Archives pour la catégorie Livre du mois

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Emmanuel Durand, o.p. : Jésus contemporain

Par-delà l’accumulation des siècles et des doctrines, Jésus de Nazareth peut-il être notre contemporain ? Comment s’y retrouver parmi les divers portraits du Jésus de l’Histoire ? Y a-t-il un gouffre entre le Christ de Paul, le Jésus des Synoptiques et le Christ des conciles ? Comment se fait-il que les avancées conciliaires au sujet du Christ aient entraîné la division des Églises ? Est-il acceptable que la tunique du Christ demeure déchirée, alors que les déclarations communes professent la même foi au Christ ?

À travers ces questions graves, cette christologie brève et actuelle propose des discernements et ouvre un chemin novateur. Elle est attentive non seulement aux concepts, mais aussi aux martyrs, aux pratiques et aux dialogues. Puis l’Incarnation, la Croix et la Gloire sont réinvesties par la pensée, à l’aide d’expériences structurantes pour nos contemporains : l’indignation, l’empathie et la compassion, l’affrontement à l’impardonnable, la disparition du Ressuscité, etc.


Dominicain, Emmanuel Durand est professeur de théologie au Collège universitaire dominicain d’Ottawa (Carleton University). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages marquants, dont, en 2016, Dieu Trinité. Communion et transformation et L’être humain, divin appel. Anthropologie et création.


Durand, Emmanuel, o.p. Jésus contemporain, Éditions du Cerf, 2018, 336 p.

 

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Pierre Métivier : L’autre morale de Thomas d’Aquin. Son rapport à notre temps

J’aimerais partir du titre du livre. Il s’agit d’une autre morale de Thomas d’Aquin… Autre en ce sens qu’elle n’est pas celle que nous connaissons déjà, … autre parce qu’elle apporte un quelque chose de nouveau, bien en rapport avec notre temps.

Chaque époque se représente l’idéal humain et chrétien de l‘homme, et elle le fait en lien avec les sensibilités qui sont les siennes, avec les outils et connaissances qui sont en sa possession. Dans toute morale il y a ainsi un fond commun, des valeurs universelles, et la marque d’un temps.

Thomas d’Aquin n’a pas élaboré autrement sa morale; il a magnifiquement présenté ce qui était la démarche idéale de tout être humain vers Dieu en tenant compte des sensibilités de ses contemporains et des outils philosophiques à sa disposition.

La tradition morale issue de Thomas d’Aquin, si elle veut lui être fidèle, se doit de réfléchir aujourd’hui non moins en lien avec notre temps.

D’un mot, qu’elle serait cette autre morale comparée à celle que nous présente Thomas d’Aquin? Et comment serait-elle en rapport avec notre temps?

La morale de Thomas d’Aquin est celle du chemin, de notre vie en route vers Dieu, – vie de l’être créé, sorti des mains de Dieu, qui ne trouvera qu’en Lui son bonheur et son accomplissement. Séparés de Dieu, à distance de lui, nous nous préparons à le rencontrer et à vivre avec lui une pleine amitié. Nous sommes alors invités à parcourir le chemin qui nous conduira auprès de Dieu, à prendre la voie étroite qui nous mènera à lui. Comme des voyageurs avisés, nous n’aurons d’autres bagages que ceux qui nous seront nécessaires, et nous éviterons tout ce qui nous dérouterait du but fixé. Ce but étant hors de notre portée, nous le poursuivrons par la grâce qui nous est donnée dans le Christ et dans l’Esprit, et en communion avec les croyants.

L’autre morale est celle de la manifestation. Elle obéit à une logique différente: Dieu est déjà en nous par son Fils et son Esprit, et non seulement dans un au-delà. La vie éternelle est déjà commencée pour nous, et nous avons à manifester cette vie et cet amour de Dieu qui nous sont présents; c’est alors que nous les découvrons en leurs richesses, tout en devenant nous-mêmes des êtres nouveaux. Nous vivons ainsi une vie divine, une vie qui se développe et s’ouvrira de l’intérieur à son accomplissement auprès de Dieu lui-même. Plutôt que d’être sur terre des voyageurs qui se préparent à la rencontre de Dieu, nous sommes des vivants de Dieu, ses complices, qui manifestons sa gloire, son amour et sa tendresse en les incarnant dans notre monde.

La morale de Thomas d’Aquin met l’accent sur les réalités à venir, alors que l’autre morale le met sur les réalités présentes. Ces réalités présentes et ces réalités à venir constituent deux aspects inséparables de nos vies. S’il ne faut pas isoler ces réalités les unes des autres, il importe également de ne pas les fusionner.

Thomas d’Aquin a élaboré sa morale en lien avec la représentation qu’on se faisait au Moyen Âge du temps et de l’histoire humaine. La création avait eu lieu il y avait 6000 ou 8000 ans, et on en était à la dernière phase du temps avant la fin du monde. On vivait peu longtemps, toujours menacé par la maladie et les épidémies. Si bien qu’on reportait sur l’autre vie tout espoir de réalités meilleures et de vrai bonheur.

Nous voyons les choses bien différemment aujourd’hui. Le temps s’est agrandi en milliards d’années et l’univers ne cesse de nous émerveiller. Nous vivons mieux et plus longtemps – nous parlons de notre Occident – , et nous accordons à notre vie présente une valeur en elle-même; elle est un don qui nous est fait et que nous devons développer.

Vatican II, et dans sa suite Paul VI et Benoît XVI, nous invitent, au nom même de notre foi, à travailler à la promotion des peuples et au développement d’une cité juste et fraternelle. En un mot, l’oeuvre de la création est remise entre nos mains. Pouvons-nous introduire dans la morale de Thomas d’Aquin, telle que nous la connaissons, ces vues nouvelles ou ces accents nouveaux qui nous sont proposés?

Bien difficilement, croyons-nous: dans un contexte de chrétienté, qui était celui du Moyen Âge, la grande finalité se situait dans un au-delà, dans la rencontre de Dieu, et tout ici-bas lui était reporté.

Par contre, nous trouvons chez Thomas d’Aquin tous les éléments pour déployer une morale directement soucieuse de la vie présente et de la création à développer: c’est l’autre morale dite de la manifestation. On peut manifester déjà son intérêt à partir de questions comme celles-ci: – le lien de l’amour mutuel des époux et la fécondité du couple dans le mariage; – le double rapport qu’il y a entre les réalités humaines (bonheur humain, cité terrestre) et les réalités divines (béatitude, royaume de Dieu) suivant que ce rapport est envisagé à partir de l’humain puis à partir du divin.

C’est la tâche d’une tradition morale vivante que de pouvoir s’ouvrir à des développements et à des réalités nouvelles. En finale, l’auteur tente de le faire pour la tradition issue de Thomas d’Aquin. Il indique alors comment nous pourrions situer l’une par rapport à l’autre, à l’intérieur d’un même englobant, ces deux morales – celle que nous a léguée Thomas d’Aquin et cette autre morale qui est demeurée non développée dans son oeuvre. Nous invitions les lecteurs et lectrices à le découvrir.


Métivier, Pierre, o.p., L’autre morale de Thomas d’Aquin. Son rapport à notre temps, PUL, 2018.

 

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Catherine Aubin : Prier avec son coeur. La joie retrouvée

Dans ce livre Sœur Catherine, une dominicaine de la Congrégation romaine de Saint-Dominique, nous propose de descendre dans notre cœur avec la joie comme fil rouge. Elle nous offre un itinéraire pour réveiller et révéler notre joie profonde.

Cet itinéraire est divisé en trois parties : la joie retrouvée (la joie et l’amitié, la joie dans le présent, la joie dans l’attention), les obstacles à la joie (la joie perdue, la joie oubliée), cultiver la joie (cultiver la force, cultiver la bénédiction, au cœur de la joie : le chant).

Pour Sœur Catherine, la joie est un appel. La joie porte en elle une vocation : nous réveiller, nous dilater, nous ouvrir et nous rappeler qui nous sommes et vers Qui nous allons. Rechercher ou retrouver la joie, c’est recherche la perle, la source cachée, le trésor enfoui, c’est redécouvrir son cloître intérieur et enfin commencer à prier, peut-être …

Avec beaucoup de réalisme et de profondeur, Sœur Catherine nous montre dans son livre que pour s’enraciner dans la joie, l’important est d’accueillir et intégrer tout ce qui vient (même le douloureux, le désagréable, l’insupportable) empoigner tous les événements et les sentiments qui semblent faire obstacle à l’allégresse, les travailler comme autant d’ingrédients à incorporer dans une pâte humaine que l’Esprit Saint fera lever.

C’est dans la mesure où nous avons senti combien nous étions perdus, dans tous les sens du terme, que l’option ou le plongeon pour la joie se décide.

Ce n’est pas dans un contexte d’allégresse que retentit la promesse de la joie parfaite : Jésus parle de sa joie au moment où il va à la torture et à la mort en demandant d’aimer envers et contre tout. Il ne dépend donc pas des disciples que la joie de Jésus «soit en eux», mais il dépend d’eux de dire oui à l’amour, de consentir à la relation et à la rencontre. «Je vous ait dit ces choses», précise Jésus, pour que d’abord et avant tout «ma joie en vous et que votre joie soit parfaite» (Jn 15,11).


AUBIN, Catherine, Prier avec son cœur. La joie retrouvée, Edition Salvator, 2017.

 

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Benoît Lacroix : un dominicain dans le siècle

« Chaque matin, habiller son cœur, ses yeux, appareiller vers le large, penser à tout ce que je verrai, à ceux que je servirai, sentir la joie renaître et prendre consistance à mesure que s’enfile ma route. Le soir, fourbu, me mettre à récapituler : ma joie, aujourd’hui, c’est d’avoir roulé pour eux; il n’y a que cela, le travail, les services qu’on peut rendre, l’amour qu’on donne. »

Le père Benoît Lacroix, mort centenaire en 2016, était l’une des figures les plus connues et les plus aimées de l’Église du Québec. Pourquoi? La réponse est plus difficile qu’elle en a l’air, tant il y avait de facettes à sa personne et à son activité. Homme du terroir, il a parcouru le grand monde. Homme de tradition, il a chaleureusement accueilli la modernité.

Sa carrière universitaire s’est partagée entre les études savantes et les religions populaires. Figure médiatique et ami de plusieurs grands esprits, il a vu son parcours culminer en un engagement de tous les instants auprès des gens ordinaires. Il était un bourreau de travail mais avait une âme de poète. À quoi tenait la mystérieuse unité de sa vie? Voilà ce que nous fait saisir cette biographie.


Laperrière, Guy. Benoît Lacroix : un dominicain dans le siècle, Mediaspaul, 2017. 250 p.

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Nicolas Burle : « Secoue-toi ! Sinon ta foi, elle décolle pas ! »

 

 

Rome, 20 août 2000, messe de clôture des JMJ, saint Jean Paul II s’adresse aux deux millions de jeunes présents en citant sainte Catherine de Sienne : « Si vous êtes ce que vous devez être, vous mettrez le feu au monde. » Une phrase en plein coeur. Qui suis-je ? Qui dois-je être ? Et surtout, que me manque-t-il pour mettre le feu au monde ?

Ces questions, Nicolas Burle se les est posées et les a entendues dans la bouche de dizaines de jeunes qui s’interrogent sur leur foi et leur mission dans le monde.

Et toi lecteur ? Que cherches-tu ? Que veux-tu pour ta vie ? Qui pourra répondre à tes questions ? Apprends que Dieu te réserve des surprises. Alors, si tu le veux bien, je t’invite à lire ce livre pendant huit jours, le temps d’une re-création.

 

 

Jour 1 : Vous avez des yeux pour ne pas voir.

Jour 2 : Tu vis dans le ciel.

Jour 3 : Amen, c’est solide.

Jour 4 : Comment réussir sa vie?

Jour 5 : De ce qui grouille et de ce

Jour 6 : La profondeur appelle la profondeur.

Jour 7 : S’arrêter, prendre le temps.

Jour 8 : Laisse-toi rattraper par Dieu.

Et maintenant secoue-toi, sinon ta foi, elle décolle pas !


Entré chez les Dominicains en 2007, Nicolas Burle réside au couvent de Tours et accompagne les catéchumènes, les jeunes professionnels et le groupe EVEN du diocèse. Il est aussi l’aumônier national des louveteaux chez les Scouts Unitaires de France.

Burle, Nicolas, Secoue-toi ! Sinon ta foi, elle décolle pas !, Collection Spiritualité, Les Éditiosn du Cerf, 192 pages, 2017

 

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Benoît XVI : Dernières conversations avec Peter Seewald

L’ouvrage est la somme de plusieurs entretiens accordés au journaliste allemand Peter Seewald. Il ne s’agit cependant pas d’une biographie, bien que le Pape émérite revienne sur plusieurs étapes de sa vie.

Benoit XVI aborde sans tabou son cheminement vers sa rencontre avec le Père, parle des raisons de sa renonciation, et offre au lecteur quelques réflexions théologiques en évoquant notamment la centralité du Christ : « Si nous ne connaissons pas Jésus, c’est la fin de l’Eglise », peut-on lire dans cet ouvrage.

C’est un événement : Benoît XVI rompt le silence. Pour la première fois en 2000 ans d’histoire de la chrétienté, un pape dresse le bilan de son action au Saint-Siège.

Peter Seewald, journaliste spécialiste de ces questions, à qui Benoît XVI s’était confié dans Le Sel de la terre et Lumière du monde, a mené de nombreux entretiens avec le pape émérite entre novembre 2012 et mai 2016. Dans ces conversations inédites, Benoît XVI évoque en toute franchise les raisons de sa renonciation, les moments forts de son pontifi cat, la personnalité de son successeur, le pape François, et n’omet aucun sujet polémique, y compris le scandale de Vatileaks et la difficulté à réformer la Curie.

Jamais auparavant il n’avait abordé de manière si personnelle la question de sa foi, les défis actuels du christianisme et le futur de l’Église. Son parcours sert de toile de fond à ces Dernières conversations, dans lesquelles le pape allemand, un des principaux théologiens de notre temps, livre son message aux fidèles et au monde.


Benoît XVI. Dernières conversations avec Peter Seewald. Fayard, 2016, 286 pp.

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Fawzia Zouari : Douze musulmans parlent de Jésus

Depuis la première guerre du Golfe jusqu’à l’émergence de l’État islamique, les malentendus entre l’islam et l’Occident n’ont cessé d’ériger des barrières entre chrétiens et musulmans. L’intégrisme et les menaces brandies par les djihadistes contre les « Croisés » ont fini par accréditer l’idée que les musulmans sont les ennemis héréditaires des chrétiens.

Comment lutter contre ces préjugés ? Comment revendiquer l’héritage commun dans une actualité centrée sur le « choc des cultures » ?

C’est ainsi que l’idée de ce livre s’est imposée : faire entendre une parole sur le Christ portée par des musulmans. Douze, comme les apôtres. Des écrivains de traditions, de langues et de pays divers, pratiquants ou non, croyants ou agnostiques. Chacun y évoque « son » Christ, celui qu’il a découvert, imaginé ou aimé, celui de ses souvenirs, de ses interrogations, de ses espoirs…

Une façon originale de refonder la force du lien entre les deux communautés à travers la figure universelle de Jésus.

 


Douze musulmans parlent de Jésus, Sous la direction de Fawzia Zouari, Desclée de Brouwer, 2017

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Bernard Sesboüé : Jésus. Voici l’homme

La Parole de Dieu s’est faite chair en vue de converser avec l’humanité et de pouvoir lui parler un langage que celle-ci soit capable de comprendre. La Parole de Dieu s’est donc faite parole humaine et s’adresse à nous avec les mots qu’emploient les langues humaines. Avant et afin de pouvoir se traduire en toutes les langues de la terre, elle accomplit cette première traduction, fondatrice de toutes les autres : elle exprime les mystères de Dieu en mots humains.

Or nous savons que nous ne parlons pas seulement par les mots que nous employons, mais aussi par les expressions de notre visage, par le ton de notre voix, douce et bienveillante ou colérique et tranchante. Plus encore, tout notre corps est parlant et nous communiquons par tous les organes de celui-ci, aussi bien pour recevoir une nouvelle que pour la donner.

Il y a de même dans notre langage corporel plusieurs niveaux, celui qui exprime notre sensibilité d’un moment et celui de notre comportement général, bien repérable de ceux qui nous connaissent et comparent instinctivement ce que nous sommes aujourd’hui avec ce que nous sommes de manière générale. Tout cela appartient à notre langage, et plus profondément à notre personnalité, à notre manière d’être et de nous faire connaître des autres.

Le Verbe de Dieu, devenant Jésus de Nazareth, est entré lui aussi dans l’entrelacs de ces jeux du langage et de la communication. On peut dire que toute sa vie fut la traduction dans le langage de l’existence des hommes de ce qu’il est de toute éternité dans le mystère même de Dieu. Jésus ne pouvait donc pas nous révéler ce mystère à travers une existence banale, médiocre ou vulgaire, encore moins pécheresse. Il ne suffisait pas qu’il assumât en vérité tous les aspects de notre condition humaine, bref qu’il fût un vrai homme ; il fallait aussi qu’il pût exprimer en vérité ce qu’est l’homme dans le dessein de Dieu, bref il fallait qu’il fût un homme vrai.

Tout au long de l’histoire, bien des historiens et des théologiens ont essayé de récapituler ce qui est exceptionnel et unique en Jésus et qui en même temps est d’une simplicité proprement humaine. Cet ouvrage s’inscrit dans cette longue tradition de recherche et de vulgarisation.

Jésus est avant tout un homme qui est toute lumière, dont le oui est un oui et le non est un non, selon ce qu’il a demandé lui-même. Jésus est un homme dans lequel il n’y a pas la moindre distance entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, entre ce qu’il proclame et ce qu’il est. Il fait ce qu’il dit, et il dit ce qu’il fait.

Jésus ne peut vivre une vie humaine sans partager tous les traits qui viennent de la particularité des lieux, des temps, de la culture et des personnes rencontrées. Aussi bien ne fait-il rien pour abstraire sa parole et ses actions du contexte et de l’environnement de la vie des simples gens de Palestine.

C’est cette «excellence» proprement humaine de Jésus qui fait l’objet de ce livre, une excellence qui est sans doute ordonnée à nous faire reconnaître en lui plus que l’homme, le propre Fils de Dieu, une excellence qui nous révèle la prodigieuse affinité entre l’homme et Dieu. Mais c’est proprement l’humanité de Jésus, sa manière de vivre en homme, telle qu’elle s’est révélée à nous dans le quotidien de son existence que ces pages voudraient esquisser, à partir de l’expérience de ceux et celles qui l’ont rencontré, ont partagé sa vie et ont cherché à nous dire quel homme il fut. Car son témoignage a été donné au sein de notre monde, tel qu’il a toujours été, marqué par toute sa part de refus et de péché.

Bernard Sesboüé, S.J., est un des grands théologiens contemporains, professeur émérite au Centre Sèvres à Paris.


SESBOÜE, Bernard, Jésus. Voici l’homme, Éditions Salvator, 2016.

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Françoise Chandernagor : Vie de Jude, frère de Jésus

Découvert en 1950 dans un tombeau près d’Abydos en Égypte, le manuscrit de la «Vie de Jude» se présente comme un ensemble de feuillets en papyrus, cousus et reliés en cuit. De même que l’Évangile de Thomas, trouvé en 1945 à Nag Hammadi, la «Vie de Jude» est rédigée en copte (langue populaire de l’Égypte) ; mais certains mots y figurent en hébreu, d’autres, plus nombreux, en araméen, d’autres enfin en grec, qui est probablement la langue originale du texte.

Vie de Jude, frère de Jésus est un roman dont les héros sont les quatre frères de Jésus : Jacques, José, Simon et Jude. Mais bien qu’ils soient ici des personnages romanesques, l’auteure ne les a pas inventés : tous appartiennent à l’Histoire et leur existence est attestée par de nombreux textes canoniques. Jacques, le second de la fratrie après Jésus, fut même le chef de l’Église de Jérusalem en un temps où la Rome chrétienne n’existait pas : en somme, le premier pape.

Restait à imaginer la vie de cette famille peu ordinaire dans la Palestine occupée par les Romains : tandis que les disettes s’enchaînent, que les tensions politiques s’exacerbent et que les sectes religieuses se multiplient, les massacres succèdent aux révoltes et le peuple, épuisé, attend le Jugement dernier.

Au soir de sa vie, Jude, le dernier des frères, se souvient et raconte …

Françoise Chandernagor, de l’Académie Goncourt, est une historienne avertie qui maîtrise parfaitement ses sources et en romancière puissante nous transporte dans la Judée du premier siècle. Usant d’une langue aux accents bibliques, tour à tour concrète ou poétique, elle nous donne à voir, par les yeux du frère de Jésus, un monde déchiré dans lequel l’annonce du Royaume le dispute à la tentation de l’Apocalypse.


CHANDERNAGOR, Françoise, Vie de Jude, frère de Jésus, Éditions France Loisirs, 2016.

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Paul-André Durocher : Les psaumes, prières vivantes

Le livre des Psaumes est sans doute un des livres de la Bible les plus utilisés pour prier. Les 150 psaumes présentent une grande variété de styles et nous permettent de nous adresser au Seigneur en lui exprimant toute la gamme de sentiments ressentis au cours de notre vie : joie, reconnaissance, louange, appel au secours, cris de détresse, action de grâce, gratitude, etc.

Plusieurs personnes ont l’habitude de prier tous les jours avec ces magnifiques textes par le biais de la liturgie des Heures. Les psaumes y sont répartis sur quatre semaines. De même, à chaque célébration eucharistique, nous retrouvons un psaume responsorial entre la première et la deuxième lecture. Celui-ci nous donne l’occasion d’entrer en relation avec Dieu et de lui exprimer notre réponse après avoir écouté sa Parole.

Mgr Paul-André Durocher, évêque de l’archidiocèse de Gatineau-Hull, nous offre dans cet ouvrage le fruit de sa méditation et de ses recherches au fil des ans. Les psaumes ont nourri quotidiennement sa prière. Les réflexions qu’il nous propose sauront nourrir également la nôtre.

Les psaumes sont au cœur de notre vie de prière et de nos liturgies. Il est cependant surprenant de constater que nous connaissons aussi peu l’univers de ces textes, d’une richesse impressionnante à découvrir. Mgr Durocher a eu la sagesse de nous livrer de manière condensée le résultat de son travail. C’est comme s’il avait pressé un fruit mûr pour en extraire le meilleur jus et nous l’offrir.


DUROCHER, Paul-André, Les psaumes, prières vivantes, 3 volumes, Novalis, 2017

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