Archives pour la catégorie Méditation chrétienne

Méditation chrétienne,

Responsable de la chronique : Jean-François Bour, o.p.

Prier, c’est surtout avouer que l’on a faim

 

Au lieu de mettre de la prière dans notre vie, essayons de mettre de la vie, notre vie, dans notre prière. Prions avec les mots de notre âge et non plus avec les mots que nous utilisions pour prier quand nous avions sept ans – qui est souvent la dernière fois où nous avons réellement pris le temps de prier. Commençons par un acte de foi : « Seigneur, je crois en toi », « Je crois que tu es là et que tu m’aimes », « Je veux te connaître et t’aimer de plus en plus ». Saint Jean de la Croix, un maître de la prière, nous donne cette image au sujet de l’oraison, la prière silencieuse: commencer chaque prière par un acte de foi « je crois en toi Seigneur » ressemble à la façon dont on lance une pierre dans l’eau. Plus nous lancerons notre acte de foi avec force et convictions, plus il descendra profondément dans le cœur de Dieu.

Prenons le temps de nous réjouir de la présence de Dieu, n’ayons pas peur de lui dire que nous l’aimons. Si nous ne savons pas si nous l’aimons, disons-lui que nous voulons l’aimer. Si nous n’arrivons pas à prier, prions comme Charles Péguy: « Mon Dieu, donnez-moi d’avoir envie de vous prier. » Ou bien comme Charles de Foucauld, avant sa conversion, avec cette prière d’une humilité admirable: « Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse. » Si nous sommes traversés par des sentiments forts, prions avec des mots vigoureux. On disait ainsi que saint Dominique, lorsqu’il priait, prenait le crucifix à deux mains et s’écriait: « Mon Dieu, ma miséricorde, que vont devenir les pécheurs ? » N’ayons pas Peur de prier avec vigueur si nous voulons vraiment quelque chose ! La ferveur de la prière des saints ressemble davantage au désir d’un enfant qui attend avec impatience son cadeau à Noël, plutôt que ces prières universelles à la messe, remplies de généralités sirupeuses et marmonnées sans conviction. Si ma prière consiste à dire merci chaque jour à Dieu, je suis en fait déjà très avancé dans la vie spirituelle. À la fin de ma vie, j’aurai peut-être alors le même courage confiant qu’avait sainte Claire sur son lit de mort pour chanter: « Sois béni, mon Dieu, Toi qui m’as créée. »

Nous pouvons dire tout ce que nous voulons à Dieu. Il n’y a pas de honte à avoir. Mais sachons bien, avec saint Augustin, que « dans la prière, il ne s’agit pas d’instruire Dieu mais de construire sa vie. » Nous verrons alors que nos idées vont commencer à changer si nous les prions. Rilke écrivait ainsi dans ses Lettres à un jeune poète:

Je voudrais vous prier d’être patient à l’égard de tout ce qui dans votre cœur est encore irrésolu, et de tenter d’aimer les questions elles-mêmes comme des pièces closes et comme des livres écrits dans une langue fort étrangère. Ne cherchez pas pour l’instant de réponses qui ne sauraient vous être données car vous ne seriez pas en mesure de les vivre. Or il s’agit précisément de tout vivre. Vivez maintenant les questions.

Prier, c’est surtout avouer que l’on a faim, c’est avouer que nous avons besoin de Dieu. C’est une attitude de pauvre, de mendiant. Si je n’ai pas soif, quel est l’intérêt d’aller à la source ? Un des premiers signes de la sainteté de Dominique, à la sortie de l’adolescence, fut de vendre ses livres pour nourrir les affamés. Saint François d’Assise embrasse, lui, un lépreux alors qu’il les avait en horreur. Le Christ est « saisi de compassion pour les foules et il les enseigne parce qu’elles étaient comme des brebis sans berger ».

Et moi ? Suis-je saisi de compassion pour les autres ou seulement pour moi ? Bernanos disait que « l’homme de ce temps a le cœur dur et la tripe sensible ». Seule la prière peut adoucir notre cœur et faire que les bons sentiments nés de nos entrailles se transforment en actes de bonté selon le cœur de Dieu.


Nicolas Burle, Secoue-toi !…, éditions du Cerf, 2017 (extrait p.156)

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Responsable de la chronique : Jean-François Bour, o.p.

Le frère Christian de Chergé et le mystère de la Visitation

Retraite prêchée à des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie au Maroc en 1990 sur ce mystère de la Visitation :

Revenir sur le mystère de la Visitation. Il est tout à fait évident que ce mystère de la Visitation, nous devons le privilégier dans l’Église qui est nôtre. J’imagine assez bien que nous sommes dans cette situation de Marie qui va voir sa cousine Élisabeth et qui porte en elle un secret vivant qui est encore celui que nous pouvons porter nous-mêmes, une Bonne Nouvelle vivante. Elle l’a reçue d’un ange. C’est son secret et c’est aussi le secret de Dieu. Et elle ne doit pas savoir comment s’y prendre pour livrer ce secret. Va-t-elle dire quelque chose à Élisabeth ? Peut-elle le dire ? Comment le dire ? Comment s’y prendre ? Faut-il le cacher ? Et pourtant, tout en elle déborde, mais elle ne sait pas.

D’abord c’est le secret de Dieu. Et puis, il se passe quelque chose de semblable dans le sein d’Élisabeth. Elle aussi porte un enfant. Et ce que Marie ne sait pas trop, c’est le lien, le rapport, entre cet enfant qu’elle porte et l’enfant qu’Élisabeth porte. Et ça lui serait plus facile de s’exprimer si elle savait ce lien. Mais sur ce point précis, elle n’a pas eu de révélation, sur la dépendance mutuelle entre les deux enfants. Elle sait simplement qu’il y a un lien puisque c’est le signe qui lui a été donné : sa cousine Élisabeth.

Et il en est ainsi de notre Église qui porte en elle une Bonne Nouvelle – et notre Église c’est chacun de nous – et nous sommes venus un peu comme Marie, d’abord pour rendre service (finalement c’est sa première ambition)… mais aussi, en portant cette Bonne Nouvelle, comment nous allons nous y prendre pour la dire… et nous savons que ceux que nous sommes venus rencontrer, ils sont un peu comme Élisabeth, ils sont porteurs d’un message qui vient de Dieu. Et notre Église ne nous dit pas et ne sait pas quel est le lien exact entre la Bonne Nouvelle que nous portons et ce message qui fait vivre l’autre. Finalement, mon Église ne me dit pas quel est le lien entre le Christ et l’Islam. Et je vais vers les musulmans sans savoir quel est ce lien.

Et voici que, quand Marie arrive, c’est Élisabeth qui parle la première. Pas tout à fait exact car Marie a dit : as salam alaikum ! Et ça c’est une chose que nous pouvons faire ! On dit la paix : la paix soit avec vous ! Et cette simple salutation a fait vibrer quelque chose, quelqu’un en Élisabeth. Et dans sa vibration, quelque chose s’est dit… qui était la Bonne Nouvelle, pas toute la Bonne Nouvelle, mais ce qu’on pouvait en percevoir dans le moment. D’où me vient-il que…l’enfant qui est en moi a tressailli ? Et vraisemblablement, l’enfant qui était en Marie a tressailli le premier.

En fait, c’est entre les enfants que cela s’est passé cette affaire-là… Et Élisabeth a libéré le Magnificat de Marie Et finalement, si nous sommes attentifs et si nous situons à ce niveau-là notre rencontre avec l’autre, dans une attention et une volonté de le rejoindre, et aussi dans un besoin de ce qu’il est et de ce qu’il a à nous dire, vraisemblablement, il va nous dire quelque chose qui va rejoindre ce que nous portons, montrant qu’il est de connivence… et nous permettant d’élargir notre Eucharistie, car finalement, le Magnificat que nous pouvons, qu’il nous est donné, de chanter : c’est l’Eucharistie. La première Eucharistie de l’Église, c’était le Magnificat de Marie. Ce qui veut dire le besoin où nous sommes de l’autre pour faire Eucharistie : pour vous et pour la multitude… »

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Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.

Berceuse de la Mère-Dieu


Auteur : Marie Noël (1883-1967), de son vrai nom Marie Rouget, a passé toute sa vie à Auxerre. Femme de grande culture, poète, elle exprime dans ses écrits la peine d’une âme troublée par le tragique de l’existence humaine et par le spectacle d’une Création traversée par “ Bien et Mal ensemble ”. Le 31 mars 2017, les évêques de France ont annoncé l’ouverture de sa cause en béatification.


Mon Dieu, qui dormez, faible entre mes bras,
Mon enfant tout chaud sur mon coeur qui bat,
J’adore en mes mains et berce étonnée,
La merveille, ô Dieu, que m’avez donnée.

De fils, ô mon Dieu, je n’en avais pas.
Vierge que je suis, en cet humble état,
Quelle joie en fleur de moi serait née ?
Mais vous, Tout-Puissant, me l’avez donnée.

Que rendrais-je à vous, moi sur qui tomba
Votre grâce ? ô Dieu, je souris tout bas
Car j’avais aussi, petite et bornée,
J’avais une grâce et vous l’ai donnée.

De bouche, ô mon Dieu, vous n’en aviez pas
Pour parler aux gens perdus d’ici-bas
Ta bouche de lait vers mon sein tournée,
O mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

De main, ô mon Dieu, vous n’en aviez pas
Pour guérir du doigt leurs pauvres corps las
Ta main, bouton clos, rose encore gênée,
O mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

De chair, ô mon Dieu, vous n’en aviez pas
Pour rompre avec eux le pain du repas
Ta chair au printemps de moi façonnée,
O mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée.

De mort, ô mon Dieu, vous n’en aviez pas
Pour sauver le monde O douleur ! là-bas,
Ta mort d’homme, un soir, noir, abandonnée,
Mon petit, c’est moi qui te l’ai donnée.

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Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.

Je prierai avec ferveur pour vos âmes.

Auteur : Jérôme Savonarole, en italien Girolamo Savonarola, né à Ferrare, en 1452, mort pendu et brûlé à Florence le 23 mai 1498, est un frère dominicain, prédicateur et réformateur italien, qui institua et dirigea la république théocratique de Florence de 1494 à 1498. 


Lettre de Jérôme Savonarole à son père après son entrée au noviciat – Bologne, 25 avril 1475

Mon père très honoré,
Je ne doute pas que mon départ vous a causé de la peine, d’autant plus que je suis parti en cachette ; mais je veux que, par cette lettre, vous écoutiez mon âme et ma volonté qui vous consoleront et que vous compreniez que je n’ai pas agi aussi puérilement que certains le disent.

In primis, les raisons pour lesquelles je veux entrer en religion sont : la grande misère du monde, les iniquités humaines, les stupres, les adultères, les vols, la superbe, l’idolâtrie, les blasphèmes. Le monde est arrivé à un point où il n’y a plus personne qui fasse le bien et moi, plusieurs fois par jour, je récitais en pleurant ce vers : Je fuirai ces terres cruelles, je fuirai ces rivages avares. Je ne pouvais plus souffrir la malignité des peuples aveuglés de cette Italie où les vertus sont abaissées et les vices exaltés.

Ceci était ma plus grande douleur en ce monde où je priais quotidiennement le Christ de m’arracher à cette fange. Très souvent, j’adressais avec la plus grande dévotion cette petite prière à Dieu « Montre-moi la voie que je dois suivre car j’ai élevé mon âme à Toi ». Et Dieu, dans son infinie miséricorde, me l’a montrée et j’ai reçu cette vocation bien que je ne sois pas digne d’une telle Grâce. Dis-moi ! la vraie vertu d’un homme n’est-elle pas de fuir les cochonneries et les iniquités de ce monde misérable afin de ne pas vivre comme une bête parmi les porcs ? En outre, n’aurais-je pas fait preuve d’une grande ingratitude si, après avoir imploré Dieu de me montrer la voie et après avoir été exhaussé, je ne l’avais pas suivie ? Jésus ! plutôt souffrir mille morts que d’être aussi ingrat !

En conséquence, mon père très doux, vous devriez plutôt remercier notre Seigneur Jésus que pleurer : il vous a donné un fils, puis il vous l’a conservé jusqu’à l’âge de vingt-et-un ans et ensuite il a daigné faire de lui son chevalier militant. N’est-ce pas une Grâce suprême que d’avoir un fils en Jésus-Christ ?

Je n’ai rien d’autre à dire si ce n’est que vous réconfortiez ma mère et que, tous les deux, vous m’accordiez votre bénédiction. Pour ma part, je prierai avec ferveur pour vos âmes.

Lettre de Savonarole à Stefano Codiponte, novice, Florence 22 mai 1492

Beaucoup de ceux qui désirent vivre selon le bien, mais sans se soumettre à leurs aînés, cherchent l’impossible en ce monde. Ils veulent en effet demeurer avec les saints, à l’exclusion de tous les hommes mauvais et imparfaits. Et comme ils ne trouvent pas cela, ils abandonnent leur vocation et se laissent aller à l’errance. Mon enfant, il n’y a pas grand mérite à vivre bien parmi les bons. Je dis ceci, cependant, non que les hommes avec qui tu te trouves soient mauvais ; au contraire, ils sont bons, même si certains peut-être sont imparfaits ; mais parce que de ton côté, d’une paille, tu as tendance à faire une poutre.

Certes il faut fuir les hommes mauvais et pervertis. Mais si tu voulais fuir tous les hommes mauvais, tu devrais quitter ce monde. En vérité, tu as déjà quitté ce monde, et tu pensais entrer sur-le-champ au paradis. Au lieu de quoi tu es entré dans l’antichambre du paradis, mais non pas encore au paradis. Dans le monde, tu as vécu au milieu des scorpions ; mais au couvent, il te faut bien vivre parmi des hommes parfaits, des hommes qui progressent et des hommes imparfaits.

S’il se peut que tu rencontres quelque faux frère, tu ne dois pas t’en étonner ; au contraire, c’est de l’inverse que tu devrais t’étonner. En effet, on a trouvé d’impies et pervers persécuteurs des bons dans la maison d’Abraham, et dans celle d’Isaac, et dans celle de Jacob, de Moïse, de David, et même dans la maison de notre Seigneur Jésus-Christ. Aussi comment peux-tu penser qu’il y ait en ce monde une maison sans aucun mauvais ?

 

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Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.

La lettre tue, mais l’Esprit donne la vie

 

« Le désir de Dieu comprend l’amour des lettres, l’amour de la parole, son exploration dans toutes ses dimensions. Puisque dans la parole biblique Dieu est en chemin vers nous et nous vers Lui, les moines devaient apprendre à pénétrer le secret de la langue, à la comprendre dans sa structure et dans ses usages. Ainsi, en raison même de la recherche de Dieu, les sciences profanes, qui nous indiquent les chemins vers la langue, devenaient importantes. L’école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et l’eruditio, sur la base de laquelle l’homme apprend à percevoir au milieu des paroles, la Parole.

La Parole de Dieu n’est jamais simplement présente dans la seule littéralité du texte. Pour l’atteindre, il faut un dépassement et un processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l’ensemble des textes et, à partir de là, doit devenir également un processus vital.

Saint Paul a exprimé de manière radicale ce que signifie le dépassement de la lettre et sa compréhension holistique, dans la phrase : « La lettre tue, mais l’Esprit donne la vie » (2 Co 3, 6). Et encore : « Là où est l’Esprit…, là est la liberté » (2 Co 3, 17) […] cet Esprit libérateur a un nom et, de ce fait, la liberté a une mesure intérieure : « Le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté » (2 Co 3, 17). L’Esprit qui rend libre ne se laisse pas réduire à l’idée ou à la vision personnelle de celui qui interprète. L’Esprit est Christ, et le Christ est le Seigneur qui nous montre le chemin. Avec cette parole sur l’Esprit et sur la liberté, un vaste horizon s’ouvre, mais en même temps, une limite claire est mise à l’arbitraire et à la subjectivité, limite qui oblige fortement l’individu tout comme la communauté et noue un lien supérieur à celui de la lettre du texte : le lien de l’intelligence et de l’amour. Cette tension entre le lien et la liberté, se présente à nouveau à notre génération comme un défi face aux deux pôles que sont, d’un côté, l’arbitraire subjectif, et de l’autre, le fanatisme fondamentaliste. »


Auteur : Benoît XVI, Discours au monde la Culture, Paris, le 12 septembre 2008.

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Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.

Mon Dieu, je T’offre cette année qui commence.

AUTEUR : Madeleine Daniélou le 16 novembre 1880 à Mayenne, morte le 13 octobre 1956 à Neuilly-sur-Seine est la fondatrice d’un groupe d’écoles privées pour les jeunes filles : les collèges Sainte-Marie et les écoles Charles-Péguy, ainsi que de la société de vie apostolique féminine : la communauté apostolique Saint-François-Xavier. Agrégée de lettres, elle écrivit de nombreux ouvrages sur la philosophie de l’éducation.


 

 

Mon Dieu,

je T’offre cette année qui commence.

C’est une parcelle de ce temps si précieux

que tu m’as donné pour Te servir.

Je la mets sous le signe de la fidélité :

fais qu’elle soit une longue ascension vers Toi

et que chaque jour me trouve plus riche de foi et d’amour.

Mon Dieu,

je T’offre tous ceux que j’aime.

Ne permets pas que je leur fasse défaut,

mais plutôt que je sois pour eux

le canal invisible de ta grâce

et que ma vie leur manifeste ton amour.

Mon Dieu,

je T’offre aussi l’immense douleur de ce monde

que tu as créé et racheté :

les souffrances des enfants innocents,

le long ennui des exilés,

l’angoisse des chefs,

et ce poids qui pèse si lourdement sur tous.

Mon Dieu,

qu’une étincelle de ta charité

éclate en nos ténèbres

et que l’aube de la paix

se lève en cette année.

Je Te le demande en union avec tes saints, avec ton Eglise,

avec ton Fils, Jésus-Christ, prince de la Paix.

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Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.

Sermon sur l’ambition

 

Jésus, ayant connu que tout le peuple viendrait pour l’enlever et le faire roi, s’enfuit à la montagne tout seul. (Jean VI, 15)

Je reconnais Jésus-Christ à cette fuite généreuse, qui lui fait chercher dans le désert un asile contre les honneurs qu’on lui prépare. Celui qui venait se charger d’opprobres devait éviter les grandeurs humaines ; mon Sauveur ne connaît sur la terre aucune sorte d’exaltation que celle qui l’élève à sa croix, et comme il s’est avancé quand on eut résolu son supplice, il était de son esprit de prendre la fuite pendant qu’on lui destinait un trône.

Cette fuite soudaine et précipitée de Jésus-Christ dans une montagne déserte, où il veut si peu être découvert que l’évangéliste remarque qu’il ne souffre personne en sa compagnie, nous fait voir qu’il se sent pressé de quelque danger extraordinaire ; et, comme il est tout-puissant et ne peut rien craindre pour lui-même, nous devons conclure très certainement, Messieurs, que c’est pour nous appréhende.

Et en effet, Chrétiens, lorsqu’il frémit, dit saint Augustin, c’est qu’il est indigné contre nos péchés ; lorsqu’il est troublé, dit le même Père, c’est qu’il est ému de nos maux : ainsi, lorsqu’il craint et qu’il prend la fuite, c’est qu’il appréhende pour nos périls. Il voit dans sa prescience en combien de périls extrêmes nous engage l’amour des grandeurs : c’est pourquoi il fuit devant elles pour nous obliger à les craindre ; et nous montrant par cette fuite les terribles tentations qui menacent les grandes fortunes, il nous apprend ensemble que le devoir essentiel du chrétien, c’est de réprimer son ambition. Ce n’est pas une entreprise médiocre de prêcher cette vérité à la cour, et nous devons plus que jamais demander la grâce du Saint-Esprit par l’intercession de la Sainte Vierge : Ave.

C’est vouloir en quelque sorte déserter la cour que de combattre l’ambition, qui est l’âme de ceux qui la suivent ; et il pourrait même sembler que c’est ravaler la majesté des princes que de décrier les présents de la fortune, dont ils sont les dispensateurs.

Mais les souverains pieux veulent bien que toute leur gloire s’efface en présence de celle de Dieu ; et, bien loin de s’offenser que l’on diminue leur puissance dans cette vue, ils savent qu’on ne les révère jamais plus profondément que lorsqu’on ne les rabaisse qu’en les comparant avec Dieu. Ne craignons donc pas aujourd’hui de publier hardiment dans la cour la plus auguste du monde qu’elle ne peut rien faire pour un chrétien qui soit digne d’estime ; détrompons, s’à se peut, les hommes de cette attache furieuse à ce qui s’appelle fortune ; et pour cela faisons deux choses : faisons parler l’Évangile contre la fortune, faisons parler la fortune contre elle-même ; que l’Évangile nous découvre ses illusions, elle-même nous fera voir ses inconstances. Ou plutôt voyons l’un et l’autre dans l’histoire du Fils de Dieu.

Pendant que tous les peuples courent à lui, et que leurs acclamations ne lui promettent rien moins qu’un trône, il méprise tellement toute cette vaine grandeur, qu’il déshonore lui-même et flétrit son propre triomphe par son triste et misérable équipage. Mais, ayant foulé aux pieds la grandeur dans son éclat, il veut être lui-même l’exemple de l’inconstance des choses humaines, et dans l’espace de trois jours, on a vu la haine publique attacher à une croix celui que la faveur publique avait jugé digne du trône. Par où nous devons apprendre que la fortune n’est rien, et que non seulement quand elle ôte, mais même quand elle donne, non seulement quand elle change, mais même quand elle demeure, elle est toujours méprisable. Je commence par faveurs, et je vous prie, Messieurs, de le bien entendre.


Jacques Bossuet (1627-1704). Evêque de Meaux, membre de l’Académie Française

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Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.

Faites tout avec amour

 

Auteur : saint Charles Borromée né à Arona le 2 octobre 1538 et mort à Milan le 3 novembre 1584, est un évêque italien du XVIᵉ siècle, archevêque de Milan et cardinal. Grand artisan dans son diocèse de la Réforme catholique voulue par le concile de Trente, il est considéré comme un modèle d’évêque post-tridentin.


Texte :

Nous sommes tous faibles, je le reconnais, mais le Seigneur Dieu nous a donné des moyens où nous pouvons facilement trouver du secours si nous le voulons.

Voici un prêtre qui voudrait mener la vie irréprochable à laquelle il se sait obligé, qui voudrait être chaste et avoir la conduite digne des anges qui lui convient; mais il ne se décide pas à employer les moyens voulus: le jeûne, la prière, la fuite des relations mauvaises, des familiarités nuisibles et dangereuses.

Cet autre, lorsqu’il entre au choeur pour la psalmodie ou lorsqu’il va célébrer la messe, se plaint de ce que mille pensées se présentent aussitôt à son esprit et le distraient de Dieu. Mais avant d’aller au choeur ou de célébrer la messe, qu’a-t-il fait à la sacristie, comment s’est-il préparé, quels moyens a-t-il pris pour maîtriser son attention?

Veux-tu que je t’enseigne comment progresser sans cesse de vertu en vertu et, si tu étais déjà attentif au choeur, comment tu pourras l’être davantage une autre fois pour que tes hommages plaisent à Dieu encore plus? Écoute-moi bien. Si un petit feu d’amour divin est déjà allumé en toi, ne le montre pas tout de suite, ne l’expose pas au vent; garde fermée la porte du four, pour ne pas laisser perdre la chaleur. Cela veut dire: fuis, autant que possible, les distractions, demeure recueilli en Dieu, évite les conversations frivoles. Tu as la charge de la prédication et de l’enseignement?

Etudie, applique-toi à tout ce qui est nécessaire pour bien exercer cette charge. Soucie-toi d’abord de prêcher par ta vie et tes moeurs; évite qu’en te voyant dire une chose et en faire une autre, les gens ne se moquent de tes paroles en hochant la tête. Tu as charge d’âmes? Ce n’est pas une raison pour négliger la charge de toi-même et pour te donner si généreusement aux autres qu’il ne reste plus rien de toi-même pour toi. Tu dois te souvenir des âmes dont tu es le supérieur, sans t’oublier toi-même.

Comprenez, mes frères, que rien n’est aussi nécessaire, pour des hommes d’Église, que l’oraison mentale qui doit précéder toutes nos actions, les accompagner et les suivre. Je chanterai, dit le Prophète, et je serai attentif. Si tu administres les sacrements, mon frère, pense à ce que tu fais; si tu célèbres la messe, pense à ce que tu offres; si tu psalmodies au choeur, réfléchis à qui tu parles et à ce que tu dis; si tu diriges les âmes, songe au sang qui les a lavées.

Faites tout avec amour. C’est ainsi que nous pourrons vaincre facilement les innombrables difficultés que nous rencontrons nécessairement chaque jour. du fait de notre position. C’est ainsi que nous aurons la force d’engendrer le Christ en nous et chez les autres.

 

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Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.

Je ne veux plus aimer que ma mère Marie

Auteur : Paul Verlaine est un écrivain et poète français né à Metz le 30 mars 1844 et mort à Paris le 8 janvier 1896. Il est bouleversé par sa rencontre avec Arthur Rimbaud en 1871 et sera condamné et emprisonné après lui avoir tiré dessus. En prison, il se convertit et renoue avec le catholicisme de son enfance.


Texte :

Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.
Tous les autres amours sont de commandement
Nécessaires qu’ils sont, ma mère seulement
Pourra les allumer aux cœurs qui l’ont chérie.

C’est pour Elle qu’il faut chérir mes ennemis,
C’est par Elle que j’ai voué ce sacrifice,
Et la douceur de cœur et le zèle au service,
Comme je la priais, Elle les a permis.

Et comme j’étais faible et bien méchant encore,
Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins,
Elle baissa mes yeux et me joignit les mains,
Et m’enseigna les mots par lesquels on adore.

C’est par Elle que j’ai voulu de ces chagrins,
C’est pour Elle que j’ai mon cœur dans les Cinq Plaies,
Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies,
Comme je l’invoquais, Elle en ceignit mes reins.

Je ne veux plus penser qu’à ma mère Marie,
Siège de la Sagesse, et source des pardons,
Mère de France aussi, de qui nous attendons
Inébranlablement l’honneur de la Patrie.

Marie Immaculée, amour essentiel,
Logique de la foi cordiale et vivace,
En vous aimant qu’est-il de bon que je ne fasse,
En vous aimant du seul amour, Porte du ciel ?

 

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Responsable de la chronique : Nicolas Burle, o.p.

Ô éternelle Trinité

 

Auteur : Sainte Catherine de Sienne est née le 25 mars 1347 à Sienne et décédée le 29 avril 1380 à Rome. Tertiaire dominicaine et grande mystique, elle est canonisée en 1461 par Pie II et déclarée docteur de l’Eglise en 1970 par Paul VI.


DES DIALOGUES DE STE CATHERINE DE SIENNE

Ô Divinité éternelle, ô éternelle Trinité, par l’union de la divine nature tu as donné un si grand prix au sang de ton Fils unique ! Toi, éternelle Trinité, tu es comme un océan profond : plus j’y cherche et plus je te trouve ; plus je trouve et plus je te cherche. Tu rassasies insatiablement notre âme car, dans ton abîme, tu rassasies l’âme de telle sorte qu’elle demeure indigente et affamée, parce qu’elle continue à souhaiter et à désirer te voir dans ta lumière, ô lumière, éternelle Trinité. ~

J’ai goûté et j’ai vu avec la lumière de mon intelligence et dans ta lumière, éternelle Trinité, et l’immensité de ton abîme et la beauté de ta créature. Alors, j’ai vu qu’en me revêtant de toi, je deviendrais ton image, parce que tu me donnes, Père éternel, quelque chose de ta puissance et de ta sagesse. Cette sagesse est l’attribut de ton Fils unique. Quant au Saint-Esprit, qui procède de toi, Père, et de ton Fils, il m’a donné la volonté qui me rend capable d’aimer. Car toi, éternelle Trinité, tu es le Créateur, et moi la créature ; aussi ai-je connu, éclairée par toi, dans la nouvelle création que tu as faite de moi par le sang de ton Fils unique, que tu as été saisie d’amour pour la beauté de ta créature.

Abîme ! Éternelle Trinité ! Divinité ! Océan profond ! Et que pourrais-tu me donner de plus grand que toi-même ? Tu es le feu qui brûle toujours et ne s’éteint jamais ; tu consumes par ton ardeur tout amour égoïste de l’âme. Tu es le feu qui dissipe toute froideur, et tu éclaires les esprits de ta lumière, cette lumière par laquelle tu m’as fait connaître ta vérité. ~

C’est dans la foi, ce miroir de la lumière, que je te connais : tu es le souverain bien, bien qui surpasse tout bien, bien qui donne le bonheur, bien qui dépasse toute idée et tout jugement ; beauté au-dessus de toute beauté, sagesse au-dessus de toute sagesse : car tu es la sagesse elle-même, tu es l’aliment des anges qui, dans l’ardeur de ton amour, s’est donné aux hommes.

Tu es le vêtement qui couvre ma nudité, tu nourris les affamés de ta douceur, car tu es douce, sans nulle amertume, ô éternelle Trinité.

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