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PAROLE ET VIE
Atlas humainJacques Sylvestre, o.p.Année A. 21e dim. T.O. 21 août 2005 Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 16, 13-20Jésus était venu dans la région de Césarée de Philippe.Il demandait à ses disciples : « Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que l’on dit ? » Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes. » Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Prenant la parole, Simon Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas. Ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie. CommentaireAvant tout, faisons le point. Il est important de considérer le lieu où l’épisode de la confession de Pierre s’est déroulé. Jésus et ses disciples sont en terre étrangère, hors de la Palestine. L’évangéliste vient de relater une série de discussions et de mises en garde de Jésus contre le Pharisiens et les Sadducéens, les premiers, de fervents serviteurs de Yahvé et les seconds, de la lignée sacerdotale. Les uns comme les autres ne cessaient de contester l’enseignement et l’ascendant de Jésus sur les foules. Jésus va donc profiter de l’endroit, hors de son pays, pour faire le point avec ses disciples et poser la mémorable question : « Que dit-on que je suis », que pense-t-on de lui ? Et les disciples, quelle idée en ont-ils ? Tous s’interrogeaient sur son identité, même le Précurseur. (Mt. 11,3)Des réponses fusent : Jean-Baptiste, Élie et même Jérémie Sans doute le prophète d’Anatot avait-il encore la faveur des Juifs au temps de Jésus. (2 Macc. 2,1-12). Le plus significatif de toutes ces réponses, c’est que l’on considère Jésus comme un prophète. Son enseignement ne passait donc pas inaperçu, et lui-même prenait figure d’envoyé de Dieu. Jésus s’adresse alors directement à ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? » Pierre va prendre la parole, non qu’il soit plus spontané que les autres, ce qui ne laisse aucun doute, mais sans contredit plus réfléchi. En ce moment, Pierre parle au nom de tous. L’enseignement de Jésus l’a ébranlé ainsi que les signes qu’il a faits, ses miracles l’ont remué et questionné. « Tu es le Christ ! » répond-il. Réponse toute simple mais d’une exactitude incontestable.Qui pourra jamais imaginer l’émotion avec laquelle Jésus le bénit : « Bienheureux, Simon, fils de Jean, car ce n’est pas un être humain qui te l’a révélé, mais mon Père dans les cieux ! » En d’autres termes, pour reprendre l’expression de l’apôtre Jean dans le prologue à son évangile : Ce n’est ni le chair, ni le sang, ce n’est pas ton père qui te l’a enseigné, mais mon Père. Admirable mise au point de la part du Seigneur, lumière divine spéciale. « Nul ne connaît le Fils, enseignera l’évangéliste, si ce n’est le Père, comme nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt.11, 27 ; Ga.1, 15-16). Pierre a donc puisé à une source supérieure aux miracles, la fontaine des grâces divines, la Parole de Jésus.Suivent alors les promesses de Jésus explicitées en termes de symboles : la pierre, les portes, les clés. La pierre : Pierre deviendra ce sur quoi on peut construire, pierre de fondation (Is.26,16). À cause de sa foi en Jésus, Pierre sera le roc sur lequel reposera toute l’Église. Aucune rivalité ne pourra jamais l’atteindre, briser le roc, même pas le royaume de la mort, l’Hadès, comprenons ici les assauts de Satan et l’épreuve du temps. Le symbole des clés représente la mission de Pierre au sein de la communauté : il en assurera la gérance et sera responsable de l’entrée des humains par la foi et de leur salut. (Jn.3, 15)Dernière question et non des moindres : cette promesse faite à Pierre touchait-elle exclusivement sa personne ou également ses successeurs ? Argumentation des siècles, car le problème n’en cesse pas d’être débattu. N’est-il pas question ici d’une mission à réaliser dans le temps et l’espace ? Le projet ne peut donc reposer sur les épaules d’un seul ; Pierre et tous ses successeurs en auraient la responsabilité. Seule la foi peut en convaincre et non une certaine logique ou simple lecture des textes. Qui pourra jamais envisager l’immensité de la confiance divine en l’humanité ? Après avoir pris lui-même une humanité en tout semblable à la nôtre, hormis le péché, et en avoir porté la responsabilité comme un Atlas, Jésus a voulu confier à des êtres humains, ses semblables, la poursuite de la mission divine entreprise de toute éternité : « Déterminant d’avance, bien avant la création, que nous serions pour lui des fils adoptifs dans le Christ ».« Ô abîme de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! » (Rom.11, 33). |
![]() Un commentaire hebdomadaire sur l'Évangile du dimancheResponsable : François-Dominique Charles Dominicains de France
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