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AVENTURE SPIRITUELLE

Juillet-Août 2006

Shimabara

Paul-Henri Girard

L’histoire chrétienne de cette ville se résume à la grande tragédie que fut le soulèvement des Chrétiens de Shimabara et des villes voisines, Hizen et Amakusa. Depuis les années 1614, les fermiers de Shimabara, d’Amakusa et de Hizen étaient obligés de donner au gouvernement une grande partie de leur récolte de riz, en plus d’être fortement taxés pour aider à la construction du château de Shimabara. Chrétiens ou pas, tous ceux qui se plaignaient étaient aussitôt accusés d’être des chrétiens. Ils étaient aussitôt mis à la torture. Les eaux sulfureuses de Unzen, qui bouillent à cent degrés, étaient redoutables et très efficaces pour aider les récalcitrants à changer d’idée.

Le 15 octobre 1637, les rebelles chrétiens se réunirent au sud de Shimabara, sous la bannière de Jésus-Eucharistie. Un tissu de lin, au centre duquel étaient peints un calice, une hostie et de chaque coté, un ange protecteur. Au-dessus, un écriteau en lettres romaines : Louange soit au Saint-Sacrement.

Le groupe de rebelles comprenait des chrétiens, des sans-travail, des apostats qui désiraient revenir à l’église, des samouraïs devenus vagabonds depuis la mort du Daimyô Konishi exécuté sous le régime de Tokugawa, en 1600. Les rebelles s’attaquèrent d’abord au Château de Shimabara, qu’ils détruisirent. Six mois plus tard, trente mille rebelles, sous la direction cette fois du jeune Jérôme Amakusa-Shirô se retrouvèrent sur le terrain de Kuchi-no-Tsu, dans la banlieue de Shimabara.

Mais le gouvernement dépista le plan d’attaque des Chrétiens et fit appel au Daimyô de Nagasaki Itakura Shigemasa, qui, en février 1638, prit la direction d’une troupe de plus de cent mille hommes armés, non pas de pioches ni de pelles, comme les rebelles, mais de fusils et d’épées. A Shimabara, sur le terrain de Harajôshi, ce fut un échec total pour les Chrétiens. Depuis ce temps jusqu’à aujourd’hui, il y a peu de Chrétiens dans la ville de Shimabara et les villes avoisinantes.

Je suis allé visiter le château de Shimabara, reconstruit selon les normes du premier. Très beau, blanchi et élégant à l’extérieur mais l’intérieur nous laisse triste au souvenir du massacre des siècles passés.

J’ai préféré la petite église de Shimabara construite récemment. Elle a une forme octogonale et veut rappeler Les Huit Béatitudes :

Heureux les pauvres,
Heureux les persécutés pour leur foi
Heureux ceux qui apportent la paix....

L’édifice est petit, paisible. Les murs, percés par des fenêtres à ras le plancher, laissent voir quelques statues de saints au fond d’un petit jardin. Les statues sont de bon goût. À l’intérieur de l’église, pendant que j’en fais le tour, je me sens enveloppé d’une musique grégorienne très discrète. Les vitraux, un peu fardés, reproduisent des scènes de martyrs. Mais l’icône du Christ glorieux nous fait oublier cette fausse note.Fin de l'article

Lgne de séparation

Paul-Henri Girard, o.p. Source et Lumière pp 198-200

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Ange de Tobit, de Rembrandt
Saints et saintes sur les routes du monde et de l'histoire.
Responsable :
Suzanne Demers