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AVENTURE SPIRITUELLE

Novembre 2005

Jacques Laval. Missionnaire à l’île Maurice

En septembre 1841, au moment où le père Laval s’installe à Port-Louis, l’île Maurice est sous domination anglaise, mais le catholicisme demeure la religion de la majorité de la population mauricienne et la langue française a officiellement droit de cité (comme cela est encore le cas de nos jours). L’Angleterre avait aboli l’esclavage dans ses colonies en 1835. À l’île Maurice, soixante-six mille esclaves noirs furent ainsi émancipés : immédiatement, de longs cortèges de charrettes à bras, chargées des menus biens des anciens esclaves s’étirent sur les routes poussiéreuses. Hommes, femmes, enfants abandonnent massivement les plantations, ce douloureux symbole de leur servitude. Une nouvelle vie commence pour eux. Rapidement, il faut trouver de nouveaux bras pour couper les cannes à sucre : l’île fait alors appel, pendant quelque temps, à l’immigration indienne. En arrivant à Maurice, le père Laval découvre ainsi la grande richesse de l’île, la faune et la flore luxuriante, bien sûr, mais aussi la grande variété des visages.

Anciens esclaves originaires d’Afrique, ils accueillent le père Laval avec chaleur. Mais, auprès des Blancs, ses débuts sont difficiles et même pénibles. Le missionnaire ne se décourage pas : il a vite compris que, comme pour tout, il faut du temps à Maurice pour se faire connaître et se faire aimer. Et peu à peu, sous le soleil de plomb, l’aversion fond comme par enchantement: les salutations distantes se font plus chaleureuses et bientôt le père Laval croule sous les cadeaux. Certains déposent des bananes à sa porte, d’autres des œufs de tortue. Les vieillards le saluent avec respect, les petits enfants aiment venir quémander son affection, pères et mères de familles n’hésitent pas à solliciter ses conseils. Petit à petit, la confiance s’est muée en une profonde vénération, tant la bonté illumine son visage.

Le père Laval est plus qu’un saint homme. C’est un missionnaire de génie, qui a trouvé comment implanter durablement le christianisme sur cette terre volcanique. Une solution toute simple, l’image du bon sens des paysans de sa Normandie natale. Lorsqu’il était curé de Pinterville, Laval avait constaté que la formation religieuse qu’il dispensait aux enfants ne portait aucun fruit durable parce que leurs parents, à la maison, ne leur donnaient pas de bons exemples. Il en avait tiré cette conclusion : « Faites de bons parents et vous aurez de bons enfants. » Et toute sa vie missionnaire, il marquera une prédilection pour le vieux monde, comme on dit à Maurice.

La moyenne d’âge de ses dix premiers baptisés s’élève ainsi à quarante-huit ans ! Cela ne peut que plaire aux Mauriciens, si respectueux de leurs anciens. Parmi ces nouveaux baptisés, il choisit des hommes et des femmes qui, leur journée de travail terminée, enseignent bénévolement les catéchumènes de leur quartier. Pour les aider, il rédige un petit catéchisme en créole. Petit à petit, il oriente certaines femmes vers le soin des malades dans tous les quartiers de la ville; chacune d’elles visite les malades et les vieillards, les catéchise et les prépare aux sacrements. Ainsi, de génération en génération, Maurice devient chrétienne et le bon père Laval se réjouit de voir ses paroissiens développer entraide et amitié.

En mai 1847, l’un de ses confrères venu de l’île Bourbon s’étonne : « Le père Laval est vraiment un homme de miracles. Croiriez-vous qu’en ce moment, sans se donner le moindre mouvement extérieur, en restant dans l’église et le confessionnal, il a mis instantanément en construction dix chapelles. Et moi, à Bourbon depuis trois ans, je n’ai à peine pu en faire commencer une ! » Le père Laval ne s’éloigne que rarement de Port-Louis, mais le réseau de catéchistes, dont il a couvert le pays, suffit largement. Il répond à leurs questions, les encourage et les oriente. Tous apprécient que le missionnaire leur confie des responsabilités.

En mai 1856, le père Laval est victime d’une attaque et puis deux autres en juin 1857. Sa santé se détériore. Deux ans plus tard, un de ses confrères constate : « Il est vraiment usé et incapable désormais de la moindre chose sinon de souffrir, de prier et de représenter la religion par sa présence et par son nom. » Vingt ans plus tôt, le père Laval avait été un jeune missionnaire plein de fougue et de zèle. Mais quelques mois avant sa mort, ce n’était qu’un pauvre homme que l’on voyait marcher lentement, appuyé sur un bâton, la tête penché, le buste courbé. Et pourtant, même diminué ainsi, ce n’est pas sans respect que les habitants de Port-Louis le regardaient quand ils croisaient sa fragile silhouette dans les rues de la ville.

Le 9 septembre 1864, l’île Maurice est orpheline. Un cortège de plus de quarante mille personnes suit le cercueil. Malgaches, Noirs, Indiens, Blancs, sont unis en une même tristesse. Aujourd’hui, toutes les communautés de l’île Maurice conduisent le père Laval de la cathédrale de Port-Louis à sa dernière demeure à Sainte-Croix.Fin de l'article

Lgne de séparation

LE LIVRE DES MERVEILLES MAME/PLON pp.911-913

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Ange de Tobit, de Rembrandt
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Responsable :
Suzanne Demers