Tenir un blogue ? Pourquoi pas ! C’est actuel, c’est nouveau, c’est créateur. Prêtre et religieux, je suis avant tout un chrétien pour qui la foi au Dieu de Jésus-Christ fonde le sens même de mon existence.
frère Thomas
* Vous pouvez faire parvenir vos commentaires au webmestre qui les transmettra au frère Thomas.
dimanche, le 28 mai 2006. Fête de l'Ascension
Une fête triste?
Comme j'ai trouvé touchante hier à l'église cette remarque d'une paroissienne me disant que depuis qu'elle était petite elle avait toujours trouvé que la fête de l'Ascension était une fête triste. "Mais pourquoi?", lui ai-je demandé? "Parce que Jésus est parti", m'a-t-elle répondu. Jésus est parti! D'ailleurs, les disciples semblaient eux-mêmes désemparés, suite au départ de Jésus, quand l'ange leur a demandé: "Mais pourquoi restez-vous là à regarder le ciel?"
Je pense que le sens de cette fête nous échappe en effet. Elle est le parent pauvre du cycle pascal, alors qu'elle est sans doute la fête qui exprime le mieux le sens de notre destinée humaine, la portée incroyable de la victoire du Christ pour nous. Le pape Benoît XVI exprime magnifiquement le sens de cette fête. Il affirme dans une homélie à l'occasion de l'Ascension:
"La signification du dernier geste du Christ est double. En s'élevant d'abord il révèle l'évidence de sa divinité en retournant d'où il était venu, vers Dieu, ayant accompli sa mission terrestre. Ensuite, il remonte au Ciel avec l'humanité qu'il a acquise et avec laquelle il est ressuscité des morts, notre humanité, transfigurée, divinisée, devenue éternelle. L'Ascension révèle aussi la vocation suprême de tout être humain, appelé à la vie éternelle du Royaume".
Je retiens de son commentaire surtout l'expression "notre humanité, transfigurée". L'Ascension nous renvoie au mystère qu'affirme notre Credo: "Je crois à la résurrection de la chair." C'est avec cette humanité qu'il a reçu de la Vierge Marie que Jésus est retourné vers le Père. Et ce sont là les prémisses de la destinée de tous les humains. Le Christ nous a acquis cette victoire. C'est tout l'Homme qui est sauvé, corps et âme.
En dépit de notre infinie pauvreté en comparaison de la gloire infinie de Dieu, ce dernier ne s'éloigne pas de nous. "De l'éternité toute entière, il ne s'éloignera pas. Il a créé l'univers non pas pour l'anéantir, mais pour qu'il soit...
Dieu a créé l'univers une fois pour toutes et pour toujours. Il a créé la matière pour toujours. Cela, nous seuls chrétiens, nous osons l'affirmer; nous savons, de foi divine, que les corps ressusciteront, qu'éternellement les hommes seront des hommes et non pas des anges; nous savons, de foi divine, qu'éternellement Jésus sera le Verbe fait chair.
Si la matière n’avait pas été voulue par Dieu, si cette terre, parmi les milliards d'étoiles, n'avait pas été fondée, si l'homme n'avait pas été créé - il faudrait même dire : si l'homme n'avait pas péché, s'il n'avait pas appelé, par la profondeur de sa catastrophe, une si prodigieuse rédemption - il n'y aurait jamais eu l'Incarnation, l'Esprit de Dieu jamais n'aurait couvert la Vierge de son ombre (Lc 1, 32), jamais le Verbe ne se serait fait chair, jamais nous n'aurions su quel poids de spiritualité, quel poids de transparence, quel poids de transfiguration et de gloire, une nature humaine corporelle était capable de soutenir, sans céder, sans s'évanouir, sans se volatiliser." (Ch. Journet. Entretiens sur Dieu le Père. Parole et Silence. 1998.) 
vendredi, le 26 mai 2006
Le Verbe
Le Verbe..."Il a la tête inclinée pour te saluer, la couronne sur la tête pour t'orner, les bras étendus pour t'embrasser, les pieds cloués pour rester avec toi." (Sainte Catherine de Sienne. Le Dialogue. CXXVIII) 
jeudi, le 25 mai 2006
Journal de la Trappe (1)
Il y a quelques années, à l'occasion d'une année sabbatique, j'ai fait un séjour d'un mois chez des trappistes. En voici un extrait.
(6 janvier) Ce projet de venir à la Trappe, je le portais depuis longtemps. Il faut dire que je fréquente ce lieu de retraite et de prière depuis 25 ans. D'ailleurs, au tout début de mon cheminement spirituel, la Trappe a été le premier endroit auquel j'ai pensé lorsqu'a surgit en moi ce désir de me consacrer au Seigneur. Je voulais devenir missionnaire et, en même temps, je rêvais d'un engagement tellement absolu, que seul la vie monastique semblait répondre à cette aspiration. Mais j'avais dû abandonner cette voie après qu'un moine m'eût dit que la prédication, l'évangélisation active, le travail auprès des communautés chrétiennes, ne faisaient pas partie des objectifs de la vie monastique. "Dommage", lui avais-je dit.
Vingt-cinq ans plus tard, me voici à la Trappe pour un séjour d'un mois. Ce lieu je l'ai fréquenté presqu'à tous les ans, le temps d'une retraite annuelle. J'aime la simplicité de l'office des moines d'Oka, la beauté de l'église, surtout lorsque le soleil l'inonde de toute part et la remplie d'une présence indicible. Le silence plein, la joie de prier, le souvenir de toutes ces situations, de toutes ces décisions que j'ai portées pendant 25 ans devant le tabernacle. On se connaît bien. Ici, j'aime, j'adore, je loue et je rends grâce. C'est une église habitée.
Il y a une semaine environ, alors que je pensais à cette expérience qui m'attendait, j'ai eu peur. Pas une peur effrayante, mais une peur qui excite, comme lorsque l'on risque volontairement, lors d'une escalade ou d'un plongeon. "Tout à coup je déciderais d'y rester à la Trappe!" Vieille ambivalence qui n'a jamais eu de prise sur moi, mais en vieillissant on prend peut-être plus facilement ses chimères pour des réalités. Dès que cette hypothèse a surgie dans mon esprit j'ai senti mon corps se cabrer. "Non! Ce n'est pas raisonnable", me disais-je, me débattant avec cette idée qui semblait vouloir se coller à ma peau.
Mais le temps a fait son oeuvre et, quelques jours plus tard, je n'y pensais plus. D'ailleurs, en arrivant à la Trappe aujourd'hui, cette hypothèse me semblait plus loin que jamais. Certains frères de mon couvent m'ont bien demandé si je songeais à entrer à la Trappe, et cette question m'a surpris. Ne peut-on pas aller passer un mois dans un monastère sans que cela veuille dire que l'on veut changer de communauté? Mais d'où venait cette tentation passagère. De Dieu ou du diable? J'avais oublié ce dernier.
Tout en reconnaissant avec l'Église l'importance de la vie monastique, je réalise que je partage secrètement le scepticisme des réformateurs protestants et d'un bon nombre de mes contemporains. Mais à quoi sert la vie monastique et comment une personne peut-elle y consacrer sa vie sans avoir l'impression de gâcher sa vie? Je réalise que j'ai en moi cette passion d'être au milieu des hommes et des femmes afin de leur annoncer le Christ, et je crains que la vie monastique ne me confronte trop à mon impuissance ou à mon manque de foi. Quelle foi ou quelle grâce d'aveuglement il faut avoir pour devenir moine! (à suivre) 
mercredi, le 24 mai 2006
Journal de la Trappe
Il y a quelques années, à l'occasion d'une année sabbatique, j'ai fait un séjour d'un mois chez des trappistes. Je relisais ce journal aujourd'hui, en panne d'inspiration pour mon blogue, et je me suis dit, tiens! pourquoi pas partager ces réflexions avec ceux et celles qui fréquentent mes prés virtuels!
Donc, dès demain, je commencerai à vous livrer ce journal, une fois par semaine.
Marie-Joseph Lagrange
Par ailleurs, je viens de terminer la biographie critique de Marie-Joseph Lagrange, dominicain, illustre fondateur de l'École biblique de Jérusalem, et de l'introduction de la méthode historico-critique dans l'étude de la Bible dans l'Église catholique. Un grand pionner! Un livre très bien documenté, ce n'est pas un roman!, mais d'un grand intérêt pour tous ceux et celles qui s'intéresse à l'exégèse et à l'histoire des études biblique.
Je retiens cette phrase qui exprime bien la grande simplicité du P. Lagrange:
"J'aime entendre l'Évangile chanté par le diacre à l'ambon, au milieu des nuages de l'encens: les paroles pénètrent alors mon âme plus profondément que lorsque je les retrouve dans une discussion de revue." (Revue biblique, 1892).
Voici ce que l'on a écrit à son sujet dans la Documentation catholique du 3 mai 1992:
"Les évêques se réjouiraient de voir reconnue officiellement sa sainteté. En effet, dans la vie sacerdotale et religieuse, il a su allier, avec un rare équilibre, la vigueur intellectuelle et la vie religieuse. (...) Il a donné aussi un exemple magnifique de liberté et d'humilité dans la recherche de la vérité; il a laissé enfin un témoignage héroïque d'obéissance à l'Église qui en a été constitué la gardienne... Nous pensons que son exemple mérite d'être proposé dans l'Église d'aujourd'hui. Sa béatification inciterait certainement de nombreux chrétiens à se nourrir plus largement de la Parole biblique, à la recevoir dans l'esprit de l'Église et à la faire fructifier dans l'actualité de leur existence."
Pour en savoir plus: Montagnes, Bernard. Marie-Joseph Lagrange. Une biographie critique. Cerf, 2004. 
lundi, le 22 mai 2006
L'autre moi-même
Bonjour! De retour d'une retraite que j'ai donnée la semaine dernière je reprends contact en vous partageant cette réflexion qui résume l'un des thèmes principaux de la retraite: "La proximité à l'autre". Le second était "la proximité à Dieu".
Par notre foi en Jésus Christ, nous sommes introduit dans une expérience de Dieu qui est celle-là même que Jésus avait du Père. C'est là une des originalités du christianisme et sa richesse insurpassable. Mais notre foi en Jésus-Christ implique aussi un nouveau rapport à l'autre. Cet autre devient un prochain, un tout proche de moi. Et encore ici le christianisme est d'une originalité déconcertante. C'est saint Thomas d'Aquin qui disait que la grâce sanctifiante, cette action de l'Esprit en nous qui fait de nous des saints et des saintes, que cette grâce est une grâce fraternelle. Un surcroît de vie en nous qui est fait non seulement pour aimer Dieu, mais pour aimer l'autre!
Jésus étend cette proximité non seulement à toute l'humanité, aux proches comme aux lointains, aux amis comme aux ennemis, mais cette proximité va jusqu'au don de sa vie. Jésus nous révèle que le prochain est un autre soi-même, tellement aimé de Dieu, qu'il nous faut nous attacher à lui comme à notre propre chair. C'est véritablement là une des spécificités les plus marquantes du christianisme. Nous sommes créés à l'image de Dieu. En chaque vie humaine il y a quelque chose du mystère de Dieu qui se livre puisque nous sommes la demeure de Dieu.
J'aime mes parents, mes amis parce que j'ai pu découvrir tout ce qu'ils recèlent de beau, de bon, de bien. En eux, j'ai pu contempler la vie, l'amour et comme mon coeur est fait pour aimer, je ne puis que m'attacher à ce qui lui donne la vie. Mais je dois aussi m'attacher à tous ces autres que Dieu met sur ma route et que je n'aime pas, car avec Jésus, j'apprends que tout être humain m'est un proche que je dois aimer comme moi-même, que je dois aimer tout comme Dieu m'aime, car moi aussi je suis appelé à donner la vie, à mettre (Dieu) au jour dans les coeurs martyrisés des autres (...) comme l'écrit Etty Hillesum dans son journal, le 12 juillet 1942. Dieu non seulement nous confie les uns aux autres, mais il est au coeur de ce mystère de pauvreté et de communion qui habite au plus profond de nous-mêmes. Aimer le prochain c'est s'ouvrir au mystère de l'autre en posant sur lui le regard même du Christ.
L'amour de Dieu et l'amour du prochain se retrouvent dans d'autres religions, mais en Jésus Christ, nous sommes appelés à une participation à l'amour de Dieu pour cette terre comme Jésus l'a vécue et c'est là que la proximité au prochain atteint des sommets inégalés. Sur la route de l'éternité je ne puis abandonner mon prochain, fut-il mon ennemi, car il est un autre moi-même, Dieu me le donne comme frère, comme soeur. C'est là le message radical et insurpassable, impraticable à vue humaine, de l'évangile de Jésus-Christ. Être le corps du Christ veut dire littéralement être ce Christ en marche dans son humanité qui guérit, accueille, pardonne, enseigne et donne la vie. Il l'a fait, il le fait encore et il le fera jusqu'à la fin des temps par son Corps qui est l'Église et dont nous sommes appelés à être les membres vivants.
Le temps qui nous est donné pour aimer est bien court. C'est le temps de toute une vie quand on regarde devant soi, mais quand approche l'heure de la mort, c'est comme si l'on ne tenait que quelques brefs instants aux creux de sa main. C'est à l'heure du grand Amour que l'on saisira alors dans toute sa profondeur, le don que nous étions appelés à nous faire les uns aux autres. Mais gloire soir rendu à notre Père du ciel, car déjà Jésus nous a ouvert la voie... 
dimanche, le 14 mai 2006
Bonne fête à toutes les mamans
Je vous propose comme méditation à l'occasion de la fête des mères l'excellent billet de Denis Gagnon, o.p. >>>> 
La fête de la fidélité
Récemment j'ai participé à une messe où l'on soulignait les anniversaires de mariages des paroissiens. Il est intéressant de constater que cette fête se soit appelée la "Fête de la fidélité". On aurait pu croire qu’une telle fête aurait porté le titre de "Fête de l’amour", et ce serait tout à fait juste. Mais j’aime beaucoup l’expression "fête de la fidélité", car elle nous renvoie à une dimension fondamentale de l’engagement d’un homme et d’une femme l’un envers l’autre.
La fidélité! C’est sur ce terreau de la fidélité, sur ce sol fertile, que l’amour peut grandir, que la fleur du mariage peut prendre racine et s’épanouir. Car dans le mariage, l’amour a besoin d’un partenaire qui s’appelle la fidélité et qui lui permet de persévérer, de traverser les orages, les nuits sombres de l'épreuve.
La fidélité est l’allié de l’amour, sa nourriture, son lieu de repos. C’est cette fidélité qui vient au secours de l’amour et qui lui donne la force de pardonner quand le mariage traverse un temps difficile, qui permet au couple de se soutenir dans une épreuve commune où l’on ne voit plus très bien l’avenir.
Il est facile de tomber en amour, mais il est beaucoup plus difficile d’y demeurer. Nous savons combien la vie commune peut être exigeante, peut-être plus encore de nos jours avec le mode de vie que l’on connaît.
Le mariage est un engagement qui coûte. C’est un engagement qui demande du courage ou une certaine naïveté diront certains, car le mariage implique quand même une mise en commun de deux vies, de deux personnes qui acceptent de se lier l’une à l’autre pour toute la vie, "pour le meilleur et pour le pire", comme le veut une formule traditionnelle. Du moins voilà la vision chrétienne du mariage.
L'homme Et la femme qui s'aiment s'engagent en portant chacun dans leur cœur un grand désir de bonheur où, en se disant "oui" l'un à l'autre, ils se disent: "Tes rêves seront mes rêves, tes peines comme tes joies seront les miennes… Parce que je t’aime… Et parce que je t’aime, je te serai fidèle toute ma vie !"
C’est ainsi que débute habituellement cette folle entreprise qui très rapidement se heurte aux difficultés du quotidien, aux limites de chacun des conjoints, aux épreuves de la vie, aux pertes de toutes sortes. Et c’est alors que le lien d’amour est mis à l’épreuve et qu’il y a un combat à mener.
Toute chose qui nous tient à cœur demande habituellement que l’on se batte pour elle, et c'est au service de ce combat et de cet amour qu'est donné la grâce du mariage, car "il est fidèle Celui qui vous a appelés!" 
N.B. Je pars prêcher une retraite, je vous reviens le 22 mai.
samedi, le 13 mai 2006
Le poème et la poignée de main
Citant le poète Paul Celan, Sylvie Germain écrit: "Je ne vois pas de différence entre une poignée de main et un poème".
Elle ajoute: "Les poèmes, les oeuvres d'art, sont des "poignées de main" qui se prolongent au fil du temps, longuement. Toute une vie parfois. Des poignées de main telles qu'elles inscrivent leur chaleur au plus profond de notre paume, et que le feu très claire qu'elles propagent se faufile en douceur dans notre sang, jusqu'à notre coeur où il se love.
Poignées de main à jamais vives - aussi longtemps puissent-elles demeurer dans l'oubli - et qu'un rien suffit à ramener au jour de notre mémoire, à restituer dans toute leur fraîcheur et leur actualité.
Une main qui revient, à son heure, se poser soudain sur notre épaule, nous caresser furtivement la tempe, ou nous faire juste un signe. Un petit signe de beauté, là où on la croyait anéantie, un petit signe de fraternité, là où celle-ci semblait à jamais perdue. Petit dans sa discrétion, infini dans sa générosité.
(Extrait de: Germain, Sylvie. Etty Hillesum, chemins d'éternité. Pygmalion, 1999. pp. 162-163) 
mercredi, le 10 mai 2006
La prunelle de Jésus
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Jésus le Juif (Chagall)
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Trop souvent nous oublions que Jésus était Juif. Marie sa mère était Juive, ainsi que les apôtres. Tous des Juifs! Et pourtant le rapport en les chrétiens et les Juifs a toujours été pour le moins problématique. La Shoah n'est pas survenue sans qu'il n'y ait une grande part de responsabilité de la part de l'Église, ou du moins ses membres et représentants. Non pas en tant qu'acteur direct de la Shoah, de nombreux chrétiens ont oeuvrés à sauver des Juifs, mais à cause du poids de l'histoire où sans cesse les Juifs ont été marginalisés par les autorités de l'Église et les Princes chrétiens.
Prenons par exemple le IVe Concile du Latran en 1215, présidé par Innocent III, qui rassemble 412 évêques et 800 abbés de toute la chrétienté. Pour la première fois depuis cinq siècles un concile général vilipendait "la perfidie des juifs qui s'est implantée en pays chrétiens." Les règles canoniques votées par l'assemblée déclaraient: "Les juifs doivent porter de façon ostensible des habits différents de ceux des chrétiens, afin d'éviter que des mariages mixtes soient contractés par erreur. Ils doivent cesser leurs pratiques abusives d'usuriers. Il leur est interdit d'exercer toutes fonctions publiques. Dans les jours où les chrétiens célèbrent la passion du Rédempteur, ils ne doivent pas sortir de leur maison, afin d'éviter toutes railleries et conflits." (p.116)
Cette ostracisation des Juifs au cours des siècles fut clairement reconnue par l'Église en l'an 2000 lors du Jubilé et Jean-Paul II a demandé pardon au nom de l'Église en se rendant prier à Jérusalem devant le Mur occidental du Temple, anciennement appelé le Mur des Lamentations.
Mais il y eut aussi des hommes et des femmes pour s'indigner au fil des siècles du traitement fait aux Juifs. C'est Bernard de Clairvaux qui disait: "toucher aux juifs, c'est toucher à la prunelle de Jésus; car ils sont ses os et sa chair."
Saint Bernard écrira deux lettres pour condamner les "pogroms" de Rhénanie en 1148. Il parcourera même ces régions pour apaiser les esprits. Il écrit alors:
"Ce peuple a reçu jadis le dépôt de la loi et des Promesses; il a eu les patriarches pour Pères; c'est de lui que le Christ, le Messie béni dans les siècles des siècles, descend selon la chair." Il poursuit: "Les juifs ne sont-ils pas pour nous le souvenir vivant et le témoignage de la passion de Notre-Seigneur? Dispersés et humiliés [...] réduits à un pénible esclavage sous les princes chrétiens [...] il viendra un temps où le Seigneur abaissera sur eux un regard propice. Quand les nations païennes seront entrées dans l'Église, à son tour Israël sera sauvé ainsi que dit l'Apôtre (Rm 11, 21)."
Aussi, dans sa longue épître du De consideratione au pape Eugène III en 1150: "Aucune servitude n'est plus ignominieuse et plus pesante que celle des juifs, qui, en quelque endroit qu'ils aillent, la traînent derrière eux et en tout lieu trouvent leurs maîtres!" (Consid. I, 4) (Philbée, André. Saint Bernard. Cerf. 1990.)
Voilà le prolongement de ma réflexion suite au blogue sur la synagogue. Encore récemment j'ai entendu des chrétiens émettre des propos antisémites et j'en ai eu honte. C'est là une honte pour le Corps du Christ tout entier. Tout homme, tout femme est digne de respect et d'amour. Dieu ne fait pas de distinctions entre les races et les peuples. Pourquoi en ferions-nous? 
lundi, le 8 mai 2006
À la synagogue
Il y a quelques années, lors d'un voyage en Europe, j'ai eu l'occasion de visiter la très ancienne synagogue de Rome. Ce qui me frappa d'entrée de jeu c'est la ressemblance avec nos églises. Lorsque nous visitons une synagogue nous ne sommes pas vraiment en terrain inconnu bien qu'il n'y ait pas d'autel.
Il y a bien sûr la disposition des bancs qui est familière, avec la place réservée pour les livres de prières, il y a aussi un lieu pour la proclamation de la Parole, mais ce qui surprend le plus c'est le lieu où sont déposé les textes de la Torah, i.e. la Parole de Dieu. Ce lieu s'appelle "arche sainte".
L'arche sainte ressemble à un immense tabernacle avec un magnifique voile brodé d'or placé devant afin d'en cacher la porte métallique, qui est elle-même magnifiquement ornée. Il s'agit bel et bien d'un lieu sacré. L'on pense ici au voile du Temple de Jérusalem derrière lequel seul le grand prêtre pouvait entrer, et qui cachait aux regards le lieu de la présence de Dieu.
L'arche sainte est le lieu le plus vénéré de la synagogue. À côté y brûle perpétuellement une lampe (ner tamid), comme la lampe du sanctuaire de nos églises, qui montre que la parole de Dieu, contenue dans la Torah, est lumière. En visitant une synagogue l'on saisit à quel point le peuple Juif est le peuple de la Parole.
Une église catholique reprend sensiblement les mêmes dispositions physiques que celles de la synagogue avec son ambon où la Parole de Dieu sera proclamée, mais derrière le voile du tabernacle, ce n'est plus le livre de la Parole que l'on dépose mais le Corps du Christ. Dans le tabernacle l'on dépose et vénère la Parole vivante faite chair, le Verbe de Vie, et une lampe est perpétuellement allumée afin d'en indiquer la présence. Oui, "le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous". Voilà ce que nous rappelle sans cesse cette lampe du sanctuaire.
Comme le souligne Jacques de Bourbon-Musset : « l'Absolu s'est incarné et porte un visage, le visage de Jésus-Christ ! ». Le Verbe de Dieu s'est fait pain pour la route, accomplissant ainsi la vision du prophète Ezéchiel, où l'ange lui tendait le rouleau de la Parole de Dieu en lui disant « prends et mange ». Cette vision atteint sa pleine réalisation en Jésus-Christ, lui qui nous donne sa vie en partage: "Prenez et mangez, prenez et buvez...". C'est le mystère de l'Eucharistie, «...la suprême offrande de la charité divine à la charité humaine et comme la suprême action de grâces de la charité humaine à la charité divine" (Maurice Zundel).
"Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous," voilà le mystère que recèle pous nous, catholiques, le tabernacle de nos églises, ce lieu sacré qui trouve son impulsion première dans le Temple de Jérusalem et ensuite à la synagogue. Il y a là un lien étroit qui nous rappelle combien nous devons chérir cette foi commune qui nous rattache au peuple d'Israël, aux enfants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. 
vendredi, le 5 mai 2006
À voir : "Sophie Scholl - Les derniers jours"
J'ai eu le bonheur de voir un film magnifique et fort émouvant sur le mouvement de la Rose Blanche en Allemagne nazi et l'un de ses membres les plus célèbre: Sophie Scholl. Il s'agit du film: "Sophie Scholl: Les derniers jours".
Je ne puis que vous recommander ce film. "Couvert de lauriers à la Berlinale 2005, Sophie Scholl y a obtenu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur pour Marc Rothemund et celui de la meilleure actrice pour Julia Jentsch, ainsi que le Prix du Jury oecuménique. Sophie Scholl a récolté plus d’un million de spectateurs en Allemagne."
Ce film nous permet de constater que le peuple allemand commence à regarder de plus en plus son histoire récente à travers ceux et celles qui se sont opposés au nazisme. Ce film nous raconte le combat de la jeune Sophie Scholl âgée de vingt ans et qui s'engage avec son frère et des amis dans un mouvement de résistance pacifique contre le régime nazi nommé la Rose Blanche.
Voici le synopsis du film :
En 1943, pendant que Hitler mène une guerre dévastatrice à travers l'Europe, un groupe d'étudiants forme un mouvement de résistance, La Rose Blanche, appelant à la chute du IIIème Reich. D'obédience pacifique, ces membres propagent des tracts antinazis, couvrant les murs de la ville de slogans, et invitent la jeunesse du pays à se mobiliser. Le 18 février, Hans Scholl et sa soeur Sophie - qui font partie du noyau dur du mouvement - sont aperçus par le concierge de l'université de Munich en train de jeter des centaines de tracts du haut du deuxième étage donnant sur le hall. Ils sont immédiatement appréhendés par la Gestapo et emprisonnés à Stadelheim. Durant les jours suivants, l'interrogatoire de Sophie Scholl est mené par l'agent de la Gestapo Robert Mohr...
"Le film nous offre les yeux et le coeur de Sophie pour vivre cette longue angoisse jusqu’à la condamnation." (Mario Roy. Radio Canada)
Sophie Scholl a été nominé à l’Oscar du meilleur film étranger en 2006.
Site web officiel 
jeudi, le 4 mai 2006
La foi et la religion
Récemment, l'animateur d'une émission religieuse à la télévision de Radio-Canada a écrit une lettre ouverte aux journaux afin de souligner l'importance du fait religieux dans la vie des politiciens. Il disait qu'il n'était pas sans importance, comme le croient certains, de connaître leurs convictions religieuses, car cela nous permet d'en évaluer les répercussions possibles sur leurs décisions politiques.
Ce que j'ai trouvé de particulièrement intéressant dans cette lettre ouverte c'est que l'auteur en profitait pour parler de sa foi, qu'il définissait comme une "spiritualité ouverte" et donc sans appartenance, sans religion.
De plus en plus, certaines personnes voient là comme le "nec plus ultra" de la foi, alors qu'il ne s'agit que des premiers balbutiements. Les tenants de cette position avancent qu'il faut faire disparaître tout ce qui divise les humains. C'est ce que disait ce journaliste dans sa lettre: les idéologies et les religions divisent, écrivaient-ils, il faut donc s'en débarrasser!
Pourtant les parties politiques nous divisent et nous en avons pourtant besoin; la couleur de la peau nous divise et est la cause de bien des conflits, et pourtant l'on ne peut repeindre l'humanité d'une couleur unique, comme si l'uniformité pouvait résoudre tous les problèmes et nous éviter tous les conflits.
C'est tout un débat que ce rôle de la religion comme facteur de division. S'il s'agissait plutôt du constat que les choses les plus chères au coeur humain sont souvent celles qui lui font perdre la tête. Combien de meurtres au nom de l'amour! Allons-nous l'interdire avec la religion et la politique?
Cette question de la foi sans la religion postule en fait que l'individu est l'ultime référence dans la connaissance du sens de la vie et que toutes les recherches, toutes les expériences de millions d'êtres humains sont engagées en somme sur des trajectoires parallèles qui ne peuvent jamais se rejoindre complètement, sinon l'on assisterait alors à la naissance d'une nouvelle religion.
Ce discours sur la foi ou le spirituel refuse l'hypothèse d'un Dieu qui puisse vouloir se faire connaître et qui puisse prendre les moyens pour le faire. C'est ce que l'on appelle la révélation dans la tradition judéo-chrétienne. La foi ou la spiritualité, sans la révélation, ne risque-t-elle pas d'enfermer l'homme dans des chimères et les pires excès? Est-il possible que Dieu puisse vouloir nous révéler ce qu'il faut faire pour le connaître et découvrir le sens de nos vies? C'est là la question que pose l'existence des religions à l'Homme.
J'aime bien cette réflexion d'un philosophe qui affirmait que "lorsque les hommes abandonnent la religion ils deviennent crédules". Dans quelle voie ou religion faut-il alors s'engager? C'est là le début d'un long dialogue avec Dieu. C'est l'expérience d'Abraham : "Va vers le pays que je t'indiquerai." Quitte le pays de tes certitudes et suis-moi. 
mercedi, le 3 mai 2006
Le retour
Fidèles lecteurs et amis-ies du moine ruminant, me voici de retour après une interruption de deux semaines qui m'ont parues une éternité, car un blogue demande quand même une certaine assiduité. Pour l'instant je m'en tiens à cette petite salutation, histoire de retrouver le fil... 