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LA GALERIE D'ART

Février - Mai 2008

ARCABAS. Nouveau regard sur l'art sacré

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Visage

Arcabas, alias Jean-Marie Pirot, est né en 1926, de mère allemande et de père français lorrain. Toute son enfance, heureuse jusqu’à la guerre, se déroule à Metz. Rapidement occupées, l’Alsace et la Lorraine sont annexées par l’Allemagne. Il a seize ans lorsque survient son incorporation de force dans l’armée allemande. Il s’en évade un an après pour se rendre à Paris. Il rentre alors à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, dont il sort diplômé en 1949.

Arcabas adopte d’emblée un genre de vie fait du va-et-vient incessant entre deux activités principales : l’enseignement et la peinture. Deux activités, en fait une même passion, se déployant sur deux fronts. La vie d’un maître précoce, au début, puis celle d’un maître confirmé. Comme Klee, et d’autres, il assume avec bonheur, et sans mauvaise conscience, les tâches de l’enseignant. Grenoble est son premier poste ; en 1950 il y est nommé chef d’atelier de peinture à l’Ecole des arts décoratifs, puis professeur titulaire (1960) ; et c’est encore à l’Université des sciences sociales de Grenoble qu’il enseigne aujourd’hui. Entre-temps, il aura effectué outre-Atlantique un séjour de trois ans; de 1969 à 1972, il est «artiste invité» par le Conseil national des arts du Canada, et professeur titulaire à l’université d’Ottawa, où il fonde et dirige «l’atelier collectif expérimental». De retour en France, il fonde et dirige l’atelier d’arts plastiques « Eloge de la main » à Grenoble.

C’est à ses étudiants que Jean-Marie Pirot doit l’invention de cet incroyable surnom d’artiste, si facile à mémoriser, sous lequel il signe depuis 1972. Quelle trouvaille ! On pouvait difficilement accoler syllabes plus sonores. Un nom de flibustier. Au plus fort de l’effervescence de 1968, les graffitis sur les murs fleurissaient. Pas seulement sur les murs des villes : les élèves de Pirot, au moment de nettoyer leurs pinceaux, en inscrivaient quelques-uns sur le paravent destiné à cet usage. Entre autres, assez lisibles pour s’incruster dans la rétine, en haut, « L’arc », et en dessous : « à bas Malraux ». Il se trouve que les dépôts de couleurs accumulés avaient fini par conférer aux panneaux du paravent une consistance et une teinte qui faisaient rêver le professeur, et semblaient lui indiquer la direction à suivre pour sa création future. « Il te faut aller, se disait-il, dans le sens de... l’arc-à-bas... » : l’Arc-à-bas ? Arcabas était né.

Enseignant depuis ses débuts, Arcabas ne prétend pas être un théoricien et n’écrit pas. La couleur est son domaine, c’est là qu’il est comme un poisson dans l’eau. La couleur dans la forme, à même la matière. Sa seule ambition, c’est d’être charnel exactement, pour la joie des yeux. Pour qu’ils soient lavés de leur boue et retrouvent la justice et l’humilité, qui ensemble font l’émerveillement. Son métier, c’est d’abord de peindre. Composer-tracer serait plus juste ; il a pratiqué à peu près toutes les formes d’art plastique, même si c’est à la peinture qu’il se tient le plus souvent : le dessin bien sûr, la gravure, mais aussi la sculpture, le vitrail, la tapisserie. Maître verrier à l’occasion, mosaïste, architecte et décorateur, voire tisserand et ébéniste, Arcabas est un artiste à la manière des renaissants, un multi-artiste, comme on parle d’un polytechnicien.

Arcabas n’est pas connu du grand public. Sa réputation reste limitée aux milieux spécialisés, ou à une aire géographique proche de Grenoble ou de Lyon. Elle ne doit pas beaucoup aux medias. Les rares études sur l’art sacré au XXème siècle ne le mentionnent généralement pas. Pourtant il a fait de nombreuses expositions aussi bien en France qu’à l’étranger. Ses œuvres figurent tant en Europe qu’au Canada, japon, USA, Mexique… dans différentes collections privées ou publiques.

L’essentiel de son œuvre est né en dehors de toute sollicitation extérieure et procède d’un mouvement de création autonome. Ce qui n’a pas empêché l’artiste d’honorer les commandes les plus variées. On le voit ainsi au travail pour le gouvernement français et les collectivités locales (mosaïques, fresques, vitraux). Quelques commandes pour des églises : Centre œcuménique du Saint-Esprit à Chamrousse, église Saint-Augustin de Grenoble, église ronde des Capucins à Chambéry… Dans le domaine du théâtre, de 1961 à 1972, il crée les décors et les costumes de La Danse de mort de Strindberg, Le Journal d’un curé de campagne de Bernanos, et Les Justes de Camus, avec la Comédie des Alpes, L’Histoire du soldat de Ramuz et Stravinsky à l’Opéra du centre national des arts du Canada.

Mais la principale de ses œuvres monumentales demeure à ce jour celle de Saint-Hugues-de-Chartreuse. L’itinéraire de l’artiste est étroitement lié à l’histoire récente de cette église qui, comme son nom l’indique, se situe en France, dans les Chartreuses. Arcabas y a conçu et réalisé toute la décoration intérieure et en particulier un grand nombre de fresques. Cette œuvre représente un travail de très longue haleine : trente ans et plus, en plusieurs étapes. Cet acharnement d’homme seul offre la garantie d’une continuité d’inspiration et d’exécution, sans exclure bien sûr une évolution interne. La plupart des illustrations reprises dans l’itinéraire spirituel proviennent de Saint-Hugues-de-Chartreuse.

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Peintre à sa toile
Les trésors de l'art religieux.