Tenir un blogue ? Pourquoi pas ! C’est actuel, c’est nouveau, c’est créateur. Prêtre et religieux, je suis avant tout un chrétien pour qui la foi au Dieu de Jésus-Christ fonde le sens même de mon existence.
frère Thomas
* Vous pouvez faire parvenir vos commentaires au webmestre qui les transmettra au frère Thomas.
Joyeuses Pâques à tous les fidèles
lecteurs et lectrices du moine ruminant!
Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité!
Étant donné l'absence du webmestre de ce site jusqu'au 3 mai prochain, ce blogue sera donc mis en suspend jusqu'à son retour, ce qui me donnera une petite vacance. frère Thomas
dimanche de Pâques , le 16 avril 2006
Elles étaient trois...

Christ ressuscité de Fra Angelico
Cliquez sur la photo pour l'agrandir |
Elles étaient trois. Trois femmes dont l'histoire a retenu le nom : Marie de Magdala, Jeanne, et Marie, la mère de Jacques. Elles étaient trois à l'aube de ce matin qui ressemblait à tous les autres matins du monde dans la ville sainte ensommeillée. Trois ombres craintives, accablées par la mort de celui qu'elles avaient suivi jusqu'au Calvaire. Mais surtout trois femmes déconcertées par la disparition du corps de celui qu'elles venaient voir une dernière fois afin de l'embaumer.
En soumettant ces faits au jugement de l'histoire ou à l'enquête judiciaire, une conclusion s'impose d'elle-même: le corps ne fut jamais retrouvé, il fut sans doute enlevé par ses partisans. Le dossier est clos ! Pourtant, la suite de l'histoire a de quoi étonner et c'est sans doute ce qui permet d'affirmer que nous sommes devant la disparition la plus spectaculaire de tous les temps.
Alors que Jérusalem cherchait à oublier les événements de la veille, et qui pourtant marqueront à jamais sa destinée; alors que les Apôtres eux-mêmes croyaient que ces femmes radotaient, un constat s'impose : la nouvelle incroyable se répandit avec la vitesse de l'éclair et embrasa peu à peu tout le bassin de la Méditerranée.
Il n'y a plus de place ici pour l'observateur impartial, le journaliste ou l'historien. De ce matin semblable à tous les autres matins jaillit l'extraordinaire nouvelle du matin de Pâques : Christ est ressuscité! Alléluia!
Pourtant, l'expérience du tombeau vide n'explique en rien la foi des disciples du Christ. Ce serait là un bien faible appui sur lequel miser sa vie. L'événement est d'un autre ordre. Le tombeau vide n'est qu'un signe avant-coureur qui prépare les Apôtres à une rencontre avec le Ressuscité où la foi seule est sollicitée. La résurrection du Seigneur Jésus qu'annoncent les anges est la réalisation d'une promesse longtemps attendue, où Dieu affirme que la vie est plus forte que la mort, que le vivant, en commençant par le Christ, n'a pas sa place dans les tombeaux du monde.
Trois femmes ont accueilli la Bonne Nouvelle à l'aube de ce matin où chantaient tous les matins du monde, et leurs voix se joignant à celles des anges se font entendre jusqu'à ce jour :
« Pourquoi cherchez vous le vivant parmi les morts ? Il n'est pas ici, il est ressuscité ! »
Car voyez-vous, au matin de Pâques la Vie a pris la clé des champs, la route des écoliers. Depuis lors, elle va d'ici, de là, se donnant à quiconque veut marcher librement à la suite de cet Homme de Galilée, lui le premier des vivants ! 
samedi saint , le 15 avril 2006
Le lion qui dort
Veuillez excuser la longue introduction avant d'en arriver au but de ce blogue, mais je crois humblement que la démarche proposée en vaut la peine.
Récemment les studios Walt Disney on produit un film intitulé : Les Chroniques de Narnia: L'Armoire Magique, tiré du roman de C.S. Lewis, célèbre auteur anglican du XXe siècle.
Voici une brève description de ce conte fantastique. Le commentaire qui suit dévoile un aspect important du film (avis aux cinéphiles):
Il s'agit "des exploits de quatre enfants de la famille Pevensie -Lucy, Edmund, Susan et Peter - qui, à l'époque de la Seconde guerre mondiale en Angleterre, entrent dans le royaume de Narnia par une armoire magique en jouant à cache-cache dans une maison de campagne appartenant à un vieux professeur. Là, ils découvrent un royaume enchanteur et paisible habité par des bêtes parlantes, des nains, des faunes, des centaures et des géants condamnés à vivre dans ce monde où règne l'hiver depuis longtemps depuis que Jadis, la Sorcière Blanche, a pris le pouvoir. Sous les conseils du lion Aslan, un dirigeant noble et mystique, les enfants s'engageront dans une lutte spectaculaire pour tenter de libérer Narnia de l'emprise de la Sorcière Blanche."
Un point tournant du film est celui où le lion Aslan donne librement sa vie afin de sauver le jeune Edmund qui avait trahi les siens. La Sorcière Blanche avait le droit de réclamer la vie de Edmund, mais Aslan s'offre à sa place. Aslan sera donc immolé par la Sorcière Blanche, mais comme l'offrande du lion Aslan est un acte d'amour parfait, il va ressusciter et mener son royaume à la victoire.
C.S. Lewis a voulu présenter une allégorie de la foi chrétienne dans ses contes de Narnia, rédigés surtout à l'intention des enfants. À n'en pas douter, le lion Aslan est sûrement inspiré de ce très vieux texte d'Éphrem le Syrien, diacre, qui écrivait dans son deuxième nocturne du Vendredi Saint :
"Dans une grande douceur, Jésus est conduit à sa Passion, bénissant ses douleurs à toute heure. Il est conduit au jugement de Pilate qui siège au prétoire, à la sixième heure on le raille, jusqu'à la neuvième heure Il supporte la douleur des clous, puis sa mort met fin à sa passion, à la douzième heure. Il est déposé de la croix : on dirait un lion qui dort."
On dirait un lion qui dort! Comme cette image est puissante et évocatrice dans cette représentation du Seigneur Jésus face à sa mort. Elle nous aide à entrer dans le secret du silence qui enveloppe le coeur de l'Église en ce samedi saint.
Cette image du "lion qui dort" ne se retrouve pas dans les évangiles, bien sûr, et pourtant n'est-ce pas cette tranquille assurance, cette imperturbable confiance qu'évoque la scène de la tempête apaisée où l'on nous présente Jésus qui dort au milieu d'une mer déchaînée (Marc 4, 35 et ss.).
"Le lion qui dort" c'est à la fois le Fils de Dieu dans sa toute-puissance invincible, et c'est aussi le Fils de l'Homme, Jésus, qui s'en remet complètement au Père et qui nous invite à cette même confiance.
Comment ne pas entendre ici le psaume 131 où la figure du psalmiste évoque celle de Jésus dans sa parfaite obéissance au Père:
"Seigneur je n'ai pas le coeur fier...
Non, mais je tiens mon âme
égale et silencieuse;
mon âme est en moi comme un enfant,
l'enfant sevré contre sa mère."
"Pourquoi avez-vous si peur? Vous n'avez pas encore de foi?", dit Jésus à ses disciples apeurés dans la barque. Encore aujourd'hui, en cette veille de Pâques, la question nous est posée à nous aussi. Trop souvent nous avons peur en tant que chrétiens. Nous sommes inquiets, incapables de vivre notre foi dans cette assurance tranquille qui était celle du Christ. En ce Samedi saint laissons donc monter cette prière vers lui:
"Seigneur, viens au secours de notre manque de foi. En cette veille de la fête de ta glorieuse résurrection, regarde non pas notre foi mais la foi de ton Église, et accorde-nous cette grâce pascale d'en vivre toujours, avec l'assurance du lion qui dort!" 
vendredi saint , le 14 avril 2006
Il était environ trois heures
Ce jour là le ciel s'obscurcit. Il était environ trois heures. C'est alors que le monde chavira. Un cri se fit entendre de cette faiblesse d'homme cloué au bois; il emplit l'univers et le fit basculer sous le regard de Dieu. L'homme n'était plus!
Cette vie livrée à son destin risible venait de s'achever, suspendue entre ciel et terre. Le temps lui-même semblait arrêté, figé sur ce moment combien banal de l'histoire humaine, comme si tout d'un coup les souffrances de l'humanité: passées, présentes et à venir, étaient offertes en spectacle à une foule désabusée...
Peu à peu un silence inquiet traversa les regards et fit place aux sarcasmes des badauds. Quelque chose au coeur du monde, au coeur même de Dieu, venait de se déchirer. Ceux et celles qui connaissaient le crucifié se tenaient à distance, impuissants, n'osant parler, pressentant dans son cri d'agonie à la fois l'expression d'une douleur infinie et, secrètement, sans oser y croire, le mugissement forcené d'une vie nouvelle cherchant son souffle!
Oui, le ciel s'obscurcit ce jour-là, et les amis de cet homme en gardèrent toute leur vie une impression vive. Ils se souvinrent plus tard que c'est à partir de ce moment là que tout commença à changer.
Le corps livide et inanimé fut descendu de la croix et mis au tombeau. La nuit tombait. Ils retournèrent chacun chez eux, silencieux, le coeur broyé de douleur, mais attentifs à ce sentiment nouveau et indéfinissable s'éveillant en eux: une impression de fraîcheur, semblable à celle qui envahit le ciel d'été après l'orage...
jeudi saint , le 13 avril 2006
À l'école de la charité
Nous entrons dans le triduum pascal et ce soir nous célébrerons le repas d'adieu de Jésus avec les siens. Paradoxalement, ce repas est indissociable de cette image gravée dans la mémoire de l’Église: Jésus à genoux aux pieds de ses disciples.
L'eucharistie est une école de charité où la tenue de service est le tablier et où nous sommes invités, à l'exemple de Jésus, à nous laver les pieds les uns aux autres: à laver les offenses, les indifférences, les pauvretés dont l’autre est porteur, afin de découvrir en lui, en elle, un frère, une soeur aimée de Dieu, digne de son amour et donc digne de notre attention.
Jésus nous révèle qu’en toute personne Dieu se fait connaître. Je suis pour toi un lieu où Dieu se fait connaître à toi. Tu es pour moi un lieu où Dieu se fait connaître à moi. N’en doutons pas, nous sommes semblables à des icônes qui révèlent mystérieusement quelque chose du visage de Dieu. Voilà une bonne nouvelle. Nous sommes au coeur de l’Évangile!
Et c’est le génie de l’Évangéliste Jean de nous présenter le dernier repas de Jésus avec les siens, non pas en mettant l’accent sur le pain et le vin, mais sur le sens que les chrétiens et chrétiennes doivent découvrir dans ce pain et ce vin offert par Jésus: le pain et le vin c’est Jésus à nos pieds, corps et sang livrés pour nous.
“... c’est un exemple que je vous ai donné: ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi les uns aux autres.” 
mercredi, le 12 avril 2006
Jésus et Judas
Judas, un membre de la famille dont on aimerait mieux taire le souvenir. Judas, celui qui est associé à la nuit, à la domination des ténèbres. Celui qui va livrer le Fils de l'homme. Pourtant, quand j'entends parler de Judas je ne veux ni penser au traître, ni au voleur, et encore moins à celui dont Jésus a dit qu'il aurait mieux valut qu'il ne vienne pas au monde.
Ce qui retient surtout mon attention dans l'histoire de cet apôtre c'est tout d'abord le fait incroyable que Jésus l'ait choisi. Comme la plupart des apôtres le récit de sa vocation nous est inconnu. Mais la question qui vient aux lèvres de quelqu'un qui prend connaissance de l'histoire de Judas pour la première fois, est de se demander comment Jésus a pu choisir un apôtre tel que Judas, lui qui savait si bien lire le fond des coeurs ?
Tout d'abord, ce qu'il faut souligner dans la relation entre Jésus et Judas c'est qu'en dépit d'une volonté évidente chez les évangélistes Jean et Matthieu de dévoiler au grand jour les côté négatifs de cet apôtre (le voleur, le traître, celui qui laisse entrer Satan en lui), jamais Jésus n'accuse Judas ouvertement devant les autres apôtres. Bien sûr, Jésus évoque la trahison à venir lors de la dernière Cène, mais par un jeu de nuances, comme lui seul savait le faire, où les disciples ne sauront pas vraiment qui va trahir Jésus avant la scène du Jardin des Oliviers. Comme si, en évoquant la trahison au cours du dernier repas, Jésus cherchait surtout à interpeller Judas une dernière fois.
Jésus a pitié de Judas et ce dernier va se reconnaître quand Jésus va évoquer la trahison à venir : « Rabbi, serait-ce moi ? » Cet aveu à peine déguisé ne l'empêchera pas d'aller au bout de son projet, ni Jésus d'aller au bout du sien. Jésus connaît son destin. Il sait qui va le livrer et pourtant il avance vers sa mort en homme libre. Et puisqu'il est vraiment libre, sa liberté ne peut contraindre celle de Judas. Il ne peut que l'interpeller, l'inviter à aller plus loin.
Judas est sans doute déçu de Jésus, comme nous le sommes parfois dans nos attentes vis-à-vis Dieu. Il attendait un Messie puissant et voilà un homme qui ne parle que de paix. Mais Judas était sûrement très attaché à Jésus, car comment expliquer son suicide ? Le reste de l'histoire appartient à Dieu seul et on ne peut juger Judas.
Ce que l'on sait c'est que Jésus a choisi Judas, et il nous a choisi nous aussi. Nous le croyons. À tous les jours le Christ ressuscité prend partie pour nous. Il nous partage ses rêves les plus fous par le don de l'Esprit Saint. Il fait de nous ses compagnons de route, ses disciples, tout comme il l'avait fait pour Judas, en nous laissant l'entière liberté de nos choix, nous faisant confiance malgré nos faiblesses.
C'est de cet amour là que Jésus a aimé Judas. Il l'a laissé libre au risque d'y laisser sa vie, tout comme il continue à le faire avec chacun et chacune de nous aujourd'hui. Peut-être Judas a-t-il entendu ces paroles de Jésus après qu'il l'eût livré : « Père, pardonne leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Et s'il s'est enlevé la vie, c'est peut-être qu'il a réalisé dans un moment terrifiant de lucidité à quel point Jésus l'aimait.
Le drame de Judas, au-delà de sa trahison, c'est qu'il ait cru que sa faute était irréparable, sans rémission. Sans doute n'avait-il jamais bien compris son Maître qui, par ses paroles et par ses gestes, lui disait que l'on n’est jamais humilié devant Dieu, que le pardon est toujours offert.
Jésus n'a jamais cessé de le répéter de mille et une manières tout au long de son ministère : avec Dieu il est toujours possible de reprendre la route, puisque c'est lui qui nous a choisi et qu'il nous choisit sans cesse. 
lundi, le 10 avril 2006
Comment prier
Un jour, alors que je priais dans ma chambre, j'ai eu cette vive conscience que je n'avais pas à chercher Dieu dans la prière, i.e. à rechercher sa présence "satisfaisante", comme trop souvent est vécue la prière dite "contemplative" ou la méditation.
Je prenais conscience que je devais plutôt me laisser trouver par Dieu et entrer dans son désir sur moi et pour le monde. Je réalisais que l'un des buts fondamentaux de la prière n'est pas "la prière satisfaisante" (pourtant je le savais), mais la prière où l'on se tient devant Dieu pour le monde, où l'on veille avec Dieu dans cette longue gestation de l'humanité qui, trop souvent, ressemble à l'agonie du Christ en croix. C'est à cette prière que nous invite cette Semaine Sainte qui commence. 
vendredi, le 7 avril 2006
L'Évangile selon Judas? Ne jetez pas vos évangiles
Pâques approche et c'est l'occasion pour les médias de se poser l'éternelle question: "Mais qui est donc cet homme?" J'avoue que les motivations des journalistes ne me semblent pas toujours relever d'un grand souci de vérité, car l'approche utilisée est toujours de s'arrêter aux thèses les plus loufoques et, faut-il le dire, offensantes parfois pour le christianisme. Et naturellement ces "découvertes" se font toujours à Noël et à Pâques!
Il y a deux ans l'on affirmait avoir découvert le sarcophage de l'apôtre Jacques, pour se rendre compte un an plus tard qu'il s'agissait d'un faux. Il y a une semaine un scientifique nous expliquait le plus sérieusement du monde que Jésus avait probablement marché sur les eaux gelées du lac Tibériade lorsqu'il fut aperçu marchant sur les eaux par ses disciples.
Après l'évangile selon Marie-Madeleine et le Da Vinci Code (voir l'article suivant pour une analyse du roman), voici donc l'évangile selon Judas. Suivront sans doute l'évangile selon Pilate et l'évangile selon Barrabas, à pareille date bien sûr... Le texte appelé "Évangile selon judas" semble néanmoins authentique et mérite donc qu'on s'y arrête.
Sans nier l'intérêt scientifique de cette découverte, comme pour tous les documents des premiers siècles de l'Église, il faut savoir que cette nouvelle présentation de l'apôtre Judas, comme le souligne le spécialiste de la Bible Rodolphe Kasser, est "une interprétation postérieure, imaginée au IIe siècle ap. J.-C. Vous ne trouverez ici aucune information historique nouvelle sur le véritable Judas l’Iscariote. "
Cet évangile se situe dans la mouvance des évangiles gnostiques des premiers siècles de l'Église, qui cherchaient à faire contrepoids à l'incarnation du Fils de Dieu, mouvements que l'Église qualifiait d'hérétiques à juste titre.
"De petits groupes d’initiés, les gnostiques, inspirés par certaines idées philosophiques grecques et par les Ecritures bibliques, réinterprétaient à leur façon le christianisme. Ils pensaient que le véritable Dieu était inconnaissable et incréé hors de toute matière."
Comme dans tous les autres documents gnostiques, l'"évangile de Judas" présente une négation de l'incarnation, un mépris du corps. Judas devient donc celui qui libère Jésus de cette enveloppe charnelle en le livrant aux Romains. Il fallait y penser, c'est lui le véritable héros des évangiles...
Les sceptiques feront leurs choux gras de cette "découverte" alors que l'Église, elle, se tournera "résolument vers Jérusalem" à compter du Dimanche des Rameaux.
Pour en savoir plus je vous conseille l'excellent article de Sophie LAURANT du journal La Croix.
Bon week-end à vous tous. Je prends congé! Bonne Semaine Sainte! 
jeudi, le 6 avril 2006
Lettre de captivité de Dietrich Bonhoeffer
"Le Dieu qui est avec nous est celui qui nous abandonne (Mc 15, 34) ! Le Dieu qui nous laisse vivre dans le monde, sans l'hypothèse de travail Dieu, est celui devant qui nous nous tenons constamment. Devant Dieu et avec Dieu, nous vivons sans Dieu. Dieu se laisse déloger du monde et clouer sur la croix. Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement il est avec nous et nous aide [...] Voilà la différence décisive d'avec toutes les autres religions. La religiosité de l'homme le renvoie dans sa misère à la puissance de Dieu dans le monde, Dieu est le deus ex machina. La Bible le renvoie à la souffrance et à la faiblesse de Dieu; ... L'évolution du monde vers l'âge adulte dont nous avons parlé, faisant table rase d'une fausse image de Dieu, libère le regard de l'homme pour le diriger vers le Dieu de la Bible qui accomplit sa puissance et sa place dans le monde par son impuissance." (D. Bonhoeffer, Dietrich. Résistance et soumission, Lettres et notes de captivité. Lettre du 16 juillet 1944, Genève 1967, p. 162-163.)
Qui est Dietrich Bonhoeffer?
"Né à Breslau en 1906, fils de la haute bourgeoisie allemande, docteur en théologie à 23 ans après de brillantes études, tout semble destiner Dietrich Bonhoeffer à une haute position dans la société. Il voyage en Europe et aux Etats-Unis et est ordonné pasteur en 1931.
Le 30 janvier 1933, Hitler arrive au pouvoir. Dès le 1er février, Bonhoeffer dénonce, dans une allocution à la radio, la prétention de souveraineté totale du Führer. Son émission est immédiatement interrompue. Il publie ensuite un article contre l'antisémitisme et participe à l'organisation de l'Eglise confessante, avec Karl Barth et Niemöller. Chez ce "théologien de la réalité" (selon André Dumas), la vie, l'oeuvre, la foi, sont indissolublement liées.
En 1935, il est responsable du séminaire de Finkenwalde dont les activités sont rapidement interdites, et se poursuivent dans la clandestinité.
"Nachfolge" (Le prix de la Grâce) - 1937 - "Gemeinsames Leben" (De la vie communautaire) - 1939 - Ethique - paru en 1949 - Résistance et soumission, lettres de prison publiées en 1951 : l'oeuvre de Bonhoeffer a marqué son époque. Comment être croyant dans un monde qui semble ne pas avoir besoin de Dieu, quelle peut être l'action de l'Eglise dans le monde ?
En 1940, Bonhoeffer s'engage dans la conjuration contre Hitler. Arrêté par la Gestapo le lendemain de l'attentat manqué de 1943, il est condamné à mort et pendu le 9 avril 1945 sur l'ordre personnel de Hitler." (Source)
Une biographie récente de D. Bonhoeffer
Schlingenspien, Ferdinand. Dietrich Bonhoeffer 1906-1945. Salvator, 2005. 438 pp.
"Sur la base de nouvelles sources (oeuvres complètes, correspondances diverses), l'auteur nous décrit l'itinéraire exemplaire et courageux du pasteur luthérien allemand, Dietrich Bonhoeffer. Dans cet ouvrage, il fait preuve d'une très grande maîtrise pour présenter en Dietrich Bonhoeffer l'homme, l'écrivain, le résistant à Hitler, le théologien d'exception qui ouvre de nouvelles voies au christianisme contemporain. Après une longue période - puisque le livre de Ebehard Bethge remonte à 1967 - cette biographie devient l'ouvrage de référence sur Dietrich Bonhoeffer." 
mardi, le 4 avril 2006
Une croix se profile à l'horizon
Bientôt nous entrerons dans la Semaine Sainte et déjà le Dimanche des Rameaux, avec sa lecture de la Passion, invitera les disciples du Christ à se tourner vers la croix, vers ce rendez-vous que l'évangéliste Jean appelle "l'Heure de Jésus".
C'est Catherine de Sienne qui propose cette intuition à couper le souffle : "Ce ne sont pas les clous qui retiennent le Christ sur la croix, mais l'amour."
Au moment d'entrer dans la contemplation de ce chemin de croix que nous allons revivre avec Jésus, il est bon de se rappeler que la croix, malgré sa laideur et la cruauté qu'elle évoque, est le lieu ultime que Dieu a choisi afin de nous dire son amour infini. Oui, notre fierté c'est la croix du Christ!
Jésus a dit oui à la croix, il l'a acceptée courageusement, mais peut-on dire qu'il l'a recherchée? "Père, si tu veux éloigner cette coupe de moi..." disait-il à gethsémani. Et pourtant, ailleurs en saint Jean : "Comme il me tarde de boire à cette coupe..."
Mais il n'y a pas de contradiction ici. Le oui de Jésus est un oui à l'épreuve de l'Amour, amour pour nous et amour pour le Père, où Jésus ne saurait s'esquiver. Il sait que ce don ne peut que nous apporter la vie, ilest venu pour cette Heure, et c'est sur la croix qu'il va affronter le Mal dans ses derniers retranchements. C'est le grand mystère de la foi chrétienne, "scandale pour les Juifs, folie pour les païens", comme dira saint Paul.
Jésus a dit oui à la croix, mais c'est nous qui l'y avons cloué, et pourtant, Dieu dans son amour de Père, en a fait le lieu de notre réconciliation en son Fils crucifié. C'est sur ce bois que l'amour de l'Homme-Dieu s'est livré jusqu'au bout, au point de saisir dans son offrande toute l'humanité, toutes les générations à venir qui mettraient leur foi en lui, le grand vainqueur de la Mort.
Tout comme pour nous aujourd'hui, le côté rebutant de la croix n'allait pas de soi pour les premières générations chrétiennes, car la prédication d'un Messie crucifié n'était pas de nature à plaire et à séduire:
"Les évangélistes, faut-il le redire, rapportaient une mort infamante de Jésus sur la croix qui ne pouvait qu'accabler, humilier tout disciple par sa forme d'échec impitoyable. Ce que tout écrivain fabulateur, mythologisant n'aurait jamais voulu imaginer. On n'invente pas Jésus Christ, il a trop d'exigence, et une croix trop lourde et râpeuse pour nos épaules. En somme, nos témoins rapportaient ce qui aurait dû empêcher la naissance et l'expansion du christianisme, s'ils n'avaient pas voulu témoigner particulièrement des faits et de la foi ardente qu'ils avaient en Jésus ressuscité, Messie et Seigneur, seule voie vers le Père." (Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides,2002. p. 72)
Oui, nous aussi nous proclamons un Messie crucifié. C'est là notre honte, parce que cette croix est l'expression de notre péché, et c'est là aussi notre fierté, parce qu'elle est le lieu de notre relèvement. 
dimanche, le 2 avril 2006
Je me souviens du 2 avril 2005
Au moment du décès de Jean-Paul II j'étais à Paris. La veille, je m'étais rendu à Notre-Dame où une vigile de prière avait été organisée par le diocèse de Paris. La cathédrale était pleine à craquer. La foule avait aussi envahi le parvis et la place devant la basilique. Un sentiment de deuil était déjà palpable. Des inconnus se parlaient tout à coup, solidaires d'une même peine, d'un même sentiment de perte. Un ami, un frère et un père était sur le point de nous quitter.
Et je ne pouvais m'empêcher de penser à tous ceux qui avaient cherché à discréditer cet homme, à ridiculiser son influence. Des chrétiens, des théologiens, des frères et des soeurs dans la foi. Et là sur ce parvis je me disais qu'un jour l'Histoire aurait le dernier mot. L'histoire lue à la lumière de l'Esprit Saint et non pas des tractations et calculs politiques des hommes.
Devant moi, au coeur d'une foule bigarrée, curieuse ou en pleurs, je vis tout à coup une tête portant une kipa, un jeune juif, cherchant à tout prix à entrer dans la cathédrale parce qu'il voulait payer un dernier hommage au pape, lui qui fit tellement pour l'ouverture d'un dialogue avec le peuple juif. Comment ne pas se rappeler cet inoubliable voyage à Jérusalem?
Et chacun y allait sans doute de ses souvenirs : les JMJ, les innombrables voyages à travers le monde. Je pense ici à Cuba, à Haïti, au Nicaragua, aux Philippines, et combien d'autres voyages qui ont frappé l'imagination et le coeur deS foules enthousiastes et fascinées par cet homme en blanc. Je revois ces extraordinaires rassemblements à l'occasion du Jubilé de l'an 2000: le jubilé du pardon, des martyrs, des prisonniers, la JMJ de Rome... Quel homme que ce pape dont le Seigneur a gratifié son Église. Je revois ces deux jeunes filles de 16 ans qui pleuraient en voyant le pape lors de sa visite au Canada. À la journaliste qui leur demandait pourquoi elles pleuraient elles répondirent: "Cet homme est tellement près de Dieu que lorsque l'on est près de lui, l'on se sent nous aussi près de Dieu."
"Santo subito", criait la foule lors des funérailles de Jean-Paul II! "Saint tout de suite!" La foule, le sentiment populaire, le sensum fidelium (le sens de la foi des fidèles), ne s'y trompent pas, car Jean-Paul II a tellement su incarner ce qu'il écrivait dans sa lettre encyclique Novo Millenio Ineunte : « Celui qui a vraiment rencontré le Christ ne peut le garder pour lui-même, il doit l’annoncer » (Jean-Paul II, Novo Millenio Ineunte, 40, 6 janvier 2001 ). En ce pape nous avions un frère qui avait rencontré le Christ et qui n'avait qu'un seul désir: le faire connaître et le faire aimer. Ce témoignage il voulait le donner tout particulièrement à la jeunesse du monde entier et elle le lui a bien rendu par sa participation joyeuse et enthousiaste aux JMJ qui se sont déroulées sur tous les continents depuis plus de vingt ans.
Ce pape nous a aussi donner le témoignage éloquent d'un homme affrontant courageusement la vieillesse et la maladie. Il a su donner espérance et soutient à bien des hommes et des femmes souffrant dans leur vieillesse et s'interrogeant sur le sens de leur vie dans un tel état de faiblesse ou d'abandon.
Jean-Paul II nous a appris qu’une vie chrétienne pleinement assumée ne peut faire l’économie de cet envers de la vie que sont la vieillesse et la mort. C’est sans doute là une des grandes leçons des dernières années du pontificat de Jean-Paul II. Voici ce qu’en disait la journaliste Denise Bombardier dans une chronique du journal La Presse :
« Le pape, provocateur, nous contraint à assister à sa lente descente vers la mort, une mort que personne ne lui ravira… À la manière de ces artistes grandioses, le pape souhaite mourir à la tâche, sur scène, devant la terre entière, en communion avec ceux qui souffrent dans l'isolement et l'abandon. Il affiche la laideur de la maladie et, ainsi, il la transfigure. Il y a dans le geste un mélange de foi et d'orgueil qui impose le respect. En ce sens, ce pape qu'on peut critiquer pour ses positions en matière de morale, par exemple, demeure un être d'exception, lequel a transformé le monde; il a livré son combat à la fois spirituel et temporel. » (La Presse. Samedi 4 octobre, 2003)
Rendons grâce à Dieu d'avoir connu un tel frère dans la foi. Santo subito! 