonie universelle, il est un centre et non négligeable, mais il n’est pas le centre de la nature. Même si tout tourne autour de lui, parce qu’il attire, cette attirance n’en fait pas le centre du monde.

Allons plus loin. Il n’y a pas de mot pour dire : dogme, sacrement, incarnation, mystère. Le mot ciel, s’il est utilisé, c’est simplement pour nommer le firmament, la buée des nuages, le mauve des couchers de soleil, les pronostics de la température. On ne rejette pas, on ignore tout simplement.

Il est facile de deviner la surprise et l’étonnement des premiers missionnaires, un Mateo Ricci par exemple, à son arrivée en Chine au 16e siècle. Non seulement aucun mot qui ressemble à ceux de sa langue italienne, mais aucun mot à l’intérieur du chinois qui puisse dire le vocabulaire religieux. Ricci a dû se rappeler l’épisode de saint Paul à Corinthe, Paul qui parlant de résurrection des morts se fit dire par quelques railleurs : « Eh, vieux, nous t’entendrons là-dessus une autre fois ». C’est bien ce qui est arrivé aux premiers missionnaires en Chine.

Harmonie en musique, en peinture, harmonie en écriture, aussi harmonie dans les lois qui gouvernent le pays. Pour qu’il y ait harmonie, il faut au moins un pluriel. Et c’est-là toute leur « religion », Nuit-jour, ombre-lumière, froid-chaud, grand-petit, oui- non, et toute la gamme des contraires. Ce que nous, nous appelons les contraires devient pour eux l’élan qui permet de rejoindre le grand tout de l’universel. Le trait d’union, posé entre les mots, s’appelle le vide médian. Et vous savez combien le vide attire! Il est magnétique, il donne même le vertige. Le non appelle le oui et réciproquement. Le non n’est jamais comblé, s’il ne reçoit pas certaines confidences (cachées) du oui. Le oui est le complément du non, car tout est tellement limité, changeant, multiple, qu’il est possible d’aller à l’infini.

Est-ce là un simple jeu de l’esprit? Pas plus que nos syllogismes qui se veulent toujours logiques. Cette mentalité asiatique est peut-être moins rigide de nos jours. Mais les racines du vieil arbre de l’harmonie universelle ne sont pas mortes. La sève coule dans le subconscient de chaque individu. Ce qui permet ‘aux Asiatiques d’être différents de notre héritage occidental et cela est un enrichissement pour les deux hémisphères.

Ne sommes-nous pas en face d’une impossibilité de nous comprendre? Après 50 ans de vie en Extrême-Orient, je suis un peu en mesure de percevoir les difficultés mais aussi les possibilités d’entente. Tout commence par le respect mutuel et l’effort d’une inculturation dans son pays d’adoption. Les difficultés de langues, tout en étant réelles, ne sont pas insurmontables. Beaucoup de livres facilitent maintenant ce travail de recherche. Venu pour donner beaucoup, j’ai l’impression que j’ai reçu davantage.

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Sainte Marguerite Bourgeois

Marguerite Bourgeois naît le 17 avril 1620, à Troyes: septième enfant d’une famille qui en comptera douze. Le premier grand événement de sa vie est la mort de sa mère, qui la constitue, très jeune encore et partiellement, gardienne de ses frères et soeurs.

Deux miracles l’entraînent sur le chemin de la perfection: celui de la procession du Saint-Rosaire, le 17 octobre 1640; et celui du 15 août 1650, fête de l’Assomption de Marie au ciel. Lors du premier miracle, la beauté de la Vierge Marie sur une image; dans le second, la vision de l’Enfant Jésus dans l’hostie d’un reposoir, la ravissent et la transforment. Après quoi elle cherche à entrer dans une communauté cloîtrée, mais partout on la refuse. Dieu met alors sur sa route un directeur spirituel, Monsieur Gendret, qui lui apprend que la Vierge Marie, lors de la Visitation, a choisi la vie voyagère. L’avenir la forcera à opter pour cette voie, qui avait été jadis celle des moines irlandais missionnaires.

Venue à Montréal avec Monsieur de Maisonneuve, elle se dévoue auprès des colons et de leurs enfants, auprès des jeunes Amérindiens et Amérindiennes. Elle éprouve de grandes difficultés à fonder une congrégation de religieuses non cloîtrées et obtient, au Canada, ce que saint François de Sales n’avait pu obtenir en France pour ses Visitandines, toute liberté d’action. Mais que de croix, et que de foi!

Les fondateurs de Montréal, tout comme Marie de l’Incarnation à Québec, veulent en tout premier lieu la conversion des Amérindiens. L’image de Marguerite Bourgeois évangélisant les jeunes Amérindiens et Amérindiennes, devant les Tours de la
Montagne, conservées devant le Grand Séminaire de Montréal, doit nous rester chère pour cette raison. L’obligation, pour elle et ses religieuses, d’apprendre les langues amérindiennes est une difficulté majeure de leur existence. Mais, dans ce domaine, les femmes sont du plus précieux secours, car leur vie quotidienne auprès des jeunes Amérindiens et Amérindiennes, des infirmes et des malades, permet d’établir avec eux un lien de sympathie profonde. La langue de la charité, en tout temps, demeure entre les peuples, le meilleur moyen de communication. Bientôt la sainteté de Catheri Tekakwita, jeune amérindienne, donnera la preuve de l’efficacité de cet apostolat.

Le Canada sera perdu pour la France, en grande partie parce que les ambitions politiques et militaires, et la «course aux fourrures», y entraînèrent un conflit continuel avec les colonies anglaises. Dans ces conditions, le souci du seul salut des âmes aurait certainement mieux valu à la colonie.

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Saint frère André

Le frère André Bessette a vécu une enfance pauvre et, ayant vu pour cette raison j’imagine, ses désirs le plus souvent non réalisés, il forma le voeu de s’appliquer toute sa vie à réaliser le désir des autres.

C’est pendant la terrible crise économique des années 30 qu’il a été surtout le secours de notre population éprouvée. Alors que d’autres nourrissaient des idées révolutionnaires et se tournaient du côté de Mussolini, Hitler ou Staline, cherchant des modèles à imiter et à suivre, le frère André se tournait vers saint Joseph et réussissait à faire tourner vers l’époux de Marie, le coeur et l’esprit de notre population ouvrière, qui cherchait une issue à sa situation misérable.

Il aura fallu des siècles dans l’Église pour que des théologiens s’intéressent à approfondir la grandeur cachée de saint Joseph et à marquer sa véritable position dans l’Église. Il s’en faut encore de beaucoup que l’idée de cette grandeur soit acquise et comprise autant qu’il le faudrait. Or, c’est à ce petit frère, démuni de toutes ressources qu’il aura été donné de construire, sur le Mont-Royal à Montréal, cette immense basilique restée, en ce temps de crise religieuse, comme l’un des rares et derniers bastions de la foi des Québécois et de ceux qui, de près ou de loin, se joignent encore aujourd’hui à eux et au frère André pour chanter et prier saint Joseph.

Les thaumaturges et guérisseurs sont des gens soumis par Dieu à rude épreuve; au dedans d’eux-mêmes, où ils sont menacés de douter de Dieu et de leur propre pouvoir et, au dehors, où ils sont livrés à la verve des curieux, des critiques, des sceptiques. Le frère André, sollicité à toute heure, de jour et de nuit, appelé dans les hôpitaux ou les taudis, apportait à tous l’espérance qui était en lui: celle de la toute puissance de saint Joseph, n’ayant rien d’autre ni rien de plus à leur offrir.

Le don des charismes n’est pas fait aux charismatiques eux-mêmes, mais à ceux qui les approchent; par eux un témoignage est rendu à Dieu. Par le frère André, saint Joseph a pris dans notre population une place d’honneur: faisons en sorte qu’elle ne soit jamais oubliée. Il a été canonisé le 17 octobre 2010.

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Saints Thomas More et Jean Fisher

L’Angleterre dans laquelle ont vécu Jean Fisher et Thomas More avait commencé par un triomphe de la foi. Henry VIII s’était dissocié de l’Allemagne luthérienne; il avait même rédigé une Réfutation des principes de Luther et de la Réforme. Mais il était fils d’un usurpateur et croyait sa dynastie menacée, s’il mourait sans laisser un héritier mâle. D’où sa volonté de rompre son premier mariage avec Catherine d’Aragon, qu’il aimait bien pourtant, et d’en contracter un nouveau. Mais, comme tous les rois, il avait contre lui son orgueil, un caractère passionné et des courtisans intéressés à le décevoir et à s’emparer, grâce à lui, des biens de l’Église.

En face de lui, il trouva deux chrétiens admirables, Thomas More, fils d’un juge et président du Parlement; et Jean Fisher, précepteur des fils que le roi n’avait malheureusement pas eus. L’un et l’autre très érudits, amis des sciences et, par ailleurs, fort saints, résistèrent non pas à la volonté du roi de prendre une autre femme – ce qui pouvait se discuter – mais à sa volonté de se constituer lui-même chef de l’Église d’Angleterre. Rome, pour sauver la vie de Jean Fisher, déjà prisonnier, le nomma cardinal, mais Henri VIII hâta son exécution. Le 22 juin 1535, ayant déposé son cilice maintenant inutile, il monta à l’échafaud en chantant le Te Deum. Thomas More, de son côté, après avoir affirmé qu’il ne connaîtrait jamais que le véritable successeur de Pierre monta sur l’échafaud le 6 août 1535, continuant une nouvelle lignée de martyrs.

Avec la mort de Jean Fisher et de Thomas More, l’Angleterre allait connaître une période de persécutions religieuses, de controverses et de schismes. À peu près tout ce qui s’était construit en pays anglo-saxon, depuis le temps de saint Augustin de Cantorbéry et de Bède le Vénérable allait être répudié, les monastères pillés les sanctuaires détruits et des milliers de catholiques épiés, dénoncés, emprisonnés torturés, décapités. Seules les guerres de religion et la Révolution française donnèrent en Europe un plus désolant spectacle. L’esprit chrétien semblait n’exister plus que chez les saints et les martyrs; chez les autres le scepticisme et la libre pensée religieuse commençaient d’occuper toute la place. On laissait la religion aux femmes et aux enfants: les intellectuels, ébranlés par les progrès de l’humanisme séculier, imaginèrent que le salut de l’humanité était de ce côté et dans cette direction seulement. Le règne de l’athéisme, d’abord pacifique, puis militant, allait commencer.

Le seul principe d’unité et d’autorité dans l’Église est le successeur de Pierre; mais pour le voir, il faut la foi dans la parole du Christ, et c’est cette foi qui s’effrite la première dans les temps difficiles. Même après avoir multiplié les signes et les prodiges, Jésus ne convainquit pas un peuple incroyant; de très saints papes ne convaincront pas davantage Henri VIII ni Napoléon Ier.

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Bienheureux Frédéric Janssoone

Fils de paysan «le bon Père Frédéric» était le treizième enfant de Pierre-Antoine et d’Elisabeth Janssoone (lansone), né le 19 novembre 1838, dans le village de Ghyvelde (Flandres). Élevé dans une famille très chrétienne, à treize ans il fit sa première communion, un dimanche de la Passion (1851) et songea à la prêtrise. Mais son père étant mort, sa mère tomba de ce fait dans une extrême pauvreté. Pour l’aider, Frédéric- Cornil se fit alors voyageur de commerce et réussit bien. Sa mère, cinq ans plus tard, mourut à son tour. Il pensa alors à entrer à la Trappe de Sainte-Marie-du-Mont, mais on le refusa. Une dame tertiaire franciscaine lui révéla alors une autre voie et, renonçant à son commerce et à la main d’une riche héritière, il entra au collège d’Hazebrouck (1852). De là il parcourut les étapes ordinaires de la vie franciscaines: vêture (1864), profession solennelle (1868), diaconat (1869), sacerdoce.

À peine célébrée sa première messe, aumônier militaire, il doit se pencher, à l’Hôpital de Bourges, sur les blessés de la guerre franco-allemande (1870). Supérieur du couvent de Bordeaux (1873), il demande à être envoyé en Terre-Sainte (1876). Il y prêche des retraites aux communautés et remet en honneur, à Jérusalem même, la pratique du chemin-de-la-Croix. Mais de là on l’envoie au Canada travailler à l’établissement d’un commissariat de Terre-Sainte et organiser une quête annuelle pour les Lieux-Saints. Rappelé en Terre-Sainte (1882), il revient définitivement au Canada en 1888 et, après avoir partout prêché et multiplié faveurs et miracles, il meurt épuisé au Couvent de la rue Dorchester, à Montréal, le 4 août 1916.

Les Récollets – religieux réformés de l’Ordre de saint François – avaient été les premiers missionnaires venus au Canada (1615). Après l’incendie de leur couvent de Québec, en 1796, ils n’eurent plus, sous occupation britannique, la faculté de se recruter et disparurent, pour n’y être rétablis canoniquement qu’en 1890. Les missions canadiennes auprès des Amérindiens leur devaient beaucoup, car c’étaient eux qui en avaient ouvert la voie aux Jésuites, les initiant aux langues amérindiennes et à la rude vie en forêt. Le Tiers-Ordre franciscain avait cependant survécu à cette disparition et l’arrivée du Frère Frédéric l’attisa de nouveau. Son premier sermon, prononcé à Saint-Roch de Québec, causa un grand remuement et on vit, par la suite, des paroisses entières prendre l’habit et revêtir l’esprit de saint François, que le Frère Frédéric semblait incarner dans son corps fragile et dans une parfaite attitude de pauvreté et de pénitence.

La prédication du Rosaire, du Chemin-de-la-Croix, grâce à ce passionné des Lieux-Saints, prit un caractère plus concret et prépara les esprits au renouveau des études bibliques qui allaient suivre. Il a été béatifié par le pape Jean-Paul II le 25 septembre 1988.

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Bienheureuse Marie-Léonie Paradis

Elle était née en 1840, à l’Acadie, près de St-Jean-de-Québec, de parents simples, pauvres et vertueux. Ayant compris très vite la beauté de la vie religieuse, elle entra tout d’abord chez les Soeurs Marianistes de Sainte-Croix. Là, même soumise aux épreuves de la vie communautaire, à New York et en Indiana, elle ne remit jamais en question sa vocation religieuse. Désignée finalement pour servir dans un collège de Memramcook, au Nouveau-Brunswick, sa vie religieuse était si rayonnante que, spontanément, des jeunes filles qui voulaient se consacrer à Dieu s’assemblaient autour d’elle.

C’est dans cette condition qu’avec l’aide et l’appui du Père Camille Lefebvre elle assura avec ses filles, sans aucun salaire pendant plusieurs années, l’entretien du Collège Saint-Joseph de Memramcook, berceau de l’Université de ce nom. Fondée en 1874, la congrégation des Petites Soeurs de la Sainte-Famille voit à l’entretien des séminaires et des maisons de prêtres. C’est dans et par ce service que Marie-Léonie, sans instruction et sans diplôme, perçut enfin la volonté de Dieu sur sa vie. Comme le Seigneur Jésus, venu pour servir et non pour être servi, dans la maison de Dieu elle se sentit désormais chez elle. L’Eucharistie prit dans sa vie une importance de plus en plus considérable, ainsi que l’intelligence de la grandeur du sacerdoce. Au milieu de nombreuses contrariétés, elle s’efforça d’imiter les vertus de Marie, toute effacée derrière son Fils et le suivant sur tous ses chemins, de Nazareth jusqu’à Bethléem et de Cana jusqu’au Calvaire. Morte à Memramcook le 3 mai 1912, Marie-Léonie a été béatifiée en 1984 par le Pape Jean-Paul II.

Elle se disait que le célibat des prêtres, nécessite un soin particulier. Jésus et ses disciples, étaient assistés de femmes qui prenaient soin d’eux (Luc 8, 2-3)1 et, après eux, dans leur vie itinérante, les Apôtres étaient parfois aussi accompagnés de femmes.
(I Corinthiens 9, 5). Un apôtre a, en effet, autre chose à faire qu’à moudre son grain, préparer ses repas et nettoyer son linge (Actes 6, 4).

Le problème est demeuré le même, jusqu’à ce jour, sinon pour les religieux, du moins pour les prêtres séculiers, d’assurer leur entretien domestique, d’une manière qui réponde à leurs besoins, sans mettre justement ou injustement leur réputation en péril. En célébrant la béatification de Marie-Léonie, le pape Jean-Paul II a demandé aux Chrétiens de comprendre le service rendu à l’Église par les religieuses qui se dévouent à l’entretien des prêtres.

Le Père Lacordaire écrivait: «Tout peut et doit arriver au clergé: la haine, l’exil, la torture, la mort. Il n’y a qu’une chose qu’il ne peut ni ne doit mériter: le mépris.» Une discipline sévère est donc en tout temps indispensable au clergé en matière de chasteté.

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