Spiritualité 2000 le webzine des chercheurs de Dieu
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LE BLOGUE DU MOINE RUMINANT

Blogue d'un moine qui rumine devant la vie qui passe


Vache dans un pré en Pologne Tenir un blogue ? Pourquoi pas ! C’est actuel, c’est nouveau, c’est créateur. Prêtre et religieux, je suis avant tout un chrétien pour qui la foi au Dieu de Jésus-Christ fonde le sens même de mon existence.

frère Thomas

 

* Vous pouvez faire parvenir vos commentaires au webmestre qui les transmettra au frère Thomas.


vendredi, le 31 mars 2006

La communion des mains

Depuis que je suis prêtre j’ai toujours été fasciné par ces mains qui se tendent vers moi lors de la communion. Elles me dévoilent un peu la personne qui les tend et elles font de moi le témoin privilégié du mystère d'une rencontre. Depuis que je suis prêtre je ne compte plus les milliers de mains qui se sont tendues vers cette petite hostie entre mes doigts. J'en suis encore émerveillé.

À chaque eucharistie défilent devant moi des mains de toutes sortes, minuscules ou trapues, douces ou décharnues. Mains fermées et mains ouvertes, mains qui dévoilent leurs faims, leurs désirs ou leur indifférence. Voilà longtemps que je souhaitais parler de ces mains.

Il y a les mains pressées, peut-être est-ce de la timidité, souvent elles sont brusques et enlèvent littéralement le Corps du Christ. Des mains promptes à prendre et promptes à se retirer, emportant avec elles leur hâte.

Il y les mains timides, des mains qui semblent quémander le Corps du Christ tout en s'excusant d'être là. Elles sont malhabiles et semblent dire : "Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir... ", oubliant la finale de la formule: "mais dis seulement une parole et je serai guéri."

Il y les mains fières qui reçoivent l’hostie comme un dû, qui prennent et s’en vont, sans rien dire. Ou encore les mains distraites, le regard ailleurs, ou est-ce le coeur?

Mais il y a aussi les mains qui adorent, qui contemplent déjà en s’avançant. Ce sont des mains sereines, des mains de foi, toutes ouvertes au mystère. Comme il y a aussi ces mains pieuses, toutes recueillies mais parfois à l'excès, et qui me laissent alors un étrange malaise, comme si elles voulaient ne garder que pour elle le Christ qui s'offre à tous.

Et que dire de ces mains usées, tannées par le travail, mains rugueuses, sales parfois. Je revois ces mains de cultivateurs ayant passé toute la journée aux champs. Ce sont des impressionnantes qui parle de l'Homme et de son labeur sur la terre.

Il y a aussi les mains usées et ridées des vieillards. Ce sont des mains fidèles et persévérantes, on voudrait les baiser, comme si elles portaient les plaies du Christ. Bien qu’elles tremblent un peu en offrant leur faiblesse, elles respirent la confiance en Dieu et la foi têtue. Ce sont les plus belles mains avec les mains des enfants.

Les mains d'enfants sont des mains confiantes, toutes données. Elles sont encore toutes petites et elles sourient au mystère de Dieu qui se dépose en elles. Ce sont des mains pleines de joie et de fraîcheur, ce sont les mains de la jeunesse et de l'avenir de l'Église. Elles me rendent heureux d’être prêtre.

Enfin, les mains qui m’émeuvent tout particulièrement, ce sont les mains des itinérants (SDF). On en voit peu, mais lorsqu’elles se présentent on les remarque tout de suite. Ce sont des mains abîmées, cicatrisées, noircies, parce que laissées à elles-mêmes, solitaires et abandonnées. Elles hésitent souvent lorsqu’elles se tendent, comme gênée d'être là, et pourtant si habituées à quémander... En les voyant je me dis: “Que voilà des mains qui souffrent.” Elles ressemblent aux mains du Christ.

La communion des mains c'est tout cela mais c'est avant tout recevoir le Corps du Christ. C’est prendre entre ses doigts ce qu’il y a de plus précieux dans la création. Pour Simone Weil, l'hostie nous place au degré le plus infime de la Création, et parce que justement ce degré est le plus bas, il est le plus capable de recevoir l'infini.

Et c'est là qu'intervient la main du prêtre. Quelle conscience elle doit avoir de l'honneur qui lui échoît, car dans cette main qui tend l'hostie, il y a la main du Christ qui dispense en toute gratuité le grand mystère de l'Amour fait chair.

N'ayons donc pas peur d'ouvrir bien grand les mains et de dire AMEN! Fin du texte

 


mercredi, le 29 mars 2006

Dieu et le barbier

Un homme entra dans un salon pour se faire couper les cheveux et tailler la barbe. Avec le barbier, il discuta de sujets nombreux et variés. Soudain, ils abordèrent celui de Dieu. Le barbier dit : "Écoute, je ne crois pas que Dieu existe, comme tu le dis.

- Pourquoi donc? continua le client.
- C'est évident. Tu n'as qu'à sortir dans la rue pour comprendre. Dis-moi, si Dieu existait, y aurait-il tant de gens malades? Y aurait-il tant d'enfants abandonnés? Si Dieu existait vraiment, il n'y aurait ni souffrance ni peine. Comment Dieu pourrait-il permettre tout ça? "

Le client réfléchit et ne répondit rien. Lorsque le barbier termina son travail, le client sortit. Aussitôt, sur la rue, il vit un homme aux cheveux longs et à la barbe négligée. Le client retourna alors au salon et dit au barbier : " Tu sais quoi? Les barbiers n'existent pas.

- Comment ça, les barbiers n'existent pas? demanda le barbier, amusé. Ne suis-je pas ici et ne suis-je pas un barbier moi-même?
- Non! s'écria le client. Ils n'existent pas parce que s'ils s'existaient, il n'y aurait pas des gens avec des cheveux longs et une barbe négligée, comme cet homme qui marche dans la rue.
- Les barbiers existent. Mais ce qui arrive, c'est que les gens ne viennent pas à moi.
- Exactement! affirma le client. Dieu existe. Mais comme les gens ne vont pas vers LUI, il y a dans le monde beaucoup de souffrances et de peines. " Fin du texte

 


lundi, le 27 mars 2006

 

« Je vais où Dieu me mène, incertain de moi, mais sûr de lui » (Henri Dominique Lacordaire, o.p.). Fin du texte

 


dimanche, le 26 mars 2006

Le printemps

C'est dimanche. Première journée de soleil. Premier ciel bleu sans nuages depuis plusieurs semaines, des semaines interminables qui m'ont parues des mois. Aujourd'hui une foule bigarrée et joyeuse a envahi les rues et les parcs d'un seul élan, poussant les enfants rieurs au-devant, à travers un cortège de chiens et de poussettes. C'est comme si toute la population de Québec sortait de ses quartiers d'hiver afin de fêter la victoire de la lumière et d'un printemps que rien ne peut plus arrêter maintenant.

Il faut dire que nous avons ici à Québec près d'un mètre de neige encore devant les maisons et dans les parcs. Mais le tout a commencé à fondre à une vitesse vertigineuse et nous savons que le printemps va déferler sur les restes de l'hiver vaincu, avec une force impitoyable, faisant se gonfler et déborder ruisseaux et rivières, et faisant éclater les arbres de nos forêts en milliards de feuilles aux milles teintes d'un vert tendre et unique.

Dans mon pays, nous vivons vraiment au rythme des saisons, chacune ayant sa marque distinctive et son attrait. Mais l'hiver est sans doute la saison la plus mal-aimée, malgré tout le bien qu'on en dit dans nos poèmes et nos chansons. Nous l'aimons, mais comme il ne sait plus se retirer quand l'heure est venue, il devient insupportable. Il dure et il dure trop longtemps... Allez fout l'camp!! Et sans rancune, car l'heure est au printemps.

Ce n'est pas sans raison que la fête Pâques trouve sa place au coeur du printemps, qui est la plus courte de nos saisons en ce pays qui est le mien. Comme le dit une hymne de l'Office des lectures:

"En prenant chair de notre chair,
Dieu transformait tous nos déserts
En Terre d'immortels printemps."

Puisse-t-il en faire autant avec nos longs hivers. Fin du texte

 


vendredi, le 24 mars 2006

L'avenir de l'Église

Je ne puis parler que de mon coin de pays, mon petit coin d'Église. Je sais que la réalité est à géométrie variable selon le lieu où le soleil se couche sur l'Église, mais ici où j'habite, les chrétiens sont inquiets.

Inutile de se le cacher. Il est difficile de trouver des communautés chrétiennes vivantes, des prêtres inspirants et prophétiques, des apôtres de feu, des laïcs conscients de la richesse de leur foi... Bien souvent la foi "chrétienne" que l'on rencontre est plus proche de la religiosité que d'une suite personnelle du Christ. Et pourtant je connais des chrétiens et des chrétienens admirables et qui font ma joie.

Membre d'une communauté religieuse, je côtoie à la fois la ténacité tranquille d'hommes de foi et d'espérance, dans un contexte où d'autres ont tout simplement démissionnés ou ne voient plus très bien le sens de leur engagement premier. Les couples connaissent bien cet itinéraire obligé de "l'engagement pour la vie", qui fait appel à une lucidité et un engagement de tous les instants, afin de passer sur la rive de la fidélité créatrice. C'est tout un défi et il ne peut se mener que dans la prière et l'abandon.

C'est là le défi de mon Église et c'est aussi mon défi personnel. Et cela m'amène toujours à la même question: comment faire pour évangéliser, mot qu'il faut manier avec beaucoup de doigté et de circonspection tellement il est soupçonné ou même décrié. On lui associe les pires intentions, comme si évangéliser s'apparentait à un viol des consciences et au mépris des cultures. Ce n'est pas reconnaître le don de Jésus-Christ que de penser ainsi. Alors comment donner le goût aux hommes et aux femmes que nous côtoyons de connaître Celui qui est, la Source même de nos vies et qui nous appelle à Lui?

Jean-Paul II l'affirmait, et je le crie tout haut : "Comment cacher la joie qui nous habite?" Et comment l'annoncer sans que l'on se bouche les oreilles autour de nous? La partie la plus difficile de cette équation demeure toujours l'annonce, qui sans cesse rencontre le "nous t'entendrons un autre jour."

Cette problématique pose bien sûr toute la question du "comment faire communauté entre chrétiens?" Faut-il viser le plus petit dénominateur commun, comme c'est trop souvent le cas, et qui nous donne alors des communautés peu attirantes, axées sur la sacrementalisation et les rites sociologiques, ou viser un radicalisme qui ne peut que réduire nos communautés qu'à des peaux de chagrin, bien que plusieurs en soient déjà à ce stade? Voilà ce que moi et bien des amis chrétiens partageons ensemble, en attente de réponses ou de signes probants quant à la direction à prendre.

Quel vaste chantier qui se dresse devant nous dans mon coin d'Église et que je ne puis que confier à l'Esprit Saint tellement l'entreprise m'échappe, dans un contexte de refus de l'Église et de Dieu lui-même.

Il faut prier. Voilà notre première responsabilité afin que Dieu ouvre une fenêtre quand les portes se ferment. Car je sais dans la foi que cela arrivera, mais je ne sais ni le jour ni l'heure... Fin du texte

 


mardi, le 21 mars 2006

Le Christ et l'Église

Le pape Benoît XVI a commencé durant le carême, lors de ses audiences hebdomadaires du mercredi, une série de conférences sur le thème: "La volonté de Jésus sur l’Eglise et le choix des Douze". On peut trouver ces conférences sur le site de ZENIT News à la section "Documents".

On y retrouve le pape professeur et pédagogue dans un texte d'une grande clarté et d'une grande profondeur quant au lien entre la foi au Christ et l'Église. Voici un aperçu de la thèse défendue par Benoît XVI :

"... c'est interpréter de façon tout à fait erronée le message de Jésus que de le séparer du contexte de la foi et de l'espérance du peuple élu: comme le Baptiste, son précurseur immédiat, Jésus s'adresse avant tout à Israël (cf. Mt 15, 24) pour le « rassembler » dans le temps eschatologique arrivé avec lui."

Comment ne pas évoquer ici la mémoire du pape Paul VI qui affirmait : "On ne peut aimer le Christ sans aimer l'Église." Une série de conférences à ne pas manquer! Fin du texte

 


dimanche, le 19 mars 2006

Le bon saint Joseph

Devant saint Joseph, l'époux de la Vierge Marie, père adoptif de Jésus, je me sens muet comme le boeuf de l'étable. Il est tout caché cet homme dans les replis du mystère entourant l'enfant de la crèche. Et pourtant il a vécu une intimité telle avec l'Enfant-Dieu, qu'elle surpasse sûrement tout ce qu'on peut en imaginer. Je me fais l'image d'un Joseph viril et contemplatif. Fort et doux. Tendre et responsable.

En cette fête de saint Joseph, je vous partage un extrait d'un sermon de Bossuet, texte envoyé par Béatrice Cantoni qui a aussi écrit un fort beau texte sur Joseph :

« Les apôtres sont des lumières pour faire voir Jésus-Christ au monde ; Joseph est un voile pour le couvrir : et sous ce voile mystérieux on nous cache la virginité de Marie et la grandeur du Sauveur des âmes. Aussi nous lisons dans les Écritures que lorsqu’on le voulait mépriser : « N’est-ce pas là, disait-on, le fils de Joseph ? » Si bien que Jésus entre les mains des apôtres, c’est une parole qu’il faut prêcher : « Loquimini omnia verba viae hujus », prêchez la parole de cet Évangile ; et Jésus entre les mains de Joseph, c’est une parole cachée : « Verbum absconditum » et il n’est pas permis de la découvrir (…) Joseph, au contraire, en entendant parler des merveilles de Jésus-Christ, il écoute, il admire et se tait. » (Bossuet, sermon du 19 mars 1661)

La rencontre de l'autre

François Varillon, dans son livre : « Un chrétien devant les grandes religions », pose la question suivante : « Qu’est-ce que le christianisme m’apporte d’absolument unique et irremplaçable? Il est vrai que, lorsque les chrétiens ne sont pas capables de répondre à cette question, on peut se demander s’ils sont vraiment chrétien et pourquoi ils le sont » (p. 26). Le jugement de Varillon ici est sévère, surtout à une époque où tant de choses sont relativisées. Mais fondamentalement, il a raison. La suite du Christ ne peut pas être ramené tout simplement à un style de vie parmi d’autres, ou à une question de culture ou d’habitude. Qu’est-ce qui me fait vivre comme chrétien? That is the question , comme dirait Shakespeare. “To be or not to be.”

Naturellement, à une époque où la notion de tolérance a fait des gains considérables, où l'oecuménisme a donné naissance en quelque sorte au dialogue inter-religieux (pensons à la première rencontre inter-religieuse d’Assise en 1984), l’on constate que le contre-coup de cette ouverture à l’autre semble être la tentation de relativiser ce qui fait la spécificité de chacun. Cette tentation est grande dans le dialogue oecuménique et inter-religieux, tant au niveau des intervenants, qu’au niveau du grand public, du croyant ordinaire, qui en arrivent à penser que toute croyance renvoie à la même réalité, que tout se vaut. Cela entraîne alors un certain relativisme qui tend à dévaluer la spécificité de l’expérience spirituelle chrétienne. Un intellectuel Hindou, Ananda K. Coomarasvamy affirme, face à ce courant contemporain : "La tolérance moderne est dans une large mesure le symptôme, soit de l’indifférence envers la vérité ou l’erreur spirituelle, soit de la conviction que la vérité ne pourra jamais être connue." (Cité in F. Varillon, p.22) Fin du texte

 


vendredi, le 17 mars 2006

En la fête de saint Patrick

Moi Patrick
J'avance sur ma route
Avec la force de Dieu comme appui
La puissance de Dieu pour me protéger
La sagesse de Dieu pour me diriger
L'oeill de Dieu pour me guider
L'oreille de Dieu témoin de mon langage

Que la parole de Dieu soit sur mes lèvres
Que la main de Dieu me garde
Que le chemin qui mène à Dieu
s'étende devant moi
Que le bouclier de Dieu me protège
que l'armée invisible de Dieu me sauve
De toute embûche du démon
De tout vice qui pourrait me réduire en esclavage
Et de tous ceux qui me veulent du mal
Au cours de mon rapide ou long voyage
Seul ou avec la multitude
Que le Christ sur ma route
Me garde
Afin qu'une moisson fructueuse
Puisse accompagner ma mission

Christ devant moi, derrière moi
Christ sous moi, sur moi
Christ en moi et à mes côtés
Christ autour et alentour
Christ à ma gauche et Christ à ma droite
Christ avec moi le matin et avec moi le soir
Christ dans chaque cour qui pensera à moi
Christ sur chaque lèvre qui parlera de moi
Christ dans chaque regard qui se posera sur moi
Christ dans chaque oreille qui m'écoutera...

Sur ma route...
Me conduisant vers le roi d'Irlande
et sa colère
J'invoque le pouvoir de la Trinité Sainte
Par ma foi dans le Père.
Et en Dieu Créateur.

Saint Patrick d'Irlande Fin du texte


 

jeudi, le 16 mars 2006

Mourir d'aimer

Lors de l’ouverture du concile des jeunes, en 1974, frère Roger de Taizé avait dit :

"Sans amour, à quoi bon exister ? Pourquoi vivre encore ? Avec quel but ? Là est le sens de notre vie : être aimés pour toujours, jusque dans l’éternité, pour que, à notre tour, nous allions jusqu’à mourir d’aimer. Oui, heureux qui meurt d’aimer."

Dans notre culture occidentale, "être aimé" devient souvent l'obsession fondamentale, où l'on a absolument besoin du regard de l'autre, regard exclusif sans lequel on pense ne pouvoir vivre. C'est alors l'amour fou et consumant qui mène à la déraison, et parfois même à la violence. C'est éros qui se déchaîne et qui puise dans les passions les plus vils de l'Homme afin de trouver son dû.

L'amour dont parle le frère Roger s'inspire d'une toute autre dynamique, que développe admirablement bien le pape Benoît XVI dans son encyclique "Deus caritas est". Oui, nous avons besoin d'être aimé, mais l'amour ne saurait jamais être captif du regard d'autrui. Nous sommes appelés à un amour de réciprocité, qui est fait pour construire; il est fait pour donner et il puise dans cette réserve de charité insoupçonnée qui nous habite et qui repose en Dieu. C'est ainsi que toute personne peut s'accomplir en vérité quand elle se met à l'écoute de cet appel intérieur. Saint Bernard de Clairvaux affirme ce qui suit:

"L'amour se suffit à lui-même, il plaît par lui-même et pour lui-même. Il est à lui-même son mérite, à lui-même sa récompense. L'amour ne cherche hors de lui-même ni sa raison d'être, ni son fruit. Son fruit, c'est l'amour même. J'aime parce que j'aime, j'aime pour aimer. Quelle grande chose que l'amour, si du moins il remonte à Dieu son principe, s'il retourne à son origine, s'il reflue vers sa source, pour y puiser toujours son jaillissement. (Homélie sur le Cantique des cantiques) Fin du texte

 


mercredi, le 15 mars 2006

To blogue or not to blogue...

J'ai peu écrit ces derniers temps. Un temps de "vaches maigres" se disent certains pour le moine ruminant? Pas exactement. Mes occupations m'ont tenu à l'extérieur de la ville et de mon pré, mais le blogue m'habitait. C'est un peu comme un enfant à qui l'on a donné la vie. Il faut ensuite s'en occuper. On s'en souci.

C'est mystérieux cette relation avec des lecteurs et des lectrices des quatre coins du monde, avec qui l'on partage sans se connaître. C'est lorsque vous m'écrivez que je prends alors conscience de l'impact d'un blogue. De petites phrases anodines qui parfois viennent éclairer un pan de vie quotidienne.

J'ai eu la chance le week-end dernier de participer à un colloque sur Catherine de Sienne. J'en suis revenu tout plein de ce feu cathérinien. Catherine écrira dans l'Oraison numéro XXII :

"Dans ta nature, Déité éternelle, je connaîtrai ma nature. Et quelle est ma nature, amour inestimable? C'est le feu parce que tu n'es autre que feu d'amour, et c'est de cette nature que tu as donnée à l'homme puisque par feu d'amour tu l'as créé. Et ainsi toutes les autres créatures et toutes les choses créées, tu les as faites par amour."

Quelle femme! Je comprends qu'elle soit co-patronne de l'Europe, car Catherine était une femme forte et inspirée, une figure prophétique dans une Europe en mutation. De plus, elle est aussi docteur de l'Église, la première à recevoir cette reconnaissance avec Thérèse d'Avila.

Mais le grand mérite de Catherine de Sienne est de nous faire entrer dans l'intimité de l'amour de Dieu à travers son Dialogue, ses Lettres et ses Oraisons. Sa doctrine spirituelle semble inépuisable à qui s'en approche, tellement elle a contemplé Celui qu'elle appelle: "Déité éternelle", "Amour inestimable", "Feu qui sans cesse brûle", la "douce première vérité". Elle parlait ainsi à Dieu:

"O Trinité éternelle! ô Déité! ... vous êtes une mer sans fond où plus je me plonge, plus je vous trouve, et plus je vous trouve, plus je vous cherche encore. De vous, jamais on ne peut dire : c'est assez ! L'âme qui se rassasie dans vos profondeurs vous désire sans cesse, parce que toujours elle est affamée de vous, Trinité éternelle... Car j'ai goûté et j'ai vu, avec la lumière de mon intelligence dans votre lumière, votre abîme, ô Trinité éternelle, et la beauté de la créature. En me contemplant en vous, j'ai vu que j'étais votre image, et que vous m'avez donné votre puissance à vous, Père éternel, avec dans mon intelligence la sagesse, qui est votre Fils unique, en même temps que l'Esprit-Saint qui procède de vous et de votre Fils, faisait ma volonté capable de vous aimer... O abîme, ô Divinité éternelle! Océan sans fond!" (Oraison 22, 10)Fin du texte

 


lundi, le 13 mars 2006

Ce qui m'étonne dit Dieu...

Ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'espérance.
Et je n'en reviens pas.
Cette petite espérance qui n'a l'air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.
Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de coeur.
Ou une soeur aînée qui est comme une mère.
L'Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l'année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d'Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son boeuf et son âne en bois d'Allemagne.
Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu’elles sont en bois.
C'est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.
Comme l'étoile a conduit les trois rois du fin fond de l'Orient.
Vers le berceau de mon fils.
Ainsi une flamme tremblante.
Elle seule conduira les Vertus et les mondes.
Une flamme percera des ténèbres éternelles.

Un texte de Charles Péguy. Fin du texte

 


mercredi, le 8 mars 2006

L'inespéré

"Sans l'espérance jamais vous ne rencontrerez l'inespéré" (Héraclite d'Éphèse)Fin du texte

 


mardi, le 7 mars 2006

Le bonheur est dans le pré

"Je ne perds pas confiance en Dieu et je n'attends ni miracle, ni solution magique. Avec humour, je dirais que j'essaie simplement d'être plus patient que Dieu. Peut-être va-t-il céder le premier et ouvrir le chemin devant moi de guerre las!"

Voilà ce que j'écrivais à une amie il y a quelques jours. Un peu d'humour mais beaucoup de vérité. À mon corps défendant parfois, je dois reconnaître que plus nous configurons notre existence au temps de Dieu et plus nous entrons dans une relation de confiance et d'abandon qui nous rend capables de tout supporter, car alors il ne reste plus que l'amour.

Il y a des situations dans la vie où l'on a le sentiment de ressembler à ce bétail dans les prés, qui regarde passer le train au loin, impassible. Le cortège de wagons s'en va vers un autre ailleurs, bien loin vers un pays imaginaire, alors que l'on reste là sur place.

Il arrive que la foi est mise à rude épreuve au coeur de cette attente. Il faut alors s'accrocher et mettre son espérance dans Celui qui est le Dieu de toute espérance. Je pense ici à saint Dominique, dont on dit qu'il avait"planté dans le ciel l'ancre de son espérance". J'aimerais bien vivre ma foi ainsi.

Je me souviens de l'un de mes professeur de théologie, lors du cours sur la vertu théologale de l'espérance, et qui insistait beaucoup pour dire que notre foi reposait sur une "espérance de certitude". Comme le rappelle saint Paul, "l'espérance ne trompe pas car l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné" (Rom. 5, 5).

Il ne s'agit pas de pensée magique, ni de se concocter un happy-ending hollywoodien. Non! Mais quand on a la foi en Dieu, il faut l'avoir jusqu'au bout, même si nos rêves restent parfois en plan au bord de la route. Une porte se ferme, Dieu ouvre une fenêtre. Le moine ruminant que je suis se doit de croire que le bonheur est dans le pré, dans ces pâturages où le Seigneur nous mène au gré des âges de la vie. Fin du texte

 


samedi, le 4 mars 2006

La solitude

Alors que les porteurs sortaient le cercueil de l'église après les funérailles, j'étais envahi par l'émotion devant la peine de la famille, même si je ne connaissais pas le défunt. C'est une douleur tellement profonde la mort d'un être cher que l'on pleure parfois à chaudes larmes, sans retenue, la peine étant trop lourde à supporter.

Le mot qui m'est venu en voyant cette famille pleurer a été le mot "solitude". Elle était là devant moi, omniprésente, comme si je pouvais la toucher du doigt.

Comme dise les gens, quand on perd un être cher, cela laisse un grand vide. L'être aimé n'est plus là pour égayer nos journées. L'être unique et irremplaçable qu'il était n'est plus.

L'on prend conscience que la mort est un voyage dont l'être aimé ne reviendra jamais. C'est un départ pour toujours. D'où cet immense sentiment de solitude qui nous empoigne le coeur.

La solitude! La solitude parce que l'amour ici bas ne peut durer toujours. Il est éphémère, parce que nous sommes atteints d'une blessure mortelle dont Dieu seul peut nous guérir.

Ce n'est qu'en lui que nous nous retrouverons un jour, dans son éternité. Nos amours seront alors immortels. La solitude sera bannie pour toujours.

Requiest in pace. Fin du texte

 


vendredi, le 3 mars 2006

« Alors ils jeûneront »

"Parmi les pratiques pénitentielles que nous propose l'Église, surtout en ce temps de Carême, il y a le jeûne. Il comporte une sobriété spéciale dans la prise de nourriture, étant saufs les besoins de notre organisme. Il s'agit d'une forme traditionnelle de pénitence qui n'a rien perdu de sa signification, et que l'on doit même peut-être redécouvrir, surtout en cette partie du monde et dans ces milieux où non seulement la nourriture abonde mais où l'on rencontre parfois des maladies dues à la suralimentation.

À l'évidence, le jeûne pénitentiel est très différent des régimes alimentaires thérapeutiques. Mais, à sa manière, on peut y voir comme une thérapie de l'âme. En effet, pratiqué en signe de conversion, il facilite l'effort intérieur pour se mettre à l'écoute de Dieu. Jeûner, c’est réaffirmer à soi-même ce que Jésus répliqua à Satan qui le tentait au terme de quarante jours de jeûne au désert : "L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu" (Mt 4,4). Aujourd'hui, spécialement dans les sociétés de bien-être, on comprend difficilement le sens de cette parole évangélique. La société de consommation, au lieu d'apaiser nos besoins, en crée toujours de nouveaux, engendrant même un activisme démesuré… Entre autres significations, le jeûne pénitentiel a précisément pour but de nous aider à retrouver l'intériorité.

L'effort de modération dans la nourriture s'étend aussi à d'autres choses qui ne sont pas nécessaires et apporte un grand soutien à la vie de l'esprit. Sobriété, recueillement et prière vont de pair. On peut faire une application opportune de ce principe en ce qui concerne l'usage des moyens de communication de masse. Ils ont une utilité indiscutable mais ils ne doivent pas devenir les maîtres"de notre vie. Dans combien de familles le téléviseur semble remplacer, plutôt que faciliter, le dialogue entre les personnes ! Un certain "jeûne", dans ce domaine aussi, peut être salutaire, soit pour consacrer davantage de temps à la réflexion et à la prière, soit pour cultiver les rapports humains."

Jean Paul II Angélus du 10 mars 1996 (trad. DC 2135, 7/4/96, p. 313)Fin du texte

 

Lettre de notre ami Paul

"Ne savez-vous pas que les coureurs, dans le stade, courent tous, mais qu'un seul gagne le prix? Courez donc de manière à le remporter. Tous les athlètes s'imposent une ascèse rigoureuse; eux, c'est pour une couronne périssable, nous, pour une couronne impérissable." (1 Corinthiens 9, 24-25) Fin du texte

 


jeudi, le 2 mars 2006

La joie chrétienne

Je comprends que ce Christ souriant puisse nous interroger lorsque nous-mêmes nous souffrons. Le sourire du Christ n'est pas le sourire béat des"Roger-bon-temps."Il renvoi à une certitude intérieure qui se fonde sur cet amour du Père qui le soutient. La joie chrétienne est de l'ordre d'une présence intime qui donne force et courage dans la nuit de l'épreuve et qui a sa source dans le Christ ressuscité. C'est Paul VI qui affirmait :

"La joie pascale est la marque de la spiritualité chrétienne. Ce n'est pas de l'insouciance, mais une sagesse alimentée par les trois vertus théologales. Il ne s'agit pas d'une joie extérieure et bruyante, mais d'une joie née de raisons intérieures profondes. Elle n'est pas abandon au plaisir des passions instinctives et incontrôlées, mais vigueur de l'esprit qui sait, qui veut, qui aime. C'est le tressaillement de joie pour la vie nouvelle, qui saisit à la fois le monde et l'âme."

Tandis que Jean-Paul II, lors de son Angelus du 14 décembre 2003, disait ceci:

"Une caractéristique incomparable de la joie chrétienne est que celle-ci peut coexister avec la souffrance, car elle est entièrement basée sur l'amour. En effet, le Seigneur qui"est proche"de nous, au point de devenir un homme, vient nous communiquer sa joie, la joie d'aimer. Ce n'est qu'ainsi que l'on comprend la joie sereine des martyrs même dans l'épreuve, ou le sourire des saints de la charité face à celui qui est dans la peine: un sourire qui ne blesse pas, mais qui console."

C'est cette joie que je demande quand se présente à moi la coupe amère de l'épreuve. Fin du texte

 


mecredi, le 1 mars 2006

Le Christ souriant

Christ souriantJ'aime bien ces Christ en croix souriants que l'on retrouve soit en Navarre, à l'Abbaye de Lérins ou ailleurs en Europe. Ils nous donnent une véritable leçon de foi face à cette croix qui se dresse devant nous à l'aube de ce Carême. Ces Christ souriants nous disent que la croix se porte avec la force de l'amour, dans la confiance, sous le regard bienveillant du Père. Jésus nous apprend qu'au coeur de la détresse, il y a place pour la paix et la joie. Ce n'est qu'ainsi que la croix peut alors devenir glorieuse.

C'est l'expérience à laquelle le Christ nous convie et qui consiste à mettre derrière nous ce qui freine notre avancée spirituelle et à vouloir ce que le Père veut pour nous. C'est le combat dans lequel nous engage le Carême. Il n'a rien de triste ou de pénible, au contraire, puisque c'est un chemin de liberté.

Jésus nous dit dans l'évangile de ce jour :"Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle... Mais toi quand tu jeûne, parfume-toi la tête et lave-toi le visage..."C'est un combat qui passe à la fois par le jeûne, la prière et l'aumône, et qui se vit non pas dans la grisaille, mais dans la lumière de Pâques, puisque Christ est déjà ressuscité.

Mais notre marche à nous n'est pas terminée, il nous faut poursuivre cette croissance dans le Christ qui nous appelle à devenir des adultes dans la foi.

"Qu'importe qu'un oiseau soit attaché d'un fil mince ou d'une corde? Car pour fin que soit le fil, l'oiseau y demeurera attaché comme à la corde, tant qu'il ne le brisera pas pour voler." (Montée du Carmel, I, II, 4).

Bon Carême 2006! Fin du texte

 


Champ de tournesols

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