Ouverture du site
|
AVENTURE SPIRITUELLE
Le premier concile de Nicée : Qui donc est Dieu?
Quand la nouvelle de La condamnation d'Arius Parvint en Égypte, tout un quartier d'Alexandrie, celui du port, fut consterné. Arius excommunié et mis au ban de l'Empire lors d'un concile tenu à Nicée en 325 ! Un prêtre si savant et si zélé ! II avait étudié à Antioche, avant d'être nommé responsable de ce quartier en qualité de simple prêtre... Son enseignement avait frappé les esprits, et sa pastorale également. N'avait-il pas eu l'idée de mettre en chansons l'essentiel de son enseignement ? Des marins les chantaient en déchargeant les bateaux. Certains chrétiens, toutefois, ne partageaient pas cet enthousiasme. Ils estimaient que la doctrine d'Arius était contraire à la foi catholique. Alexandre, l'évêque d'Alexandrie, finît par le chasser de la ville. Mais Arius, réfugié à Nicomédie, la capitale, en profita pour continuer à répandre ses Idées nouvelles. Le désordre grandissait. L'empereur Constantin, récemment converti, se vît obligé d'intervenir. Il décida de réunir, fait sans précédent, les évêques de tout l'empire (l'Oikouménè) pour mettre fin à ces errances et rétablir l'unité entre les chrétiens. Ce fut le premier concile oecuménique, celui de Nicée. Pour ou contre Arius ? Les discussion vont bon train à travers tout l'Orient. Deux visions du monde viennent en fait d'entrer en conflit sur la place publique et les chrétiens se passionnent. Deux théologies s'opposent, dont l'une, celle d'Arius - l'arianisme - met en cause un point fondamental de la foi reçue des Apôtres : la nature même du Christ. Tout le monde était bien d'accord pour reconnaître le rôle central du Christ dans la foi et dans le culte des chrétiens. Tout le monde admettait avec la même conviction qu'il n'y avait qu'un seul Dieu. Mais alors, comment reconnaître la divinité du Christ sans risquer d'adorer deux dieux ? Arius prenait très au sérieux les hautes exigences de ceux qui défendaient la thèse du Dieu unique : l'Église, les juifs bien sûr « monothéistes » par définition, mais aussi certains penseurs païens. Ceux-ci n'ignoraient pas qu'au-dessus de tous les dieux vénérés dans l'empire il fallait admettre, au sommet de la pyramide, un principe unique, indépassable, clef de voûte de tout l'ensemble. Pour Arius, le Dieu de la foi devait être aussi transcendant que le « premier Principe » des philosophes. Il fallait éviter de compromettre le vrai Dieu dans les affaires des hommes, comme le faisaient malheureusement trop de chrétiens mal formés. Il suffisait de repenser la théologie du Fils de Dieu, en le plaçant entre Dieu et toute la Création. Au sommet de la pyramide des êtres, Arius pose donc le Dieu Unique, le seul vrai Dieu, le seul sans commencement, le seul sage, le seul bon. Ayant décidé, dans sa bonté, de faire venir à l'existence d'autres êtres que lui-même, ce Dieu s'était heurté à la distance infinie qui le sépare de tout ce qui n'est pas lui. Jamais aucune créature n'aurait pu avoir de contact avec lui, ni supporter directement « la main nue de Dieu ». Et voilà l'occasion de faire entrer en scène le Fils ! Selon Arius, Dieu a commencé par créer le Fils, une créature hors du commun - moins grande que Dieu, mais au-dessus des hommes - par laquelle tout sera créé. Arius fonde alors sa théologie sur l'Écriture, citant un verset du Prologue de saint Jean : « Tout a été fait par lui (le Fils) » (Jn 1, 3). Arius a certes le mérite de défendre une très haute idée de Dieu. Il existe cependant dans sa théologie un point qui s'oppose manifestement à la foi traditionnelle des chrétiens. Arius confesse un Dieu qui ressemble comme un frère au Dieu tel que l'imagine la pensée humaine : un Dieu au-dessus de tout, sans égal, et qui n'existe que par lui- même. Le Dieu d'Arius est un Dieu lointain, un Dieu détaché de tout, il est Dieu en tant que Dieu. C'est sur ce point précis que le concile de Nicée a réagi. Le Dieu de Nicée, en revanche, est un Dieu qui ne va pas sans le Fils, il n'est Dieu qu'en tant que Père. Et cela change tout ! De toujours à toujours, ayant un Fils, il est Père et donc, de toute éternité, il est un Dieu qui n'est pas seul, mais un Dieu qui aime et qui est dans la joie, comme le dit le livre des Proverbes (Pr 8, 50). Étant Père, il est un Dieu en relation, ouvert sur un Autre, et cet Autre, son Fils, II l'engendre égal en tout à lui- même, un avec lui, de même nature que lui : le Christ « est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père et par lui tout a été fait ». Une difficulté de taille subsistait cependant. Si le Christ est Dieu comme le Père, les chrétiens n'adorent-ils pas deux dieux ? C'est en répondant à cette question que les pères réunis en concile à Nicée commencent à mettre en place une nouvelle notion : celle de personne, distinguée de celle de nature. Si on demande ce que sont le Père et le Fils, on répond : ils sont Dieu l'un et l'autre, et donc un seul Dieu (une unique nature concrète). Mais on peut également poser la question : qui sont-ils ? Et là il faut répondre : Ils sont Père et Fils, et donc deux personnes. À partir de deux mots qui vont toujours ensemble, les mots Père et Fils, une découverte de grande importance a vu le jour à Nicée. Les individus se comptent parce qu'ils ont tous quelque chose de commun entre eux, la personne brille par ce qu'elle a d'unique. Elle attire l'attention sur ce qui fait de chaque homme un sujet irremplaçable. Comme tout chrétien croit que chaque personne humaine est créé à l'image des personnes divines - en particulier celle du Fils -, cette notion de personne constitue le fondement même de la dignité de l'homme. Depuis Nicée, petite ville située à l'est de la mer de Marmara, cette idée fera peu à peu son chemin dans le monde, sous la forme des droits de la personne humaine. La déclaration adoptée au concile de Nicée, le « symbole de Nicée », ne s'imposa pas du jour au lendemain. Suivant une longue période agitée de vives controverses où la tendance « arianisante » continuait de s'affirmer. Pour maintenir le point de vue d'Arius tout en acceptant le symbole de Nicée, certains esprits imaginèrent une solution inattendue. Le concile avait affirmé que le Fils était le vrai Dieu : par là, il l'avait en quelque sorte rendu au Père. Mais dans ce cas, le Fils n'était plus là pour jeter un pont au-dessus de l'abîme que l'on imaginait entre le Père et les hommes. Certains chrétiens d'Égypte, puis de Cappadoce - l'actuelle Turquie - eurent alors l'idée de se tourner vers l'Esprit Saint, dont le nom figurait en troisième position dans la formule du baptême. À l'Esprit de jouer ce rôle de pont au-dessus de l'abîme! Comme le Fils chez Arius, c'est l'Esprit qui chez ces déviants sert d'intermédiaire créé, créature hors du commun à mi-chemin entre le Père et les hommes. Mais cette variante de l'arianisme échoua elle aussi. Pour les pères de cette époque, il était évident que la vie divine qui vient du Père par le Fils est donnée dans l'Esprit Saint. Par la présence transformante de cet Esprit qui introduit dans la vie du Christ, l'homme est mis en contact avec le Père. Mais si l'Esprit n'est pas Dieu, comment pourrait-il y avoir contact? Comment le Père pourrait-il se donner à l'homme en l'Esprit Saint? Comment l'homme pourrait-il être fait fils et divinisé par lui? « S'il divinise, nul doute qu'il est Dieu » dit saint Athanase à son propos. L'hérésie contre l'Esprit Saint fut donc condamnée elle aussi en 381, lors du deuxième concile ocuménique, Constantinople I. Un nouveau credo fut composé pour compléter celui de Nicée. Le paragraphe rédigé pour l'occasion est remarquable. Il évite toute formule abstraite pour parler de l'Esprit Saint. En se référant à la vie des chrétiens, à un verset de saint Jean et à la prière de l'Église, le concile affirme simplement : « L'esprit Saint est Seigneur et il donne la vie, il procède du Père (cf. Jn 15, 26), avec le Père et le Fils il reçoit même adoration et même gloire. » Si l'Esprit Saint est adoré avec le Père et le Fils, non seulement, il est Dieu comme eux, mais encore il est, comme eux, une personne, une personne divine. La liturgie proclame aujourd'hui le symbole de Nicée-Constantinople avec une addition : « Il procède du Père et du Fils. » Cette formule - le filioque -, apparue au Ive siècle, n'a été officiellement reconnue en Occident que beaucoup plus tard, par les conciles du Latran IV (1215) et de Florence (1439)
Sources : Le livre des merveilles, Mame-Plon, 1999, p. 124-127 |
![]() Saints et saintes sur les routes du monde et de l'histoire.Responsable : Suzanne Demers Congrégation romaine - CRSD
|