Archives pour la catégorie Billet hebdomadaire

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Responsable de la chronique : Denis Gagnon, o.p.

« Vous ne dites plus assez la Parole »

 

Jean-Claude Guillebaud, journaliste, éditeur et essayiste français, m’a accompagné au cours des dernières vacances. Plus précisément son dernier livre, intitulé : « La foi qui reste ». Chrétien de tradition sans vraie conviction, Guillebaud ne devint croyant qu’au terme de longues années d’errance et d’interrogation. Son livre veut faire le point sur l’itinéraire qui l’a conduit du jour où il recouvra la foi jusqu’à la rédaction récente de son livre. Un voyage qui fut souvent un passage à vide à travers les turbulences et tempêtes qui secouent l’Egise contemporaine. Eglise éclairée, il est vrai, par quelques rayons de lumière – la foi qui reste – pourvoyeuse d’espérance.

Guillebaud n’est pas un chrétien solitaire. Son questionnement est corroboré par une foule de témoins qui ont jalonné sa route. Je n’en cite qu’un, sans doute pas inconnu des lecteurs de ce site. Il s’agit du Père dominicain Benoît Lacroix (1915-2016), connaisseur et amoureux de la religion populaire qui a imprégné profondément le Québec pendant des siècles, jusqu’à sa laïcisation actuelle, fruit tardif de sa « révolution tranquille ». Guillebaud, et moi à sa suite, avons lu les pages merveilleuses où le Père Benoît Lacroix évoque « la religion » de son père, né en 1883, agriculteur dans la paroisse de Saint-Michel-de-Bellechase, face à l’Ile d’Orléans. Mon ravissement fut total. Je n’y retrouvai pas tous les traits de la religion de mon propre père, mais certainement celle des paysans du petit village fribourgeois qui m’a vu naître voici un peu plus de 80 ans. Universalité « catholique » par-delà les deux rives de l’Atlantique.

 

 

Pas plus que le Père Lacroix, je ne souhaite revivre cette chrétienté révolue, mais elle avait pour elle un soc et une stabilité qui fait défaut aux jeunes et aux moins jeunes de ce temps. Un seul exemple suffira. Le père de Benoît a bien dû s’habituer aux messes en français, tout en regrettant les prônes clairs et nets de son curé Bélanger qui lui parlait « des grands mystères de la vie et de la mort, du péché, de Marie et des fins dernières ». En comparaison, les homélies nouvelles lui paraissaient fades et répétitives, ne parlant que d’amour, sans jamais évoquer les grands thèmes qui avaient solidement fondé sa foi et sa vie. « Tu répètes toujours la même chose », reprochait-il à son fils dominicain. Et, finalement, ces mots qui en disent long : « Vous ne dites plus assez la Parole ».

Et nous voilà au pied du mur, prêcheurs des temps nouveaux. Avons nous craint d’évoquer ces thèmes fondamentaux ou en avons-nous douté ? Servons-nous du petit lait, alors que l’on attend de nous une nourriture solide ? Bien sûr, nous ne voulons plus revenir à une religion fondée sur l’obligation et la terreur. « Dieu est amour » cessons-nous de répéter jusqu’à devenir lassants. Mais quelle force, quelle vérité donnons-nous à ce mot amour si galvaudé ? Quel exemple offrons-nous aux jeunes qui nous entendent et nous voient vivre ? Sauront-ils découvrir en nous la force tranquille et l’autorité rassurante et paisible dont ils ont tant besoin ? A l’image des paysans qui autrefois vivaient à Saint-Michel-de-Bellechasse.

Fr.Guy Musy op

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François à table !

 

Le pape François a donc passé le 21 juin dernier quelques heures à Genève. Ville assez éloignée de la « Belle Province » et du Canada. Je ne pense pas pour autant que cette visite fut anodine et réservée aux seuls catholiques de cette ville. Bien au contraire. François était l’invité du Conseil Œcuménique des Eglises (COE) qui célébrait à Genève, où cette institution a son siège, son soixante-dixième anniversaire. Un événement qui concerne autant le Canada que la Suisse, puisque nos deux pays sont largement interconfessionnels. Une visite papale d’autant plus intéressante que l’Eglise de Rome ne fait pas partie du COE.

Evidemment, beaucoup de prophéties ont précédé cet événement. Certains espéraient une déclaration pontificale annonçant l’entrée officielle de notre Eglise dans les rangs du COE. D’autres espéraient que le pape adresserait aux non catholiques présents à sa messe une invitation à prendre part eux aussi à l’eucharistie. Rien de tout cela n’eut lieu. Mais, apparemment, si j’en crois les commentaires qui suivirent, tout le monde fut heureux. A commencer par François lui-même.

J’ai écouté et regardé la totalité de l’habituelle conférence de presse donnée par le pape dans l’avion qui le ramenait à Rome. Il a dit sa joie et même le plaisir éprouvés au cours de cette journée. Il a répété à plusieurs reprises le mot « rencontre », comme s’il s’agissait de retrouvaille à l’intérieur d’une famille jusque là désunie. Il a aussi beaucoup insisté sur les conversations amicales et fraternelles tenues au cours du repas qui lui fut servi à la table des responsables du COE. Cette allusion me fit penser à un épisode marquant de l’histoire, souvent sanglante, des conflits confessionnels de mon pays. Un jour donc, les belligérants des deux camps résolurent de manger ensemble dans le même chaudron une fameuse soupe au lait. Ce ne fut hélas qu’un répit au milieu de la guerre. Le repas partagé à la même table par le pape et ses commensaux protestants et orthodoxes avait cette saveur. Ce n’était pas une hospitalité eucharistique, mais un geste convivial qui en était le prélude.

Aucune décision dogmatique n’a de chance d’être entendue et reçue si elle est prise dans un climat abstrait, climatisé et aseptisé. L’apprentissage du « vivre ensemble » est le préalable indispensable à tout accord théologique. C’est souvent à la cuisine que se dénouent les noeuds et les incompréhensions accumulées au cours des siècles. En particulier, celles qui opposaient catholiques et protestants comme chiens de faïence.

Dans ma région, on aime répéter ce proverbe : « Avant de tutoyer quelqu’un, il faut avoir mangé avec lui un sac de sel. ». Autrement dit, un long compagnonnage est nécessaire avant d’aborder les choses sérieuses. Le frère dominicain Serge de Beaurecueil se réjouissait d’avoir partagé des années durant avec ses amis afghans musulmans « le pain et le sel ». Une communion de vie intense, prémices et signe d’une eucharistie encore à venir. Celle-ci tombera en son temps comme un fruit mûr sur la table de ceux qu’une profonde amitié aura déjà réunis.

 

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Crois-tu cela ?

Je viens de lire « Dominique », une BD écrite par un médecin, le docteur Hugues Bourgeois, oncologue français. Il y décrit le parcours d’une femme – Dominique – opérée d’un cancer du colon à 45 ans et qui s’éteint quelques dix ans plus dans une clinique de soins palliatifs. Entre-temps, cette femme mariée, mère de deux enfants, aura traversé les étapes classiques de ce genre d’épreuve : chimios répétées, périodes de rémission suivies de métastases et finalement…sédation. Sans ne rien dire des alternances de son moral passant de l’angoisse de mourir à l’euphorie d’une guérison espérée. Parvenue au terme de son combat et de sa résistance, Dominique s’abandon et perd conscience. L’auteur médecin écrit une fiction bien entendu, mais qui ne s’écarte pas de son expérience quotidienne. Il insiste sur l’accompagnement de la malade qui implique la collaboration de ses proches, mais aussi de psychologues patentés qui prendront encore en charge les survivants.

J’ai deux questions à poser. La première à l’auteur. Pour quel public a-t-il écrit sa BD ? Certainement pas pour les malades anxieux, dévorés par la curiosité de connaître leur état. Alors, pour les bien portants, eux aussi aux aguets de ce genre de fléau qui pourrait les atteindre un jour ? Je pense que c’est le cas. L’information est sobre tout en étant sérieuse, soulignant au passage l’extrême variété des réactions à ce genre de maladie. Le cas de Dominique n’est qu’un exemple, mais pas un modèle unique.

Ma seconde question est pour l’éditeur. La BD paraît au Cerf, une maison d’édition dominicaine. Comment se fait-il que dans le processus d’accompagnement de Dominique, il ne soit jamais fait question de soutien spirituel, sous quelque forme que ce soit ? En ce sens, la BD est très révélatrice d’une « mentalité » qui ne croit plus à une destinée supraterrestre de l’être humain et abandonne aux psy le ministère de l’espérance et de la consolation. Je ne suis pas autrement surpris que cet état d’esprit gagne les chrétiens et même leurs guides, quoi qu’ils disent. A Marthe qui souffrait de la mort de son frère, Jésus parle de résurrection. Et d’ajouter :« Crois-tu cela ? ». « Credis hoc ? », comme je le chantais autrefois aux messes des défunts. L’Esprit devrait nous donner la force et l’audace de faire ce pas et d’agir en conséquence.

Fr.Guy Musy OP

 

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La Bénincasa

 

Au cours de ce temps de Pâques, la liturgie, avec raison, fait la part belle au Ressuscité et renvoie dans l’arrière-cour, les « petits saints besogneux », pour parler comme Georges Brassens. Ils apparaissent ou simplement figurent au calendrier. Sans rien de plus. Une louable exception cependant : l’évangile de Jean met en vedette au matin de Pâques Marie de Magdala, une femme surnommée «apôtre des apôtres ».

Ce dimanche 29 avril, une autre sainte s’efface devant le Ressuscité. Une autre « apôtre des apôtres », enflammée comme la première du même Amour pour « celui que son coeur aime ». Comme Madeleine son aînée, elle va courir son petit monde pour convaincre ceux qui l’auraient oublié que Jésus est toujours et encore bien vivant. Cette femme naquit non pas à Magdala, sur les bords du lac Génésareth, mais à Sienna, dans cette Toscane bouillonnante du Quatrocento. Elle s’appelait Caterina Benincasa, fille d’un teinturier qui avait sa maison au-delà d’un petit vallon qui la séparait d’un couvent dominicain.

Cette proximité ne fit pas de Catherine une moniale confite en dévotions derrière ses doubles grilles, mais une laïque tourmentée par le salut de ses contemporains. A commencer par ses compatriotes siennois et leurs voisins florentins. D’extraction roturière, quasi analphabète, rien ne la prédestinait à devenir diplomate, sinon le feu intérieur qui la brûlait et autorisait toutes ses audaces.. L’histoire de l’Eglise a gardé souvenir de son voyage en Avignon pour rappeler au pape qui avait choisi cet exil provençal que son devoir était de résider dans la ville de Rome dont il était l’évêque.

Maîtresse femme, elle savait parler aux hommes, leur intimant de suivre ses ordres qui, selon elle, étaient aussi ceux du Seigneur avec qui elle «dialoguait» jour et nuit. Il lui fallut peu d’année pour accomplir une longue carrière de sainteté. Trente-trois lui suffirent, comme elles suffirent à l’époux divin qui habitait son cœur.

Par contre, les hommes d’Eglise prirent leur temps pour reconnaître ses mérites, agacés sans doute qu’une « simple femme » puisse leur faire la leçon. Ils finirent par lui donner une barrette de « docteur », elle qui n’avait jamais fréquenté les amphis universitaires, pas plus que les bancs d’école primaire. Et pour couronner le tout, ils la déclarèrent « patronne de l’Europe ». Ne serait-ce que pour rendre hommage à ses pénibles pérégrinations» visant à rétablir l’unité d’une Eglise déchirée par un schisme qui scinda aussi l’Europe de ce temps en nations hostiles et concurrentes.

Dominicain, je ferai tout de même mention de Catherine de Sienne aux messes de ce dimanche 29 avril. Non seulement pour honorer les femmes majoritairement présentes à ces liturgies, mais aussi pour rappeler aux hommes qui s’y trouvraient qu’ils ne sont pas les seuls à prétendre servir l’Eglise, et encore moins à la guérir.

Guy Musy OP

 

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Enseigner ou Réveiller

 

J’achève la lecture d’un livre au titre interpellant: « Les enfants portiers du royaume. Accueillir leur spiritualité . L’auteur, catéchiste professionnelle, dédie son livre à ses futurs petits- enfants.

Cet ouvrage s’est construit autour de cette affirmation: les enfants sont des théologiens. Non seulement des chercheurs de Dieu, mais des experts du divin. Quelles que soient leurs diverses manières l’exprimer, quel que soit le conditionnement extérieur qui pourrait les influencer. Je n’entre pas en débat ici sur les méthodes catéchétiques (européennes, canadiennes ou américaines), mais sur cette prétention de faire de l’enfant un « révélateur » de Dieu.

Cette question en cache une autre, plus fondamentale : l’être humain serait-il « de nature » ouvert à Dieu, jusqu’à devenir son « prophète » ou son « théologien » ? Serait-ce la marque de l’image ou de la ressemblance de Dieu imprimée dans son être (Gen 2) qui confèrerait à l’enfant ce privilège ? Il lui suffirait d’exploiter cette veine « congénitale » pour devenir porte-parole de ce divin qu’il porte en lui. Le ou la catéchète ne ferait qu’amener l’enfant à parler de Dieu, avant même qu’on ne lui en parle.

Les catéchismes ont enseigné pendant des siècles que l’enfant était né dans le péché. Si ce n’est dans le sien ou celui de ses parents, du moins dans le péché de son ancêtre Adam. Péché, hérité lui aussi, comme une malformation congénitale, qui éloigne l’humain de Dieu. A moins que le baptême ne le purifie. Et voilà qu’on nous enseigne aujourd’hui que tout enfant est né théologien. Je retiens mon souffle pour ne pas perdre l’équilibre !

Jean-Jacques Rousseau aurait trouvé sympathique l’hypothèse de notre catéchiste professionnelle. Le philosophe genevois prétendait que : « l’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt». En un sens totalement opposé, on attribue ce slogan à Sigmund Freud : « l’enfant est un pervers polymorphe ». Lequel a tort ? Lequel a raison ? Dans le contexte qui nous intéresse, cette opposition pourrait se traduire ainsi : ou bien on parle de Dieu à l’enfant comme d’un être inconnu, extérieur à lui-même. Dans ce cas, le catéchète s’emploie à faire découvrir l’absent. Ou alors, on parle à l’enfant de Dieu comme d’un être déjà connu, même si sa présence est enfouie profondément dans les replis de son cœur.

Plutôt que tenter de résoudre ce dilemme, je préfère me référer à l’expérience. Aurais-je pu prier si ma mère ne me l’avait pas un jour appris ? Des enfants prient, d’autres, apparemment, ne prient pas ou ne prient plus. Pourquoi ? Le catéchète conduit-il l’enfant vers un expérience personnelle inédite ou réveille-t-il en lui la présence du divin déjà présent ?

On pourrait se questionner pareillement sur l’ensemble de « révélation chrétienne » . Est-elle la « divine surprise », ce qui n’est jamais monté au cœur de l’homme » , ou alors, pour se référer à René Girard, relève-t-elle de ces « choses cachées depuis la fondation du monde » qu’il suffirait de mettre en lumière pour les faire apparaître? En d’autres termes, le catéchète doit-il enseigner les rudiments de la foi aux enfants qui l’ignorent ou doit-il réveiller ce qui les habite déjà ? Volontairement, je laisse la question ouverte.

Fr.Guy Musy op

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Voyants et prophètes

Il est possible que les propos qui suivent puissent heurter la sensibilité de quelques croyants. Sans ne rien devoir au film « L’Apparition » qui ces jours crève nos écrans, je ne peux m’empêcher de vous livrer quelques réflexions personnelles sur ce sujet discuté et même disputé.

Quel enfant pieux, dûment catéchisé – à l’ancienne ! – n’a pas un jour rêvé de bénéficier de l’apparition d’un être céleste ? A l’exemple de ces petits voyants et voyantes dont un bon curé d’autrefois lisait la fascinante histoire lors de la méditation du « Mois de Marie ». L’Eglise, il est vrai, n’a pas toujours examiné ces faits avec toute la prudence requise. Et même quand elle l’aurai fait selon toutes les règles de l’art, elle ne peut formuler un jugement définitif et péremptoire sur l’authenticité de ces phénomènes mystérieux qui la dépassent. Tout au plus, elle ne se prononce que sur le comportement plus ou moins fiable des prétendus voyants et sur la légitimité d’un culte à tel ou tel endroit.

Puis-je vous faire part d’une confidence ? Il m’arrive de faire le pèlerinage de Lourdes – mais oui ! – mais sans m’interroger si Marie est bien apparue à Bernadette dans la grotte de Massabielle. Il me suffit de la savoir là où je la prie. Et si ma foi ne suffit pas, il y a celle de centaines de malades et de gens valides qui confirment à mes côtés sa présence. Marie est à Lourdes quand on la prie.

Et les petits bergers et bergères qui affirment l’avoir vue ? Ce sont des prophètes, comme ceux de la Bible. Ils nous rappellent, sous des formes étranges, des vérités coutumières et essentielles. Plus que le décor qui l’enveloppe, c’est donc le message qui est important. Ne nous trompons pas de cible. Regardons la lune, plutôt que le doigt qui l’indique. Ce que rappellent en général les « voyants » c’est la nécessité d’une « conversion » pour échapper au pire toujours menaçant. Les vieux prophètes de l’ancienne alliance tenaient le même discours. Relisez le message de La Salette ou, plus proche de nous, celui de Kibeho au Rwanda. Vous serez convaincus.

Je me souviens avoir cité un jour le poète théologien Dante Alighieri qui recommandait aux catholiques de ne pas se précipiter sur des révélations nouvelles et « particulières », alors que la lecture de la Bible suffisait amplement à leur salut. Mal m’en prit d’avoir fait alors ce rappel. Les lecteurs et lectrices de « Spitirualité 2000 » seront-ils plus indulgents ?

Fr.Guy Musy OP

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Oecuménisme

 

Avec raison, vous estimerez que ce billet survient comme la pluie après la moisson, puisque la semaine de prières pour l’unité des chrétiens est derrière nous. Qu’importe ! La question demeure, même si d’aucuns la jugent résolue. J’ai sous les yeux une circulaire d’Eglises chrétiennes de mon pays qui pourrait faire croire que les divisions entre chrétiens ne sont que des particularismes culturelles ou cultuelles, vestiges d’un passé révolu. Il suffirait de laisser du temps au temps pour estomper leurs aspérités et nous nous retrouverions réunis sans même nous en apercevoir. Notre « vivre ensemble » finira donc par avoir raison de nos divergences.

Si ce constat a quelques couleurs de vérité pour les dénominations chrétiennes traditionnelles, il ne vaut certainement pas pour la nébuleuse « évangélique ». En particulier pour les groupes qui prêchent « la religion de la prospérité » et qui sont en voie de conquérir les terres jusque là catholiques de l’hémisphère sud. Par ailleurs, plus nombreux encore sont les nouveaux athées, agnostiques ou sans religion issus de nos propres rangs. Pour ces derniers, la question de la diversité ou de l’unité des confessions chrétiennes est dérisoire et insignifiante.

Demeure donc le pré carré de plus en plus rétréci des adhérents à nos Eglises chrétiennes traditionnelle pour donner quelque importance à l’oecuménisme. Je souhaite qu’ils cessent alors de faire le bilan de ce qui les sépare ou les unit. Qu’ils ne fassent plus l’éloge de leurs champions respectifs comme autant de potaches en cours de récréation. Plutôt que se complaire en jubilés et anniversaires, ils feraient mieux de raviver leur foi fondamentale et commune dans le Dieu de Jésus-Christ. Voilà ce qu’un œcuménisme bien senti exige de nous aujourd’hui : unir nos dernières forces pour témoigner ensemble de l’Evangile. Nous finirons bien par convaincre nos enfants et petits-enfants qui ont déserté nos assemblées, avec fracas ou sur la pointe des pieds.

Cette tâche ne sera pas le produit passif du temps. De celui de la pendule d’argent des vieux de Jacques Brel, « qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non… ». Non. Ce témoignage commun est le fruit d’un sursaut de foi et d’énergie spirituelle suscité par l’ Esprit qui a été donné à tous.
Chrétiens de toute couleur, de toute obédience et de tous horizons réveillons-nous. L’heure n’est plus au ronron. Il est temps de raviver la flamme, de souffler sur la braise qui rougit encore.

 

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« Maman, c’est quoi Noël ? »

On m’a rapporté cette histoire juive. Elle serait délicieuse si ce n’était son contexte tragique. Nous sommes en France, dans les années 40. Le pays est occupé par les Nazis et ce qui reste d’autorité locale emboîtent le pas aux occupants pour traquer les Juifs. Une famille juive, pour sauver un enfant de cinq ans, le confie à un groupe de résistants qui le placent à la campagne dans une famille chrétien. L’enfant finit par deviner les raisons de son éloignement. Un jour, proche de Noël, sa famille d’accueil se plaint à ceux qui lui ont confié l’enfant, affirmant qu’il est voleur. On l’accuse en particulier d’avoir volé un santon de la crèche, le plus important de tous, le petit Jésus lui-même. Interrogé et confondu, l’enfant juif avoue, mais proteste. Non, il n’a pas volé l’enfant Jésus ; il l’a simplement caché. Pour éviter à ce petit juif de prendre le chemin de Drancy, dernière étape avant Auschwitz.

Cette histoire qui ne manque pas de vraisemblance est riche d’enseignement pour les chrétiens.

Tout d’abord, si Jésus vient au monde c’est pour en épouser la misère du monde. A commencer celle des enfants malheureux dont il veut être le frère. Et ces derniers le reconnaissent comme l’un des leurs.

Et puis, riche de sens est le geste fraternel du petit juif qui cache son petit frère Jésus pour éviter qu’on lui fasse du mal. On ne craint plus aujourd’hui pour sa sécurité. A moins qu’il ne vive dans un pays contrôlé par Daesch. Mais certains s’emploient encore à le cacher en éloignant sa crèches des lieux publics.

Plus grave, beaucoup de chrétiens cachent le petit Jésus au fond de leurs poches et, pour dire la vérité, ils ne savent plus ce qu’ils en ont fait et où ils pourraient le retrouver. Ils finiront donc par ne plus savoir à quoi sert cet enfant.

Le temps de Noël est approprié pour faire sortir le petit Jésus de sa cachette. Ne l’étouffons pas sous nos tourtières ; ne le noyons pas sous nos coupes de Champagne. Il se pourrait qu’il ait quelque chose à dire à ce jeune convive invité à votre réveillon et qui finit par vous demander : « Maman, c’est quoi Noël ? ». Il vaudrait mieux que vous puissiez lui répondre vous-même plutôt que le renvoyer chez sa « mamie ».

fr.Guy Musy op

 

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Révolution de palais

Révolution de palais dans le landerneau ecclésial. Une fois de plus, on va nous changer la formule du « Notre Père ». On ne dira plus : « Ne nous soumets pas à la tentation », mais « Ne nous laisse pas entrer en tentation ! ». Histoire d’innocenter Dieu du mal qui pourrait nous arriver. Il ne nous « induit » donc pas en tentation, comme s’il voulait tester notre force de résistance. Il s’emploie désormais à nous en préserver. Dont acte !

Loin de moi le souci – légitime – de savoir si cette nouvelle traduction respecte ou non la version grecque originale. Ce qui m’intéresse en premier chef c’est ce mot « tentation » et la réalité qu’il désigne.

Dans notre parler courant, nous déclinons au pluriel le mot tentation. Comme autant de fruits défendus mais convoités et désirables qui font ployer les arbres de nos vergers. A commencer, comme le reconnaissait un expert en humanité, par la femme du voisin ou le mari de la voisine. Mais le « Notre Père » ne parle pas de ces tentations frivoles. Pas plus que celles du pauvre saint Antoine, ermite dans son désert de sable. Il lui suffit de n’en évoquer qu’une seule, la plus grave de toutes, qui équivaut à un arrêt de mort si par malheur il nous arrivait d’y succomber. Le livre de l’Apocalypse l’appelle « la grande épreuve ». Seuls ont survécu les martyrs qui l’ont traversée.

Cette tentation est celle de l’apostasie, du reniement, de l’étouffement des espérances inséminées par l’Esprit dans le cœur des baptisés. L’apostat abandonne au bord de chemins graveleux des graines d’évangile desséchées. Il arrache la Parole de la bouche des enfants et relègue dans la poussière des bibliothèques et des musées les trésors de la foi chrétienne. Telle est, au dire de Jésus, l’épreuve des derniers temps, celle qui nous incite à prier le Père de nous en préserver. Serait-ce notre tentation, chrétiens et chrétiennes de cette génération ? S’il faut la traverser que le Ciel nous accompagne ! Et si nous sommes trop faibles pour l’affronter que le Ciel nous en garde !

Vous permettrez au prêtre qui rédige ce « billet » de rappeler la prière silencieuse que la liturgie met sur ses lèvres avant qu’il ne communie à chaque messe : « Que je ne sois jamais séparé de Toi ! ». En style direct et personnel, c’est la même demande que celle formulée par le « Notre Père ».

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Ruptures et retrouvailles

31 octobre 1517. Une rumeur tenace voudrait que Martin Luther, frère mendiant de l’Ordre des Ermites de Saint Augustin, ait affiché ce jour-là sur les portes de la chapelle du château de Wittenberg 95 thèses contre la vente des indulgences. Qu’ils les ait réellement affichées ou simplement divulguées importe peu. En fait, le moine théologien invitait ses collègues en « science sacrée » à une dispute académique, selon l’habitude de ce temps. Le fait que le frère Martin choisit pour le faire la veille de la Toussaint, alors que son Prince exposait une collection de reliques dont il était friand et que les fidèles se bousculaient aux échoppes des églises pour acheter ce fameux sauf conduit qui ouvrait la porte du paradis à leurs défunts n’était pas innocent, ni gratuit. La disputatio à laquelle Luther invitait ne concernait pas le sexe des anges, mais l’argent sonnant et trébuchant du pape, des évêques et des princes allemands qui tiraient profit de ce commerce juteux. L’affaire était donc « sérieuse ». On aurait pu cependant la régler en un tour de main de main, si le moine n’avait pas en même temps soulevé un pan du voile ou de la chape de plomb qui écrasait ses contemporains. Au diable l’angoisse du salut et les indulgences pour l’obtenir. Dieu fait grâce au pécheur qui se tourne vers lui ; il l’enveloppe du manteau de sa miséricorde, sans rien n’exiger de sa part.

Le grand mot « liberté » était lâché, vite récupéré par les princes désireux de s’affranchir de l’Eglise pour s’enrichir à ses dépens. Puis par les paysans allemands désireux à leur tout de briser leur servitude féodale. On connaît la suite de ce malentendu : la déchirure de l’Eglise d’Occident et la sanglante répression des paysans à laquelle le moine de Wittenberg, les mains liées par son prince, ne pouvait que consentir et même applaudir. Il en résulta des églises « nationales » (cujus regio iliius religio », et d’autres réduites à la seule subjectivité de leurs membres. Face à elles, une Eglise catholique plus romaine que jamais, ramenée à sa portion congrue et livrée à l’absolutisme de son clergé.

Fallait-il célébrer un tel événement ? Le commémorer sans doute, mais le célébrer ? Ou alors rendre grâce pour toutes les convergences et retrouvailles de ces cinquante dernières années entre luthériens et catholiques : la célébration oecuménique de Lund en présence du pape François, lointain successeur de ce Léon X qui excommunia le moine rebelle, les martyrs allemands des deux camps qui payèrent de leur vie leur résistance au pouvoir nazi, les chorals et les « passions » de Jean-Sébastien Bach qui ne connaissent aucune barrière confessionnelle, les églises romanes de Scandinavie, bijoux dans l’écrin de leur cimetière, dont la chaire luthérienne voisine avec les retables des saints catholique…

Laissons aux passé ce qui lui appartient, aux morts le soin d’enterrer leurs morts. Rêvons plutôt à une fraternité retrouvée et aux rives du Rhin qui cesseraient d’être frontières.

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