Tenir un blogue ? Pourquoi pas ! C’est actuel, c’est nouveau, c’est créateur. Prêtre et religieux, je suis avant tout un chrétien pour qui la foi au Dieu de Jésus-Christ fonde le sens même de mon existence.
frère Thomas
* Vous pouvez faire parvenir vos commentaires au webmestre qui les transmettra au frère Thomas.
dimanche, le 27 février 2006
Et les spirituels maintenant...
"L'unité de deux saints qui ne se connaissent pas est plus réelle et plus intime, incommensurablement, que celle d'une branche à une autre branche du même arbre nourrie de la même sève..." (Jules Montchanin, Écrits spirituels, Paris, 1965, p.120).
"...la prière personnelle, même accomplie dans les secret, n'est pas un acte purement privé. Cette démarche que personne ne peut faire à ma place, n'est absolument pas celle d'un isolé; elle s'enracine et s'épanouit dans la communion. Quand je dis à Dieu : "Père", je me situe en fils, mais quand je dis : "Notre Père", je me situe aussi et du même coup en frère de tous ceux qui le disent également - et même de ceux qui ne savent peut-être pas le dire. "Il y a beaucoup d'âmes, disait Paul Claudel, mais il n'y en a pas une seule avec qui je ne sois en communion par ce point sacré en elle qui dit Pater Noster" (Paul Claudel. Cantique de Palmyre, Conversation dans le Loir-et-Cher, éd. Pléiade, p.9).
"L'on ne se sauve pas tout seul. Nul ne retourne seul à la maison du Père. L'un donne la main à l'autre. Le pécheur tient la main du saint et le saint tient la main de Jésus" (Charles Péguy). 
vendredi, le 25 février 2006
Un théologien sur la communion des saints
"On mutile cette vérité si l'on voit en elle que l'idée d'une réversibilité des mérites et du profit que tirent les membres pécheurs de la prière et du renoncement des plus saints (indulgences). Il faut saisir d'abord ce qui en est le fondement (de la communion des saints) : la participation de tous à un même tout organique animé d'une même vie, celle de la charité, "car l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné" (Rm 5,5). Encore une fois, la comparaison du corps se révèle merveilleusement adaptée à l'illustration du mystère. Venant du coeur et retournant à lui, le sang est animé d'un perpétuel mouvement de va-et-vient; sa circulation dans tout le corps permet l'assimilation par tous et par chacun des membres de la nourriture prise par la bouche, et tous participent ainsi de la santé et de la vigueur de l'ensemble. La charité, qui vient de l'Esprit coeur de l'Église, exerce un rôle comparable; par lui qui en est la source, elle met en communication les uns avec les autres tous ceux qui en vivent, les faisant réciproquement bénéficier de tout ce qui se fait sous son impulsion dans l'ensemble du corps. La raison du caractère commun à tous du bien accompli par chacun apparaît alors en pleine clarté: elle réside dans la "communication de tous les uns avec les autres par la racine de leurs actes, la charité" (Thomas d'Aquin, In IV Sent. dist. 45, q.2, a.1, q 1).
Thomas d'Aquin, qui a sans doute été l'un des premiers à formuler les choses aussi nettement, disait encore : "Non seulement le mérite de la passion et de la vie du Christ nous est communiqué à ceux qui vivent dans la charité, mais tout ce que les saints ont fait de bien est communiqué à ceux qui vivent dans la charité, car tous sont un: Je suis participant de tous ceux qui te craignent (Ps 119,63). Ainsi, celui qui vit dans la charité est participant de tout le bien qui se fait dans le monde" (Thomas d'Aquin, In Symbolum apostolorum expositio (cf. Opuscula theologica, ed Marietti, t. II, n.997).
Torrell, Jean-Pierre. Dimension ecclésiale de l'expérience chrétienne, in Freibuger Zeitschrift für Philosophie und Theologie, no. 28, 1981, pp. 3-25 
jeudi, le 24 février 2006
La communion des saints ou le mystère de la Réversibilité
Je vous propose aujourd'hui ce texte décapant de l'écrivain Léon Bloy, qui ne se veut pas une présentation tout à fait orthodoxe ou théologique sur la question de la communion des saints, mais qui a néanmoins beaucoup de souffle et le mérite de nous interroger :
"Notre liberté est solidaire de l'équilibre du monde et c'est là qu'il faut comprendre pour ne pas s'étonner du profond mystère de la Réversibilité qui est le nom philosophique du grand dogme de la Communion des Saints. Tout homme qui produit un acte libre projette sa personnalité dans l'infini. S'il donne de mauvais coeur un sous à un pauvre, ce sous perce la main du pauvre, tombe, perce la terre, troue les soleils, traverse le firmament et compromet l'univers. S'il produit un acte impur, il obscurcit peut-être des milliers de coeurs qu'il ne connaît pas, qui correspondent mystérieusement à lui et qui ont besoin que cet homme soit pur, comme un voyageur mourant de soif a besoin du verre d'eau de l'Évangile. Un acte charitable, un mouvement de vraie pitié chante pour lui les louanges divines, depuis Adam jusqu'à la fin des siècles; il guérit les malades, console les désespérés, apaise les tempêtes, rachète les captifs, convertit les infidèles et protège le genre humain."
(Léon Bloy: Méditation à l'Office de nuit chez les Chartreux). 
jeudi, le 24 février 2006
La communion des saints... c'est compliqué!
Certains lecteurs peinent avec la communion des saints. C'est normal puisque nous ne sommes pas des saints...
Mais au-delà de cette contingence, la notion échappe à bon nombre de chrétiens et fait même l'objet de divisions entre eux. Pour nous catholiques, c'est là une vérité fondamentale et extraordinaire de notre foi chrétienne. On peut en trouver une brève description sur le beau site de Port Saint-Nicolas.
Je me propose de mettre sur ce blogue, dans les jours qui viennent, différentes propositions, à la fois de théologiens et d'écrivains catholiques sur cette vérité de notre Credo. Merci à Monique de m'avoir lancé sur cette piste. En attendant je vous réfère à cet article paru en 2003 sur le site de Spiritualité 2000. On y reproduit un article de la revue CÉLÉBRER LES HEURES, qui a demandé au Père Pierre JOUNEL, artisan important de la réforme liturgique de Vatican II et éminent spécialiste du Sanctoral, de nous proposer quelques points de repère historiques et théologiques. L'article s'intitule : Mémoire du Christ, mémoire des saints. 
mercredi, le 22 février 2006
La communion des saints
"La communion des saints... lequel d'entre nous est sûr de lui appartenir? Et s'il a ce bonheur, quel rôle y joue-t-il? Quels sont les riches et les pauvres de cette étonnante communauté? Ceux qui donnent et ceux qui reçoivent? Que de surprises! [...] Oh! rien ne paraît mieux réglé, plus strictement ordonné, hiérarchisé, équilibré que la vie extérieure de l'Église. Mais sa vie intérieure déborde des prodiges de libertés, on voudrait presque dire extravagants, de l'Esprit - l'Esprit qui souffle où il veut."
(Georges Bernanos, Les prédestinés, Paris, Seuil, 1983, p. 99.) 
mardi, le 21 férvier 2006
Retraites de Carême sur Internet
Si vous êtes des familiers de l'univers du web, c'est que vous connaissez déjà l'apport extraordinaire de ce médium à votre vie de tous les jours. Personnellement, tout travail d'écriture ou de recherche que je fais, je le fais avec "l'ordinateur en main". Certains de mes frères dominicains se sont mis à l'école de ce médium à 75 ans et plus... Jean-Paul II invitaient les chrétiens en l'an 2001, à jeter leurs filets dans l'univers du web, y voyant un lieu extraordinaire pour l'annonce de la bonne nouvelle de Jésus-Christ.
Un exemple de la versatilité du web est le phénomène des retraites de Carême. Il y a sans doute plusieurs sites qui en offrent, mais j'en ai trois à vous suggérer.
Il y a tout d'abord le site de KTO, le site de la télévision catholique du diocèse de Paris, qui nous permet de vivre les conférences de Carême à Notre-Dame. Il ne s'agit pas de textes mais de vidéos. Une expérience extraordinaire de communication et de communion dans ce haut lieu de l'art gothique. Les conférences du Carême 2006 ne sont pas encore annonçées sur le site mais il est possible de consulter les archives pour celles de 2005.
Les dominicains du Canada offrent une retraite de Carême depuis deux ans avec le P. Jacques Sylvestre, o.p., le chroniqueur habituel pour l'évangile du dimanche (Chronique "Parole et Vie") sur le site de Spiritualité 2000. Le thème de sa retraite cette année est le suivant : "Dieu est amour. Lecture de l'évangile selon Benoît XVI."
Enfin, les dominicains de la Province de France ont développé depuis trois années le site "Retraite dans la ville", qui offre une expérience complète de retraite avec conférences, offices liturgique, forum et accompagnement spirituel. Le tout est animé par une équipe de la famille dominicaine de Lille, en lien avec des moniales dominicaines dans toute la France. Ils viennent tout juste de renouveler leur site. Époustouflant... 
lundi, le 20 février 2006
Devant la croix
Étonnant de parler de ma rencontre avec la croix, moi qui suis un chrétien engagé depuis plus de 30 ans maintenant. Cela s'est passé à l'Oratoire Saint-Joseph, à l'occasion d'une visite impromptue, dans ce lieu sans grande beauté à première vue, mais qui demeure un haut-lieu spirituel au coeur de Montréal et qui recèle néanmoins de beaux trésors d'art religieux.
Non pas que la croix n'ait pas eût sa place dans ma vie de foi, mais c'était la première fois que j'éprouvais un tel sentiment devant la croix du Christ. Cette belle croix de l'Oratoire, immense et dépouillée, sur laquelle le Christ semble dormir tout en nous contemplant. À ses pieds, veillent Marie et l'Apôtre bien-aimé. Un spectacle émouvant qui m'a tout à coup saisi, me détachant de l'immense basilique pour ne plus voir que le Christ crucifié.
C'est en disant le Notre Père que j'ai alors compris, d’une manière nouvelle, pourquoi on l'appelait la prière du Seigneur. Je compris tout à coup que sur la croix ce fut la prière de Jésus : "Notre Père...". Je le voyais, je l'entendais la dire pour moi, pour nous : "Notre Père". C'est la prière du Christ en croix : "Notre Père". Le Fils de Dieu étant venu pour ne plus faire qu'un avec notre humanité, ne parle plus à son Père désormais qu'en nous incluant dans sa propre prière. Il ne dit plus mon père, mais "notre Père". Il ne dit plus donne-moi mais "donne-nous", "ne nous soumets pas", "délivre-nous".
Je compris d'une manière plus profonde combien nous étions présents dans la prière du Christ sur la croix, crucifiés avec lui, offerts par lui, comme son bien le plus précieux: "Père, ceux que tu m'as donnés je te les offre, et je m'offre avec eux, pour eux. Notre Père..."
La croix m'est véritablement apparue comme le lieu par excellence de notre filiation avec le Christ. C'est là qu'il nous prend dans son mystère d'amour et qu'il ne fait plus qu'un avec nous. Il est là à cause de nous. Il prend sur lui nos péchés, nos détresses, et il s'associe pour l'éternité à notre pauvre humanité blessée par le péché. Par amour, il se laisse vaincre et il donne sa vie. Désormais sa vie est notre vie, son Père est notre Père et il prie avec nous : "Notre Père..."
La croix devient le cœur de toute prière et je ne vois pas comment il m'est possible désormais de prier sans passer par la croix, sans désirer m'unir à cette croix avec Jésus. Comme elle est belle cette croix quand Jésus la recouvre de sa présence. C'est la vie même qui est clouée au coeur de la mort. Notre humanité peut enfin refleurir. Elle n'est plus orpheline, car elle peut désormais appeler Dieu "notre Père".
Simone Weil a écrit un texte extraordinaire au sujet de la croix. Le voici :
"Le don plus précieux pour moi, comme vous le savez, c’est la croix. S’il ne m’est pas donné de mériter de participer à la croix du Christ, j’espère au moins de pouvoir y participer en tant que larron repentant. Après le Christ, de toutes les personnes dont il est fait mention dans l’Évangile, le bon larron est celui que j’envie le plus. D’être avec le Christ pendant la crucifixion, à ses côtés et dans la même position que lui, me semble être un privilège encore plus grand et plus enviable que d’être assis à sa droite dans la gloire." (Lettre du 16 avril 1942).
Mais comme disait Paul Claudel : "il faut savoir porter la croix avant de monter dessus". C'est la grâce que je te demande Ô mon Seigneur crucifié. 
vendredi, le 17 février 2006
Déjà vendredi
Déjà vendredi et je n'ai rien écrit de la semaine... Plusieurs projets qui mijotent et qui laissent peu de temps au temps. Hier soir, c'était le groupe biblique, un groupe que j'anime depuis septembre dernier et où je m'émerveille toujours devant la foi des gens. Une foi simple, entière et tenace, qui ne se paye pas de mots ou de formules. Qui est! tout simplement. Qui endure, qui assume sans avoir toutes les réponses. C'est une foi têtue, qui espère parfois contre toute espérance, et qui est belle à voir.
C'est ma grâce que d'être le témoin de la foi des gens et qui chaque fois me fait dire: "Oh! Comme j'aimerais donner la foi si c'était en mon pouvoir!" Un peu comme l'on donne de son sang à la Croix-Rouge. Il me reste mon désir et ma prière. Et Dieu, bien sûr, qui s'arrange avec tout cela.
Et pourquoi ne pas finir la semaine avec ce beau texte de Charles Péguy:
La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l’espérance.
La foi ça ne m’étonne pas
Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans la création.
Dans le soleil et dans la lune et dans les étoiles.
Dans toutes mes créatures.
Dans les astres du firmament et dans les poissons de la mer.
Dans l’univers de mes créatures...
La charité, dit Dieu, ça ne m'étonne pas.
Mais l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne
Moi-même.
ça, c'est étonnant
La Foi est une épouse fidèle
La Charité est une mère...
L’espérance est une petite fille de rien du tout...
C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes,
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.
(Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu) 
mardi, le 14 février 2006
L'amour...
Des professionnels ont posé la question suivante à des enfants de 4 à 8 ans: "Que veut dire l'amour?" Les réponses ont été plus étendues et plus profondes que ce que les experts anticipaient.
Quand ma grand-mère a eu de l'arthrite et qu'elle ne pouvait plus mettre de vernis sur ses ongles d'orteils, mon grand-père le faisait pour elle, même après, quand il avait aussi de l'arthrite dans les mains. Ça c'est l'amour. Rebecca, 8 ans.
Quand quelqu'un nous aime, la manière de dire notre nom est différente. On sait que notre nom est en sécurité dans leur bouche. Alain, 4 ans.
L'amour c'est quand la fille se met du parfum et le garçon met de la lotion à barbe et qu'ils sortent ensemble pour se sentir. Martin, 5 ans.
L'amour c'est quand vous sortez manger et que vous donnez à quelqu'un beaucoup de vos frites sans demander que l'autre vous donne les siennes. Jean, 6 ans.
L'amour c'est quand quelqu'un vous fait du mal et que vous êtes très faché mais vous ne criez pas pour ne pas les faire pleurer. Suzanne, 5 ans.
L'amour c'est ce qui nous fait sourire même quand on est fatigué. Tim, 4 ans.
L'amour c'est quand maman fait du café pour papa et qu'elle y goûte avant de le donner à papa, pour s'assurer que c'est bon. Dan, 7 ans.
Si vous voulez essayer d'aimer, il faut commencer par un ami que vous détestez. Mika, 6 ans.
L'amour c'est quand une vielle femme et un vieil homme sont encore amis, même quand ils se connaissent bien. Tom, 6 ans.
L'amour c'est quand maman donne à papa le meilleur morceau de poulet. Hélène, 5 ans.
L'amour c'est quand mon chien me lèche le visage, même quand je l'ai laissé seul toute la journée. Marie-Anne, 4 ans.
On ne doit pas dire "je t'aime" si cela n'est pas vrai. Mais si cela est vrai, on doit le dire beaucoup. Les gens oublient. Jessica, 8 ans. 
lundi, le 13 février 2006
Joseph et l'âne d'Autun
Béatrice, une correspondante d'Autun m'écrit :
« Dans cette ville, que je connais depuis mon enfance, ma grand'mère y habitait, il y a un âne délicieux, digne de vos pâturages virtuels. C'est en contemplant une photo du chapiteau de la cathédrale, "La fuite en Egypte", à un moment où j'étais secouée par deux deuils successifs... et où je prenais une conscience aigüe de la fuite accélérée du temps, que j'ai refait sa connaissance. »
Suit un texte magnifique sur saint Joseph, intitulé : L'homme de confiance. Avec l'accord de Béatrice, il me fait plaisir de partager avec vous ce texte:
« A Autun, il y a un âne. Il est célèbre parce qu’il marche sur des roues qui ont l’air de tourner très vite. Il porte la Mère et l’Enfant, l’Enfant qui porte le monde ! Ses sabots arrière sont fermes, et devant, il a un pied sur une de ces roues vertigineuses et l’autre levé haut pour le pas suivant. Haut, comme pour une danse ! Il est très bien coiffé et plutôt méditatif. Comme il se laisse conduire, il ne regarde pas ses pieds... (suite fichier Word) 
Des images accompagnent ce texte :
1- Fuite en Égypte 2. Joseph, méditatif 3. L'âne d'Autun
samedi, le 11 février 2006
La force du pardon
Le philosophe Jankélévitch affirme dans l'un de ses livres, que le pardon est mort dans les camps. Il fait allusion au drame de la Shoah, le génocide des juifs dans les camps de la mort pendant la deuxième guerre mondiale. Selon cet auteur, il y a des situations où le pardon est impossible sinon il devient obscène. Quotidiennement des drames humains semblent donner raison à Jankélévitch et pourtant l'Évangile nous interpelle...
Cette problématique est vieille comme le monde et Dieu sait combien notre histoire n'est souvent qu'un long tissu de guerres, de vengeances et d'exactions commises au nom de cette justice visant à redresser les torts commis, tentant vainement de réparer l'irréparable.
Sans se substituer à la justice humaine, qui est un fondement nécessaire à nos organisations sociétaires, le pardon évangélique que propose Jésus nous invite à porter un regard neuf sur celui qui offense, qui blesse ou qui tue. Un regard de compassion où même la recherche de justice ne saurait être motivée par la haine. Un regard sur l'autre tel que vu par les yeux de Dieu.
Jésus nous propose une voie inédite dans la lutte contre le mal et la violence, une arme insoupçonnée dans la rencontre du frère ou de la soeur qui se dresse en ennemi. C'est la force du pardon. Non pas le pardon qui est démission ou qui fait fi de la justice et de la vérité, mais le pardon évangélique qui est capable de porter un regard lucide à la fois sur soi et sur l'autre, qui est capable de voir en cet autre, en dépit de ses fautes, le frère ou la soeur qui s'est égaré.
Utopique ? Bien sûr ! Comme tout l'évangile d'ailleurs. Mais parce que notre Dieu est le Dieu de l'impossible, ses paroles deviennent promesses pour nous. S'il nous invite à nous pardonner, s'il nous commande de nous aimer les uns les autres jusqu'à aimer nos ennemis, c'est qu'il nous sait capable d'un tel dépassement. Puisque nous sommes capables de Dieu (capax Dei), nous sommes capables d'aimer et de pardonner.
Jésus nous enseigne une voie de perfection pour accueillir le Règne de Dieu : le don réciproque les uns aux autres de cet amour prodigué si généreusement par Dieu et qui, dans sa pointe extrême, devient pardon, ce pardon total et inconditionnel dont témoigne Jésus sur la croix.
En Jésus nos yeux ont contemplé l'Amour à l'oeuvre et nous savons désormais que seul l'amour qui sait pardonner est vrai et digne de ce nom. C'est dans cette vie imitée et contemplée que le pardon prend tout son sens pour les chrétiens et les chrétiennes, où il apparaît comme la seule force capable de soulever le monde et de transformer les coeurs. 
vendredi, le 10 février 2006
Les caricatures du prophète Mahomet
La publication de ces caricatures a suscité une vague sans précédent de manifestations dans le monde musulman. Quelles sont les conséquences de cette mobilisation au Canada? La liberté d'expression l'emporte-t-elle sur la liberté de culte? Le politologue Sami Aoun et l'avocat Julius Grey tentent d'y répondre à l'émission "Indicatif présent" de Radio-Canada >>> 
jeudi, le 9 février 2006
Annik, une enseignante m'écrit:
Annik enseigne à des petits de 7 ans de différentes races et religions.
« Comment faire pour ouvrir des voies de dialogue avec le monde moderne et l'Islam dans le respect de chacun? J'y oeuvre à ma petite échelle, j'essaie de faire découvrir à ces petites têtes qui ne sont pas blondes qu'ils sont comme les autres enfants, français, avec la chance d'avoir reçu les valeurs d'une religion que souvent ils ne connaissent pas.
J'en suis arrivée pour plus de paix au sein de la classe à faire découvrir les trois religions monothéïstes... J'ai du travail à faire pour découvrir la sagesse chinoise car dans notre école arrive maintenant de plus en plus de chinois. J'ai la chance d'avoir le droit au sein de ma classe de consacrer 10 minutes par jour à cet éveil religieux... Plus il y aura de dialogue entre nous et de respect mutuel... plus nous pourrons vivre dans un climat apaisé.
Autant vous partager d'autres joies : au cours d'un atelier où je me fais aider par des parents je demande puisque c'était le premier jour du ramadan à la maman présente d'en parler aux enfants. Elle ne trouve pas des mots simples pour en parler et me demande de le faire. Je pense que mon explication avait une résonance chrétienne du jeûne mais cette femme m'a remercié de lui avoir fait découvrir la portée spirituelle de ce qu'elle vivait par tradition.
Pour le 2 février un temps de prière était proposé aux enfants qui le désiraient sur un temps de récréation avant la cantine. Je raconte au sein de la classe le récit biblique et insiste sur la lumière qui éclaire toute vie. Un temps d'intériorisation est organisé pour rechercher ce qui nous éclaire et nous rend heureux et Richard un de mes petits chinois me dit aimer que des parents présentent à Dieu leur enfant. Il viendra au temps de prière et redira "je remercie Dieu pour les parents qui offrent à Dieu leur enfant" cela avec un accent délicieux et lui qui a quelquefois du mal à parler français a à ce moment là su trouver ses mots. Voilà pourquoi je n'aime pas trop qu'on caricature la religion des autres... » 
mercredi, le 8 février 2006
Le mal en vérité
« Pour terribles qu'ils soient, les catastrophes matérielles et les antagonismes humains, ne sont pourtant que le symbole de la tragédie infinie qui se joue dans les profondeurs. Notre mal, en vérité, est plus profond que toutes nos détresses apparentes et que toutes nos violences de chair: c'est l'amour d'un Dieu qui saigne dans nos coeurs. » 
Zundel, Maurice. Le poème de la sainte liturgie.Oeuvre St-Augustin - St-Maurice, Suisse (DDB en France). 1934. p.74.
mardi, le 7 février 2006
Sans commentaire
dimanche, le 5 février 2006
Dieu et la violence
Comme moi vous n'êtes sans doute pas indifférents à ce déferlement de violence entourant les caricatures du prophète de l'Islam. Un sentiment d'inquiétude monte en moi. Certains admirent la détermination et la conviction avec lesquelles le monde musulman défend sa religion, mais moi j'en éprouve un profond malaise.
Que la violence soit si manifeste et naturelle devant ce que l'on considère être un blasphème m'interroge sur ce rapport de l'Islam avec la violence. Quel Dieu mérite que l'on tue pour lui? J'ai le sentiment d'être plongé dans une dynamique propre à l'Ancien testament où la foule se déchaîne, où l'on lapide et l'on tue. Le tout au nom de Dieu. Étrange n'est-ce pas?
Non pas que la violence ne soit pas aussi le lot de certains groupes se disant chrétiens, mais habituellement ce ne sont pas des motifs religieux qui les animent et leurs actions ne peuvent trouver aucun appui dans les enseignements de Jésus. Mais dans le cas présent, il n'y a aucun doute, même si les extrémistes profitent de la situation, ce sont bien de fervents musulmans qui portent leur indignation à un point limite, un point de cassure avec le monde occidental.
Par ailleurs, j'ai le sentiment, à voir certaines entrevues à la télévision, que bien des musulmans se sentent obligés d'entériner ce qui se passe actuellement, sinon ils seraient considérés comme de mauvais musulmans. Et ici s'exprime aussi un profond malaise quant au rapport entre religion et liberté. Ces deux concepts ne semblent pas pouvoir coexister facilement dans l'Islam.
J'ai l'impression parfois que cette religion est entraînée dans un cycle de violence inexorable et nul ne sait où il s'arrêtera. Tout cela pour Dieu! Quels lendemains nous réserve l'Islam et son rapport au monde moderne? Je ne puis m'empêcher de croire et de souhaiter que bien des musulmans doivent être attristés devant ce qui se passe présentement. Il faut prier les uns pour les autres. 
vendredi, le 3 février 2006
Le saut dans l'inconnu
Un correspondant me demande : « Pourquoi certaines personnes n'ont-elles pas le don de la foi? » La question comporte déjà sa propre réponse. Il s'agit bel et bien d'un don et l'homme est bien impuissant à se donner la foi. Je parle de la foi qui fait vivre et aimer, celle qui nous dépasse. La foi chrétienne affirme que Dieu ne fait pas de distinction entre les personnes. Toutes sont appelées à le connaître et à l'aimer. Dieu n'est pas chiche et il n'a pas de préférés. Ou s'il en a, comme nous le voyons dans les évangiles, ce sont toujours ceux et celles qui sont les plus loin de lui.
Jésus montre une attention toute particulière pour les pauvres et les exclus, pour ceux et celles que l'on considère perdus. Mais la démarche de foi implique un saut dans l'inconnu. Tous ne le vivent pas ainsi. Certaines personnes semblent être tombées dans le "bénitier" dès leur tendre enfance et la foi ne semble jamais leur avoir fait défaut.
D'autres doivent chercher de manière plus laborieuse et je ne doute pas que ce soit parce que Dieu les attend ailleurs. Non pas que Dieu se refuse à eux, mais parfois notre histoire personnelle nous a fait fermer la porte à Dieu. Mais comme le dit Jésus au livre de l'Apocalypse : « Je me tiens à la porte et je frappe, celui qui m'ouvrira, je prendrai mon repas avec lui et lui avec moi. » Ailleurs dans les évangiles Jésus dit : « Frappez et l'on vous ouvrira, demandez et vous recevrez. »
Le don de la foi et la plus belle demande qu'une personne puisse faire, car la foi illumine tout notre existence et lui donne une direction assurée. Et c'est ici qu'intervient la notion de l'amour. Car la foi, c'est vouloir entrer dans l'amour de Dieu. C'est accepter de se laisser aimer par lui, de remettre entre ses mains toute notre vie, tous nos espoirs, nos peines et nos projets. Il y a là une dimension de confiance. Si quelqu'un veut croire en Dieu, il doit tout d'abord lui faire confiance, le prier et lui demander cette foi. La quémander! C'est cela le saut dans l'inconnu, mais dont on ne revient jamais les mains vides. 
mardi, le 1 février 2006
Au bord du torrent
En Bretagne se trouve un manoir du XVIIè siècle, qui surplombe l'étang de Beaufort, au coeur d'une forêt. C'est là qu'habitent les moniales dominicaines dans leur monastère de Notre-Dame de Beaufort. Elles intègrent dans leur magnifique chant-choral les influences du monastère de Keur Moussa, une abbaye bénédictine du Sénégal, fondée en 1963. La kora, un instrument de musique d'origine africaine, occupe donc une place importante dans cette liturgie.
Voici comment les moniales décrivent l'endroit où elles habitent :
Situé à la lisière d'une forêt, entre deux étangs, le monastère de Beaufort surplombe un torrent. Il poursuit inexorablement sa course, à travers les marais du pays de Dol et se jette dans la mer en baie du Mont St-Michel. Je vous invite à visiter le site des dominicaines de Beaufort.
Afin de vous plonger dans l'atmosphère de leur monastère, les soeurs de Beaufort ont aimablement accepté que je vous présente deux pièces de leurs deux derniers CD que l'on peut se procurer via leur site internet. À écouter avec le logiciel RealPlayer.
Extrait de l'album Au bord du torrent : 
Extrait de l'album "Chante et marche" : 