
Tenir
un blogue
? Pourquoi pas ! C’est actuel, c’est nouveau,
c’est créateur. Prêtre et religieux, je
suis avant tout un chrétien pour qui la foi au Dieu de
Jésus-Christ fonde le sens même de mon existence.
frère Thomas
*
Vous pouvez faire parvenir vos commentaires au Webmestre
qui les transmettra au frère Thomas
Lundi de Pâques 24 mars, 2008
Le Moine ruminant a une nouvelle adresse!
Dans l'esprit d'une migration printanière, le Moine Ruminant a quitté ses quartiers d’hiver pour des alpages plus invitants. Le design du site demeure semblable, mais avec de nettes améliorations comme vous pourrez le constater vous-mêmes. Peu à peu, les archives du présent site seront transférées vers notre nouvelle demeure.
Au plaisir de vous y retrouver!
Frère Thomas
Dimanche de Pâques 23 mars, 2008
Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité!
Joyeuses Pâques
« La Résurrection du Christ fait penser à la première éruption d'un volcan, signe du feu qui dévore les entrailles de la Terre. C'est bien de cela dont il s'agit, et dont Pâques est le signe. Déjà dans les profondeurs les plus secrètes du monde, brûle le feu de Dieu, dont la flamme portera toutes choses à l'incandescence bienheureuse. Déjà à partir du coeur intime du monde où sa mort l'avait fait descendre, des forces nouvelles, les énergies du monde transfiguré, sont au travail. Déjà, au plus profond de toute réalité, la vanité, le péché et la mort sont vaincus. Et il ne doit plus s'écouler que ce petit intervalle de temps que nous appelons l'Histoire après Jésus Christ pour que partout, et non pas seulement dans le corps du Christ, se manifeste ce qui est vraiment arrivé. »
(Rahner, Karl. Une foi qui aime. Salvator, 1966.) 
mercredi 18 mars, 2008
Stabat Mater
« Près de la croix de Jésus se tenait debout sa mère. » (Jn 19, 25)
L'évangéliste Jean est le seul qui présente cette scène, et pour bien la comprendre il faut savoir ce que représente le Calvaire chez Jean. Dans l’évangile de Jean le Calvaire représente l' « Heure » de Jésus. Jean mentionne cette « Heure » à plusieurs reprises dans son évangile. L'« Heure », c'est le moment où le Fils sera glorifié. C'est pour cela qu'il est venu dans le monde. Jésus dira : « Père, l'heure est venue, glorifie ton Fils » (Jn 17, 1). Jésus dira aussi, en faisant référence à sa mort : « Lorsque vous aurez élevé le Fils de l'homme alors vous connaîtrez que Je Suis. » (Jn 8, 28). Pour l'évangéliste Jean, le Calvaire est le lieu privilégié où se révèle la gloire du Christ. C'est l'« Heure » par excellence. Et en plaçant Marie au pied de la croix, Jean la situe au coeur du mystère pascal. Elle est témoin non seulement de la mort de son fils, mais de sa victoire sur la mort. Jésus après sa résurrection dira : « Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu! » Marie est de ceux-là.
De Marie au pied de la croix on ne nous rapporte ni cri, ni lamentation. Seulement son silence et sa position : Marie se tait, elle est debout, « donnant à l'immolation de la victime, née de sa chair, le consentement de son amour » (Vatican II : Lumen gentium, 58). Elle entre avec Jésus dans sa Pâque. C'est l'« Heure » de Jésus, mais c'est aussi l'« Heure » de Marie. Son oui la conduisait à cette « Heure » et c'est aussi le lieu de notre « Heure » à nous! C’est le lieu du disciple du Christ qui, comme Marie, est appelé à entrer dans l'offrande du Christ.
Marie se tient près de la croix, dans un sens physique bien sûr, mais avant tout dans un sens spirituel. Au pied de la croix, Marie se tient debout et victorieuse avec le Christ. La passion est achevée, le long périple dans la nuit de la foi s'ouvre déjà sur le matin de Pâques, et c'est pourquoi Marie se retrouvera là au coeur de l'assemblée des apôtres et des disciples à la Pentecôte. Elle poursuit sa tâche de Mère, car les disciples du Christ lui deviennent des fils et des filles qu'elle va accompagner à leur tour de sa foi et de sa prière maternelle. 
lundi 17 mars, 2008
Le parfum de Dieu
"Une fois, il y a de cela bien des années, le chevrotin porte-musc des montagnes est hanté par un souffle de parfum musqué. Il s'élance de jungle en jungle, àl poursuite du musc. Le pauvre animal renonce à la nourriture, à la boisson, au sommeil. Il ne sait pas d'où vient l'appel du musc, mais il est contraint de le poursuivre à travers ravins, forêts et collines jusqu'à ce qu'enfin, affamé, harassé, épuisé et marchant au hasard, il glisse de la cime de quelque roche et tombe mortellement brisé, corps et âme. Son dernier acte avant de mourir est d'avoir pitié de lui-même et de lécher la poitrine... Et voici que sa poche à musc s'est déchirée en tombant sur le rocher et répand son parfum. Il halète profondément, essaye de respirer le parfum, mais il est trop tard. Oh! mon fils bien-aimé, ne cherche pas au-dehors le parfum de Dieu, pour périr dans la jungle de la vie, mais cherche ton âme, et vois, il sera là" (Henri, Caffarel, Lettres sur la prière, Paris, Éditions Feu Nouveau, 1961, p.82).
Ce texte pourrait servir de commentaire à l'évangile d'aujourd'hui où l'on voit Marie, la soeur de Lazare, verser un précieux parfum sur les pieds de Jésus et les essuyer avec ses cheveux. Comment ne pas évoquer l'exhortation de saint Paul aux Corinthiens : "Soyez la bonne odeur du Christ" (2Co 2,15) 
jeudi 13 mars, 2008
Une rencontre inoubliable
En lien avec cette session que je dois donner sur Etty Hillesum, j'ai rencontré ce matin un survivant de l'holocauste. Un homme qui a connu les camps d'Auschwitz et de Bergen-Belsen. Un homme de 80 ans, un juif roumain, dont toute la famille a été décimée.
Nous nous étions donné rendez-vous dans un centre commercial, sans nous être jamais rencontrés auparavant. Il m'a tout simplement été recommandé par le Centre commémoratif de l’Holocauste de Montréal, afin de donner un conférence dans le cadre de la session que je dois donner.
Quelle rencontre! Immédiatement, nous nous sommes liés d'amité. Il m'a parlé pendant une heure et demie, sans interruption, pleurant parfois devant l'intensité des souvenirs. Très vite un climat de confiance et d'intimité s'est tissé entre nous, nous prenant parfois les mains en signe de soutien, une façon de porter ensemble la douleur qu'il me partageait. Je me suis retrouvé avec un frère en humanité qui ne comprend toujours pas pourquoi son peuple est sans cesse persécuté et je ne comprends pas moi non plus, même si je connais les tenants et aboutissants de cette tragique histoire des juifs et des chrétiens.
Comme prêtre catholique, je me sentais mal à l'aise à écouter les humiliations subies par cet homme de la part de bons catholiques du Québec, par exemple, dans les années cinquantes, le refus d'une religieuse de le soigner parce qu'il était Juif, ou encore un hôtel affichant "Pas de chiens, pas de Juifs". ce n'est pas que je me sentais coupable de ces faits en l'écoutant, mais j'éprouvais de la honte devant ce qu'il avait dû subir dans sa vie de la part de personnes portant le nom de "chrétien", et ce, même au Canada.
Pourtant, rien dans son récit n'était porteur de rancoeur ou de reproches. Il voulait surtout se dire et tenter encore une fois de comprendre l'incompréhensible. En écoutant son récit, je touchais surtout sa peine et je pleurais avec lui. Il m'avoua qu'il n'avait jamais voulu raconter son histoire à ses enfants afin de ne pas mettre la haine des Allemands dans leur coeur.
Ce matin, j'ai rencontré un homme bon, un homme qui porte une grande blessure et pour qui il faut prier sans doute, mais peut-être est-ce nous qui avons surtout besoin de sa prière. 
mercredi 12 mars, 2008
Difficile anonymat
J'ai réfléchit à la demande que me faisait une lectrice au sujet de mon identité, il y a de ça quelques mois. Il est évident que le fait de garder l'anonymat m’empêche d'aborder certains sujets ou certaines situations, car alors certaines personnes me reconnaîtrait immédiatement. Par ailleurs, cela complique énormément la tâche d'un blogueur. J'ai donc décidé de passer aux aveux et de révéler mon identité.
Oui le Moine ruminant c'est moi! Voilà, c'est fait. Désormais, j'espère pouvoir partager davantage de choses reliées à mon quotidien. Par exemple, le fait que je sois maître des novices, ou que je me prépare à donner une session sur Etty Hillesum. 
dimanche 9 mars, 2008
J'aime l'hiver!
Inévitable! On ne peut y échapper, nous aimons parler de nos hivers ici au Québec. Cette année nous avions déjà reçu plus de 400 cm de neige dans la région de Québec et voilà, qu'hier et toute la nuit, nous est tombé dessus cinquante centimètre de plus, sans compter les vents de 90 km/h. Un véritable ouragan d'hiver. Quelle puissance de la nature.
Extraordinaire! J'en ai profité pour marcher dans les rues, au risque de me faire emporter. Que voulez-vous, j'aime l'hiver! Certains diraient « contre mauvaise fortune il faut faire bon coeur », mais ce n'est pas mon cas, non, pas du tout. Je plains tous ceux et celles qui de par le monde n'ont jamais connu l'hiver, le véritable hiver comme nous avons la chance del'avoir ici au Canada. Quelle blancheur, quelle lumière et quelle fraîcheur! L'hiver, c'est un hymne à la vie!
Ce matin, la neige à la porte de notre couvent nous allait sous les aisselles. Sérieux! Six frères du couvent, en plus d'un bon samaritain qui n'a jamais voulu nous dire son nom, se sont mis à la tâche avec des pelles de toutes sortes et, une heure plus tard, le déblaiement terminé, nous allions chez notre voisine afin de déneiger son entrée de maison, elle qui ne pouvait plus sortir depuis 24 heures à cause de la neige accumulée. De plus, elle habite sur la rue des Dominicains. Il fallait bien faire honneur à ce nom. Elle pleurait tellement elle était émue de notre visite surprise. Ah! que c'est bon l'hiver!
Voici en terminant un poème bien connu ici au Québec, dont les premiers versets nous viennent aux lèvres dès qu'il se met à neiger. Il a été écrit par un grand poète de chez nous, Émile Nelligan :
Soir d'hiver
Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j'ai, que j'ai!
Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire: Où vis-je? Où vais-je?
Tous ses espoirs gisent gelés:
Je suis la nouvelle Norvège
D'où les blonds ciels s'en sont allés.
Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.
Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
À tout l'ennui que j'ai, que j'ai!... 
mercredi 5 mars, 2008
Dialoguer avec l'Islam
Lors d'une entrevue avec le journal La Croix, le P. Étienne Renaud, directeur des études de l'Institut pontifical d'études arabes et islamiques (Pisai) à Rome, est interviewé au sujet de la rencontre de Benoît XVI avec quatre représentants musulmans. Interrogé au sujet de la pertinence du dialogue entre le christianisme et l'Islam, il rappelle les difficultés d'un dialogue théologique avec l'Islam, puisque le Coran ne reconnaît ni la divinité du Christ, ni sa crucifixion et encore moins le grand mystère de la Rédemption. Ce qui distingue entre autres l'Islam et le christianisme, dit -il, c'est que dans l'Islam « Dieu donne » et dans le christianisme « il se donne ».
Où alors trouver un terrain de dialogue? Le P. Renaud répond :
« ... pour moi, le vrai dialogue, c’est ce que l’on a coutume d’appeler dialogue spirituel, lorsque chacun peut rendre compte, dans une grande liberté mutuelle, de son expérience de Dieu. Alors, on ne se trouve plus face à face, mais on regarde ensemble vers Dieu. »
Abraham Lincoln : « Ne soyons pas pressés de dire que Dieu est de notre côté. Prions pour être du côté de Dieu. » 
lundi 3 mars, 2008
Sourde, muette et aveugle
Un livre à lire, celui de Hellen Keller, publié en 1991, réédité en 2001 dans la collection Petite bibliothèque Payot, et qui s'intitule : "Sourde, muette et aveugle". Véritable drame dans les ténèbres où l'on assiste au combat d'une femme emmurée qui cherche à tout prix à s'ouvrir à ce monde qu'elle appréhende autour d'elle, mais qu'elle ne peut ni voir, ni entendre. Voici un extrait :
« Nous descendîmes le sentier qui menait au puits, attirés par le parfum épandu dans l'air ambiant par le chèvrefeuille qui formait un dôme au-dessus du puits. Quelqu'un était précisément occupé à tirer de l'eau, et mon institutrice me plaça la main sous le jet du seau qu'on vidait. Tandis que je goûtais la sensation de cette eau fraîche, Miss Sullivan traça dans ma main restée libre le mot eau, d'abord lentement, puis plus vite. Je restais immobile, toute mon attention concentrée sur les mouvements de ses doigts.
Soudain il me vint un souvenir imprécis comme de quelque chose depuis longtemps oublié et, d'un seul coup, le mystère du langage me fut révélé. Je savais maintenant, que e-a-u désignait ce quelque chose de frais qui coulait dans ma main. Ce mot avait une vie, il faisait la lumière dans mon esprit qu'il libérait en l'emplissant de joie et d'espérance. Il me restait bien des obstacles à franchir, il est vrai, mais j'étais pénétrée de cette conviction qu'avec le temps j'y parviendrais. » 
Photo de Helen Keller et de son professeur Anne Sullivan. Photo prise en 1888 et retrouvée en 2008.
KELLER, Helen. Sourde, muette, aveugle. Histoire de ma vie.
Paris, Petite Bibliothèque Payot. 2001. 288p 
vendredi 29 février, 2008
Etty Hillesum et le pardon
Le Journal et les Lettres d'Etty Hillesum nous révèlent la tragédie d'une époque terrible, celle de la Deuxième Guerre mondiale et de la Shoah. L'on pourrait évoquer ici Anne Franck comme similitude de destin, mais avec Etty Hillesum l'expérience de Dieu se fait plus intense, plus réfléchie, comme celle d'Edith Stein ou de Simone Weil. De plus, l'acte d'écriture chez Etty, est d'une grande qualité littéraire, ce qui mérite à son Journal et à ses Lettres une place d'honneur dans une anthologie des grands textes spirituels du XXe siècle. L'écrivain néerlandais Abe Herzberg affirme ceci au sujet d'Etty Hillesum: "Je n'hésite pas à dire qu'à mon sens, nous nos trouvons ici en présence d'un des sommets de la littérature néerlandaise."
Etty nous livre une réflexion sur le pardon des plus profonde et des plus pertinente pour notre époque. Dans une lettre imaginaire à son amie Isle Blumenthale, Etty écrit dans son journal :
« Oui, la vie est belle, et je lui reconnais toute sa valeur à la fin de chaque journée, même si je sais que les fils des mères, et tu es une telle mère, sont assassinés dans les camps de concentration. Et tu dois être capable de porter ta peine; même si elle semble t'écraser, tu seras capable de te relever de nouveau, car les êtres humains sont si forts, et ta peine doit devenir une part intégrale de toi-même; une partie de ton corps et de ton âme, tu ne dois pas la fuir, mais la porter comme un adulte.
Ne soulage pas tes sentiments par la haine, ne cherche pas à être vengée sur toute les mères Allemandes, car, elle aussi, pleure en ce moment même pour leurs fils abattus, assassinés. Donne à ta peine tout l'espace et l'abri en toi qui lui revient, car si tous portent leur peine honnêtement et courageusement, la peine qui maintenant remplie le monde va disparaître.
Mais si tu ne prépare pas un abri décent pour ta peine, et réserve plutôt au-dedans de toi un espace pour la haine et les sentiments de revanche - desquels des peines verront le jour pour d'autres - alors la peine ne cessera jamais en ce monde et se multipliera. Mais si tu as donné à la peine l'espace que sa douce origine demande, alors tu pourras dire en vérité: la vie est si belle et si riche. Si belle et si riche qu'elle te donne envie de croire en Dieu. » (28 mars 1942) 
mercredi 27 février, 2008
Jésus vient accomplir la Loi
L'évangile du jour nous interpelle car il y est question de loi et de l'affirmation provocante de Jésus : "Je ne suis pas venu abolir la loi, mais l'accomplir" (Mat 5, 17-19). Le dominicain Yves Congar a livré une belle réflexion sur le sujet. Écoutons-le :
« L'homme libre est celui qui s'appartient à soi-même; l'esclave, lui, appartient à son maître. Ainsi quiconque agit spontanément agit librement; mais qui reçoit son impulsion d'un autre, n'agit pas librement. Celui-là donc qui évite le mal, non parce que c'est un mal, mais en raison d'un précepte du Seigneur, n'est pas libre. En revanche, celui qui évite le mal parce que c'est un mal, celui-là est libre. Or c'est là ce qu'opère le Saint Esprit qui perfectionne intérieurement notre esprit en lui communiquant un dynamisme nouveau, si bien qu'il s'abstient du mal par amour, comme si la loi divine le lui commandait; et de la sorte, il est libre, non qu'il ne soit pas soumis à la loi divine, mais parce que son dynamisme intérieur le porte à faire ce que prescrit la loi divine. » (CONGAR, Yves. Je crois en l'Esprit saint. Tome II. Cerf, 1979, p. 166).
Quel paradoxe que cette liberté dans l'Esprit Saint ! Guidé par une loi d'amour, le baptisé devient vraiment libre pour assumer toutes les exigences de la suite du Christ. Comme le rappelait le Père Yves Congar, o.p. : « Le christianisme n'est pas une loi, mais il en comporte une, il n'est pas une morale, bien qu'il en comporte une. Il est, par le don de l'Esprit du Christ… un mouvement de la grâce qui entraîne en nous, comme son produit ou son fruit, certains comportements appelés, exigés même par ce que nous sommes. C'est à la fois extrêmement fort et extrêmement fragile. » (p.167)
L'avantage d'une loi bien codifié peut donner des résultats efficaces; l'on sait ce que l'on doit faire et ce que l'on ne doit pas faire. Mais la loi de l'Esprit Saint en nous est une loi non par pression mais par appel : « C'est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement que cette liberté ne donne aucune prise à la chair ! » (Ga 5,13-14). 
mardi 26 février, 2008
L'impossible pardon
Jésus dans son évangile nous propose une voie inédite dans la lutte contre le mal et la violence, une arme insoupçonnée dans la rencontre du frère ou de la soeur qui se dresse en ennemi. C'est la force du pardon. Non pas le pardon qui est démission ou qui fait fi de la justice et de la vérité, mais le pardon évangélique qui est capable de porter un regard lucide à la fois sur soi et sur l'autre, qui est capable de voir en cet autre, en dépit de ses fautes, le frère ou la soeur qui s'est égaré.
Utopique? Bien sûr! Comme tout l'Évangile d'ailleurs. Mais parce que notre Dieu est le Dieu de l'impossible, ses paroles deviennent promesses pour nous. S'il nous invite à nous pardonner, s'il nous commande de nous aimer les uns les autres jusqu'à aimer nos ennemis, c'est qu'il nous sait capables d'un tel dépassement. Puisque nous sommes capables de Dieu, nous sommes capables d'aimer et de pardonner, sinon Jésus ne nous inviterait pas à le faire.
Après la liquidation d'un des camps par des troupes américaines, dans une des baraques, un morceau de papier d'emballage a été trouvé, sur lequel un homme avait inscrit une prière:
« Seigneur, lorsque Tu viendras dans ta gloire, ne Te souviens pas seulement des hommes de bonne volonté, souviens-Toi également des hommes de mauvaise volonté. Mais ne Te souviens pas alors de leurs cruautés, de leurs sévices et de leurs violences. Souviens-toi des fruits que nous avons portés à cause de ce qu'ils ont fait. Souviens-Toi de la patience des uns, du courage des autres, de la camaraderie, de l'humilité, de la grandeur d'âme, de la fidélité qu'ils ont réveillé en nous. Et fais, Seigneur, que les fruits que nous avons portés soient un jour leur rédemption. » (La Vie spirituelle . mars-avril 1988, n° 678, pp. 222-223)
Jésus nous enseigne une voie de perfection pour accueillir le Règne de Dieu : le don réciproque les uns aux autres de cet amour prodigué si généreusement par Dieu et qui, dans sa pointe extrême, devient pardon, ce pardon total et inconditionnel dont témoigne Jésus sur la croix. Et sur cette croix, Jésus n'attend pas que ses bourreaux viennent lui demander pardon pour pardonner : « Pardonne-leur Père, car ils ne savent ce qu'ils font. » Jésus fait le premier pas. Il pardonne. Et c'est lorsque l'on peut faire ce premier pas que l'Évangile devient véritablement Bonne Nouvelle dans nos vies et que nous devenons vraiment disciples du Christ. 
lundi 25 février, 2008
Testament spirituel du frère Christian
QUAND UN A-DiEU S'ENVISAGE...
S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNEE à Dieu et à ce pays.
Qu'ils acceptent que le Maître unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal. Qu'ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ? Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes laissées dans l'indifférence de l'anonymat. Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus. En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance. J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui- là qui me frapperait aveuglément.
J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cour à qui m'aurait atteint.
Je ne saurais souhaiter une telle mort ; il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.
C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut- être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit, surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement. Je sais aussi les caricatures de l'islam qu'encourage un certain islamisme. Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.
L'Algérie et l'islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit-fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Eglise, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : « Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense ! » Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants de l'islam tels qu'il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion, investis par le don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.
Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout. Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui, et vous, ô amis d'ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sours et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !
Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais. Oui, pour toi aussi je le veux, ce MERCI, et cet « A-DIEU » envisagé de toi. Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !
Incha Allah !
Frère Christian de Chergé
Alger, l décembre 1993.
Tibhirine. l janvier 1994. 
vendredi 22 février, 2008
Nuits de la foi en agonie…
Le doute est là, et la folie
d’aimer tout seul un Dieu absent et captivant.
« Mais la souffrance que je préfère,
dit Dieu, c’est quand la femme attend
avant la joie d’enfantement.
Car ces douleurs où l’on espère,
Mon Fils les prend dans sa Passion,
et les soumet à ma Patience. »
Il prie encore dans mon silence
le Bien-Aimé abandonné
dont la détresse et l’espérance ont pris ma voix.
Ce que j’espère, je ne le vois…
C’est mon tourment, tourné vers Lui.
Toute souffrance y prend son sens,
caché en Dieu comme une naissance,
ma joie déjà, mais c’est de nuit !
Christian de Chergé (prieur de Tibhirine), L’invincible espérance. 
Reprise d'un blogue
Chers amis et fidèles lecteurs du « Moine ruminant », je pensais que le jour viendrait où j'aurais envie de renouer avec cette expérience d'écriture et de partage via le blogue du « Moine ruminant ». Comment reprendre le fil sinon pour vous dire que j'habite toujours le Québec même si ma vocation de prêcheurs m'amène à sillonner les vastes steppes de ce monde, donnant raison au bénédictin Mathieu de Paris, s'écriant indigné en voyant les premiers dominicains au début du XIIIe siècle : « ils ont pour cloître l'univers et l'océan pour clôture! »
Reprendre un blogue, c'est renaître un peu. C'est avoir en mémoire tous ceux et celles d'entre vous qui ont pris la peine de m'écrire. Ce sont des liens souvent anonymes, mais tout de même personnels et riches, car je sais que derrière ce vaste univers de Cybérie, ce sont des vies et des visages qui se côtoient et fraternisent sur la vaste toile du monde.
Comme entrée en matière, j'aimerais partager avec vous cette prière du frère Christian de Chergé, prieur de la Trappe de Tibhirine, assassiné avec sept autres moines le 21 mai 1992 en Algérie.
Frère Thomas (Le Moine ruminant) 