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DIEU EN FAMILLE

La Chronique | Ressources | La foire aux questions

Novembre 2006

Quand la coupe déborde!

Élaine Champagne

Pas facile d’être parents! « Il y a des jours où je ne reconnais plus ma petite fille de 2 ans, habituellement si adorable. Je t’assure, je l’aime beaucoup! Mais il y a des moments où je la vendrais! », me racontait une maman. Les enfants sentent bien les limites et les fragilités de leurs parents. « On dirait qu’ils font exprès, me disait une autre maman, mère de 4 enfants. Parfois, ils me poussent à bout! C’est moi qui dois me calmer dans ma chambre! » Il y a des moments où l’autorité tourne à la lutte de pouvoir. D’autres fois, les parents se sentent simplement pris au dépourvu face aux besoins ou aux réactions de leurs enfants. Ils sont désarmés, décontenancés, ne sachant que faire. Il y a aussi des grands-parents inquiets qui n’osent trop s’immiscer dans les affaires de leurs enfants ou au contraire qui veulent peut-être trop aider.

C’est dans la famille que se vit la plus importante part de notre vie affective. Les valeurs du monde occidental – dans la publicité par exemple - présentent la famille comme l’ultime refuge du bien-être personnel : une sorte de cocon douillet où se réfugier de la turbulence de la vie! Combien la réalité du quotidien en famille est plus colorée! Les moments d’affection sont bel et bien présents. Mais ils s’entremêlent de tensions, de confrontation, de résistance. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que le devenir de chacun et de tous passe, non par une sorte d’ « être-ensemble » diffus et moelleux qui ne serait que fusion, mais par l’exigeante rencontre de l’autre toujours différent, toujours changeant. Le tout, sans mode d’emploi. C’est là un immense défi.

Il y a déjà plus de vingt ans, l’auteur Hauerwas (1) faisait remarquer que nos sociétés nord-américaines savaient faire comprendre aux familles combien elles avaient constamment besoin de l’intervention de spécialistes de l’État pour survivre comme familles. Comme si l’État laissait croire que le « devenir » de l’enfant ne pouvait plus être confié aux parents qui, de toute manière, n’étaient plus suffisamment compétents pour assumer cette responsabilité. Cela n’avait rien pour soutenir les parents dans leur mission… Plusieurs parents se sentent parfois incompétents. Un groupe de parents réagissait récemment à cette observation: « C’est vrai que nous avons souvent l’impression que si une intervenante sociale venait chez nous, elle ferait tout de suite venir la DPJ! » (2) Ce à quoi quelqu’un a répondu avec consternation : « Le pire, c’est que plusieurs d’entre nous sont justement intervenantes… »

Il existe effectivement des situations où des familles ont besoin d’une aide spécifique et professionnelle, bon gré mal gré, pour les aider à traverser la tourmente, en vue du bien de tous, et en particulier des enfants. Il ne s’agit pas de minimiser ces situations. Et il n’y a pas à avoir honte de cela. Pas question non plus de remettre ici en cause le bien fondé d’une éducation publique. Ce que je voudrais, c’est simplement, bien simplement, reconnaître, avec les parents, et avec les enfants, tout ce chacun donne de lui-même, d’une manière bien imparfaite peut-être, mais bien sincère. Malgré tout, le quotidien familial se tisse d’authentique dons de soi et de générosité.

C’est dans la famille que l’on a été nourri et soigné, comme enfant; c’est là que l’on nourrit et soigne à son tour, comme parent. C’est dans la famille que l’on apprend à vivre avec les autres. C’est dans la famille que petits et grands se découvrent vulnérables. C’est là qu’on apprend à faire confiance. C’est dans la famille que l’on apprend le pardon. Finalement, c’est dans la famille que l’on apprend à cheminer en vérité avec tout ce que nous sommes et avec tout ce que les autres peuvent nous offrir de ce qu’ils sont. Cela est grand. Cela est immensément beau.

Les familles chrétiennes sont des familles comme les autres. Elles se disputent, elles aussi, elles se chamaillent. Elles essaient de participer, tant bien que mal et chacun pour sa part, à l’advenir du meilleur de chacun de ses membres jusque dans « sa pleine stature dans le Christ. » Les familles ne peuvent répondre à tous les besoins de tous leurs membres, mais elles croient à l’entraide entre familles et entre générations. Une entraide tissée par des gens faillibles, eux aussi.

Ce que Hauerwas fait remarquer, c’est que les familles judéo-chrétiennes ont cela de particulier qu’elles sont porteuses d’une histoire. Cela peut les aider à traverser les tempêtes du quotidien. En effet, leur histoire se tisse dans l’histoire plus large du Salut. La vie des familles est soutenue par les récits de famille, tout comme par ces récits plus anciens des personnages bibliques qui ont reconnu Dieu présent dans leur vie, et très souvent, leur vie de famille. Étonnamment, ce passé rappelé par des récits permet d’envisager l’avenir. Raconter contribue à faire sens, à trouver une direction. Raconter nous permet d’espérer. Raconter, c’est laisser peu à peu se dévoiler le Dieu fidèle. Les familles sont des témoins privilégiés de cette histoire du Salut à laquelle elles participent, et à cause de cela, elles nous permettent de regarder l’avenir avec espérance et de continuer à marcher. Pas à pas.Fin de l'article

Lgne de séparation

(1) Stanley Hauerwas (1981) A community of character. Toward a constructive Christian social ethic, Notre Dame, Notre Dame University Press, 298p.
(2) Le Département pour la Protection de la Jeunesse.

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Mère et son enfant de Bouguereau
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Responsable :
Élaine Champagne